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    L’hérédité de l’adoubement et l’anoblissement

    et l’Ordre des Templiers

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    L’hérédité de l’adoubement et l’anoblissement 

      

    Fondé, vers 1119, pour la défense des colonies de Terre Sainte, l’Ordre du Temple groupait deux catégories de combattants, distinctes par le costume, les armes et le rang : en haut, les « chevaliers » ; en bas, les simples « sergents » — manteaux blancs contre manteaux bruns. Nul doute que, dès le principe, l’opposition ne répondît à une différence d’origine sociale, parmi les recrues. Cependant, rédigée en 1130, la plus ancienne Règle ne formule à cet égard aucune condition précise.

    Un état de fait, déterminé par une sorte d’opinion commune, décidait évidemment de l’admission dans l’un ou l’autre grade. Postérieure d’un peu plus d’un siècle, la seconde Règle procède, au contraire, avec une rigueur toute juridique. Pour être autorisé à revêtir le blanc manteau, il est d’abord nécessaire que le postulant, dès avant son entrée dans l’Ordre, ait été adoubé. Mais cela même ne suffit point.

    Il lui faut en outre être « fils de chevalier ou extrait de chevaliers du côté de son père » ; en d’autres termes, comme il est dit dans un autre passage, être « gentilhomme ». Car, précise encore le texte, c’est à cette condition seulement qu’un homme « doit et peut » recevoir la chevalerie. Il y a plus. Arrive‑t‑il qu’un nouveau venu, taisant sa qualité chevaleresque, se soit glissé parmi les sergents ? La vérité une fois connue, il sera mis aux fers (290). Même chez des moines soldats, en ce milieu du XIIIe siècle,p.446l’orgueil de caste, qui tient à crime toute déchéance volontaire, parlait plus haut que l’humilité chrétienne. 1130 ; 1250 ou environ : entre ces deux dates, que s’était‑il donc passé ? Rien de moins que la transformation du droit à l’adoubement en un privilège héréditaire. 

    Dans les pays où la tradition législative ne s’était point perdue ou avait repris vie, des textes réglementaires avaient précisé le droit nouveau. En 1152, une constitution de paix de Frédéric Barberousse à la fois interdit aux « rustres » le port de la lance et du glaive — armes chevaleresques — et reconnaît pour « légitime chevalier » celui-là seulement dont les ancêtres l’ont été avant lui ; une autre, en 1187, défend expressément aux fils des paysans de se faire adouber. Dès 1140, le roi Roger II de Sicile ; en 1234, le roi Jacques Ier d’Aragon ; en 1294, le comte Charles II de Provence ordonnent de n’admettre à la chevalerie que les descendants de chevaliers.

    En France, il n’était alors guère de lois. Mais la jurisprudence de la cour royale, sous Saint Louis, est formelle. De même, les coutumiers. Sauf grâce spéciale du roi, aucun adoubement ne saurait être valable si le père de l’adoubé ou son aïeul, en ligne masculine, n’ont déjà été chevaliers (peut‑être dès ce temps, en tout cas un peu plus tard, les coutumes provinciales d’une partie au moins de la Champagne accepteront cependant que cette « noblesse » puisse se transmettre par le « ventre » maternel).

    La même conception semble également à la base d’un passage, à la vérité moins clair, du grand traité de droit castillan, les Siete Partidas, que fit rédiger, vers 1260, le roi Alfonse le Sage. Rien de plus remarquable que la quasi-coïncidence dans le temps et le parfait accord de ces divers textes, à la fois entre eux et avec la règle du Temple, ordre international. Du moins sur le continent — car l’Angleterre, nous le verrons, doit être mise à part — l’évolution des hautes classes obéissait à un rythme fondamentalement uniforme (291). 

    Sans doute, lorsqu’ils élevaient expressément cette barrière, souverains et tribunaux avaient‑ils à peine le sentiment d’une innovation. De toujours, la grande majorité des adoubés avaient été pris parmi les descendants de chevaliers. Aux yeux d’une opinion de groupe de plus en plus exclusive, p.447 seule la naissance, « garante », comme devait dire Raimon Lull, « de la continuation de l’honneur ancien », paraissait habiliter à l’observation du code de vie auquel engageait la remise des armes. « Ah Dieu ! qu’il est mal récompensé le bon guerrier qui de fils de vilain fait chevalier ! » s’écrie, vers 1160, le poète de Girard de Roussillon (292).

    Cependant, le blâme même dont ces intrusions étaient l’objet prouve qu’elles n’étaient pas exceptionnelles. Aucune loi, aucune coutume ne les rendaient caduques. Elles semblaient d’ailleurs parfois presque nécessaires au recrutement des armées ; car, en vertu du même préjugé de classe, on concevait mal que le droit de combattre à cheval et équipé de pied en cap fût séparable de l’adoubement. Ne vit‑on pas encore, en 1302, à la veille de la bataille de Courtrai, les princes flamands, désireux de se faire une cavalerie, donner la colée à quelques riches bourgeois, auxquels leur richesse permettait de se procurer la monture et l’équipement nécessaires (293) ?

    Le jour où ce qui n’avait été longtemps qu’une vocation héréditaire de fait, susceptible de beaucoup d’accrocs, devint un privilège légal et rigoureux fut donc, même si les contemporains n’en eurent pas une claire conscience, une très grande date. Les profonds changements sociaux qui s’opéraient alors sur les frontières du monde chevaleresque avaient certainement beaucoup contribué à inspirer des mesures aussi draconiennes. 

    Au XIIe siècle, une nouvelle puissance était née : celle du patriciat urbain. En ces riches marchands qui, volontiers, se faisaient acquéreurs de seigneuries et dont beaucoup, pour eux‑mêmes ou pour leurs fils, n’eussent point dédaigné le « baudrier de chevalerie », les guerriers d’origine ne pouvaient manquer de percevoir des éléments beaucoup plus étrangers à leur mentalité et à leur genre de vie, beaucoup plus inquiétants aussi, par leur nombre, que les soldats de fortune ou les officiers seigneuriaux, parmi lesquels, jusque‑là, s’étaient presque exclusivement recrutés, en dehors des personnes bien nées, les candidats à l’initiation par l’épée et la colée.

    Aussi bien connaissons‑nous, par l’évêque Otton de Freising, les réactions des barons allemands devant les adoubements qu’ils jugeaient trop aisément distribués, dansp.448l’Italie du Nord, à la « gent mécanique » ; et Beaumanoir, en France, a très clairement exposé comment la poussée des nouvelles couches, empressées à placer leurs capitaux en terres, amena les rois à prendre les précautions nécessaires pour que l’achat d’un fief ne fît pas de tout enrichi l’égal d’un descendant de chevaliers. C’est quand une classe se sent menacée qu’elle tend, surtout, à se clore. 

    Gardons‑nous, toutefois, d’imaginer un obstacle, par principe, infranchissable. Une classe de puissants ne saurait se transformer, absolument, en caste héréditaire sans se condamner à exclure de ses rangs les puissances nouvelles dont l’inévitable surgissement est la loi même de la vie ; par suite, sans se vouer, en tant que force sociale, à un fatal étiolement. L’évolution de l’opinion juridique, au terme de l’ère féodale, tendit beaucoup moins, en somme, à interdire rigoureusement les admissions nouvelles qu’à les soumettre à un très strict contrôle. Tout chevalier naguère pouvait faire un chevalier.

    Ainsi pensaient encore ces trois personnages que Beaumanoir met en scène, vers la fin du XIIIe siècle. Pourvus eux‑mêmes de la chevalerie, ils manquaient d’un quatrième comparse, de même dignité, dont la présence était exigée, par la coutume, pour un acte de procédure. Qu’à cela ne tînt ! Ils happèrent en chemin un paysan et lui donnèrent la colée : « Chevalier soyez ! » A cette date, cependant, c’était retarder sur la marche du droit ; et une lourde amende fut le juste châtiment de cet anachronisme.

    Car, désormais, l’aptitude de « l’ordonné » à conférer l’ordre ne subsistait plus, dans son intégrité, que si le postulant appartenait déjà à un lignage chevaleresque. Lorsque tel n’est point le cas, l’adoubement, en vérité, demeure encore possible. Mais à condition d’être spécialement autorisé par l’unique pouvoir auquel les conceptions alors communément répandues accordaient l’exorbitante faculté de lever l’application des règles coutumières : celui du roi, seul dispensateur, comme dit Beaumanoir, des « novelletés ». 

    On l’a déjà vu, telle était, dès Saint Louis, la jurisprudence de la cour royale française. Bientôt l’habitude se prit, dans l’entourage des Capétiens, de donner à ces autorisations la forme de lettres de chancellerie désignées, presque dès le p.449 début, sous le nom de lettres d’anoblissement : car être admis à recevoir la chevalerie, n’était‑ce pas obtenir d’être assimilé aux « nobles » d’origine ? Les premiers exemples que nous possédions de ce genre de documents, promis à un si grand avenir, datent de Philippe III ou de Philippe IV.

    Parfois, le roi usait de son droit pour récompenser sur le champ de bataille, selon l’antique usage, quelque trait de bravoure : ainsi, Philippe le Bel, en faveur d’un boucher, le soir de Mons‑en‑Pevèle (294). Le plus souvent, cependant, c’était afin de reconnaître de longs services ou une situation sociale prééminente. L’acte ne permettait pas seulement de créer un nouveau chevalier ; l’aptitude à l’adoubement se transmettant, par nature, de génération en génération, il faisait, du même coup, surgir un nouveau lignage chevaleresque. La législation et la pratique siciliennes s’inspirèrent de principes tout pareils. De même, en Espagne. Dans l’Empire, les constitutions de Barberousse, à vrai dire, ne prévoient rien de tel.

    Mais nous savons, par ailleurs, que l’Empereur s’estimait en droit d’armer chevaliers de simples soldats (295) ; il ne se considérait donc pas comme lié, personnellement, par les interdictions, en apparence absolues, de ses propres lois. Aussi bien, à partir du règne suivant, l’exemple sicilien ne manqua pas d’exercer son action sur des souverains qui, pour plus d’un demi-siècle, devaient unir les deux couronnes.

    Depuis Conrad IV, qui commença à régner indépendamment en 1250, nous voyons les souverains allemands concéder, par lettres, à des personnages qui n’y étaient pas habilités de naissance, la permission de recevoir le « baudrier de chevalerie ». 

    Assurément les monarchies ne parvinrent pas sans peine à établir ce monopole. Roger II de Sicile, lui-même, fit une exception en faveur de l’abbé della Cava. En France, les nobles et les prélats de la sénéchaussée de Beaucaire prétendaient encore, en 1298, — avec quel succès ? nous ne savons — au droit de créer librement des chevaliers parmi les bourgeois (296). La résistance fut vive surtout du côté des hauts feudataires. Sous Philippe III, la cour du roi dut entamer une procédure contre les comtes de Flandre et de Nevers, coupables d’avoir, de leur propre gré, adoubé des « vilains » p.450 — qui, en réalité, étaient de fort riches personnages.

    Plus tard, dans les désordres du temps des Valois, les grands princes apanagés s’arrogèrent, avec moins de difficulté, ce privilège. Ce fut dans l’Empire, comme il était naturel, que la faculté d’ouvrir ainsi à de nouveaux venus l’accès de la chevalerie se divisa, finalement, entre le plus grand nombre de mains : princes territoriaux, comme, dès 1281, l’évêque de Strasbourg (297) ; voire, en Italie, communes urbaines, comme, dès 1260, Florence. Mais s’agissait‑il là d’autre chose que du dépècement des attributs régaliens ? Le principe qui au seul souverain reconnaissait le droit d’abaisser la barrière restait sauf. Plus grave était le cas des intrus qui, en quantité certainement considérable, mettaient à profit une situation de fait pour se glisser indûment dans les rangs chevaleresques.

    La noblesse demeurant, dans une large mesure, une classe de puissance et de genre de vie, l’opinion commune, en dépit de la loi, ne refusait guère au possesseur d’un fief militaire, au maître d’une seigneurie rurale, au guerrier vieilli sous le harnois, quelle que fût son origine, le nom de noble et, par suite, l’aptitude à l’adoubement. Puis, le titre naissant, comme à l’ordinaire, du long usage, au bout de quelques générations personne ne songeait plus à le contester à la famille ; et le seul espoir qui, au bout du compte, restât permis aux gouvernements était, en s’offrant à sanctionner cet abus, de tirer de ceux qui en avaient bénéficié un peu d’argent.

    Il n’en est pas moins vrai que, préparée au cours d’une longue gestation spontanée, la transformation de l’hérédité de pratique en hérédité juridique n’avait été rendue possible que par l’affermissement des pouvoirs monarchiques ou princiers, seuls capables à la fois d’imposer une police sociale plus rigoureuse et de régulariser, en les sanctionnant, les inévitables et salutaires passages d’ordre à ordre.

    Si le Parlement de Paris n’avait été là ou s’il avait manqué de la force nécessaire à l’exécution de ses sentences, on n’aurait vu, dans le royaume, si petit sire qui n’eût continué à distribuer, à sa volonté, la colée. 

    Il n’était alors guère d’institution qui, aux mains de gouvernements éternellement besogneux, ne se transformât, peu ou prou, en machine à faire de l’argent. Les autorisations p.451 d’adoubement n’échappèrent pas à ce sort commun. Pas plus que les autres expéditions des chancelleries, les lettres royales, à de rares exceptions près, n’étaient gratuites. Parfois aussi on payait pour ne pas avoir à prouver son origine (298).

    Mais Philippe le Bel semble avoir été le premier souverain à mettre, ouvertement, la chevalerie dans le commerce. En 1302, après la défaite de Courtrai, des commissaires parcoururent les provinces, chargés de solliciter les acheteurs d’anoblissement, en même temps que de vendre, aux serfs royaux, leur liberté. On ne voit pas, cependant, que cette pratique ait été dès ce moment, en Europe ni en France même, bien générale ou qu’elle ait beaucoup rapporté. De la « savonnette à vilains », les rois, plus tard, devaient apprendre à faire une des ressources régulières de leur trésorerie et les riches contribuables un moyen d’échapper, par une somme une fois versée, aux impôts dont la noblesse exemptait.

    Mais, jusque vers le milieu du XIVe siècle, le privilège fiscal des nobles demeura encore aussi mal défini que l’impôt d’État lui-même ; et l’esprit de corps, très puissant dans les milieux chevaleresques — auxquels les princes eux‑mêmes avaient conscience d’appartenir — n’eût guère permis, sans doute, de multiplier des faveurs ressenties comme autant d’insultes à la pureté du sang. Si le groupe des chevaliers à titre héréditaire ne s’était pas, à la rigueur, fermé, la porte n’était pourtant que faiblement entrouverte — beaucoup moins aisée à franchir certainement qu’elle ne l’avait été auparavant ou ne devait l’être, à l’avenir. D’où, la violente réaction antinobiliaire qui, en France du moins, éclata au XIVe siècle.

    De la forte constitution d’une classe et de son exclusivité peut‑on rêver symptôme plus éloquent que l’ardeur des attaques dont elle est l’objet ? « Sédition des non‑nobles contre les nobles » : le mot, presque officiellement employé au temps de la jacquerie, est révélateur.

    Non moins, l’inventaire des combattants. Riche bourgeois, premier magistrat de la première des bonnes ville, Étienne Marcel se posait, expressément, en ennemi des nobles. Sous Louis XI ou Louis XIV, il eût été, lui-même, l’un d’eux. En vérité, la période qui s’étend de 1250 à 1400 environ fut, sur lep.452continent, celle de la plus rigoureuse hiérarchisation des couches sociales.

    Marc Bloch

     


    http://classiques.uqac.ca/classiques/bloch_marc/societe_feodale/bloch_societe_feodale.rtf

     

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  • La taverne au moyen-âge

    "Maudits, vous serez maudits …" La malédiction lancée depuis son bûcher par le Grand-Maître des Templiers, Jacques de Molay, contre Philippe le Bel semble s’être étendue à tous ses sujets. Avec la Guerre de Cent ans, les campagnes sont infestées de routiers tandis que les châteaux sont dévastés par les jacques désespérés. Ne parlons pas de la grande Peste, qui emporte entre 50 000 et 80 000 Parisiens entre 1348 et 1349, un sur quatre.

    Temps de malheurs.

    Paris a peur. Les affaires ne sont plus ce qu’elles étaient pour les taverniers parisiens durant la Guerre de Cent ans. Le bon vin a disparu depuis longtemps. La picrate qu'on y sert est imbuvable et hors de prix et chacun sait que cette fripouille de tavernier la coupe avec de l’eau. On se rabat du coup sur la cervoise, que l’on brasse soi-même mais elle est aussi taxée que le vin. Dans les centaines de tavernes puantes, enfumées et graisseuses, l’heure n’est plus à la joie comme au temps des grands rois capétiens, Philippe-Auguste ou Saint-Louis. On ne parle, ni ne chante, encore moins se confie. Les espions sont partout. Il y a d’abord ceux des Anglais et de leurs alliés Bourguignons, et puis ceux des Armagnacs. Et quand la bagarre éclate, les morts d'hommes ne sont pas rares.


    La capitale est devenue un enjeu, et une ville incontrôlable tiraillée par toutes les factions qui vont s’y succéder. Et Paris veut jouer sa carte contre le Roi. Il y a eu bien sûr 1354, Etienne Marcel, prévôt des marchands qui est parvenu à coiffer le Dauphin, du chaperon blanc et bleu des Parisiens. Cela a plus de panache et de grandeur que la (Ci-dessus, Crieur de vins d'après illustration de la Bibliothèque Nationale.) conspiration des bouchers de Simon Caboche à la solde des Bourguignons. La corporation des bouchers, l’une des plus riches et puissantes de Paris avait son église Saint-Jacques la Boucherie, dont il ne reste aujourd’hui que la Tour, et ses rues aux noms évocateurs, rue de l’Ecorcherie ou de la Tuerie. L’hémoglobine est leur univers et leur aventure se termine logiquement dans le sang.

    La fin de la Guerre de Cent ans verra une renaissance de Paris qui va retrouver ses 200 000 habitants mais les artisans vont laisser place aux fonctionnaires et aux hommes de robes. La Renaissance arrive.

    Du vin tavernier pour oublier les malheurs du temps !

    Dans l’histoire du Paris Médiéval, le vin joue un rôle essentiel. On le sert dans les centaines de tavernes. Comme le sel, son transport et son commerce est un monopole. Le vin ne peut pénétrer Paris que par la Seine. Du coup, les bourgeois de Paris qui dominent les navigations sont en haut de l’échelle sociale. Ils sont chargés par le roi de nommer les crieurs qui chaque jour donnent le prix du vin dans les tavernes. Ils nomment aussi les mesureurs. Rien de plus anti-libéral et protectionniste que l’Ancien Régime.


    Que boit-on dans les tavernes Parisiennes ?

    D’abord du "Vin français" Monseigneur. C’est-à-dire du vin produit dans les environs de Paris. Tous les coteaux de la Seine sont plantés de vignes, de cépages fromentel qui donne un joli blanc et du morillon pour le rouge. Celui qui ravit le plus les palais parisiens est le vin d’Argenteuil, comme le souligne Raymond Cazelles dans son ouvrage Paris de Philippe-Auguste à Charles V (Nouvelle Histoire de Paris). On y boit aussi du Bourgogne mais les grands domaines s’attachent à limiter son extension. Mais dans tous les cas, quand le vin est tiré, il faut le boire et vite car ce n’est qu’au XIX° siècle que les techniques de conservation seront développées. Du coup, dans les tavernes parisiennes, la picrate est souvent le lot commun.


     

     

    Gentils mots contre les "taverniers qui brouillent notre vin".
    François Villon I. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.

    D'une eect de dart, d'une lance asserée,
    D'une grant faussait, d'une grosse massue,
    D'une guisarme, d'une flèche ferrée,
    D'ung bracquemait, d'une hache esmolue,
    D'ung grand penart et d'une bisagûe,
    D'ung fort espieu et d'une saqueboute ;
    De mauIx briguans puissent trouver tel route
    Que tous leurs corps fussent mis par morceaul:
    Le cueur fendu, desciré par monceaulx,
    Le col couppé d'ung bon branc acherin,
    Descirez soient de truye et de pourceaulx
    Les taverniers qui brouillent nostre vin.
    D'ung arc turcquois, d'une espée affilée
    Ayent les paillars la brouaille cousue,
    De feu gregoys la perrucque bruslée,
    Et par tempeste la cervelle espandue,
    Au grand gibet leur charongne pendue,
    Et briefvement puissent mourir de goutte,
    Ou je requiers et pry que l'on leur boute
    Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;
    Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,
    Et puis bouillir en huille le matin,
    Desmembrez soient à quatre grans chevaux,
    Les taverniers qui brouillent nostre vin.
    D'un gros canon la tête escarbouillée
    Et de tonnerre acablez en la rue
    Soienttous leurs corps, etleurchair dessirée,
    De gros mastins bien garnye et pourvue,
    De torz esclers puissent perdre la veue,
    Neige et grésil tousj'ours sur eux dégoutte,
    Avecques ce ilz aient la pluye toute
    Sansquesureux ayentrobbes ne manteaulx,
    Leurs corps trenchczdc dagues et couteaulx,
    Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin ;
    Desrompuz soient à quatre-vingts marteau Ix
    Les taverniers qui brouillen nostre vin.

     

    Cinq "escholiers" tués dans une taverne.

    Sous les Capétiens, les étudiants du Quartier Latin, qu’on appelle alors écoliers, comptent parmi les clients les plus fidèles des tavernes. Ce ne sont pas les moins turbulents. François Villon, est assez représentatif de "l'écolier" parisien.


    Paris, attire alors des jeunes de toute l’Europe. Ils se massent sur les flancs de la Montagne Sainte-Geneviève. Ils sortent armés, chahutent voire violentent les femmes, et payent moins qu’à leur tour leurs écots aux taverniers. Quand ils ont le dessus, les taverniers et leurs garçons attrapent les mauvais payeurs, les mettent nus comme des vers et les jettent dehors. L’assistance se régale davantage bien sûr quand il neige ou que le thermomètre est en dessous de 0°.

    Mais tout n’est pas aussi drôle.

    Il y a aussi des bagarres mortelles. En 1200, l’une d’entre elles débouche sur une véritable crise d’état. Le domestique d'un écolier allemand s’en était allé, le broc à la main, chercher du vin pour son patron chez le tavernier du coin. Incompréhension, dispute, ivresse, une bagarre éclate entre le tavernier appuyé par des bourgeois et des étudiants. Les hommes du prévôt, (la police) arrivent et prêtent main-forte aux bourgeois. Bilan : cinq morts parmi les écoliers. L'affaire n’en reste pas là. L’Université de Paris se met en grève. Le roi doit céder. Il fait emprisonner le prévôt tandis que les maisons des meurtriers sont démolies et leurs vignes arrachées.

    "Au bout d'un an cependant, les écoliers, bons bougres, demandèrent que le prévôt et ses hommes fussent remis en liberté, mais à la condition d'être fouettés par les " suppôts " de l'Université. Philippe répondit que son honneur ne le permettrait pas. " relatait Pierre Dominique dans un numéro du Crapouillot en 1960.

    Bien sûr, au-delà du fait divers, il y a la réelle lutte de pouvoir entre le roi et l’Université de Paris. L’université et ses clercs disposeront après ce fait divers d’un privilège spécial. Après 1200, les hommes du Prévôt n’auront plus le droit de porter la main sur un écolier sauf flagrant délit et à fortiori de pénétrer dans l’Université.

    Avec quoi buvez-vous ? Et si vous trinquiez comme nos ancêtres ? Chope, gobelet, verre, gourde, ont su traverser les époques…

    Le gobelet : connu dès l’antiquité
    Dans quoi boit-on dans les tavernes du Moyen-Age ? On trinque dans un abreuvon, un ancien terme générique qui désignait verres à boire, tasses ou gobelets. Au XIVème siècle, le gobel (récipient pour boire, en ancien provençal) remplace les abreuvons. Au XVème siècle, le gobelet s’impose sur les tables. Sa forme très simple est connue depuis l’Antiquité : il s’agit d’un verre cylindrique avec un petit pied. En France, les plus petits modèles mesurent à l’époque 4 centimètres ; les plus grands sont trois fois plus hauts. Le gobelet est d’abord réalisé en terre ou en étain. Puis en verre, gaufré, côtelé et même légèrement coloré, dans des tons verdâtres. A la fin du XVème siècle, le verre devient incolore : on parle de verre " cristallin ". Très recherché, il est alors admis sur les tables des nantis. Peu à peu, le gobelet perd son pied et gagne en richesse décorative. Tronçonnique, lourd et bien assis sur sa base, l’objet gravé ou émaillé porte des inscriptions, des dédicaces, des armoiries, voire des cènes de chasse.

    La chope : inspirée de nos voisins européens
    Grand gobelet moulé, muni d’une anse et d’un couvercle, la chope s’impose d’abord en Lorraine au début du XIVème siècle. Si les premiers modèles sont en métal, c’est simplement pour assurer une bonne solidité. Car le mot chope provient de l’alsacien schopen (puisoir de brasseur) qui a donné chopine. Cette mesure, équivalant à un demi-litre, est utilisée dans l’Est et le Nord de la France. Peu à peu, la chope prend des rondeurs, le verre s’opacifie ou est émaillé de personnages. Sa base, son couvercle et parfois son anse sont protégés par de l’étain. Une belle allure sans doute inspirée de modèles anglais.

    Le verre à jambe : longtemps un objet de luxe
    Un conseil, ne qualifiez plus de verre à pied, le verre à jambe. Car le pied, dans le langage courant, est une jambe pour les spécialistes du verre. Cette précision n’a rien d’une querelle de puristes et correspond beaucoup plus logiquement à la forme du verre. Celui-ci est composé de trois parties : la coupe (également appelée le bol), la jambe et le pied dont dépend l’aplomb. Fabriqués séparément, ces trois éléments sont ensuite assemblés. Inspiré des modèles créés à Venise, ce type d’objet a longtemps été considéré comme très luxueux. D’ailleurs, jusqu’au XVIème siècle, on ne comptait qu’un seul verre pour une table. C’est seulement dans les maisons les plus aisées que le chiffre pouvait être multiplié par trois au quatre. Jusqu’à la Révolution , les verres à boire sont posés sur les buffets. Un serviteur les apporte aux invités et les remportes vides. C’est pourquoi, pendant longtemps, il n’y avait pas de services de verres. Ils ne commenceront à apparaître qu’au XIXème siècle.

    Le verre surprise : cachait bien son jeu
    Le XIXème siècle inaugure les longs repas de famille que l’on apprécie d’animer avec quelques jeux et farces. C’est alors que l’on s’amuse avec les verres " à surprise ". La particularité de ces récipients : le liquide monte à travers un tube placé à l’intérieur du verre (le principe des vases communicants) et colore une figurine. Ces objets, très travaillés, étaient déjà connus au siècle précédent. Ils auraient été fabriqués à Nevers (Nièvre), une des capitales du verre de cette époque. On retrouve déjà la trace de ces objets trompeurs sous la Renaissance , au XVème siècle. Ils prennent alors la forme d’une botte et sont nés à Strasbourg (Bas-Rhin).

    La gourde : un petit air de cucurbitacée
    Le fruit de la courge a donné sa forme et son nom à la gourde ! Le mot vient du latin cucurbita qui signifie à la fois courge et gourde. Cette dernière, qui ressemble au fruit évidé, désigne le récipient en cuir, en céramique ou en verre qui contient un liquide. Les fragiles gourdes de verre que l’on porte accrochées à la ceinture doivent être bien protégées. Au XVIème siècle, les Lorrains trouvent la solution en enveloppant leurs gourdes à eau-de-vie dans un tressage de vannerie. Comme souvent pour les objets d’usage, les gourdes populaires arrivent vitre chez les plus fortunés. Elles sont alors détournées de leur fonction pour devenir une œuvre d’apparat. Les artisans fabriquent pour de riches clients des modèles de luxe en verre coloré et émaillé.

    Les premiers beaux verres trônent sur les tables royales
    Au XIIIème siècle, le mot verre (de l’ancien français voirre, issu du latin vitrum), désigne un récipient individuel pour boire. Les premiers beaux verres apparaissent, eux, à l’aube du XIVème siècle. Rois et princes apprécient ces objets en cristal de roche qui laissent voir la couleur du vin. D’abord cantonnés sur des buffets, les verres passent à table. A la cour de Louis XIII, le sommelier (responsable des couverts et de la préparation du vin) versait le vin et l’eau dans un verre ; l’échanson goûtait le mélange qui tendait le verre au roi. La forme des récipients varient selon la boisson : hydromel, bière…Au XVIIème siècle, la verrerie importée de Venise et de Bohème apparaît chez les plus fortunés.

     

     

     

     

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  • L'élevage au moyen âge

    Aubracs


    Les opérations consistent à gérer la reproduction des animaux adultes pour les multiplier, leur fournir gite, nourriture, soins, en vue de leur utilisation et/ou de leur production.

    Les produits de l'élevage sont :

    Les animaux eux-mêmes (jeunes pour l'accroissement des troupeaux, animaux de repeuplement de territoire de chasse ou de pêche, ) ;

    Les produits animaux pour l'alimentation humaine (ou animale) : viande, poisson, coquillages, lait, œufs, miel ;
    Des produits non alimentaires : poils, laine, cuir, plumes, duvet, fourrure, corne, soie, etc. ;
    Des sous produits : fumier, lisier.
    Le travail (animaux de trait, furet de chasse ...).

    Les premiers hommes vivaient de cueillette et de chasse.

    Le passage vers l'agriculture et l'élevage est généralement présenté comme "naturel", ce qui est une façon élégante d'éviter de répondre à la question du pourquoi et du comment ... Pourtant, les deux types de pratiques sont totalement opposés, les peuples qui vivent de l'une sont assez généralement en guerre totale avec ceux préférant l'autre, et on ne connait pas les pratiques intermédiaires qui pourraient expliquer le glissement de l'une vers l'autre...


    De plus, si on examine l'affaire, il faut bien reconnaitre que au plan économique, la chasse est une pratique rapide et relativement facile, très rentable puisqu'elle ne requiert qu'un outil simple et un peu de temps. L'élevage est, par comparaison, un investissement énorme en temps, en soins, en risques (morsure ou coups, maladie et parasites d'un animal pas facile à contrôler ; perte du cheptel sous la dent d'un prédateur ou d'un chasseur, etc.), pour un rapport qui est finalement celui d'une simple chasse. L'élevage ne peut devenir rentable qu'avec de la chance, et après des générations d'efforts pour sélectionner les lignées animales les plus dociles et les plus adaptées à une vie commune avec les hommes, et l'accumulation d'un capital (cheptel) très important ; mais pendant tout ce temps -- éventuellement des siècles--, loin d'être une affaire rentable, s'était un véritable gaspillage de ressources.

    Sur le plan social, les relations que peuvent nouer les chasseurs ou les éleveurs sont très différentes. Le chasseur est un individu armé et habituer à tuer, qui attire le respect, il lui est facile de défendre son territoire de chasse ... ou de l'évacuer face à un adversaire plus fort. Les chasseurs peuvent, et parfois doivent, coopérer pour s'attaquer à des proies trop grosses, trop agressives, ou trop mobiles, mais c'est une coopération fluide qui peut se nouer et se dénouer sans difficulté. Le chasseur peut s'attaquer à un autre groupe sans prendre trop de risque : il n'a pas grand chose à perdre, et peut prendre l'initiative d'une agression. L'éleveur, est sur tous ces plans, dans une position pratiquement opposée, et bien moins favorable.

    Dans ces conditions, la logique voudrait plutôt que l'éleveur abandonne sa pratique pour se faire chasseur, plutôt que le contraire ! Ainsi, il y a bien un mystère de l'apparition de l'élevage, dont l'explication a peut-être été trouvée chez les Aïnus avec leur rituel de l'ours : l'élevage pourrait avoir été un produit d'un rituel sacrificiel, un animal, élevé comme un membre de la famille et en son sein, servant aux sacrifice lorsqu'un rituel l'exige. La domestication donnant alors (ou non) un résultat en fonction de l'animal utilisé : loup conduisant à l'apparition du chien, bovin sauvage, ou ... ours chez les Aïnus, ce qui ne mène à rien d'utile mais nous donne une piste explicative.

    L'élevage

    Le premier animal domestiqué est, semble-t-il, le loup. Le chasseur admirait légitimement le loup, dont il a souvent fait son totem et, au sens propre, un membre de sa famille. Ainsi apparu le chien, compagnon de chasse des plus efficace, pour le plus grand bénéfice du chasseur et celui, si on ose dire, du chien.


    Les premières traces d'élevages d'herbivores ont été découvertes en Mésopotamie il y a plus de 8000 ans. Elles sont associées à un culte de tauromachique, avec des jeux (dangereux) dont la corrida est une lointaine descendante.

    Pendant le Haut Moyen Âge en Europe, la consommation de viande était relativement importante[2]. Fernand Braudel écrivait que "Des siècles durant, au Moyen Âge, elle (L'Europe) a connu des tables surchargées de viandes et des consommations à la limite du possible"[3]. L'élevage fournissait d'autres ressources telles que le lait, le cuir, la laine et la graisse. Il permit une civilisation de l'objet au XIIIe siècle : le cuir était transformé en chaussures ; le parchemin était de la peau traitée. La laine alimentait l'industrie drapière. Les boyaux et les cornes entraient dans la fabrication d'instruments de musique.

    Les paysans utilisaient la force des animaux pour les travaux agricoles : bœufs et chevaux tiraient la charrue ou la herse. Ils réalisaient les corvées de charrois (transport de vin, de blé, de bois, de paille ...). Les chevaux halaient les navires sur les fleuves. Ils étaient le bien le plus précieux des chevaliers. Certains moulins utilisaient leur force de travail. L'élevage fournissait de manière indirecte des fumures pour amender les terres.

    Les animaux

    Le cheptel médiéval était essentiellement constitué de bœufs, de moutons et de porcs. La proportion de chaque espèce dépendait des régions : dans la zone méditerranéenne, les ovicapridés l'emportaient nettement en nombre. Elle dépendait aussi de l'époque : avec les grands défrichements, la proportion des porcs tend à diminuer. La fin du Moyen Âge voit l'essor de l'élevage spéculatif.


    Les bovidés jusqu’à l’avènement de la révolution industrielle l’élevage bovin était essentiellement destiné à la production de la force de travail. Leur utilisation comme source de nourriture était marginale, la plupart du temps l’abattage se limitait aux animaux n’étant plus en mesure par leur vieillesse ou maladie d’exercer leur fonction. Les premiers renseignements conservant l’élevage de bovins dans les Pouilles datent du Moyen-âge où les bœufs étaient les principaux animaux chargés du travail aux champs de grandes tailles. Par leur coût très élevé, il restait l’apanage de quelques riches propriétaires et/ou seigneurs féodaux.

    Leur élevage nécessite des espaces herbagers (prés, prairies, pâturages). Après les moissons, ils broutent les restes des épis : c'est la vaine pâture. Ils sont aussi emmenés sur les terres laissées au repos (friche) qu'ils engraissent de leur fumure. Leur fumier est récupéré lorsqu'ils sont en stabulation pour être épandu sur l'ager. Pendant l'hiver, ils sont nourris grâce au foin. Dès le XIIe siècle en Flandre, les paysans leur donnent un complément de légumineuses.

    Les ovi-caprinés sont élevés pour leur laine, et, dans une moindre mesure pour leur viande et leur lait. Ils font l'objet d'une transhumance en montagne et leur nombre a tendance à augmenter à la fin du Moyen Âge.
     

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  • L'élevage au moyen âge

    Aubracs


    Les opérations consistent à gérer la reproduction des animaux adultes pour les multiplier, leur fournir gite, nourriture, soins, en vue de leur utilisation et/ou de leur production.

    Les produits de l'élevage sont :

    Les animaux eux-mêmes (jeunes pour l'accroissement des troupeaux, animaux de repeuplement de territoire de chasse ou de pêche, ) ;

    Les produits animaux pour l'alimentation humaine (ou animale) : viande, poisson, coquillages, lait, œufs, miel ;
    Des produits non alimentaires : poils, laine, cuir, plumes, duvet, fourrure, corne, soie, etc. ;
    Des sous produits : fumier, lisier.
    Le travail (animaux de trait, furet de chasse ...).

    Les premiers hommes vivaient de cueillette et de chasse.

    Le passage vers l'agriculture et l'élevage est généralement présenté comme "naturel", ce qui est une façon élégante d'éviter de répondre à la question du pourquoi et du comment ... Pourtant, les deux types de pratiques sont totalement opposés, les peuples qui vivent de l'une sont assez généralement en guerre totale avec ceux préférant l'autre, et on ne connait pas les pratiques intermédiaires qui pourraient expliquer le glissement de l'une vers l'autre...


    De plus, si on examine l'affaire, il faut bien reconnaitre que au plan économique, la chasse est une pratique rapide et relativement facile, très rentable puisqu'elle ne requiert qu'un outil simple et un peu de temps. L'élevage est, par comparaison, un investissement énorme en temps, en soins, en risques (morsure ou coups, maladie et parasites d'un animal pas facile à contrôler ; perte du cheptel sous la dent d'un prédateur ou d'un chasseur, etc.), pour un rapport qui est finalement celui d'une simple chasse. L'élevage ne peut devenir rentable qu'avec de la chance, et après des générations d'efforts pour sélectionner les lignées animales les plus dociles et les plus adaptées à une vie commune avec les hommes, et l'accumulation d'un capital (cheptel) très important ; mais pendant tout ce temps -- éventuellement des siècles--, loin d'être une affaire rentable, s'était un véritable gaspillage de ressources.

    Sur le plan social, les relations que peuvent nouer les chasseurs ou les éleveurs sont très différentes. Le chasseur est un individu armé et habituer à tuer, qui attire le respect, il lui est facile de défendre son territoire de chasse ... ou de l'évacuer face à un adversaire plus fort. Les chasseurs peuvent, et parfois doivent, coopérer pour s'attaquer à des proies trop grosses, trop agressives, ou trop mobiles, mais c'est une coopération fluide qui peut se nouer et se dénouer sans difficulté. Le chasseur peut s'attaquer à un autre groupe sans prendre trop de risque : il n'a pas grand chose à perdre, et peut prendre l'initiative d'une agression. L'éleveur, est sur tous ces plans, dans une position pratiquement opposée, et bien moins favorable.

    Dans ces conditions, la logique voudrait plutôt que l'éleveur abandonne sa pratique pour se faire chasseur, plutôt que le contraire ! Ainsi, il y a bien un mystère de l'apparition de l'élevage, dont l'explication a peut-être été trouvée chez les Aïnus avec leur rituel de l'ours : l'élevage pourrait avoir été un produit d'un rituel sacrificiel, un animal, élevé comme un membre de la famille et en son sein, servant aux sacrifice lorsqu'un rituel l'exige. La domestication donnant alors (ou non) un résultat en fonction de l'animal utilisé : loup conduisant à l'apparition du chien, bovin sauvage, ou ... ours chez les Aïnus, ce qui ne mène à rien d'utile mais nous donne une piste explicative.

    L'élevage

    Le premier animal domestiqué est, semble-t-il, le loup. Le chasseur admirait légitimement le loup, dont il a souvent fait son totem et, au sens propre, un membre de sa famille. Ainsi apparu le chien, compagnon de chasse des plus efficace, pour le plus grand bénéfice du chasseur et celui, si on ose dire, du chien.


    Les premières traces d'élevages d'herbivores ont été découvertes en Mésopotamie il y a plus de 8000 ans. Elles sont associées à un culte de tauromachique, avec des jeux (dangereux) dont la corrida est une lointaine descendante.

    Pendant le Haut Moyen Âge en Europe, la consommation de viande était relativement importante[2]. Fernand Braudel écrivait que "Des siècles durant, au Moyen Âge, elle (L'Europe) a connu des tables surchargées de viandes et des consommations à la limite du possible"[3]. L'élevage fournissait d'autres ressources telles que le lait, le cuir, la laine et la graisse. Il permit une civilisation de l'objet au XIIIe siècle : le cuir était transformé en chaussures ; le parchemin était de la peau traitée. La laine alimentait l'industrie drapière. Les boyaux et les cornes entraient dans la fabrication d'instruments de musique.

    Les paysans utilisaient la force des animaux pour les travaux agricoles : bœufs et chevaux tiraient la charrue ou la herse. Ils réalisaient les corvées de charrois (transport de vin, de blé, de bois, de paille ...). Les chevaux halaient les navires sur les fleuves. Ils étaient le bien le plus précieux des chevaliers. Certains moulins utilisaient leur force de travail. L'élevage fournissait de manière indirecte des fumures pour amender les terres.

    Les animaux

    Le cheptel médiéval était essentiellement constitué de bœufs, de moutons et de porcs. La proportion de chaque espèce dépendait des régions : dans la zone méditerranéenne, les ovicapridés l'emportaient nettement en nombre. Elle dépendait aussi de l'époque : avec les grands défrichements, la proportion des porcs tend à diminuer. La fin du Moyen Âge voit l'essor de l'élevage spéculatif.


    Les bovidés jusqu’à l’avènement de la révolution industrielle l’élevage bovin était essentiellement destiné à la production de la force de travail. Leur utilisation comme source de nourriture était marginale, la plupart du temps l’abattage se limitait aux animaux n’étant plus en mesure par leur vieillesse ou maladie d’exercer leur fonction. Les premiers renseignements conservant l’élevage de bovins dans les Pouilles datent du Moyen-âge où les bœufs étaient les principaux animaux chargés du travail aux champs de grandes tailles. Par leur coût très élevé, il restait l’apanage de quelques riches propriétaires et/ou seigneurs féodaux.

    Leur élevage nécessite des espaces herbagers (prés, prairies, pâturages). Après les moissons, ils broutent les restes des épis : c'est la vaine pâture. Ils sont aussi emmenés sur les terres laissées au repos (friche) qu'ils engraissent de leur fumure. Leur fumier est récupéré lorsqu'ils sont en stabulation pour être épandu sur l'ager. Pendant l'hiver, ils sont nourris grâce au foin. Dès le XIIe siècle en Flandre, les paysans leur donnent un complément de légumineuses.

    Les ovi-caprinés sont élevés pour leur laine, et, dans une moindre mesure pour leur viande et leur lait. Ils font l'objet d'une transhumance en montagne et leur nombre a tendance à augmenter à la fin du Moyen Âge.
     

                         

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    Pour retrouver la Tradition primordiale, il ne suffit pas de regarder un peuple ou une tradition, il est indispensable d’aller plus loin, chercher et chercher encore. Lorsqu’un peuple envahit un pays, il ne peut qu’utiliser ce qu’il trouve déjà sur le terrain, comme nous le constatons, par exemple, avec les Romains. Il en est exactement de même pour les Celtes. Ces derniers furent, sans conteste, les porteurs d’une tradition, mais celle-ci n’était qu’une partie de la TRADITION !

    Les Celtes assimilèrent les Traditions, les cultes et les croyances des peuples qu’ils dominèrent, au demeurant, pour une période très courte. Renier, comme certains le font, cette TRADITION PRIMORDIALE, revient alors à renier le Druidisme lui-même, puisque c’est lui retirer sa réalité et sa vérité primordiale.

    Galates, Galli, Gaule et Gaulois

    Avec cette Tradition, restant à jamais la base instinctive de notre savoir mythologique sacré, se constituera simultanément la première ébauche de nos territoires liés aux plus anciens témoignages de notre géographie politique. La ‘géographie physique’, en opposition fondamentale, nous sera laissée par les peuples Ibéro-Ligures.

    Ce peuple Celte ‘envahissant’ se répandra non seulement en Europe occidentale mais également dans toute l’Europe centrale. En Asie Mineure il fondera un royaume, appelé ‘Galates’ par les Grecs. Puis les Germains refoulèrent les Celtes d’Europe du nord vers l’Espagne, les Iles Britanniques et la Gaule. Il est probable que ce nom, qui nous restera, provienne d’ailleurs de ‘Galates’, et ‘Galli’ pour les latins. La langue Celte ne subsistera, elle, qu’en Ecosse, Irlande, Pays de Galles, Bretagne.

    Il est difficile de résumer impartialement l’histoire de ce peuple car les hypothèses historiques vont parfois à l’encontre les unes des autres ; cependant le lecteur trouvera en fin de ce travail une bibliographie sommaire afin qu’il puisse se forger sa propre idée. En ce qui concerne l’aspect culturel, nous retiendrons que pour Olivier Geslin « Ils présentaient une certaine unité linguistique, morale et religieuse, mais politiquement indépendants les uns des autres ».

    Celtie et Hyperborée ?

    La question la plus irritante des énigmes celtiques est de se demander d’où ce peuple tenait la somme des connaissances et traditions qui constituaient ses rites. Nous trouvons dans ‘Le Voile d’Isis’, de mars 1932, le formidable travail d’ Auriger. Pour lui les Celtes furent les continuateurs des Atlantes et les initiateurs de toutes les civilisations d’Europe et d’Asie. Les éléments proposés montrent ce peuple échappé, avec les Egyptiens, de la catastrophe engloutissant l’Atlantide et dépositaire de la Tradition perpétuelle et unanime.

    Paul le Cour suivra cette audacieuse hypothèse. Pour lui aussi, il s’agit d’une race nordique et atlantique, dont les ‘comptoirs’ éloignés de leur terre d’origine ne pouvaient perdurer bien longtemps ainsi retranchés de leur origine. A cet effet, il souligne, fort à propos, que les Grecs ‘Hyperboréens’ et ‘Celtes’ sont parfois considérés comme synonymes !

    Précisons que communauté d’origine ne signifie pas obligatoirement identité raciale (au sens étymologique du mot!), de fait la véritable unité fondamentale celtique peut demeurer de nature uniquement spirituelle. Alors que la base administrative et militaire restait la ‘cité’, la tradition religieuse et l’organisation druidique assuraient la cohésion de cet immense réseau ethnique qui s’étendra de l’Irlande au Danube et s’avancera même jusqu’à l’Orient. C’est ce que démontre par ailleurs la célèbre épopée de Ram (Bélier en Gaulois).

    Une formidable société

    Si l’on propose comme ferment de l’idée européenne la ‘latinité’ ou encore le racisme nordique, on ne peut obtenir, par définition, l’adhésion que d’une très minime fraction d’européens.

    Le dénominateur commun pourrait être plus simplement ‘l’esprit celtique’. Ce dernier a imprégné les peuples de notre continent par la race, le fondement rituel, la philosophie, la littérature et surtout la base de la chevalerie naissante. Cet ‘esprit’ est étroitement lié à l’apport hellénique et, par là, à la grande tradition occidentale atlantéo-hyperboréenne. Et, s’il y a des implications même sur le continent africain, on retiendra que l’Afrique et l’Europe sont complémentaires à plus d’un titre!

    Il y aurait, surtout à notre époque, beaucoup d’inspiration à puiser dans les institutions sociales celtes : Collèges, formation de la jeunesse, des chefs, des élites religieuses et spirituelles et enfin : prééminence du rôle de la femme dans la société.

    Avec une vision étrangement prophétique, Philéas Le Besgue écrivait à ce propos : « Sur les bases du celtisme se pourraient constituer de véritables amphictyonies européennes, car l’esprit de la table ronde s’est propagé loin par delà les frontières aussi bien que les idées de liberté humaine au temps de la Révolution. » Par l’ouverture actuelle sur une Europe naissante c’est dire quel pourrait-être, dans cette croisade exaltante et surtout pacifique, le rôle de la France. Cette ‘mission celtique’ n’est-elle pas en vérité ‘mission européenne’ et, partant, ‘mission Française’… c’est une question sur laquelle nos hommes politiques devraient méditer.

    La Tradition Celte

    Après le rapide survol du schéma social et politique celte, tentons, à présent, d’en approcher les fondements traditionnels et spirituels et surtout leurs mystères.

    Les druides celtes furent les détenteurs de la ‘Tradition Primordiale’ ou plus précisément, comme le disaient les Grecs de l’Antiquité, de la ‘Tradition Hyperboréenne’.

    Nous savons, qu’en mythologie grecque, Apollon était nommé ‘Hyperboréen’ et que ce dieu de ‘Lumière’ était l’équivalent du dieu Lug. Lug et Apollon ont aussi en commun leur animal familier : le corbeau. On note encore qu’un des introducteurs du culte d’Apollon à Athènes était un certain ‘Lukos’ à la consonance ‘Lug’ indiscutable.

    D’autre part le druidisme correspond assez bien au christianisme primitif, à la différence notoire que le druidisme ne fut jamais un état dans l’état, mais simplement le gardien vigilant de la Tradition ! A cet effet, les croyances celtes n’imposaient jamais leur ‘foi’ ni leur ‘loi’. Elles respectaient les croyances des autres peuples, leurs rites, leurs libertés de penser et espérer selon leurs différences. Il nous reste bien à faire à ce propos actuellement!

    Les rites nous conduisent tout naturellement aux célébrations rituelles de l’année .

    IMBOLE: fête du printemps qui se situe vers le 1er février de notre calendrier. Attribuée à la Triple Brigitt, c’est la célébration de la renaissance de la nature et de la fécondité.

    BELTAINE: fête sacerdotale par excellence, c’est la fête du dieu Bel (Belenos ou Belenus), soleil nouveau qui va régénérer la Terre nourricière, la Terre Mère. Fêtée au 1er mai, c’est à cette date que les Tuatha de Danann, les fils de la déesse Dana ou Ana dont le dieu Lug est le chef, sont arrivés en Islande. C’est l’une des deux fêtes celtes du feu (bienfaisant). Celle-ci est en l’honneur de la naissance et de la jeunesse de Lug. Au cours de cette célébration les assistants franchissent les feux allumés par les druides.

    LUGNASAD: Célébrée le 1er août, c’est la fête du Roi (solaire), donc de l’assemblée de Lug et de tous ses fils spirituels. A cette dernière les guerriers venaient sans armes et honoraient ainsi l’amitié et la paix. L’aspect royal de Lug y était reconnu sous la forme du jaune et du brillant, à cette époque le blé se trouvait ainsi naturellement à l’honneur.

    SAMAIN: La nuit du dernier jour d’octobre est la seconde fête celte du feu. Le soleil meurt progressivement à l’image du grain que l’on vient de planter. C’est la seconde fête des guerriers, militaire et totale. Elle décrit le conflit avec les puissances de l'autre monde, de leurs interventions dans les affaires humaines, ainsi que parfois de leurs visites dans notre monde. A l’inverse de l’autre fête du feu, ces derniers doivent être éteints la veille de cette réunion avec banquets.

    Samain et Beltaine sont les deux pôles de l’année celtique partagée entre lumière et obscurité.

    Cette fête de SAMAIN correspond maintenant, pour l’Eglise, à la Toussaint. On y retrouve les même détails, mais christianisés, du culte des morts et des puissances ténébreuses. C’est encore aujourd’hui la célébration ‘d’Hallowe’en’. En vérité ce mot est la contraction de ‘All Hallow’s Eve’ soit : ‘la Vigile du Jour de tous les Saints’.

    La fête du feu

    Il est utile de revenir sur cette fête et sur certains de ses caractères souvent oubliés ou délaissés. D’abord ce n’est pas la fête domestique célébrant le feu du foyer, mais un rite puissant du repli sur soi-même. Ensuite l’honneur pour le feu permettant la communication d’une rive à l’autre et avec l’invisible de l’au-delà. Les emplacements pour ces feux ne sont jamais le fruit du hasard: lieux traditionnels liés au même tellurisme sur lequel s’alignent les grands mégalithes, autres manifestations mystérieuses de la magie oubliée des druides.

    Si les participants dansent autour de ces feux, il ne s’agit pas pour autant d’un rite de fertilité solaire. Il s’agissait avant tout d’une antique pratique celte de divination. Chaque danseur lançait un caillou blanc dans le brasier, après y avoir inscrit son emblème de famille, afin que l’esprit des flammes influe sur les signes prévisionnels.

    Au matin, celui qui ne retrouvait pas, dans les cendres chaudes, la pierre de sa famille, était certain de ne pas assister au nouvel ‘Hallowe’en! La tradition affirme que la quête du caillou blanc se faisait avec un bois de coudrier, dont on note au passage la similitude avec celui des sourciers. Chaque détail de cette recherche apportait des indices pour l’avenir : couleur des cendres, signes rencontrés, teintes prises par la pierre… ce rite de la magie celte est aujourd’hui pratiquement oublié. On le retrouve cependant intégralement retransmis dans la ‘Transposition de Lugaid Reo Nderc’H’ qui serait la récupération d’une traduction manuscrite du 4ème siècle, lui-même explicité sur d’antiques récits romains.

    Il semblerait même, selon certaines hypothèses ‘celtisantes’, que les initiés celtes pouvaient cette nuit-là établir un lien entre leur peuple et celui d’humanités différentes lointaines, dans l’espace et le temps, ainsi qu’avec le ‘Petit peuple’ de la Nature. La fête, aujourd’hui manifestation des enfants questant des cadeaux, rappellerait ces petits Etres aux aspects aussi multiples que les déguisements enfantins et serait le lointain souvenir d’un peuple révolu capable d’une magie toute-puissante ouvrant sur d’étonnantes portes entre certains univers fabuleux.

    Encore, à propos des fêtes solaires honorées par les Celtes, il est utile de préciser que ce peuple comptait les jours non pas comme nous, avec le lever du soleil, mais avec celui de la lune et que les druides savaient, avant tout, allier les deux calendriers pour n’en faire qu’un : le calendrier soli-lunaire. A ces grandes cérémonies calendaires, il faut ajouter celles plus individuelles et ponctuelles : incarnation de la naissance, désincarnation du passage vers l’au-delà, mariage, etc…

    Quelques symboles celtes

    La tradition et les mystères celtes font appel à un symbolisme d’une richesse qui étonne toujours par sa diversité et sa complexité. Nous ne retiendrons brièvement ici que les plus usités et les plus connus:

    Le chêne: Divinité et majesté, personnifie la solidité, la puissance, la longévité, la hauteur au sens spirituel et matériel. Symbole de ‘l’axe du Monde’ il devient le lien entre le ciel et la terre et seul moyen de communiquer avec eux. Par ses branches solides, son symbolisme et son feuillage touffu, le chêne représente l’emblème de l’hospitalité et, de fait, devient un temple. La tradition assure que Gwin (le blanc) est prisonnier du tronc de cet arbre magique et n’en sort qu’une fois l’an, au solstice hivernal pour vaincre le chevalier rouge du houx.

    Le Gui: Symbole de l’immortalité, de la vigueur et de la régénération physique, a pour autre nom ‘Rameau d’or’ dans le symbolisme universel celte. Le gui passe pour avoir une puissance magique permettant d’ouvrir le monde souterrain, éloigner les démons. Il est la force, la sagesse et la connaissance. Ces trois aspects auront le même sens que la racine ‘Dru-Wid’ qui donnera le mot Druide. Seuls ces prêtres celtes seront habilités à la cueillette de la plante sacrée qu’est le gui. Ce dernier, dont le fruit est fait de boules blanches, représente aussi la lune. La faucille, seul instrument utilisé pour sa coupe, symbolise l’aspect ‘croissant’ de ce fruit qui finira par représenter jusqu’à nos jours l’année solaire naissante : ‘au gui l’an neuf’ !

    Le Pommier: Abellia en celte, représente l’astre du monde pour les celtes. C’est sous le pommier que Merlin enseignait sa connaissance. Dans la tradition celtique, la pomme est le fruit de la science, de la magie et de la révélation. On retiendra, là encore, que les écrits bibliques feront de cet arbre celui de la connaissance, de la science et de la révélation… Hasard ou convergence des symboles ?

    Pour le règne animal nous retiendrons sommairement :
    L’Oursin fossile: Il est un des plus forts symboles druidiques : l’œuf du monde, aussi appelé ‘œuf de serpent’ en raison du serpent représentant la Vie et Wouivre. Ses rapports étroits entre la pierre et l’arbre cosmique en font le symbole de la puissance du divin et de l’humain ainsi que la manifestation du verbe.

    Le Sanglier: C’est le plus vieux symbole Indo-Européen, il est l’autorité spirituelle. Le sanglier est comme le druide, en liaison étroite avec la forêt, la nature et sa puissance en se nourrissant du fruit du chêne : le gland.

    Le sanglier représenté dans le sacerdoce mythologique celte par le druide est l’animal consacré à Lug.
    L’escargot: Sa lenteur et son cheminement représentaient le néophyte dans sa recherche de la connaissance. De plus cette dernière inscrivait son évolution dans une spirale sans fin montrée dans le dessin de la coquille du gastéropode. Lunaire et sexuel il illustre l’éternel retour et la fertilité dans tous les domaines de la nature. La forme hélicoïdale de sa coque constitue le glyphe universel par excellence et la temporalité pour les celtes.

    Parmi les éléments essentiels du tracé symbolique celte nous citerons :
    La ‘Croix Druidique’: pentacle le plus important résumant toutes les connaissances cosmiques et métaphysiques des initiés celtes. Son tracé détermine une théogonie qui en fait la représentation la plus curieuse que l’on puisse étudier malgré toute sa simplicité apparente.

    Le Tribann: il représente les trois lettres de l’Incréé : O.I.W. (lire et prononcer ‘ou’) Il signifierait, entre autres, Savoir, Amour et Connaissance.
    Le Triskele: (trois jambes courant d’un même axe) du grec ‘trois pieds’, on le trouve aujourd’hui dans les armes héraldiques de l’Ile de Man (déjà cité en 1581 dans le travail de B. Vincent). Il est les trois phases de l’énergie : ascendante, maturité et descendante. On peut aussi considérer la représentation des dieux Lug, Dagda et Ogme qui deviendront, pour les gaulois : Taranis, Teutatés et Esus.

    Le Triscele: (trois spirales tournoyantes depuis un même centre) la tripartition suivante en serait la symbolique : les initiés (prêtres), les guerriers et le peuple. Mais aussi il représenterait les trois étages : le céleste, l’humain et le chtonien. On retrouve ce tracé souple et harmonieux sous les traits des déesses Cerridwen, Blodeuwedd, Arianrhod.

    Quant aux magiciens de ces temps antiques, ils avaient pouvoir sur tous les règnes: hommes, bêtes, plantes, éléments, le visible et aussi l’invisible ! Ils savaient les secrets de philtres mystérieux conférant l’amour, l’oubli, l’éternité… Un rêve en un mot!

    Les magiciens du son universel

    De tous ces pouvoirs aussi formidables que nombreux, nous nous attarderons sur le plus merveilleux, celui du son.

    Les plus anciens textes font état d’une maîtrise phénoménale du son sous toutes ses formes par quelques initiés mythiques celtes. Ils savaient la musique, le chant et la sonorité de la nature. De ses sons harmonieux et secrets sortaient des incantations capables de modifier l’univers.
    Le récit le plus précis est sans doute celui de Dagda. Il apparaît tantôt comme un dieu ou un homme. Il peut tout faire avec sa harpe magique dont il tire des accords pour chaque événement. Dans son ‘Cycle Mythologique Irlandais,’ d’Arbois en fait une précise description. L’instrument dérobé par les Fomore est recherché par Dagda avec l’aide de Lug et Ogme. Ils retrouvent la harpe accrochée à un mur pendant le repas des chefs Fomore. Dagda interpelle sa harpe qui, reconnaissant la voix de son maître, se propulse vers lui avec une telle puissance que neuf guerriers sont tués sur son passage. Dagda détient l’art de trois chants sur son instrument magique : celui du sommeil, du rire et enfin des larmes. Il maîtrisera ses ennemis en jouant de cette science sonore ! Légende… bien sûr, diront les incrédules. Oui, pourquoi pas… pourtant les anciens celtes savaient les pouvoirs de la sonorité et pouvaient en user selon leur gré. Science, Magie ? Ce n’est qu’une question de mots.
    On retrouve cette notion de la vibration musicale et sonore dans les nombreuses épopées irlandaises.

    Nous y retrouvons encore un autre dieu, Cuchulain. Ce héros doit franchir un ravin protégeant une ignoble magicienne. L’initié celte qui le guide lui conseille simplement de pousser un cri plus haut que l’abîme afin de vaincre l’obstacle du vide vertigineux. Cuchulain obéit et se retrouve de l’autre côté par ce ‘cri plus haut que l’abîme’. Pour certains auteurs ce hurlement inhumain servait encore à détruire, par la seule puissance des infra et ultra-sons, dont on commence à supposer les pouvoirs seulement depuis peu. Pourquoi certains initiés celtes n’auraient-ils pas pu détenir une connaissance ‘primordiale’ qui se perdra au fil des temps ?

    On retrouve d’ailleurs d’autres épisodes ‘sonores’ dans les récits de la légende du Graal et de la vie de Merlin. Ce qui prouve, s’il le fallait, que les anciens celtes pouvaient agir sur la matière, les éléments, détruire, modifier, susciter des émotions avec des sons.

    Nous en souririons un peu moins si nous nous demandions ce qu’est devenu Trabitsh-Lincoln, dont les travaux sur les croyances magiques celtes le conduisirent jusqu’en Asie où il disparaîtra sans laisser de traces. On sait à ce sujet que les autorités soviétiques de l’époque se précipitèrent, lors de la chute de Berlin, pour s’approprier des dossiers concernant ce sujet. Personne n’en saura jamais plus.

    Faut-il admettre, aussi, l’hypothèse d’Edgar Cayce qui affirme que de terribles guerres sonores se déroulèrent entre initiés Atlantes jusqu’au combat final qui engloutira le continent perdu. Il est question de quelques rescapés magiciens transmettant une connaissance primordiale se prolongeant jusqu’aux Celtes pour se diluer définitivement plus tard…

    Les breuvages magiques celtes

    D’autres domaines dans l’art de la connaissance magique celte nous réservent quelques surprises. Il s’agit des différents philtres et breuvages dont les textes antiques font mention. Nous observerons que dire ‘breuvages’ ne peut se dissocier du mot ‘chaudron’ dans les thèmes celtisants.

    Ce ‘chaudron’ est le plus grand mystère de l’ancienne magie celte. Ce réceptacle indispensable à toute ‘chimie’ se retrouvera tout au long de nos traditions, jusqu’à celui des sorcières et celui des alchimistes : le creuset. D’eux sortiront rêves exhaussés et chimères désespérantes… Pour les celtes, il en est question pour la première fois dans les célèbres ‘Mabinogions’. Matholwch dispose d’un chaudron dans lequel il plonge, toute une nuit, ses guerriers tués au combat. Au matin, ils sont guéris, encore plus forts, mais muets. Une seule précaution, très étrange, est exigée : les guerriers devront tenter, pour revenir, de garder leur tête sur les épaules… L’expérience qu’ils vivent dans l’étrange vaisseau leur ferait-elle perdre la tête, ou est-elle si ahurissante que des guerriers en reviennent sans voix ?

    Lors de la conquête de ‘l’Ile Verte’ par les Gaêls, le dieu Gobniu prépara un breuvage, une sorte de bière, rendant indécelables ceux qui l’absorbaient et qui leur permettait de rejoindre des lieux d’où ils auraient ’toute latitude pour reprendre le chemin du ciel’. Gobniu, maître des forges, savait forcément les secrets de la métallurgie et pourquoi pas ceux d’une connaissance supérieure lui permettant des possibilités aujourd’hui insoupçonnables, bien que simples à mettre en œuvre.

    Comment parler de ce sujet sans évoquer le gui, servant de base à bien des breuvages consommés par tant de chevaliers en queste d’un hypothétique Graal? Là encore ne reste rien, ou presque, du fabuleux savoir des origines celtes, sinon la certitude perdue, d’un âge où les dieux et les hommes franchissaient la frontière d’univers oubliés. Les Celtes de Bretagne, d’Irlande, de Galles, usaient de la magie des philtres avec une facilité aussi déconcertante que leur maîtrise en cet art difficile. Combien de récits bien connus font état de ces préparations dont les détails sont soigneusement tenus secrets : Dagda, Cuchulain, mais aussi Tristan et Iseult, sans omettre Arthur et Merlin.

    Merlin, le plus célèbre des magiciens celtes Bretons! Certes, le personnage est riche en couleurs et symboles, mais on peut supposer qu’en vérité il pouvait être, à cette époque, l’image d’une connaissance globale des sciences celtes. Une sorte de synthèse d’individualités de divers moments et endroits, toutes liées, bien sûr, à un identique courant de savoir. Merlin, en latin : Merlinus, est la forme de ‘Myrddyn’, donnant en breton armoricain ‘Marzin ‘! Peu importe ce qu’il est dans sa forme puisque dans son fond il est LE magicien, LE visionnaire, L’initié, LE barde, il est celui qui voit au travers de l’espace et du temps. Souvenons-nous que les chevaliers entendent ‘sa voix dans les arbres de la forêt qui borde le Val sans Retour’… ce qui nous ramène à l’usage des forces sonores.

    A ces fabuleuses connaissances des anciens celtes, nous ajouterons son savoir à maîtriser de bien étranges choses dont il est question tout au long des ‘Roman de la Table Ronde’ et du moins connu ‘Testament de Merlin’. Délire, sornettes, légendes et symbolismes puérils? A moins qu’il ne s’agisse plutôt du récit d’une personne profane et extérieure à la connaissance magique celte, alors le souvenir de ces écrits formidables prendrait une toute autre ampleur.

    Il est possible que tous les personnages, des héros chevaleresques du Graal aux obscures divinités celtes, soient en vérité les idéogrammes d’une réalité qui s’est éteinte: la connaissance primordiale et magique celte des temps anciens! Les initiés celtes, leurs savants (au sens étymologique), leurs scientifiques, pouvaient-ils se laisser aller à des récits aussi enfantins que l’on veut bien nous le montrer? Les fêtes solaires, les d’Hallowe’en, tout ce savoir condensé dans une formule manuscrite, s’estompent de plus en plus, jusqu’à devenir illisibles, incompréhensibles.

    Des savoirs que nous ne savons pas vraiment comprendre, des récits relégués aux enfants que des exégètes nous font digérer à la sauce ‘allégorie’ ou ‘symboles’… Il y a forcément autre chose derrière ces combats de moulins à vent.

    Il ne peut s’agir que de formidables pouvoirs que nos ancêtres celtes possédaient et qui venaient peut-être de très loin. Dommage, car le vieux peuple du dieu Lug, à l’encontre de tous les autres peuples monothéistes, allait dans le sens de la Nature ‘Naturante’. Il était fils de Dana ou Ana, la Mère Primordiale de tous les dieux et de toute vie, mais de toute vie dans sa plénitude, son intégralité et sa totalité. En retrouverons-nous, un jour, les arcanes, avant que, comme cela se produit de plus en plus, et malgré certaines tentatives isolées, en terres anciennement celtes, les feux de Beltaine et Samain soient un peu moins nombreux chaque année ?.. 
     
     

    André DOUZET 
     
     

      

    Avertissement au lecteur : il était impossible de développer en intégralité un thème aussi vaste et riche que celui-ci. Le lecteur intéressé trouvera matière dans un grand nombre d’ouvrages généralisant le sujet. Cependant il est utile de signaler particulièrement :
    Les écrits indispensables et nombreux, sur ce sujet, de Jean Markale.
    L’œuvre de Philéas Lebesgue (+1958)
    Les écrits de Lugaid Reo Nderch’h.
    M. Moreau « la Tradition Celtique dans l’Art Roman’.
    R. Ambelain ‘Les Traditions Celtiques’.
    Archéologia N°218.
    Paul-Marie Duval ‘Les Celtes’.
    M. Dillon et N.K. Chadwick ‘Les Royaumes Celtiques’.

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    Le mystère des origines de la Franc-Maçonnerie

    Jean-Michel Mathonière

    Des bâtisseurs de cathédrales aux Rosicruciens, un vaste champ d'hypothèses

    C'est un lieu commun de la plupart des ouvrages consacrés à la franc-maçonnerie que d'affirmer qu'elle provient directement des « bâtisseurs de cathédrales ». Les légendes, quant à elles, renvoient jusqu'à la construction du temple de Jérusalem sous le règne de Salomon, voire à l'époque antédiluvienne.

    Les bâtisseurs de cathédrales ? Une simple hypothèse…

    En fait, l'hypothèse d'une filiation directe avec les loges médiévales flatte le sentiment d'enracinement dans une tradition multiséculaire et sert merveilleusement bien l'obsession de « régularité » des obédiences maçonniques.

    Mais cette théorie émane d'une école d'historiens aujourd'hui très critiquée, dont l'origine remonte au XVIIIe s. Telle qu'elle est complaisamment véhiculée et amplifiée aujourd'hui encore, elle a pour grave défaut d'ignorer les travaux menés depuis plusieurs décennies par d'autres écoles. Cela ne signifie pas qu'elle soit sans fondement et totalement contraire à la vérité : les travaux récents énoncent davantage de nouvelles hypothèses qu'ils n'exposent de découvertes venant radicalement infirmer cette théorie.

    Si la question des origines de la franc-maçonnerie est en réalité particulièrement complexe, c'est qu'elle souffre non seulement de lacunes documentaires, mais aussi d'un flou conceptuel et lexicologique quant à la nature même de la tradition ancienne.

    Car le problème initial que posent les origines de la franc-maçonnerie moderne n'est pas tant celui de son lien avec les loges médiévales que, en supposant ce lien réel, celui des modalités ayant permis la mutation des loges « opératives » – terme consacré pour désigner ce qui est relatif à la pratique réelle du métier – en loges « spéculatives » – c'est-à-dire se servant du métier comme d'un support allégorique et ne le pratiquant plus.

    Speculative or not speculative ?

    En 1717, quatre loges londoniennes établies de « temps immémorial » et « quelques frères anciens » s'associent pour créer la première Grande Loge de Londres et jeter ainsi les bases d'un centralisme qui aboutira, après plusieurs décennies et bien des péripéties, à la franc-maçonnerie moderne.

    Si l'on peut s'accorder à voir dans cet événement la naissance de la franc-maçonnerie moderne, s'agit-il pour autant de celle de la Maçonnerie spéculative ? Il est évident que non : l'initiative de ces loges vient sanctionner un état de fait – leur caractère spéculatif – et non le créer. Sont-elles spéculatives depuis longtemps et comment le sont-elles devenues (en admettant qu'elles aient jamais été opératives) ? L'interrogation demeure car aucun document ne permet d'attester de leur existence avant ce coup d'éclat…

    Cependant, le « spéculatif » possède des exemples plus anciens. Des acceptations par les loges opératives (ou supposées telles) de personnes étrangères au métier sont attestées tout au long du XVIIe s., tel l'érudit et hermétiste Elias Ashmole en 1646. De semblables exemples sont également connus en Écosse, dès le début du XVIIe s.

    Mais le problème reste finalement entier : d'où venaient ces loges du XVIIe et quelle est la cause de cette mutation ?

    LES DÉBUTS DE L'ORGANISATION DU MÉTIER EN GRANDE-BRETAGNE

    En Angleterre…

    Le plus ancien témoignage concernant l'organisation du métier de maçon en Angleterre remonte à 1356, à Londres. Un conflit opposait les « maçons de taille » aux « maçons de pose ». Les autorités municipales édictèrent un règlement qui précise que jusqu'alors, le métier n'en avait pas eu.

    Un nouveau règlement est édicté en 1481. L'organisation est déjà relativement élaborée : la Compagnie des Maçons exerce le contrôle du métier à Londres ; elle enregistre notamment les apprentis, lesquels, au terme de leur apprentissage, peuvent comparaître devant une commission de la Compagnie et, après avoir prêté serment de fidélité et de loyauté envers le métier, la ville et la couronne, devenir « hommes libres du métier ».

    Cependant, le cas de la Compagnie des Maçons de Londres reste unique en Angleterre. On ne trouve dans le royaume aucune autre organisation exerçant une autorité équivalente sur le métier. Par ailleurs, aucun document de cette époque ne mentionne l'existence de « secrets » ou de grades. Plus encore, le mot « loge » n'est pas employé.

    … et en Écosse

    Ce mot caractéristique est attesté à partir du XIIIe s. pour désigner la bâtisse édifiée sur le chantier où les ouvriers rangent leurs outils, travaillent, prennent leurs repas et se reposent. A partir du début du XVe, il désigne l'ensemble des maçons d'un chantier, mais sans qu'il soit fait mention d'un contrôle du métier par cette communauté. C'est seulement au XVIe s., en Écosse, que le mot est attesté comme désignant une juridiction permanente réglant l'organisation du métier.

    Cet aspect juridique se situe dans le cadre du système des « Incorporations » qui apparaissent en Écosse au début du XVe siècle pour assurer l'organisation des métiers dans les cités. Les maçons écossais obtiennent leur charte d'Incorporation en 1475, mais elle ne mentionne pas le mot « loge ».

    C'est en 1598, que William Shaw, Maître des ouvrages du Roi et Surveillant général de l'Incorporation des Maçons, publie de nouveaux Statuts. Ceux-ci traduisent une évolution sensible : désormais c'est une « loge » qui contrôle l'entrée des apprentis et leur accès au rang de Compagnon, règle les différents et punit les manquements au règlement.

    Mais la différence fondamentale, c'est que les maçons écossais de 1598 partagent des « secrets », notamment le « mot du Maçon », qui leur sont communiqués au cours d'une cérémonie après qu'ils aient prêté serment de discrétion.

    Les « Olds Charges » en Angleterre

    Parmi les autres témoignages nous permettant d'étudier le substrat légendaire et historique de la Maçonnerie, les Olds Charges occupent une position privilégiée.

    Environ 120 textes de ces « Anciens Devoirs » sont actuellement connus. S'échelonnant de la fin du XIVe s. au premier tiers du XVIIIe, ils sont tous d'origine anglaise. Les plus anciens sont les manuscrits Regius (vers 1390) et Cooke (vers 1420).

    Ces textes sont structurés en deux parties : d'une part, une histoire légendaire du métier ; d'autre part, un code réglementant la conduite des maçons et leurs relations avec les apprentis et les maîtres – ce terme désignant alors les employeurs.

    Ces règlements diffèrent sensiblement de ceux de l'Écosse ; en particulier, ils ne prévoient pas de dispositions laissant présager d'une coexistence avec un autre système réglementant le métier (cas de la loge vis-à-vis de l'Incorporation) et ils donnent une large part à des prescriptions à caractère moral et religieux, n'ayant aucun rapport direct avec le métier.

    DE L'OPÉRATIF AU SPÉCULATIF, MAIS COMMENT ?

    Sur la base de ces données historiques – dont n'est donné ici qu'un très bref aperçu – diverses théories s'affrontent.

    La théorie de la transition

    La première partie du Livre des Constitutions (1723), « l'Histoire » compilée par Anderson à partir des « Anciens Devoirs » qu'il avait pu réunir – en modifiant sensiblement leur contenu à l'occasion – ne vise en réalité d'autre but que de prouver que la première Grande Loge de Londres, qui souhaite imposer son autorité sur toutes les loges, procède d'une tradition « immémoriale » et ininterrompue, c'est-à-dire qu'elle est parfaitement légitime.

    C'est là l'origine de la théorie d'une parfaite continuité entre les loges opératives et les loges spéculatives, théorie dite de la transition qui, au XXe siècle, trouva dans l'historien anglais Harry Carr son meilleur défenseur. Rassemblant toutes les données historiques et les envisageant comme autant de fragments successifs d'une longue histoire, il s'efforça d'en restituer l'évolution continue.

    Selon cette théorie, c'est l'acceptation de membres étrangers au métier qui amena graduellement la transformation des loges opératives en loges spéculatives, sans hiatus.

    La théorie de l'emprunt

    Cette théorie est actuellement battue en brèche par plusieurs chercheurs. Ainsi, Eric Ward formula en 1977 une contre-théorie : celle d'un « emprunt » par les spéculatifs de textes (les Olds Charges) et de pratiques appartenant ou ayant appartenu aux opératifs, mais sans filiation directe (et donc sans légitimité !).

    Selon lui, l'on doit considérer les attestations documentaires discontinues non comme des « étapes », ainsi que le fait la théorie de la transition, mais comme autant de témoignages d'organisations plus ou moins distinctes, n'ayant pas nécessairement de liens entre elles – ce que tend effectivement à démontrer leur analyse et leurs origines géographiques. De fait, le lien de la Maçonnerie moderne avec les loges opératives serait purement nominal et allégorique.

    La politique, la religion et la sociabilité

    D'autres hypothèses ont été formulées, offrant des alternatives à ces deux théories ou en affinant les modalités. Ces hypothèses peuvent se résumer en trois tendances :

    – une théorie politique, centrée sur les troubles que connut la Grande-Bretagne sous Cromwell entre 1648 et 1660. La constitution de loges aurait permis aux royalistes et aux républicains modérés de travailler discrètement à la restauration de la paix civile.
    – une théorie religieuse, centrée sur les conflits religieux au XVIe s. Les loges auraient constitué un abri aux persécutions.
    – une théorie sociale, qui voit dans les loges pré-spéculatives une « Friendly Society », c'est-à-dire une société d'entraide fraternelle et charitable. De telles sociétés, empruntant des couverts très variés et parfois pittoresques, sont en effet largement attestées au XVIIIe s. et sont, aujourd'hui encore, typiques de la sociabilité anglaise.
    Toutes ces théories considèrent la forme maçonnique des loges spéculatives comme étant peu ou prou un emprunt fait par nécessité ou commodité. De plus, elles n'envisagent qu'une origine anglaise.

    L'hypothèse écossaise

    En 1988, David Stevenson, un historien non Maçon (le fait est assez rare pour être souligné), exposa une théorie nouvelle, celle de l'origine écossaise de la Maçonnerie spéculative.

    Selon lui, la première phase du mouvement spéculatif remonte aux Statuts Shaw de 1598. Ce que décrivent ces statuts, c'est en effet un système nouveau qui ne résulte pas d'une simple transformation des anciennes institutions du métier. Ces loges sont orientées vers une organisation globale de celui-ci, mais elles possèdent également des fondements spirituels et religieux.

    Ce point essentiel s'expliquerait par le contexte intellectuel très particulier de la Renaissance : l'architecte et les spéculations liées à l'architecture y occupent une place prépondérante, celle-ci n'étant pas simplement une technique répondant aux nécessités matérielles mais, au travers de la Géométrie (et les techniques de l'Ars memorandi), un Art libéral, c'est-à-dire une discipline intellectuelle susceptible de donner à l'homme une explication du monde et, par là même, de Dieu.

    L'intégration à ces loges de personnes étrangères au métier, phénomène au demeurant marginal, serait de ce fait logique : le maçon n'est plus seulement un habile ouvrier, il peut être un « artiste » voire un gentleman davantage préoccupé par la dimension intellective de l'architecture que par sa pratique et venant enrichir la loge de ses connaissances.

    La phase suivante se serait produite en Angleterre à la fin du XVIIe s. et durant le XVIIIe, parallèlement à la constitution de la Maçonnerie moderne. Selon Stevenson, la presque totalité de ce qui caractérise la Maçonnerie spéculative anglaise à ses débuts provient de la Maçonnerie « opérative » écossaise ; peu d'éléments proviennent en fait des Olds Charges – la forêt de textes qui cache l'arbre. Il s'agirait donc d'un emprunt qui pourrait s'expliquer par la proximité de certains des premiers spéculatifs anglais d'avec l'Écosse ainsi que par l'émigration de gentlemen-masons écossais en Angleterre.

    Cette hypothèse est d'autant plus crédible qu'elle est pratiquement la seule à fournir une explication rationnelle à certains aspects de la tradition maçonnique qui, malgré leur dimension spéculative, appartiennent nettement à un substrat opératif.

    Mais, que l'on admette ou non son hypothèse, ce que Stevenson met en réalité en évidence, c'est la nécessité de sortir de la dualité simpliste entre « opératif » et « spéculatif », à peine modérée par la notion de « pré-spéculatif ». L'exemple écossais illustre l'existence d'une notion intermédiaire fondamentale : « opératif non opératif » ou, plus exactement, « opératif spéculant ».

    LES ORIGINES CONTINENTALES DE LA MAÇONNERIE SPÉCULATIVE

    Le miroir de l'Architecture

    Si l'on peut admettre que le mouvement spéculatif britannique tire son origine du système institué par William Shaw, cela ne signifie pas qu'il l'ait inventé de toutes pièces.

    L'intérêt pour l'architecture et pour l'Antiquité, caractéristique fondamentale de la Renaissance, trouve son symbole dans la redécouverte, en 1486, du De Architectura, le traité de Vitruve, architecte romain du Ier s. av. J.-C. Très rapidement, de nombreuses traductions voient le jour dans toute l'Europe.

    Le portrait de l'architecte idéal selon Vitruve est celui d'un homme universel, connaissant non seulement la géométrie, les mathématiques et le bon usage des matériaux, mais possédant également une connaissance aussi vaste que possible de la météorologie, de l'astronomie, de la musique, de la médecine, de l'optique, de la philosophie, de l'histoire, de la jurisprudence, etc.

    Nous avons là un programme d'études qui est à peu près celui que doit, symboliquement, parcourir l'Apprenti franc-maçon lors de son passage au grade de Compagnon. C'est en fait la base même du caractère spéculatif de la Maçonnerie. Cette évidence mérite d'être soulignée : car ce n'est pas tant l'absence de pratique du métier qui rend la Maçonnerie moderne « spéculative » que son symbolisme « opératif » lui-même.

    Les Compagnonnages français et germaniques

    Mais l'Angleterre et l'Écosse n'ont pas le monopole des organisations initiatiques de tailleurs de pierre et maçons. Pour ne citer que les deux exemples dont on connaît le mieux l'existence, il existe aujourd'hui encore en France un Compagnonnage de tailleurs de pierre (une autre branche s'est éteinte) et il existait jusqu'au siècle dernier dans les pays germaniques une semblable organisation, la Bauhütte dont le siège suprême était la loge (Hütte) de la cathédrale de Strasbourg.

    Si, pour la France, rien ne permet actuellement de prouver l'existence de ce Compagnonnage avant le début du XVIIe s., il n'en est pas de même pour la Bauhütte germanique : ses plus anciens règlements généraux remontent à 1459 et ils évoquent, comme les Statuts Shaw, l'existence de pratiques secrètes, à caractère initiatique.

    A défaut d'autres preuves documentaires, divers indices laissent cependant présager de l'existence de ces Compagnonnages de tailleurs de pierre en France et en Allemagne dès le XIIIe, voire avant. Or, dans les deux cas, il existe des similitudes avec la tradition maçonnique britannique – ce qui n'exclut d'ailleurs pas des différences importantes. Au stade actuel des recherches, ce serait aller trop vite en besogne que d'affirmer que toutes ces organisations initiatiques de tailleurs de pierre procèdent d'un tronc commun datant de l'époque médiévale, voire plus ancien (pour ne pas dire biblique). Néanmoins, cette piste de recherche ne doit pas être rejetée.

    Une origine française ?

    En effet, pour ne prendre qu'un seul exemple, elle trouve un écho troublant dans les légendaires des Olds Charges : ceux-ci présentent souvent la transmission de la Maçonnerie à l'Angleterre depuis l'Antiquité comme s'étant opéré via la France, du temps de Charles Martel. Or, c'est du même personnage que se revendiquent au XIIIe s. les tailleurs de pierre parisiens pour faire enregistrer leur exemption du guet lors de la rédaction du Livre des métiers. Le fait n'est peut-être pas strictement historique, mais cela démontre néanmoins l'existence de racines légendaires communes.

    D'autres indices d'une possible origine française ou, en tous les cas, continentale, existent dans les Olds Charges. Cela n'a au fond rien d'étonnant si l'on tient compte de l'influence qu'exerça la France sur le développement de l'architecture gothique en Europe, influence due, entre autres facteurs, à l'exportation d'équipes entières de bâtisseurs et aux voyages des architectes (par exemple Villard de Honnecourt). Une semblable exportation, notamment de tailleurs de pierre, s'est répétée dans les décennies qui précèdent la naissance de la Grande Loge de Londres, suite au grand incendie qui ravagea la cité en 1666. Rien n'interdit de penser que des échanges autres que technologiques se seraient produits à ces occasions.

    Par ailleurs, il apparaît au travers des recherches les plus récentes que les Compagnons Passants tailleurs de pierre français sous l'Ancien Régime formaient un milieu possédant une culture « vitruvienne ». Il serait d'autant moins étonnant de constater que ces opératifs « spéculaient » qu'ils côtoyaient assidûment non seulement la noblesse et le clergé – leurs commanditaires – mais semble-t-il également les graveurs, imprimeurs et autres gens du Livre, un milieu passionné d'architecture (plusieurs la pratiquent) dont on sait qu'il joua, à l'échelle européenne, un rôle considérable dans l'épanouissement de l'hermétisme aux XVIe et XVIIe siècles.

    Les rosicruciens du XVIIe siècle

    Il apparaît donc une nouvelle fois que la distinction entre « spéculatif » et « opératif » est certes commode pour les nécessités de l'analyse et de l'exposé, mais sans fondement solide dès lors que l'on s'écarte d'une vision « ouvriériste » des organisations opératives.

    En 1992, Joy Hancox publiait une étude sur une étonnante collection de 516 dessins géométriques, architecturaux et symboliques, datant du XVIIe et du tout début du XVIIIe s. et réunie vers 1725 par John Byrom (1691-1763), membre de la Royal Society et Maçon. Ces dessins, très « spéculatifs », renvoient explicitement à des thèmes et à des personnages qui appartiennent précisément au milieu que je viens d'évoquer, celui des gens du Livre, des architectes et des hermétistes européens, tels Johann Theodore de Bry (graveur et éditeur de la plupart des grands textes hermétiques du début du XVIIe), Michel le Blon, Salomon de Caus (architecte et ami intime d'Inigo Jones, revendiqué en 1738 par Anderson dans ses Constitutions comme ayant été un Grand Maître de la Maçonnerie), Athanasius Kircher, Heinrich Khunrath, Michaël Maïer, Robert Fludd, Isaac Newton, etc.

    Ce milieu s'ordonne autour des idées de l'Alchimie et de la Kabbale chrétienne (où les spéculations arithmo-géométriques et cosmologiques occupent une place de choix) et il culmine, au tout début du XVIIe s., avec le courant rosicrucien, se manifestant dans les contrées germaniques mais possédant de fortes racines et répercussions en Angleterre, notamment au travers du mariage, en 1613, de la princesse Élisabeth avec Frédéric V, l'Électeur palatin, et la fondation, parachevée en 1662, de la Royal Society.

    Parmi les références à la franc-maçonnerie datant du XVIIe s., plusieurs font le rapprochement entre celle-ci et les mystérieux Rose-Croix. Ainsi, la plus ancienne mention connue du « mot du Maçon » apparaît-elle dans un poème publié à Édimbourg en 1638 :

    « Ce que nous présageons n'est pas à négliger
    Car nous sommes Frères de la Rose-Croix
    Nous avons le mot maçonnique et la seconde vue
    Et nous pouvons prédire à l'avance les choses à venir. »

    Elias Ashmole, l'un des premiers spéculatifs anglais attesté, et Robert Moray, l'un des « spéculatifs » écossais, se sont tous les deux beaucoup intéressés à l'hermétisme et aux Rose-Croix. Cet intérêt est au demeurant caractéristique de la majorité de ces spéculatifs de la première heure.

    Cette hypothèse d'un rapport étroit avec le rosicrucianisme n'a pas seulement pour mérite d'expliquer en profondeur le caractère spéculatif de la Maçonnerie : ce courant possède une dimension méta-politique considérable, dont l'alliance entre l'Angleterre et le Palatinat fut une tentative de réalisation. En effet, le thème central des textes rosicruciens, c'est la description d'une société harmonieuse, dirigée par un cénacle d'initiés – thème qui sera exposé en Angleterre par Francis Bacon (1561-1626) dans sa Nova Atlantis. C'est précisément là, on le lui a souvent reproché, l'un des autres aspects caractéristiques de la Maçonnerie moderne…

    Un retour aux sources ?

    Au terme de ce rapide (et incomplet) tour d'horizon des hypothèses, il apparaît comme probable que la franc-maçonnerie moderne est née non pas dans le sillage direct des bâtisseurs de cathédrales gothiques, mais dans celui de ces hermétistes, rosicruciens et kabbalistes, passionnés d'architecture et presque tous impliqués dans la fondation de la Royal Society. C'est d'ailleurs le substrat intellectuel et mystique sur lequel proliféreront, dans la seconde partie du XVIIIe s. et tout particulièrement en France et en Allemagne, les Hauts Grades maçonniques.


    Le rapide développement de la Maçonnerie spéculative sur le continent pourrait d'ailleurs s'expliquer par le fait qu'il ne s'agissait pas d'une nouveauté anglaise « à la mode », mais d'un retour aux sources. Car, outre la naissance des Hauts Grades, ce développement s'est accompagné d'une profonde mutation du contenu des grades « opératifs » – mutation à caractère essentiellement… opératif. La Maçonnerie britannique aurait-elle rencontré sur son chemin des survivances d'une Maçonnerie « opérative » continentale ou les Compagnonnages de tailleurs de pierre ? C'est, avec la question de l'articulation entre les loges médiévales et celles de la Renaissance, l'un des nombreux mystères qui restent encore à éclaircir.

     

    Jean-Michel Mathonière

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    La mystérieuse Île de Pâques


    Cette île formant la limite Est de l’Océanie, est célèbre pour les vestiges mégalithiques des premières civilisations pascuannes. Le patrimoine archéologique comprend près de 300 autels de pierres taillées en terrasses — les ahû — et environ 900 statues de pierres — les moaïs — d’environ 4,50 m de haut.

    L’île de Pâques (en espagnol isla de Pascua, en rapanui Rapa Nui) est une île isolée dans le sud-est de l’Océan Pacifique. L’île, qui est une province du Chili, a pour coordonnées : 109,20°W 27,07°S. Elle se trouve à 3 700 km des côtes chiliennes et à 4 000 km de Tahiti, l’île habitée la plus proche étant Pitcairn à plus de 2 000 km à l’Ouest. Son chef-lieu est Hanga Roa et l’île couvre 162,5 km² et comptait 2 000 habitants en 2004.

    Elle fut découverte par le navigateur néerlandais Jacob Roggeveen le jour de Pâques, le 5 avril 1722, et comptait alors près de 4 000 habitants. Elle fut annexée par l’Espagne en 1770 et devint possession chilienne en 1888.

    Depuis peu, le patrimoine exceptionnel de l’île est protégé. Des parcs ou réserves naturelles, parfois surveillées, enserrent les zones des vestiges. La communauté Rapa Nui veille jalousement sur les traces de son histoire et constitue un pouvoir parallèle au gouvernement officiel chilien.

     

      

      

      

      

      

    Histoire et peuplement.

    Cette île formant la limite Est de l’Océanie, est célèbre pour les vestiges mégalithiques des premières civilisations pascuannes. Le patrimoine archéologique comprend près de 300 autels de pierres taillées en terrasses — les ahû — et environ 900 statues de pierres — les moaïs — d’environ 4,50 m de haut.


    La carrière de Rano Raraku est creusée sur les flancs et dans le cratère d’un volcan, on peut y voir un très grand nombre de moaïs. Certains sont terminés et dressés au pied de la pente, d’autres encore dans différents états, de l’ébauche à la quasi-finalisation.

    En dehors de ce patrimoine spectaculaire, les premières civilisations pascuanes ont laissé des tablettes et des sculptures en bois, des pétroglyphes dont la signification n’est pas encore déchiffrée. L’origine des différentes vagues de peuplement est encore controversée (polynésien ou sud-américain).

    On pense que l’île a été découverte initialement par des Polynésiens (le roi Hotu Matua). Il y a 5 000 ans (3 000 av. J.-C), des habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit pour s’installer à Taïwan. Vers 2 000 avant J.-C., des migrations ont lieu de Taïwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bientôt des Philippines vers Célèbes et Timor et de là, les autres îles de l’archipel indonésien. Vers 1 500 av. J.-C., un autre mouvement mène des Philippines en Nouvelle-Guinée et au delà, les îles du Pacifique. Les Austronésiens sont sans doûte les premiers navigateurs de l'histoire de l’humanité.

    Les Polynésiens, sur des catamarans, seraient partis des îles Marquises pour échapper à des guerres ou une catastrophe naturelle. Les premiers moaïs ressemblent beaucoup aux tikis que l’on peut voir dans les îles de Polynésie (Hiva Hoa des Marquises, Tahiti, ...). Depuis les années 1950, la date du peuplement de l’île est estimée[1] à 400 après J.C. 80 ans par des mesures au radiocarbone. De nouvelles études[2] ont mis en évidence des pollutions sur les mesures effectuées impliquant un age plus récent. Les dernières mesures[3] en 2006 de radiocarbone proposent une implantation beaucoup plus récente, vers 1200 après J.C.

    L’île de Pâques est surtout connue pour les fameux mystères qui entourent la fabrication, mais surtout le transport et l’élévation des moaïs (transport d’un bloc de basalte de 2,5 à 9 m de haut sur parfois près de 20 kilomètres). Ce que l’on sait moins c’est que les premiers découvreurs trouvèrent sur l’île des plaquettes de bois couvertes de signes (les plaquettes Rongo-Rongo) qui sont restées longtemps indéchiffrables, des travaux récents de Steven Fischer ont permis d’en donner une traduction. Ces plaquettes s’ajoutent au mystère de l’île de Pâques car elles sont uniques en Polynésie (la culture polynésienne n’utilisant pas d’écriture).

    Ces premiers peuples avaient réussi à construire, à partir de ressources très limitées, une société technologiquement avancée. Ils avaient dressé des centaines de statues mais en utilisant les importantes ressources en arbres dont ils disposaient. Dès l’an 1600, l’île aurait perdu la majeure partie de sa végétation et ses habitants auraient plongé peu à peu dans le cannibalisme et l’esclavage.

     

      

      

      

      

    Géographie.

    L'île de Paques, nommée ainsi, en raison du jour de sa découverte, Rapa Nui en polynésien, est une petite île de 118 kilomètres carrés, située ... quelquepart dans l'Océan Pacifique. Elle est à 3700 kilomètres à l'ouest du Chili (auquel elle est administrativement rattachée), à 4000 kilomètres à l'est de Tahiti, à 8000 kilomètres au sud-est de Hawaii, et à 9000 kilomètres à l'est de l'Australie. En raison de sa position, elle est l'une des îles habitées les plus isolées. Ses coordonnées sont 109 degrés 26' de longitude Ouest et 27 degrés 9' de latitude Sud.


    L'île de Paques bénéficie d'un climat semi-tropical avec une température annuelle moyenne de 20,3°C. Les mois les plus chauds sont Décembre, Janvier et Février. La saison fraîche s'étend de Juin à Août.

    La faune et la flore de l'île.

    La faune sur l'île est très limitée ce qui explique pourquoi, les habitants se sont longtemps adonnés au cannibalisme. Sinon les Européens ont importé un certain nombre d'animaux domestiques, notamment les moutons que les anglais (anciens loueurs de l'île) ont élevé pendant une longue période. Ils errent aussi sur l'île bon nombre de chevaux semi-sauvages (ce sont d'ailleurs les chevaux qui présentent le moyen de transport le plus pratique sur l'île). Il n'existe aucun animal notablement connu qui pourrait être originaire de l'île de Pâques (ou exclusivement présent sur celle-ci).


    Quant à la flore de la même façon elle n'est guère développée, on ne trouve que très peu d'arbres. Il n'en a pas toujours été ainsi, il semblerait même que de grandes forêts s'étendaient sur toute la surface de l'île il y a encore plusieurs siècles ; mais elles ont été exploitées de façon intensive au cours des siècles, ce qui expliquent leur disparition.

     

      

      

      

      

    Aspects Géologiques et Physiques.

    Comme on l'a vu précédemment, l'île est d'origine volcanique. Le sol est donc essentiellement composé de basalte. Ce caractère volcanique et la présence des trois volcans a donné un aspect vallonné à l'île. Le point culminant se situe au sommet Cerro Terevaka à 507 Mètres au dessus du niveau de la mer. On peut noter la présence de nombreuses grottes. La plupart d'origine naturelle et quelques unes créées par la main de l'homme. Elles ont longtemps servit de refuge aux Pascuans, mais aujourd'hui elles servent essentiellement de halte aux touristes ( campements ou bien refuges ).


    Localement moai, est le nom des statues monumentales en basalte de l’île de Pâques. Leur taille varie de 2,5 à 9 mètres, pour un poids moyen de 14 tonnes. Toutes sont des monolithes tournés vers l’intérieur de l’île.

    On ne sait à peu près rien des raisons qui ont poussé les Pascuans à les ériger à un rythme de plus en plus frénétique et en taille de plus en plus colossale, épuisant sans doute une partie significative des ressources de « l’île la plus isolée du monde » dans cette pénible industrie. Pratiquement rien non plus des rites qu’ils pratiquaient. Les statues sont cependant liées à un ancien « culte des ancêtres » selon les archéologues.

    Les reconstitutions en cours permettent cependant, petit à petit, de comprendre les techniques mises en œuvre.

    Par exemple, deux thèses différentes s’opposent pour expliquer leur méthode de transport : les statues auraient été déplacées grâce à des rondins de bois sur lesquels les pierres étaient tirées grâce à des cordes ; ou bien déplacées debout grâce à de légers balancements sur leur base arrondie, les pierres auraient ainsi pu être dirigées grâce à des cordes tout en les gardant debout.


    Dans leur état final d’origine, les moaïs avaient des yeux blancs fait de coraux. L’iris peut être rouge (tuf volcanique) ou noir (obsidienne). Certains moaïs portent une sorte de chapeau (le pukao) fait à l’aide d’une roche friable et plus légère que le reste de la statue.

    Ce culte prendra fin subitement lors d’une catastrophe écologique qui priva l’île de tous ses arbres et par là de toute ressource en bois. Un culte nouveau, celui de « l’homme oiseau », se mettait en place quand l’île fut découverte en 1722 par un marin hollandais. L’évangélisation massive de la population fit disparaître toute trace des anciens cultes de sorte que jusqu’à la mémoire de cette civilisation fut perdue.

     

      

      

      

      

    Les statues géantes : les Moaïs.

    Il y a environ 300 moaïs sur l'île de Pâques, mais ce chiffre peut varier considérablement en fonction des différentes études ( entre ceux à terre, ceux qui ne sont pas finis, les brisés et ceux qui sont enterrés ). En effet, bon nombre d'entre eux ont été mis à terre lors des multiples guerres tribales qui ont jalonnées l'histoire mouvementée de cette petite île balayée par les vents et les flots. La matière première de ces gigantesques statues qui recouvrent l'île est avant tout le basalte qui provient du volcan Rano Raraku ( dont le cratère est aujourd'hui envahit par les joncs ).


    Les Moaïs bien qu'étant en basalte pour l'essentiel, on peut noter que leurs yeux étaient fais d'os ( cartilages de requins ou parfois d'autres vertébrés ), et les pupilles étaient faites par une incrustation de corail ou d'obsidienne. Ils étaient taillés à l'aide de hache «Toki», des haches grossièrement taillées et polies dans du basalte ou en éclats d'obsidienne. Leur taille se situe en général entre 4 et 8 mètres, certaines allant jusqu'à une dizaine ( notamment une située sur la côte Nord de l'Ahu Te Pito Te Kura ). Ils portaient tous leur de leur édification un Pu Kao ( la coiffe qu'ils portent au sommet de leur tête ), on peut traduire cela par le terme «chignon». Il pèse en général 1,5 tonne. Cette coiffe n'était pas taillée dans le même volcan, c'est une pierre rouge provenant de la face ouest de l'Ile ( ils étaient taillés sur place puis transportés. Elle a la forme d'un chapeau cylindique terminé par un bouton.

     

      

      

      

      

    Mais pourquoi regarde-t-il le ciel et les étoiles?

    Explications sur leurs transports et sur leur instalation.

    Le transport là aussi de ces statues de leur lieu de fabrication ( le volcan ) jusqu'à leur destination finale ( parfois à plus de 20 kilomètres du volcan ), reste un mystère. Elles étaient presque toutes amenées au bord de la mer et des falaises.Il faut savoir que les Moaïs devaient être emmener sur des Ahu. Les Ahu étaient des monuments de pierre qui leur servaient de support, il s'agissait sûrement à la base d'autels. Le plus vieil Ahu est daté de 857 après J.C ( mais à plus ou moins 200 ans près ). Ce sont des édifices religieux proches des Maraes polynésiens. Ils sont construits de blocs de pierres ordonnés et ajustés sans mortier. Le plus long de l'île de Pâques celui de Tongariki mesure 145 mètres de long pour 4 mètres de haut. Mais cela pose la question d'une influence Sud-américaine car l'ingéniosité de la mise en place des blocs est plus développée que celle des techniques habituelles des autres îles du Pacifique.


    Il existe évidemment plusieurs hypothèses que je vais essayer d'expliquer de la façon la plus objective possible. A l'intérieur du cratère du Rano Raraku on a trouvé en fouillant un système primitif de poulies qui a pu permettre de lever les statues. Il existe évidemment quelques théories parallèles. Quelle(s) était(ent) leur(s)fonction(s) ?

     

      

      

      

    La ou les fonctions des Moaïs restent mystèrieuses.

    -- Certains y voient des fonctions religieuses : des statues dressées en l'honneur de dieux, idoles gigantesques dédiées à la prière et à l'adoration.


    -- Ces statues étaient peut-être là dans le but de protéger ces habitants ( des guerres, d'étrangers, d'esprits malfaisants, du climat ? toutes les hypothèses qui iraient dans le sens de la protection sont possibles ). Seraient-ils là pour veiller sur l'île ? Ou bien sont-ils des monuments dressés en l'honneur des morts ?

    Ce qui est important de savoir à leur sujet, c'est qu'ils sont tous tournés vers l'intérieur de l'île ( le dos face à la mer ). Il existe une exception, c'est le Ahu Akivi, c'est un alignement de 7 Moaïs qui regardent en direction de la mer. Sinon leur regard se dirige toujours vers le ciel, on les surnomme régulièrement «ceux qui regardent les étoiles». Leur physique a soulevé bon nombre de questions. Ils n'ont pas de caractéristiques physiques des Polynésiens. Ils ont des nez aquilins, des lèvres fines, des fronts hauts et de la barbe. C'est pour cela que beaucoup pense que l'île à subit deux vagues de migrations ( l'une venant de Polynésie et l'autre d'Amérique du Sud probablement du Pérou ). De plus le chignon rouge, pourrait symboliser une couleur de cheveux rousse répandu dans certaines tribus sud-américaine.

     

      

      

      

      

    Que leur est il arrivé au cours des siècles ?

    Depuis leurs créations, les moaïs ont subis des dommages ou des modifications. En effet, après la plus violente des guerres tribales ( celles où les «courtes oreilles» ont anéanti les «longues oreilles» ), la plupart des statues ont été abattues, mais pas forcément tout de suite. En effet, au fur et à mesure des premières explorations de l'île ( celles du XIX eme siècle ), les européens se sont aperçus qu'il y avait de moins en moins de moaïs debout. Il est probable que puisque c'étaient les Longues Oreilles qui faisaient sculpter les statues, les nouveaux patrons de l'île se soient désintéressés des statues. Ils ont perdus leur yeux ( les os qui servaient à cet effet ) ont subi les dommages du temps. Bon nombre ont aussi perdu leur Pu Kao ( la coiffe qu'ils portent au sommet de leur tête ). Aujourd'hui encore, il reste des dizaines de statues dans la carrière qui n'ont pas été achevées ( jusqu'à 300 selon certaines estimations ). On en trouve à tout les stades de la construction : à peine démarrées, bien entamées et même certaines quasiment prêtes à partir. Notamment le plus grand de tous qui n'a jamais été achevé : il mesure plus de 24 mètres, il aurait pesé entre 135 et 150 tonnes. Ces statues non finies attestent d'un arrêt soudain de leur fabrication ( lié sans aucun doute au massacre des «Longues Oreilles» ).


     

      

      

      

      

    L'Oeuf centre du monde.

    Au Nord-Est de l'île, dans la baie de Hanga Hoonu ( Baie Lapérouse ), on trouve à côté du plus grand moaï ( une douzaine de mètres, mais il a été mis à terre ), une petite pierre ronde. On n'a pu réussir à déterminer depuis combien de temps cette pierre est là, ni si ce sont les vents et la mer qui l'ont ainsi façonnée naturellement ou bien si cette pierre a été sculptée par l'homme. Enfin pour les pascuans, cette pierre dans leur culture représente le centre du monde ( étrange car elle ne se situe pas du tout au centre de l'île ). Il semblerait que par le passé, les pascuans accordaient réellement une valeur très importante à cette pierre. Un culte lui était probablement dédié.


     

      

      

      

      

    Le mystère de l'écriture rongo-rongo.

    Outre les moaïs, l'écriture des rongo-rongo, sur tablette de bois, est surprenante, voire stupéfiante. En effet, le bois qui a servi de support ne se trouve pas sur l'île. Certaines hypothèses, basées sur les similitudes visuelles entre les deux écritures, lui confèrent des origines dans la vallées de l'Indus. Une autre, en raison de l'apparence des monolythes, avance que les premiers arrivants seraient plutôt... des scandinaves. On peut comprendre, compte tenu qu'il ne subsiste aucune trace (ou tout au moins, que l'on en a encore retrouvé aucune) et que la dernière personne, à pouvoir comprendre ces tablettes, est décédée sans avoir transmis son savoir, les scientifiques, et scientifiques amateur, cherchent à percer, par tous les moyens, même les plus farfelus, les secrets de cette île mystérieuse.


    -- L'écriture Rongo-Rongo, est aperçue pour la première fois par un européen en 1870 par le missionnaire Hypolite Roussel. Il découvre dans les mains des habitants locaux des tablettes de bois recouvertes de signes gravés. Les Pascuans les appellent « Ko Hau Rongo Rongo » que le peu traduire littéralement par « Bois Parlants » ( ou selon d'autre personne «bâton de chantre» ).

    Pour des raisons obscures ( ou peut-être par obscurantisme... ), les missionnaires présents sur l'île donnent l'ordre de toutes les détruire ( la majorité sont brûlées, au nom d'un idéal religieux qui ne tolérait pas les reliques païennes ). De cette période, il ne reste plus aujourd'hui que 21 tablettes dans le monde. ( Elles sont dispersées dans des musées et dans quelques collections de particuliers ; le musée de Braine-le-Comte en Belgique en possède d'ailleurs une importante partie ). En outre, aucune datation ne c'est montrée concluante, leur âge reste actuellement indéterminé ( on ne peut que donner une vague estimation de leur âge ).

    Comme on peut aisément l'observer sur les photos ici présentes, on reconnaît nettement des représentations d'hommes, des objets quotidiens, mais aussi des poissons, des lézards, des oiseaux. ( certains y voit aussi quelques animaux qui n'ont pas leur place sur l'île de Pâques ) Les spécialistes de ces tablettes ont estimé qu'il existait pas moins de 500 caractères. Évidemment, l'interprétation de ces tablettes prêtes à discussion. On s'accorde évidemment à dire qu'il s'agit d'une écriture idéographique ( pas d'alphabet ou de syllabe ) ; à un dessin donné, on associe un mot ou une idée ( les combinaisons de plusieurs pictogrammes ne sont pas à exclure, c'est à dire des associations pour donner une autre signification à tel ou tel dessin ). L'écriture Rongo-Rongo est probablement dans l'esprit des hiéroglyphes égyptiens ( mais l'on manque de données, et malheureusement, le Rongo-Rongo ne dispose pas de sa Pierre de Rosette ).

    La seule source locale qui aurait pu permettre une interprétation, se nommai Meteoro, un Tahitien a qui le Père Jaussen montra les tablettes, car ce premier s'était vanté de pouvoir les lire ( ceci se passa à la fin du XIX eme siècle ). En effet, à la vue des tablettes, Meteoro se mit à chanter ce qu'il y voyait. C'est à ce jour à priori la seule personne qui ai compris ce qu'elles signifiaient. De ces observations et de ces dialogues avec Meteoro, le Père Jaussen, n'a réussi à comprendre que la façon dont se lisait les « textes », et qu'ils étaient chantés. Ils sont en effet écrits selon un schéma inédit : le texte est divisé en lignes « paires » et en lignes « impaires ». Les lignes paires sont orientées de droite à gauche et les lignes impaires de gauche à droite et apparemment chaque signe est placé la tête en bas.

    Tablette Rongo-Rongo : Trois hypothèses principales s'opposent actuellement, elles sont proposées par trois linguistes.

    -- L'Américain Steven Fischer, voit le Rongorongo comme une écriture mixte : certains signes représentent une chose ou un être, exprimé par un mot ou un ensemble de mots, alors que les autres, indiquent un acte. Il voit dans ces tablettes principalement des textes sur la création du monde et des chants cosmogoniques.

    -- L'anthropologue russe Irina Fédorova de l'Académie des sciences de Russie à Saint Pétersbourg n'identifie que 200 signes de base. Pour elle chacun d'eux aurait plusieurs sens, car comme l'ancienne langue pascuane, il y aurait de nombreuses homonymies. Elle y voit des chants rituels liés aux cérémonies agraires ( elle y décèle une grande fréquence de noms de plantes et d'étoiles ), les autres textes sont riches en vocabulaire guerrier et familial relateraient des légendes. Ils seraient écrits dans la langue ancienne mais avec de multiples variations dues vers l'actuelle évolution vers l'actuel pascuan ( proche apparemment du maori parlé en Nouvelle-Zélande ). Cela explique l'apparente multitude de signes et la difficulté de décryptage du Rongorongo.

    -- Enfin, Konstantin Podzniakov collègue de la précédente, interprète les différences comme les variations qu'il a mis en évidence sur diverses tablettes de signes semblables. Il a isolé quelques signes marqueurs de début et de fin d'énoncé. Le nombre de signes reste trop important pour qu'ils puissent constituer un alphabet et trop réduit pour qu'ils représentent des mots. En revanche, selon lui, leur fréquence est statiquement comparable à celle des syllabes de la langue pascuane. Il essaie toujours de faire correspondre des dizaines de gryphes les plus courants avec des syllabes de la langue parlée.

    Pour conclure, on ne peut être sûr de rien quant au Rongorongo, sinon une estimation de l'époque où on l'a créée. En effet, tous les motifs de l'écritures étaient gravés à partir probablement vers le VIII ou IX siècle après J.C, par contre on ne sait quand la sculpture de ces tablettes a cessé.

    On sait que le bois était particulièrement précieux sur l'île, mais il ne servait pas uniquement à faire des tablettes pour le Rongo-Rongo. En effet, il servait aussi à la sculpture de Kava Kava. Les Kava Kava étaient de petites figurines à l'éffigie du diable. Ces statuettes sacrées étaient accrochées dans les habitations et à l'occasion étaient portées par les homes lorsqu'ils dansaient.

     

      

      

      

      

    Histoire de la découverte

    Le premier Européen à avoir aperçu ces îles, fut en 1687, le « pirate » Edward Davis à bord de son navire le Bachelor’s Delight alors qu’il voulait contourner les îles Galápagos au large du Cap Horn. Il a aperçu l’île plutôt par hasard et a cru avoir trouvé le légendaire continent du Sud. Cependant, il ne s’ensuivit aucun débarquement.


    Son nom actuel vient du Hollandais Jakob Roggeveen qui y accosta sur ordre de la Société commerciale des Indes occidentales le dimanche de Pâques 1722 avec trois navires. Il l’appela Paasch-Eyland (île de Pâques), qui était le lendemain de celui de la découverte. Le Mecklenbourgeois Carl Friedrich Behrens participait à l’expédition et son rapport publié à Leipzig orienta alors l’attention de l’Europe sur cette île alors à peine connue.

    L'Arena, navire hollandais, commandé par le capitaine Jakob Roggeveen, naviguait depuis trop longtemps, et commençait à manquer de vivres. Quand le navire croisa la route de cette île, le capitaine était certain ne jamais l'avoir repérée auparavant.

    En prenant sa longue-vue, il chercha des traces de vie. Sait-on jamais, car les apparences montraient une terre hostile. Soudain, il aperçu quelque chose que jamais il n'avait vu auparavant, malgré toutes les îles qu'il avait visitées. Ce qu'il voyait, c'était d'énormes statues, des silouhettes colossales, comme posées sur des plates-formes qui évoquaient des soubassements de palais ou de temples. Le navire jeta l'ancre à proximité. A cette distance, on distinguait les représentations humaines, tête nue, ou parfois coiffées de chapeaux (ou chignons). Elle ne regardaient pas le large. Elles lui tournaient le dos. Leurs regards étaient, au contraire, dirigés vers l'intérieur des terres.

     

      

      

      

      

    ... c'était d'énormes statues, des silouhettes colossales ...

    Le lendemain, avant même qu'on ait mis une chaloupe à la mer, un indigène se hissa à bord. Il semblait à l'aise et souriant. L'orchestre du bord joua en son honneur, et l'indigène l'accompagna en dansant. On lui fit des cadeaux, et il repartit, comme il était venu, à la nage. Le lendemain, d'autres indigènes vinrent. Hommes, femmes, s'amusant de tout. Au bout de quelques temps, on constata que bon nombre d'objets avaient disparu. Les marins décidèrent de se rendre sur l'île, où ils furent accueillis par une foule mitigée. Certains montraient les signes de bienvenue, d'autres commençèrent à ramamasser des pierres. Peut-être que l'un des marins prit peur. On ouvrit le feu. Des corps tombèrent. Tel fut le premier contact de la population indigène avec la civilisation. Le capitaine Hollandais écrivit "Ces figures de pierre nous remplirent d'étonnement, car nous ne pouvions comprendre comment des indigènes sans solides épars et sans cordages furent capables de les dresser".


    L’explorateur suivant fut l’Espagnol Don Felipe Gonzales qui avait reçu du vice-roi du Pérou l’ordre d’annexer l’île Roggeveens pour le compte de la couronne espagnole. Il a débarqué le 15 novembre 1770 avec un vaisseau de ligne et une frégate, et fit élever, comme symboles de la main-mise du pouvoir espagnol, plusieurs croix à des points saillants et il donna à l’île le nom de San Carlos. Dans les années suivantes, l’Espagne ne s’est toutefois que très peu souciée de sa nouvelle possession.

    Pendant sa deuxième expédition du Sud, James Cook a visité du 13 mars 1774 au 17 mars 1774 l’île de Pâques. Il n’a pas été enthousiasmé par l’île et a écrit dans son livre de bord : « Aucune nation ne combattra jamais pour l’honneur d’avoir exploré l’Île de Pâques, [...] il y a une autre île dans la mer qui offre moins de rafraîchissements et de commodités pour la navigation et c’est celle-ci. »[4] Cependant, son séjour a apporté des constatations essentielles sur la constitution géologique, la végétation, la population et les statues — qui avaient déjà été dérangées dans leur majorité. Nous les devons au naturaliste allemand Johann Reinhold Forster et son fils Johann Georg Adam Forster qui participaient à l’expédition Cook. Reinhold Forster a dessiné les premiers croquis des statues (moaïs) qui, gravés et publiés dans un style alors typiquement romantique, firent sensation dans les salons.

    En 1786, débarqua sur l’île de Pâques le comte Français Jean-François de La Pérouse lors de sa circumnavigation terrestre effectuée sur l’ordre du roi Louis XVI. La Pérouse avait l’ordre de dessiner des cartes précises afin de contribuer avec l’étude des peuples du Pacifique à la formation du Dauphin.

    Les maladies introduites par des explorateurs européens comme la grippe et la syphilis ont provoqué une diminution constante de le population. Un chapitre particulièrement sombre est écrit lorsqu’un commerçant d’esclaves péruvien dans les années 1859 à 1861 kidnappa lors de raids, probablement plus de 1 500 insulaires, pour les envoyer comme main d’œuvre servile aux exploitations des îles Guano. Tout cela, ajouté à une large diffusion de la petite vérole et de la variole, apportées par les rares « revenants, » conduisirent à une nouvelle et dramatique diminution de population dont le nombre chuta à 111 personnes en 1877.

    En 1882, la canonnière allemande S.M.S. Hyäne visita durant 5 jours l’île de Pâques au cours d’une expédition dans le Pacifique. Le capitaine-lieutenant Geiseler avait l’ordre de l’amirauté impériale d’entreprendre des études scientifiques pour le département ethnologique des musées royaux prussiens à Berlin. L’expédition a fourni entre autres les descriptions très détaillées des us et coutumes, de la langue et de l’écriture de l’île de Pâques ainsi que des dessins exacts de différents objets culturels, des statues (moaïs), des croquis de maison et un plan détaillé du lieu de culte Orongo.

    Le médecin de navire William Thomson a pris les premières photos de statues (moaïs) en 1886 alors qu’il visitait l’île à bord du navire américain Mohican.

     

      

      

      

      

      

    Recherches sur la dégradation de l’île (XIVe siècle/XIXe siècle).

    Sur les 900 statues (moaïs) présentes sur l’île, à peu près la moitié gisent inachevées dans la carrière principale. L’arrêt précipité évident de leur production laisse supposer qu’un événement exceptionnel a mis fin aux us et coutumes de l’île. Les dernières recherches archéologiques, notamment l’analyse des pollens contenus dans les sédiments ou des restes de repas, prouvent que l’action unique de l’homme n’a pas suffit à déforester complètement l’île. Il est maintenant admis que plusieurs espèces d’arbre ont totalement disparu ou du moins leur nombre a considérablement chuté au cours d’une très courte période située au XVIIe siècle. L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’une longue période de sécheresse s’est abattue sur l’île contribuant à assécher les ressources de l’île. Pour pallier cette sécheresse les habitants de l’île ont fait appel aux dieux pour que la pluie revienne, ce qui peut expliquer la frénésie de construction des moaïs à cette époque là, de plus en plus nombreux et de plus en plus colossaux (le plus grand qui ait jamais été érigé fait 22 m de haut et pèse 160 tonnes). Se rendant compte que les érections d’ahûs étaient vaines, les habitants se sont révoltés contre les dieux et ont abattu eux mêmes leurs idoles dans un déchaînement collectif brutal plongeant l’île dans le chaos.


    La population survivante au cannibalisme avait développé de nouvelles traditions pour préserver les ressources restantes. Dans ce culte de « l’homme oiseau » — en rapanui Tangata manu — (XIVe siècle/XVe siècle, XVIIIe siècle), une course se tenait chaque année, où un représentant de chaque clan, choisi par ses chefs, devait plonger dans la mer et nager jusqu’à Motu Nui, un îlot tout près, afin de chercher le premier œuf de la saison des sternes manutara. Le premier nageur de retour avec un œuf contrôlait la distribution des ressources de l’île pour son clan pour une année. Cette tradition a perduré jusqu'au XIXe siècle.

    Quelles que soient les raisons de son déclin, l’intervention européenne a sonné le glas de la culture rapanui. Dans son article intitulé « Du génocide à l’écocide : le viol des Rapa Nui, » Benny Peiser veut démontrer la preuve d’une auto-survivance sur l’île de Pâques lors de l’arrivée des Européens. L’article de Peiser est, de fait, une critique cinglante du livre de Jared Diamond intitulé « Collapse » (Effondrement), accusant ce dernier de pseudo-science. Cependant, Peiser lui-même ignore fréquemment les faits scientifiques qui contredisent ses théories (par exemple, en niant le fait que l’expansion polynésienne a résulté en une dégradation importante de l’écosystème, fait irréfutablement attesté par des recherches archéologiques — voir aussi Henderson Island.

    Cependant, ses observations sur la dégradation des cultures après l’arrivée des Européens sont très instructives. Certains petits arbres, tel le toromiro, auraient pu parsemer certaines sections de l’île aujourd’hui largement dégradées. Cornelis Bouman, le capitaine de Jakob Roggeveen, écrit dans son livre de bord, « ... d’ignames, de babaniers et des cocotiers nous n’avons rien vu, ainsi qu’aucuns autres arbres ou cultures. » Or, selon Carl Friedrich Behrens, l’officier de Roggeveen, « Les indigènes présentaient des branches de palmiers comme offrandes de paix. Leurs maisons bâties sur pilotis étaient barbouillées de luting et recouvertes de feuilles de palmier. » Ceci dénote la présence de palmiers à cette époque, bien qu’il pourrait s’agir de cocotiers introduits après l’extinction des palmiers indigènes.

    L’île de Pâques a souffert d’une forte érosion du sol durant les derniers siècles, très certainement le résultat de la déforestation. Cependant, ce processus semble avoir été graduel mais accéléré par un élevage intensif de moutons durant une grande partie du XXe siècle. Jakob Roggeveen rapporte que l’île de Pâques était exceptionnellement fertile, produisant de grandes quantités de bananes, pommes de terre et de canne à sucre. Lors du passage de M. de La Pérouse, responsable de l’expédition française qui visita l’île en 1786, son jardinier déclara que « trois jours de travail par an » pourraient subvenir au besoin de la population. D’autre part, l’officier Rollin écrivit, « Au lieu de rencontrer des hommes détruits par la famine... je trouvai, au contraire, une population considérable, avec plus de beauté et de grâce que je n’en avais rencontrée sur d’autres îles ; et une terre, qui, avec un labour infime, fournissait d’excellente provisions, et une abondance assez suffisante pour la consommation des habitants. »[5]

    Curieusement, un siècle plus tard, les Européens trouvèrent que l’île n’était seulement utile que pour l’élevage des moutons.

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    Ecriture et Rituels
    par Lorena Bettocchi

    Les rituels étaient réservés aux seuls initiés : les tohuka, c’est à dire les chefs spirituels. L’écriture rongo-rongo -la grande parole ou la parole sacrée- est venue, selon la tradition orale avec Hotu Matua leur premier roi. Il était Maori rongo-rongo. Hotu Matua était à la fois un chef politique et spirituel car la connaissance suprême appartenait à un grand maître : le Maori rongo-rongo.


    Mais chaque Tohuka avait ses domaines : le tissage des filets, l’astronomie, la danse, les semailles et les moissons, la pêche. On peut donc supposer que chaque tablette de la connaissance avait sa spécificité et que seul le Maori rongo-rongo en avait toutes les clés.

    L’écriture s’enseignait pourtant dans des écoles initiatiques qui accueillaient des jeunes gens, les plus doués. Seules les paroles connues par les gens du communs étaient dessinées et travaillées en sémantique.

    La tradition polynésienne au sujet du langage était particulière. Elle comportait plusieurs degrés :

    Le premier degré était celui de tout un chacun : ce sont les mots courants, ceux de tous les jours, ceux des actions de la vie. Tout Polynésien parle ce premier degré.

    Le second degré est celui des chefs politiques. Pour leur parler, il fallait un interprète ou maître des cérémonies. Cela existe encore aux Îles Tonga. Pour demander une audience au roi, il faut obligatoirement un interprète ambassadeur. Le Roi ne s’abaisse pas à parler comme un sujet. Puis vient le langage des poètes.

    Le troisième degré est celui des chefs spirituels ayant connaissance de l’écriture sacrée. L’écriture sacrée de l’Ile de Pâques, le rongo-rongo était tabou.

    Il n’y a actuellement plus aucun Tohuka en Polynésie capable de la lire.

    A présent, avec la science, qu’en est-il des mystères de l’Ile de Pâques ? L’étude des langues et des toponymes, celle des végétaux et des pollens, les données concernant la navigation, les études génétiques et les datations précises en archéologie permettent d’en retracer toute l’histoire.

    Et de tous ses mystères, de tous ses tabous, seul celui de l’écriture demeure. A ce jour, quatre linguistes se sont hasardés à son déchiffrement. Les Polynésiens ne se retrouvent pas dans leurs obscures et contradictoires explications et aucun des Tohuka linguistes n’a encore adhéré à leur démarche.

    Moai Kavakava petites sculptures en bois et en pierre.

    Due à la grande diffusion à travers le monde des images et photos des statues colossales de l’Île de Pâques, la croyance s'est répandue que l’art de l’Île de Pâques se résume seulement à ces grandes statues, qu'il est stéréotypé et ne possède aucune variété. Ce n'est pas le cas. En effet, les anciens pascuans ont élaboré une énorme variété de petites sculptures en bois et en pierre démontrant par là une imagination débordante.


    Au nombre de ces statuettes, le Moai Kavakava, par son originalité, par ses caractéristiques, par son degré de précision et sa parfaite finition , représente une des grandes réalisations de la sculpture en bois des pascuans. Un Moai Kavakava datant de la période antérieure à l'arrivée des occidentaux, vaut son pesant d'or, car extrêmement rare.

    Ces statuettes ont très tôt attirées l'intérêt des occidentaux. Ainsi en est-il lors du passage de La Flore en 1872, ayant a son bord Julien Viau. Ce jeune aspirant officier se procure quelques objets sur l'île qu'il montre ensuite à son commandant. "Les objets que je me suis procurés excitent l'admiration du commandant de Lamotte, qui n'a rien trouvé de pareil; il me prie, vu l'intimité qui semble régner entre les indigènes et moi, de lui procurer une idole comme la mienne, et, pour effectuer l'échange, m'abandonne sa redingote, objet d'un prix inestimable. Je traite donc avec mon ami le vieux chef, pour un bonhomme de bois qu'il tenait pieusement emmailloté sous son manteau en écorce de murier." (L'île de Pâques, Journal d'un aspirant de La Flore, p. 39)

    Caractéristiques.

    La plus grande partie de l'expression dramatique dégagée par les Moai Kavakava provient de leurs caractéristiques faciales, tel; la figure mince et allongée, le nez aquilin, les pommettes saillantes, le rictus de la bouche entrouverte découvrant les dents, le menton proéminent et finalement des yeux globuleux enfoncés dans leur orbite, fait d'os et d'obsidienne.


    Plusieurs légendes sur l'origine des statuettes Moai Kavakava sont rapportées par différents explorateurs et par des personnes ayant habité sur l’Île. Ces légendes présentent de légères variantes.

    Après les raids effectués par des esclavagistes, la tradition des statuettes et le savoir faire des Pascuans pour les réaliser ont presque disparu. Par la suite, devant l'intérêt des visiteurs pour les anciens objets d'art de l'Île, les Pascuans se sont mis à produire des copies de pièces anciennes comme monnaie d'échange. Dans cette période de "l'art décadent" on a vu surgir toutes sortes de statuettes inspirées du Moai Kavakava. Le savoir faire et la motivation religieuse ayant disparus, ces copies des anciennes statuettes n'avaient plus autant de beauté et de raffinement que les premiers Moai Kava Kava. Elles demeurent toutefois très originales et conservent leur valeur historique.

    Statuettes postérieures à 1900 réalisées par les Pascuans comme monnaie d'échange
    Avec les années, les sculpteurs de l'île qui ont eu le souci de préserver la culture de leurs ancêtres ont su refaire des pièces de qualité.

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    Petite histoire de la gravure.

    Lithogravure récente d'une peinture de William Hodges lorsqu'il accompagna le Capitaine Cook dans son second voyage dans le Pacifique sud (1772-1775)


    C'est à partir des années 1850 que l'on commence à utiliser la pâte à bois pour fabriquer le papier industriel.

    La photographie n’existait pas encore, mais on connaissait déjà la gravure sur bois. Par la suite, la gravure sur bois est remplacée par la gravure sur métal, permettant ainsi une gravure de qualité supérieure.

    Cependant, si on voulait incorporer des gravures dans une page du texte, il fallait, pour des raisons techniques, utiliser la gravure sur bois. Par contre on parvenait de superbes "hors texte" avec des gravures sur métal.

    C’est aussi l’époque des grandes découvertes des contrées lointaines. Seule une minorité de gens aisés pouvait détenir des peintures ou des dessins illustrant ces contrées lointaines. La grande majorité des gens n’avait que les images et estampes gravées dans les journaux et les livres comme référence. La plupart des gens se représenta donc ces nouvelles contrées conformément aux gravures des artisans de l'époque.

    Les gravures qui suivent sont sur bois si elles sont tirées d’un livre ou sur métal s'il s’agit de tirés à part. Elles constituent la mémoire de ce que les gens de l’époque avaient sous les yeux pour se faire une idée de l’Île de Pâques. On ne peut que constater l’auréole de mystère et d’étrangeté qui ressort de certaines de ces gravures.

    Voyages de La Pérouse.

    En service à bord de la frégate la Flore, l’aspirant de marine Julien Viaud participe à la visite de l’île de Pâques. Celui qui deviendra en littérature Pierre Loti a tout juste vingt-deux ans quand il fait escale à l’île de Pâques du 3 au 7 janvier 1872.


    Tout au long du voyage, Loti réalise des dessins. Au départ, Loti ne fait pas partie de cette expédition en tant que dessinateur officiel. Les croquis qu’il réalise sont exécutés dans ses temps libres et sont le fruit d’une initiative personnelle. Son travail prend une tournure plus officielle lorsque l’amiral de Lapelin le charge de réaliser certains croquis pour accompagner le rapport qu’il doit faire au ministre de la Marine

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    Les voyages de l'âme
    Lorena Bettocchi

    Publications autorisées à ce jour à la revue Tahiti Pacifique Magazineet Centre d’Etudes de l’Ile de Pâques et de la Polynésie, dont je suis membre

    A Rapa Nui, le culte des ancêtres tenait une place essentielle dans toute manifestation culturelle. Les natifs de l’île considéraient que les enseignements transmis par les ancêtres (matamua) déterminaient les résultats du temps présent : transmission des savoir-faire, récoltes abondantes et nombreuse descendance.Lorsqu’un chef de famille venait à mourir, les femmes du clan prenaient soin de son corps afin que son âme voyageât en paix et rencontrât les âmes des valeureux ancêtres. Détachée du corps, l’âme du défunt s’acquittait envers les vivants d’un ultime devoir : celui de les protéger durant un certain temps, avant de voyager à l’Ouest.


    Les sages connaissant les étoiles (tohunga ite hetu) dont les études astronomiques furent très avancées et servirent à la navigation durant des millénaires, nous ont transmis que l’Est représente le commencement et l’Ouest la fin de la vie. Ces sages déterminaient l’orientation des plates formes cérémonielles (ahu) qui conserveront dans la terre rouge et sous les pierres, durant des siècles et des siècles, les reliques sacrées des défunts Ariki (nobles) et sur lesquelles par la suite furent élevées les statues géantes des ancêtres appelées moai.

    En Nouvelle Zélande, les Maoris contaient que l’âme du défunt s’apprêtait à voyager vers le Nord. Il n’est pas surprenant de constater qu’à Rapa Nui comme en Nouvelle Zélande, le point de retour des âmes correspond à l’origine des migrations Lapita (provenant du Sud-Est Asiatique). L’origine des migrations, nous le savons à présent par la linguistique et l’archéologie, remonte à cette région géographique. Elles ont sillonné la mer sur la route de l’obsidienne durant des millénaires. Les Lapita furent exterminés ou assimilés par les populations mélanésiennes.

    Les trois voyages de l'âme.

    C’est durant le premier voyage que l’âme et le corps se séparent. Autrefois les lamentations des femmes (tangi) accompagnaient les rituels mortuaires appelés vai tangi (lit. larmes et pleurs). Ces chants aidaient l’âme à passer la première porte. Car ainsi voyageait l’esprit. Et le corps devait également suivre ces passages. Des rituels de conservation des corps furent observés aussi bien à Rapa Nui qu’en Nouvelle Zélande.


    Dans un premier temps, après l’avoir toiletté, les femmes entouraient le corps du défunt de bandelettes de tissu le tapa, écorce pilée du mûrier ou broussanetia pipirifera (mahute). Durant cette cérémonie funéraire intervenait parfois le Tohunga Maori rongo-rongo, ‘Sage Maori connaissant les paroles sacrées’, qui récitait les exploits du valeureux défunt ainsi que de tous ses ancêtres.

    A Rapa Nui, dans certaines tribus, le corps du défunt, rendu rigide par son habit funéraire reposait et séchait à l’air pur. Ces sites funéraires furent observés par les navigateurs le long de la corniche, côté soleil couchant. La dépouille de l’ancien était placée près des siens, près de son village et orientée à l’Ouest. Toute approche, toute profanation du lieu devenait tabu, c’est à dire interdite. L’arbre sacré sophora tetraptera (toromiro) fut utilisé pour tailler les fourches qui soutenaient le coprs surélevé.

    Si le défunt était Ariki, deux cylindres volumineux taillés dans le tuf rouge étaient posés sur le sol, près d’un ahu et supportaient les fourches de bois et le corps du défunt.

    Il m’apparaît utile de souligner l’intime relation entre ces cylindres rouges et le pukao, c’est-à-dire le chapeau des moai. Taillés dans la même roche sacrée et dont la couleur symbolisait fertilité, connaissance et mana, force des transmissions à travers le temps.

    L’âme au cours du premier voyage demeurait au-dessus des vivants, suscitant réconfort et sécurité ou bien crainte et tourment. Tout dépendait du comportement des descendants. Les anciens Rapa Nui désignaient ‘l’âme du défunt qui accomplit son premier voyage’ en utilisant le signifiant kuhane.

    A la fin d’une période déterminée par l’astrologue, la dépouille était transportée et inhumée en un autre lieu sacré, différent selon le rang du défunt : caverne appelée hanga située sur les terres du clan ou bien chambres mortuaires appelées avanga - ou encore sous les pierres de la plate forme cérémonielle appelée ahu. En Nouvelle Zélande et aux Iles Marquises les ossements furent entreposés à l’intérieur des cavernes ou les troncs d’arbres sacrés ou bien encore sous les fondations du temple appelé Marae.L’âme pouvait ainsi accomplir son second voyage et rencontrer l’esprit des ancêtres les plus proches. Cette force, ce mana ou regroupement des âmes des défunts autour de leur descendance caractérisait le lien entre les vivants et les disparus, entre le présent et l’au-delà. En langue rapa nui l’âme à la fin de ce séjour n’est plus désignée par le terme de ‘kuhane’ mais par un autre signifiant ‘varua’. Rua signifie deux. Varua, l’esprit au cours du deuxième passage que certains membres du Conseil des Anciens interprètent comme la ‘manifestation de la conscience des vivants afin de satisfaire par des actions justes et libres l’esprit des tupuna’, c’est-à-dire des ancêtres.Les crânes des défuns possédaient des pouvoirs sacrés. Il arrivait qu’une tribu adverse parvint à profaner une chambre mortuaire et voler le crâne d’un ancêtre pour suspendre la relique à l’entrée d’une maison. Sur le sommet des crânes utilisés à cet effet furent observées des écritures représentant un oiseau marin ou un sexe féminin appelé ‘komari’ tous deux symboles de pouvoir, d’abondance à la pêche puisque les oiseaux désignent un banc de poisson et de fertilité. Les profanes tentaient de s’approprier ainsi tous les mérites de l’ancêtre et principalement de son ‘mana"

    Le troisième voyage de l’âme du défunt se fera dans le futur, donc sans rituel. Puisque le futur demeurait inconnu : les Polynésiens disent que ‘le passé se dresse devant soi’ puisque connu et que le futur est derrière soi puisqu’inconnu. L’âme en paix, au cours du troisième voyage rejoindra le Hawai ki rangi, c’est à dire le cosmos (rangi) où se rencontrent les ancêtres ayant transmis leurs connaissances (ki) et ce jusqu’à l’esprit du premier homme Maori. La tradition cosmogonique est la suivante : les Polynésiens sont fils du ciel lequel en s’unissant à la terre a donné naissance au premier homme et à son âme symbolisée par l’oiseau.

    A Rapa Nui, les ancêtres défunts furent représentés par des statuettes de tapa l’écorce pilée du mûrier, de bois sacré ou de pierres tendres, selon le rituel auquel ces reliques se rapportaient - entre autres les fêtes annuelles dédiées aux anciens et aux esprits protecteurs des récoltes-. C’est à l’occasion de ces cérémonies que le Maori Rongo-Rongo récitait les généalogies avec les tablettes de la connaissance. La statue géante appelée Moai fut érigée afin d’immortaliser un ariki, un chef, sa lignée est ses origines comme le démontre le célèbre ahu Tonga Ariki, celui des ancêtres venus des Iles Tonga. Le Moai protège son village, il est orienté vers lui. On lui ouvre les yeux durant une cérémonie appelée ‘mana tupuna’, lien spirituel qui nous relie nous les vivants aux ancêtres rapa nui.

    Lien entre Rapa-Nui et Madagascar

    Notons que tous les linguistes s’accordent à dire que des migrations parlant le proto-austronésien, langue mère des Polynésiens et des Malgaches ont rejoint Madagascar et que l’on retrouve le proto-austronésien dans leur parler malgré les grandes distances géographiques. Il semblerait que ce n’est pas le seul lien entre la très grande île proche des côtes de l’Afrique et la Polynésie.


    En effet une ancienne coutume s’observe à Madagascar alors qu’en Polynésie elle cessa d’exister avec l’arrivée des missions. Il s’agit de la coutume du « retournement des morts », transportés d’un lieu à un autre site.

    Ces liens et cette protection accordée par les ancêtres à leur descendance nous sont dévoilés par une coutume profondément enracinée et vivante. Tout comme les Polynésiens de croyances ancestrales, les natifs de Madagascar, dans certaines contrées communiquent régulièrement avec leurs défunts, les honorent par des fêtes et n’ont aucunement peur de la mort et de l’au-delà.

    Tradition orale.

    Ce fut le père Sébastien Englert, missionnaire à RAPA NUI (1885 –1969) qui consacra une partie de sa vie à noter ce que les natifs s’étaient transmis oralement durant des siècles et des siècles.


    Histoire, migrations, légendes et coutumes.

    Les chants ou RONGO, exprimés en langue RAPA NUI ancienne nous apparaissent comme de véritables poésies. J’en ai restructuré la présentation, selon ma perception de la langue ancienne, comme Lukas Pakarati me l’avait enseigné. Les RONGO contiennent leurs secrets : ils démontrent la manière de nommer les toponymes, la façon de conter les choses, les répétitions pour la beauté du chant.


    Les statisticiens qui travaillent sur le rongo avec force graphiques se régaleront certainement. Ils y rencontreront les règles du rongo que j’ai utilisées lors de l’étude des chants d’Ure Vae Iko.

    Histoire et destin de Rapa-Nui Lorena Bettocchi

    Moai de l'Île de Pâques en basalte. Datation imprécise : entre 1100 et 1680 de notre ère. Découvert en 1934 près de la baie de Hanga Roa, il fut amené en Belgique sur le navire-école Mercator en 1935. Il est actuellement visible aux Musées royaux d'Art et d'Histoire à l'esplanade du Cinquantenaire à Bruxelles.


    L’Île de Pâques ou Rapa Nui en langue vernaculaire, la langue des natifs, est une petite île de 163 km² située dans le sud du Pacifique, à l’extrême est du triangle polynésien avec, au Nord les Iles Hawaï, à l’ouest la Nouvelle Zélande et au centre les Fidji, les Tonga et la Polynésie Française.

    Rapa Nui est l’une des terres les plus isolées du monde, au centre d’un cercle de deux mille kilomètres de rayon, distance qui la sépare de l’île la plus proche, Pitcairn qui fut colonisée par les révoltés du Bounty.

    Remontons le fil du temps et imaginons un jeune Maori nommé Rano « homme né libre », qui ne connaît du monde que son île, un horizon formant une courbe et un océan sauvage. Et un beau jour, Rano voit apparaître en mer, trois vaisseaux toutes voiles déployées. Il sursaute et hurle d’excitation, gesticule pour attirer l’attention et alimente fébrilement son feu d’herbes sèches.

    Sur le premier navire de l’expédition, à la découverte de la « terre incognita » le capitaine de vaisseau hollandais Jacob Roggeven observe cette île à la jumelle. Celle-ci est sombre et hostile, recouverte d’une végétation jaunâtre et des roches brunes probablement volcaniques. Des vagues énormes, écumeuses et violentes se jettent contre les falaises et l’empêchent d’accoster. Il est fort intrigué car il croit reconnaître des cairn celtiques et des menhirs ! La fumée qu’il vient d’apercevoir lui donne à penser qu’à terre il y a des humains.

    Il cherche alors une baie pour jeter l’ancre. Lorsqu’il parvient à une petite crique tranquille et qu’il l’explore pour la première fois, il est totalement bouleversé. La découverte de Rapa Nui, se produisit par hasard, un dimanche de Pâques de l’an 1722. Sur une page blanche, Roggeven dessina une petite île de forme triangulaire avec trois cratères de volcans éteints. Et comme cette terre n’avait point de nom, il la baptisa « Île de Pâques ».

    Le navigateur consigna ses impressions sur le livre de bord . Cette île inhospitalière était bien habitée. Il ne pouvait imaginer comment ces hommes et ces femmes, physiquement semblables à tous ceux des Îles du Pacifique étaient arrivés jusque là, avec leurs archaïques pirogues à balancier. Lui, Jacob Roggeven, pensait que seul Dieu avait pu les déposer là !

    Il ne découvrit en effet aucune pirogue, aucun bateau, aucun arbre, aucun moyen d’aller en haute mer. Les questions que se posa le capitaine de vaisseau Roggeven vont intriguer les navigateurs qui suivront. Mais ces derniers troubleront profondément la vie de Rano et de toute sa descendance. Ils détruiront rites et coutumes, changeront la vie, la santé, les noms ancestraux, la liberté des natifs de cette « étrange terre des hommes ».

    En 1770, une expédition pour le compte du Roi d’Espagne va également séjourner sur l’île : le temps d’y planter des croix et de l’annexer à la couronne. Fait extraordinaire : les trois chefs signent le traité d’annexion faisant apparaître d’étranges tracés, ce qui sera interprété par les Académiciens de Londres et de Madrid comme la première manifestation d’une écriture chez ces sauvages de l’Océanie, fait d’autant étrange qu’elle n’existe nulle part ailleurs sauf dans cette île à l’isolement total.

    Quatre ans plus tard, c’est la capitaine Cook qui explore l’Île de Pâques. Les luttes tribales semblent avoir ravagé l’île. Les statues ont été renversées, brisées.

    En 1848, alors que la France vote l’abolition de l’esclavage dans toutes ses colonies, des bateaux recruteurs au travail forcé iront ratisser en dehors des Antilles. Ils viendront dans le Pacifique et seront fort heureusement arraisonnés par les gardes côtes français. Mais la traite des Maoris avait commencé. L’île de Pâques fut soumise à plusieurs reprises et les hommes, les plus forts, furent embarqués de force. Il y avait parmi eux les sages qui connaissaient les secrets des rituels et de l’écriture.

    Lorsqu’en 1872 la Flore, avec l’aspirant Julien Viaud (que nous connaissons sous son nom d’auteur : Pierre Loti) visita l’île, elle ne comportait plus que quelques centaines d’habitants (au lieu de plusieurs milliers avant les razzias des esclavagistes chiliens et péruviens). Les natifs furent contaminés par les marins.

    La langue ancienne, les rituels, les coutumes ancestrales faillirent disparaître. La venue des missionnaires fit connaître d’autres « Atua », celle des marchands d’autres coutumes. On pilla l’île de ses œuvres d’art. Tous les originaux des tablettes de la connaissance, découvertes en 1864 par le frère Eugène Heyraud, comportant leur si extraordinaire écriture furent brûlés ou dispersés. Les Pascuans parqués, interdits de séjour sur leurs propres terres, connurent le couvre-feu.

    Tahiti finit par se désintéresser des habitants, sauf pour les exporter dans ses missions et les faire travailler. Il fut demandé au Chili, dont les navires s’approchaient souvent de l’île, une reconnaissance, voire même un protectorat afin de mettre fin au désastre. Et le 9 septembre 1888, le Capitaine des gardes marins Policarpo Toro, après une période d’observation proposa son annexion à la 5ème région du Chili.

    Dès lors, le déclin fut stoppé et petit à petit l’île se repeupla, retrouva une économie fermée donnant nourriture à tous ses habitants. L’état civil fut mis en place et les généalogies anciennes furent changées par le baptême. Les Pascuans perdront donc leurs désignatifs qui racontaient toute l’histoire de leur famille.

    Si Allende reconnut l'originalité de la culture des Rapa Nui et construisit des écoles, Pinochet leur mena la vie dure. Il réquisitionna sans aucune forme d’indemnité toutes les terres planes et fertiles.

    A présent nous pouvons dire qu’à Rapa Nui, tous sont heureux et environ 3000 habitants. Le renouveau culturel a repris force et vigueur. Les femmes, auxquelles on refusait la connaissance, sont accueillies au sein des Conseils des Anciens. L’île comporte 49 familles ancestrales. L’une d’elles fut ma famille durant trois ans.

    L’Île de Pâques, de tradition maorie, on ne lui a pas souvent accordé cette identité, a fait couler beaucoup d’encre. Toutes les folies furent écrites vers les années soixante : que les statues furent érigées par des extra-terrestres ou par des géants, les rescapés des antiques cités de Mu.

    Je peux vous certifier que ce qui fut pensé, construit, respecté, sculpté, vécu et souffert, revit chaque jour là-bas, à la mémoire des ancêtres et que les manifestations artistiques furent élaborés par l’homme. Le mérite revient aux seuls Rapa Nui qui honorèrent par leur grande culture la mémoire des anciens.

    L’ancêtre par excellence est représenté par la statue géante le Moai : la traduction de ce mot signifie : pour la descendance ou le géniteur. Un moai est donc un chef, un Ariki, celui qui a donné naissance à toute une lignée. Pierre Loti consigne sur ses notes que les Pascuans disaient également ‘morai’. Ce qui veut dire ‘pour le ciel’.

    Ce sont les clans des longues oreilles qui les ont sculptés, tribus dont la culture est dite « des lumières ». Le mot existe en langue rapa nui, c’est Marama. Un clan porte encore ce nom.

    Entre toutes les énigmes qu’offre l’étude de l’Île de Pâques, l’une d’elles est l’origine de son peuplement. Un grand nombre d’évidences archéologiques, anthropologiques et linguistiques désignent les Îles Marquises d’où vinrent probablement les colonisateurs durant les premiers siècles de notre ère.

    D'après leurs légendes et la tradition orale, les Rapa Nui content que les premiers êtres humains à poser le pied sur le sol de ce qu’il nommèrent "Te Pito te Henua" c’est à dire en langue marquisienne : le "Nombril de la Terre Mère", traversèrent l’immensité de l’Océan Pacifique poussés par des rêves prémonitoire d’initiés de la Terre des Hommes ‘Enua Enata’ selon la langue marquisienne.

    Ces légendes rapa nui nous transmettent que Hotu Matua (matua : le père entre tous, l’ancêtre) quitta les Terres des Hommes car son temple fut détruit par un raz de marée. Après avoir navigué, Hotu Matua rencontra une île sauvage et difficile d’accès. Mais les initiés Tare et Rapa-hango avaient vu l’île en rêve prémonitoire et lui avaient fourni de précieuses indications.

    Confiant, Hotu Matua fit le tour de l’île et trouva une baie habitée seulement par des oiseaux ce qui se dit Hana Kena et ainsi fut baptisée la baie du premier débarquement.

    Selon les méthodes de navigation océaniennes, plusieurs grandes pirogues convoyèrent plus de deux cents hommes femmes et enfants, ainsi que des plantes et des animaux. L’Ariki Hotu Matua était accompagné par ses sages maoris, car il est maori, ses stratèges et ses artisans , ses pêcheurs, et ses agriculteurs. Parmi eux se trouvaient des initiés ayant connaissance de l’écriture sacrée : le rongo-rongo. Hotu Matua avait emporté avec lui de nombreuses tablettes écrites mémorisant généalogies et histoire et seuls les sages pouvaient réciter ces écrits. Ils avaient reçu des enseignements et représentaient l’élite et la mémoire.

    Chacun connaissait sa position à l’intérieur d’une rigide structure sociale, dont le chef était l’Ariki, descendant direct du Ciel et qui possédait un pouvoir surnaturel appelé le MANA. Pour cela il était protégé et isolé comme il se doit par les règles du TAPU, l’interdit et le sacré.

    Les descendants d’HOTU MATUA (l’ancêtre, le père) durent faire face aux premières difficultés : ni le cocotier ni l’arbre à pain ne poussèrent en raison des vents salés de la mer. Par contre le mahute (mûrier), poussa très bien et avec l’écorce pilée, le tapa, les anciens purent confectionner des étoles destinées à les protéger du froid.

    Le calebassier donna des récipients ronds et son écorce des colorants pour teinter les cheveux, les tatouages et la peau.

    La végétation de l'Île de Pâques comportait des bois sacrés. Seuls les Tohuka avaient le droit de les exploiter - le toromiro ou sophora tetraptera est à présent en voie de disparition mais il y encore du bois de rose appelé makoi. Et les statuettes exécutées en makoi sont très belles. Car les natifs de l’île ont un don : la sculpture. Rapa Nui est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité tout le mérite revient aux descendants d’Hotu Matua. Un autre bois, le palmier du Chili servit de levier pour transporter les statues géantes pesant plusieurs tonnes.


    Selon les rites océaniens, la nourriture était sacrée et bien commun, stockée dans une maison spéciale avec garde jour et nuit. Certaines de ces maisons étaient parfois sculptées de pétroglyphes dédiés au esprits tutélaires protecteurs des récoltes.

    Le tracé des pétroglypes se faisait sous la surveillance des sages de chaque clan. Par ces écritures, l’île est un véritable livre de pierres.

    On ne sait si ce fut l’isolement, mais les natifs de Rapa Nui se trouvèrent dans les conditions idéales - hasard ou nécessité ?- afin de puiser les matières premières propres à la construction de sculptures de plus en plus grandes et chaque fois plus parfaites.

    Durant un millénaire, les Tangata Maori Hanga Ahu, c’est à dire les hommes maori ayant le savoir- faire des autels, en construisirent plus de trois cents, la majeure partie d’entre eux seront placés le long de la côte. Il fallut transporter pierres et statues géantes.

    Le plus immense est l’Ahu Tonga Ariki représentant les chefs Tonga dont la plateforme atteint 45 mètres de large et 160 mètres de long. Elle soutenait 15 moais imposants avec leur chapeau de tuf rouge. Cet ahu fut renversé en 1962 par un raz de marée et remonté durant sept ans par l’archéologue chilien Claudio Cristino. En 1995 sa tâche fut accomplie et une cérémonie de levée des tabous eut lieu, regroupant des sages venus de contrées lointaines. Car ces Tohuka, dans les sociétés océaniennes actuelles, existent encore.

    Les statues furent érigées sur des autels de pierres rondes, fort bien ajustées les unes aux autres, sur des terres sacrées et conservent les ossements des ancêtres, les Ariki. L’autel était orienté face au village, pour le protéger et face au soleil levant. Il recevait les premiers rayons du soleil au moment des solstices et des équinoxes. Les astronomes possédaient parfaitement la science des cycles lunaires et solaires. Ces observations étaient utiles à l’Ariki et permettaient de prévoir la venue d’équateur des courants chauds qui annonçaient l’arrivée des tortues, mets fins et riches, destinés à l’élite. Il en était de même pour la venue d’ oiseaux marins migrateurs.

    Les connaissances scientifiques des Tohuka étaient entourées de tabous et de rituels absolument nécessaires au maintien de l’ordre politique et social de l’île.

    Parmi les pétroglypes de l’Île de Pâques certains rappellent une légende qui devint rite : l’homme oiseau.

    En Océanie, les croyances cosmogoniques racontent que tout être est descendant du Ciel-Premier, lequel s’unissant à la Terre-Mère à donné naissance au premier homme ‘Maori’ et à son compagnon ‘Manu’ l’oiseau. L’oiseau symbolise la liberté et l’âme.


    Te Tangata Manu ou l’Homme-Oiseau.

    Le rite de l’homme oiseau a bien existé à l’île de Pâques. La tradition orale nous transmet qu’il naquit de luttes tellement violentes entre clans qu’il fallut pour survivre trouver une solution.


    En effet, l’île fut visitée par d’autres tribus, des êtres frustes, aux mœurs sauvages venus d’on ne sait où en Océanie, de type mélanésien. On les appelait ‘hanau eepe’, c’est-à-dire petits et trapus ou Courtes Oreilles, différents des ‘hanau momoko’, nés grands et minces, Longues Oreilles, constructeurs des moais. Ces mélanésiens furent cantonnés dans une péninsule, le Poïke où il était difficile de pêcher. Comme chaque famille donnait naissance à de nombreux enfants, ils furent très vite trop nombreux. Ils étaient cultivateurs. Pour alimenter suffisamment leur tribu, ils demandèrent aux Ariki Longues Oreilles la permission de cultiver les meilleures terres, plus planes, moins empierrées. Les longues oreilles leur refusèrent ce droit. Il s’ensuivit des luttes sans merci. Toutes les plates formes cérémonielles avec les statues géantes furent profanées, renversées. Comme cela fut observé dans certaines îles d’Océanie, selon le rituel de la guerre, certains se livrèrent à l'anthropophagie.

    Les arbres furent abattus jusqu’au dernier pour empêcher le clan adverse de construire des pirogues, d’aller pêcher en mer et d’élever ces statues géantes qui accordaient à leurs adversaires tant de pouvoir.

    La vie à Rapa Nui devint un enfer. Les Sages réunis en conseil cherchèrent une solution. Il leur fallait un chef digne de ce nom. Courageux, proche des esprits tutélaires, proche du Ciel et de la Terre. Un "Homme Oiseau" terrifiant et puissant.

    Ils mirent en place un rite sacré, une sorte de compétition initiatique. Il fallait dévaler la pente du volcan Orongo, nager dans une mer infestée de requins et grimper sur l’îlot Motu Iti pour y rechercher un œuf, celui de l’hirondelle de mer, qui chaque printemps venait y renouveler sa nichée.

    Les prétendants furent peu nombreux ! Seuls les plus forts, les plus courageux furent candidats. Le premier à revenir au sommet du volcan Orongo, là où siégeaient autrefois les anciens, le premier Maori à ramener l’œuf originel serait nommé ‘Tangata Manu’ ou Homme Oiseau et respecté durant un an, jusqu’au retour des hirondelles de mer. Ainsi fut fait.

    Le Tangata Manu était entièrement isolé et nourri pour tous les clans. Il représentait l’autorité et garantissait la paix. La coutume dura plusieurs siècles. Elle se confond à la légende, illustrée par les pétroglyphes du volcan Orongo qui furent sculptés en amont ou en aval de l’histoire.

    Lorsque le frère Eugène Heyraud alla prêcher la bonne parole sur l’Île de Pâques, il fut confronté à l’autorité d’un ancien Tangata Manu lequel se sentant investi de pouvoir lui mena la vie dure, lui vola tous les objets de culte y compris sa soutane.

    Les causes de la déforestation totale de cette petite île isolée demeure pour l'instant inexpliquées.

    Ces dernières années, certains chercheurs, se sont évertués, à démontrer que l'île de Pâques était un exemple-type d'un environnement dévasté par l'action de l'homme. Une nouvelle étude cherche à renforcer cette image et l’auteur de cette étude affirme que la dévastation de l’île de Pâques aurait commencé dès le moment où les humains ont mis le pied sur cette île.


    Cette nouvelle étude, effectuée par Terry Hunt de l’Université d’Hawai, place l'arrivée des premiers humains sur l'île de Pâques aux environs de l'an 1200, soit 400 à 800 ans plus tard que ce qui avait été estimé jusqu'ici. Tant qu'on croyait que les Polynésiens avaient occupé l'île de Pâques entre les années 400 et 800, on pouvait imaginer qu'il y ait eu d'abord une sorte d’âge d’or à l’île de Pâques, période pendant laquelle les habitants auraient vécu en harmonie avec la nature fragile de leur île.

    Mais pour l’auteur de cette étude, cet âge d’or n’a pas eu lieu. En effet, Terry Hunt, se basant sur une datation au carbone quatorze faite à partir de prélèvements effectués sur le site d’Anakena, situe l’arrivée des Polynésiens colonisateurs de l’île de Pâques en l’an 1200. À partir de cette donnée, Terry Hunt affirme que l’impact des premiers habitants sur leur environnement a été très rapide en ce qu’ils ont procédés à une déforestation massive de l’île dès leur arrivée.

    Or, si ces prélèvements peuvent démontrer qu’à cette date ce site était effectivement utilisé par l’homme et que donc l’Île était habitée, ils ne démontrent pas pour autant qu’il s’agisse là de la date d’arrivée des premiers Polynésiens, et ce, pour plusieurs raisons.

    En effet, d’autres traces plus anciennes ont très bien pu ne pas être découvertes à cet endroit.

    Par ailleurs, le site d’Anakena qui est considéré comme le lieu de débarquement des premiers Polynésiens colonisateurs de l’île de Pâques a fort probablement été habité par la famille royale. Mais cela n’en fait pas pour autant automatiquement le lieu habité le plus ancien de l’Île. En effet, d’autres endroits sur l’Île pourraient receler des traces encore plus anciennes des premiers colonisateurs. C’est à cette constatation qu’en était arrivé l’explorateur norvégien Thor Heyerdahl. En effet, celui-ci a effectué des prélèvements à différents endroits sur l’Île. Si la plupart des prélèvements lui donnent des résultats supérieurs à l’an 1200 de notre ère, il a cependant obtenu deux résultats aux alentours de l’an 400 à Vinapu et de l’an 850 à Poike [1], ces deux endroits étant assez éloignés du site d’Anakena.


    L’Ahu Vinapu, qui était enfoui dans le sol, est possiblement un très ancien Ahu de par son mode de fabrication très spécial. En effet, il ressemble beaucoup aux constructions incaïques d’Amérique du Sud. Sans entrer dans les détails de la thèse de Thor Heyerdahl concernant les contacts possibles entre l’île de Pâques et l’Amérique du Sud, cet Ahu démontre à tout le moins un souci de la perfection qui ne se reflète pas sur les autres constructions de Ahu de l’Île.

    Hormis toutes ces considérations, si nous en arrivions à la conclusion que les premiers Polynésiens colonisateurs étaient effectivement arrivés vers l’an 1200, ils ne pourraient pas pour autant être considérés comme responsables du déclenchement de la déforestation sur l’île de Pâques.

    En effet, la seule étude scientifique démontrant que l’île de Pâques était recouverte de forêt à une époque plus ancienne et permettant de dater les débuts de la déforestation, est celle que John R. Flenley a effectué en 1977. Flenley, à partir de l’analyse des pollens présents dans le sol de l’Île en arrive à la conclusion que celle-ci était entièrement recouverte d’arbres à une époque plus ancienne. À partir de datation au carbone quatorze sur ces échantillons pris à différentes profondeurs dans le sol, Flenley situe le début de la déforestation de l’île de Pâques vers l’an 777, et ce, à un endroit spécifique de l’Île, soit au cratère Rano Kao, près duquel se situe le village d’Orongo. Dans son étude, Flenley insiste sur le fait qu’un tournant majeur s’est opéré vers l’an 960 de notre ère (+ ou – 70 ans) en ce qui a trait à la déforestation de l’île de Pâques, cette déforestation étant pour ainsi dire complétée en l’an 1450. [2]

    Or, si Terry Hunt, à partir de ses résultats, situe l’arrivée des polynésiens en l’an 1200 et que Flenley parle d’un tournant majeur dans la déforestation de l’île de Pâques aux alentours de l’an 1000, soit deux cents ans plus tôt, ce ne serait donc pas les Polynésiens colonisateurs de l’île de Pâques qui sont la cause originelle de cette déforestation.

    D’autre part, il ne semble guère plausible que les Polynésiens arrivant en petit nombre sur une nouvelle île commencèrent dès leur arrivée à couper en grand nombre les arbres de cette île. En effet, au début de la colonisation, les besoins domestiques des premiers arrivants (déforestation pour les besoins de la culture, faire du feu, construire des embarcations, de l’artisanat, etc.) n’étaient certainement pas importants, ils n’avaient donc pas besoin de couper de grandes quantités d’arbres. N’oublions pas que ce sont les mêmes Polynésiens qui ont aussi colonisé les autres îles du Pacifique. Ces Polynésiens colonisateurs emportaient avec eux des animaux, ainsi que des pousses de plusieurs variétés d'arbres et de plantes qui servaient à leur survie lors de l'implantation d'une nouvelle colonie. Ils connaissaient l'importance des arbres. Les arbres étaient nécessaires pour les nourrir de leurs fruits, pour la fabrication des embarcations, des tissus et des cordages, pour la sculpture d'objets usuels et de rites, ainsi que pour l'usage domestique.

    Par ailleurs, il faut également leur donner le temps de bien s’implanter sur cette île et d’accroître leur nombre de façon significative. En effet, la survie passe avant la construction d’œuvres monumentales et il est aussi nécessaire que la population atteigne une certaine dimension avant que l’on puisse disposer de la main d’œuvre nécessaire pour fabriquer, transporter et ériger les statues géantes ou Moaï.

    Mais ce n’est pas tout, il faut aussi au préalable construire les grandes plate-formes ou Ahu. Ces Ahu sont en eux-mêmes des ouvrages monumentaux et précèdent l’érection des Moaï, puisqu’ils leurs servent d’assises.

    Il faut aussi considérer qu’il a certainement fallut un certain temps avant que la construction de Moaï devienne une tradition, ce genre de tradition ne semblant pas exister ailleurs en Polynésie. Les premiers polynésiens n’étant pas arrivés avec ce projet, il a possiblement fallut qu’ils l’élaborent après leur implantation sur l’Île.

    Indépendamment de la date d’arrivée des premiers polynésiens colonisateurs, la question concernant la cause de la déforestation elle-même, est controversée. En effet, certains auteurs (tel Jared Diamond) considèrent que les pascuans seraient eux-mêmes à l’origine de cette déforestation massive et seraient donc la cause du drame écologique qui a eu lieu sur leur île. Les pascuans seraient donc pour eux les artisans de leur propre malheur.

    Pour d’autres auteurs (tel Michel Orliac en France), ce serait plutôt des facteurs climatiques qui auraient joué un rôle déterminant, bien qu’ils admettent que les Pascuans auraient possiblement contribuer eux aussi à cette déforestation en cherchant des solutions alimentaires et religieuses à la famine qui suivit le dérèglement climatique.

    L’île de Pâques recèle encore de nombreux mystères qui n’ont certes pas fini de faire couler beaucoup d’encre. Lorsqu’une nouvelle donnée fait son apparition, il est certes plus prudent de mettre cette nouvelle donnée en relation avec l’ensemble des données déjà acquises si nous voulons réellement faire avancer notre connaissance de cette île.


    Notes :

    [1] Heyerdahl, Thor; Ferdon, Edwin N.; Mulloy, William; Skjolsvold, Arne; Smith, Carlyle S., (1961) Reports of the norvegian archaeological expedition to Easter Island and the east pacific, Volume 1. Archaeology of Easter Island. P. 396.

    [2] Flenley, J.R. (1982) Nouveau regard sur l’île de Pâques, Rapa Nui. Chapitre IX : Histoire de la végétation de l’île de Pâques au quaternaire récent : quelques indications palynologiques préliminaires. Moana Editeur. p. 109.
    Flenley, J. R. (1993) Les Mystères résolus de l’île de Pâques, Cercle d’études sur l’île de Pâques et la Polynésie. La végétation et le passé de l’île. Éditions Step. p. 329.

    Anecdotes :

    Le point antipodal de l’île se trouve dans le district de Jaisalmer, dans le Rajasthan en Inde. C’est un lieu inhabité entre les villages de Kuchchri, Häbur et Mokal.

    La paroisse catholique de l'île de Pâques appartient aujourd'hui au diocèse chilien de Valparaíso. Elle a appartenu au vicariat apostolique des îles de Tahiti jusqu'en 1911, avant d'être transférée au Chili. Il semble que le diocèse aux armées du Chili était alors responsable de la charge pastorale de l'île. Puis, le 24 octobre 1934 la paroisse a été assignée au vicariat apostolique de l'Araucanía (situé dans le Chili central-méridional, à 4 500 km au sud-est de l'île), à la charge des pères capucins. Le 5 janvier 2002, la paroisse a été transférée une dernière fois à Valparaíso. [6]

    De nombreux mystères restent à percer :

    Les pascuans sont-ils venus de l’Amérique du sud ou de la Polynésie ? On pense qu’ils sont venus des îles Marquises mais Thor Heyerdahl a fait l’expérience d’une traversée avec un bateau baptisé « Kon-Tiki » depuis l’Amérique…


    Quelle est la signification de toutes ces statues ? A quoi servaient-elles ?

    Comment les habitants ont-ils fait pour transporter ces géants de pierre des flancs des volcans jusqu’au bord de la mer ?

    Aujourd’hui ces mystères restent entiers et même ses 2800 habitants les ignorent !

     

     

     

     

     

     

     

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