• bébé rose - bébé bleu

     

    bébé rose - bébé bleu

     

    la tradition d'habiller de bleu ou de rose les nouveaux-nés garçons ou

     

    filles, pour les différencier, est aujourd'hui encore si résistante dans nos

     

     

    usages, qu'on s'imagine qu'elle remonte loin dans notre histoire. Pourtant,

     

    cette pratique attestée par les historiens à la fin du XIXe siècle, dans les

     

    familles plutôt bourgeoises, n'est devenue quasi systématique que dans les

     

    années 1930. Les raisons de cette coutume - localisée en Europe occidentale, et

     

    les pays qui relèvent de cette culture, comme les Etats-Unis - restent très

    incertaines, on peut juste émettre quelques hypothèses...

     

     

     

    A l'origine, le blanc de la layette des bébés

     

    Pendant des siècles, les vêtements composant la layette des bébés ont été les

     

    seuls spécifiques à l'enfance : chemises, brassières et bonnets à porter

     

    superposés, fichus de cou, bavoirs et bien sûr un nombre important de langes -

     

    survivance d'une prononciation ancienne de "linge" - épinglés sur l'enfant. A

     

    partir du XVIIIe siècle, tous sont majoritairement blancs, avec l'arrivée du

     

    coton. S'il est une couleur dont la symbolique de pureté et d'innocence fait

     

    l'unanimité dans toutes les cultures, c'est bien le blanc. Il représente aussi

     

    l'hygiène, le linge est en effet bouilli, ce qui le décolore. Le bébé est

     

    ensuite enveloppé dans des châles, des couvre-langes ou des robes jupons

     

    longues, dont la matière, la couleur et l'ornementation varient selon son

    appartenance sociale.

     

     Suspension petite lune avec ardoise prénom coloris rose blanc bleu

     

    Bleu-rose, une tradition chrétienne ?

     

     

    Le jour de leur baptême, on présente les nourrissons à l'église, la tête

     

    recouverte d'un bonnet, enveloppés du châle de leur mère ou d'une couverture de

     

    couleur blanche. Dans certaines coutumes du folklore français, on y appose un

     

    petit ruban pour différencier son sexe, mais le ruban rouge ou rose s'adresse

     

    plutôt aux garçons, le blanc ou bleu aux filles. L'iconographie des nourrissons

     

    et jeunes enfants du XVIIIe siècle les montre en effet souvent vêtus de blanc,

     

    avec des touches de rose et de bleu, souvent des rubans, mais il est difficile

     

    de dire qu'on attribue une couleur à un sexe plutôt qu'à l'autre. Aujourd'hui,

     

    dans certaines régions de Belgique, les garçons sont en rose, les filles en bleu.

     

     

     

     

    On invoque souvent des motifs religieux pour expliquer cette tradition,

     

    volontiers pratiquée dans les familles chrétiennes. Dans la religion catholique,

     

    le bleu exprime le renoncement et le détachement des valeurs du monde terrestre

     

    : l'âme libérée monte vers Dieu, c'est-à-dire vers l'or qui, lui, descend

     

    à la rencontre du blanc virginal de cette âme, tout au long de son

     

    ascension vers le bleu du Ciel. Depuis le XIIe siècle, cela fait du bleu

     

    la couleur iconographique de la Vierge Marie. L'autre couleur de la Vierge est

     

    le blanc, sa couleur liturgique depuis l'adoption en 1854 du dogme de

    l'Immaculée Conception, qui symbolise la pureté et la virginité.

     

     

    Chausson Bébé Bleu 

     

     

    Jusqu'à l'âge de sept-huit ans environ, ces enfants ne sont habillés que de

     

     

     

    nuances de bleu, du bleu ciel au bleu marine, et de blanc. On achète leurs

     

    vêtements dans des magasins spécialisés, à l'enseigne "Aux Enfants bleus" ou "A

     

    l'Enfant voué". Cet usage, qui a aujourd'hui disparu, mais dont on peut encore

     

    sentir l'esprit dans certaines façons de porter le bleu-marine dans le

    renoncement, est fréquent au XIXe siècle et pendant une bonne partie du XXe.

     

     

     

     

     

    Ces enfants que l'on voue au bleu et au blanc ne sont pas pas encore

     

    complètement matérialisés, donc asexués. Pas encore tout à fait de ce monde, ils

     

    peuvent répondre plus aisément à l'appel de la Vierge. Cette pratique, qui peut

     

    sembler un peu funèbre aujourd'hui, se justifie par le taux important de la

     

    mortalité en bas âge. On habille les enfants de bleu et de blanc pour les placer

     

    sous la protection de la Vierge.

     

     

    Mais alors qui parle ici du rose ? Toutes ces explications n'éclairent en

     

     

    rien ce partage des couleurs selon les sexes. D'autant que cette mode s'est très

     

    tôt répandue dans les pays protestants de l'Europe du Nord, qui pourtant

    prennent leurs distances avec le

     

    culte

    marial. Cette hypothèse ne résiste donc guère à une analyse de bon sens.

     

      

     

    Symbolique et antagonisme des couleurs

     

     

     

     

    La seconde hypothèse se réfère au système symbolique et antagoniste des

     

    couleurs, hérité de la fin du Moyen Âge, un peu compliqué à expliquer, d'autant

    que la symbolique change d'un siècle à l'autre.

     

     

     

     

     

    Pour résumer, le blanc s'oppose au noir, le vert au jaune, le bleu au rouge.

     

    Au Moyen Âge le bleu est plutôt féminin, à cause de la Vierge, le rouge plutôt

     

    masculin, car il symbolise le pouvoir et la guerre. A partir du XVIe siècle,

     

    cela s'inverse, mais uniquement quand les deux couleurs fonctionnent en couple :

     

    le bleu, plus discret, devient masculin, le rouge féminin, symbolise la vie.

     

    Cette symbolique sexuelle n'est-elle pas suggérée dans les tableaux du libertin

     

    François Boucher, qui choisit des tentures d'un bleu profond pour magnifier le

     

    rose de la chair de la femme? Jusqu'au XIXe siècle, la robe des mariées est

    souvent rouge.

     

     

     

     

    L'historien spécialiste des couleurs, Michel Pastoureau, pense que le couple

     

    enfantin bleu/rose ne serait qu'une simple déclinaison, plus douce, du couple

    bleu/rouge.

     

      

     

    L'apparition des couleurs pastel

     

     

     

     

    Dans les années 1860, sous le second Empire, la chimie révolutionne les

     

    procédés de teinture. Les teinturiers, dont on se méfiait, qui faisaient figure

     

    d'alchimistes impurs car ils maniaient des matières animales, se transforment en

     

    ouvriers modernes de la révolution industrielle. Les nouveaux colorants qui

     

    permettent d'obtenir le brun Bismarck, le rouge Solférino, le

     

    bleu impératrice, mais aussi des roses, des violets, des jaunes et des

     

    verts crus, modifient la perception des couleurs. Cela concerne aussi peu à peu

     

    le linge de corps, de toilette, les draps, et bien sûr la layette, qui

     

    s'égayent, par le biais de la rayure et des couleurs pastel [Lire l'article sur

     

    La marinière

     

    - Hygiène de la rayure]. Les couleurs pastel deviennent des nouvelles couleurs

    hygiéniques.

     

     

     

     

    Afin de garder cette idée de pureté et d'innocence liée au nouveau-né, mais

     

    dans le contexte traditionnel du couple bleu/rouge vu précédemment, le bleu ciel

     

    pâle et le rose pâle sont adoptés par les familles bourgeoises. Les temps ont

    changé, ce sont elles désormais qui font la mode.

     

      

     

    Le bébé des années 1920-1930

     

     

     

     

    A partir des années 1920, l'image du bébé change, elle devient celle d'un

     

    bébé de six mois ou un an, joyeux et curieux de ce qui l'entoure, dont le

     

    Bébé Cadum aura été le précurseur. Le port de la robe pour

     

    les petits garçons tombe peu à peu en désuétude, et disparaît complètement en

     

    1945. Le bébé se sexualise, le bébé garçon a cessé d'appartenir au monde de la

     

    femme. Avec l'aide du marketing naissant et de la presse spécialisée, on reprend

     

    l'archétype bourgeois de la fin du XIXe : bleu pour les garçons, rose pour les

     

    filles. Le blanc reste neutre, ainsi que le jaune pâle, qui fait son apparition

    dans les années 1930. Le succès est fulgurant.

     

     

     

     

    Ainsi il est plus que probable que votre maman, grand-maman, ou

     

    arrière-grand-maman aient un jour tricoté en laine rose ou bleue, burnous,

     

    brassières, paletots - ou des petits chaussons comme ceux-ci, que ma maman

    virtuose tricote, quasiment les yeux fermés, en un peu plus de deux heures.

     

     

     

     

     

      

      

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