•   

    "La vie de Rembrandt est, comme sa peinture, pleine de demi-teintes et de coins sombres. Autant Rubens se montre tel qu'il était au plein jour de ses œuvres, de sa vie publique, de sa vie privée, net, lumineux et tout chatoyant d'esprit, de bonne humeur, de grâce hautaine et de grandeur, autant Rembrandt se dérobe et semble toujours cacher quelque chose, soit qu'il ait peint, soit qu'il ait vécu. Point de palais avec l'état de maison d'un grand seigneur, point de train et de galeries à l'italienne. Une installation médiocre, la maison noirâtre d'un petit marchand, le pêle-mêle intérieur d'un collectionneur, d'un bouquiniste, d'un amateur d'estampes et de raretés. [...]

      

    Pendant fort longtemps on n'a rien su de lui que d'après le témoignage de Sandrart ou de ses élèves, ceux du moins qui ont écrit, Hoogstraeten, Houbraken, et tout se réduisit à quelques légendes d'ateliers, à des renseignements contestables, à des jugements trop légers, à des commérages. Ce qu'on apercevait de sa personne, c'étaient des bizarreries, des manies, quelques trivialités, des défauts, presque des vices. On le disait intéressé, cupide, même avare, quelque peu trafiquant, et d'autre part on le disait dissipateur et désordonné dans ses dépenses, témoin sa ruine. Il avait beaucoup d'élèves, les mettait en cellule dans des chambres à compartiments, veillait à ce qu'il n'y eût entre eux ni contact, ni influences, et tirait de cet enseignement méticuleux de gros revenus. On cite quelques fragments de leçons orales recueillis par la tradition qui sont des vérités de simple bon sens, mais ne tirent point à conséquence.

    Il n'avait pas vu l'Italie, ne recommandait pas ce voyage, et ce fut là, pour ses disciples devenus des docteurs en esthétique, un grief et l'occasion de regretter que leur maître n'eût pas ajouté cette culture nécessaire à ses saines doctrines et à son original talent. On lui savait des goûts singuliers, l'amour des vieilles défroques, des friperies orientales, des casques, des épées, des tapis d'Asie. Son mobilier d'artiste [...] sentait le capharnaüm, le laboratoire, un peu la science occulte et la cabale, et cette baroquerie, jointe à la passion qu'on lui supposait pour l'argent, donnait à la figure méditative et rechignée de ce travailleur acharné je ne sais quel air compromettant de chercheur d'or.

     

    Il avait la rage de poser devant un miroir et de se peindre, non pas, comme Rubens le faisait dans des tableaux héroïques, sous de chevaleresques dehors, en homme de guerre et pêle-mêle avec des figures d'épopée, mais tout seul, en un petit cadre, les yeux dans les yeux, pour lui-même et pour le seul prix d'une lumière frisante ou d'une demi-teinte plus rare, jouant sur les plans arrondis de sa grosse figure à pulpe injectée. Il se retroussait la moustache, mettait de l'air et du jeu dans sa chevelure frisottante; il souriait d'une lèvre forte et sanguine, et son petit œil noyé sous d'épaisses saillies frontales dardait un regard singulier, où il y avait de l'ardeur, de la fixité, de l'insolence et du contentement. Ce n'était pas l'œil de tout le monde.

      

    Le masque avait des plans solides; la bouche était expressive, le menton volontaire. Entre les deux sourcils, le travail avait tracé deux sillons verticaux, des rendements, et ce pli contracté par l'habitude de froncer propre aux cerveaux qui se concentrent, réfractent les sensations reçues et font effort du dehors au dedans. Il se parait d'ailleurs et se travestissait à la façon des gens de théâtre. Il empruntait à son vestiaire de quoi se vêtir, se coiffer ou s'orner, se mettait des turbans, des toques de velours, des feutres, des pourpoints, des manteaux, quelquefois une cuirasse; il agrafait une joaillerie à sa coiffure, attachait à son cou des chaînes d'or avec pierreries.

    Et pour peu qu'on ne fût pas dans le secret de ses recherches, on arrivait à se demander si toutes ces complaisances du peintre pour le modèle n'étaient pas des faiblesses de l'homme auxquelles l'artiste se prêtait. Plus tard, après ses années mûres, dans les jours difficiles, on le vit paraître en des tenues plus graves, plus modestes, plus véridiques: sans or, sans velours, en vestes sombres, avec un mouchoir en serre-tête, le visage attristé, ridé, macéré, la palette entre ses rudes mains. Cette tenue de désabusé fut une forme nouvelle que prit l'homme quand il eut passé cinquante ans, mais elle ne fit que compliquer davantage l'idée vraie qu'on aimerait à se former de lui.

      

    Tout cela en somme ne faisait pas un ensemble très concordant, ne se tenait pas, cadrait mal avec le sens de ses œuvres, la haute portée de ses conceptions, le sérieux profond de ses visées habituelles. Les saillies de ce caractère mal défini, les points révélés de ses habitudes presque inédites, se détachaient avec quelque aigreur sur le fond d'une existence terne, neutre, enfumée d'incertitudes et biographiquement assez confuse.

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    Depuis lors, la lumière s'est répandue à peu près sur toutes les parties demeurées douteuses de ce tableau ténébreux. L'histoire de Rembrandt a été faite et fort bien en Hollande, et même en France, d'après les écrivains hollandais. Grâce aux travaux d'un de ses adorateurs les plus fervents, M. Vosmaert, nous savons maintenant de Rembrandt sinon tout ce qu'il importe de savoir, du moins tout ce que probablement on saura jamais, et cela suffit pour le faire aimer, plaindre, estimer et, je crois, bien comprendre.

    À le considérer par l'extérieur, c'était un brave homme, aimant le chez-soi, la vie de ménage, le coin du feu, un homme de famille, une nature d'époux plus que ale libertin, un monogame qui ne put jamais supporter ni le célibat ni le veuvage, et que des circonstances mal expliquées entraînèrent à se marier trois fois; un casanier, cela va de soi; peu économe, car il ne su pas aligner ses comptes; pas avare, car il se ruina, et, s'il dépensa peu d'argent pour son bien-être, il le prodigua, parait-il, pour les curiosités de son esprit; difficile à vivre, peut-être ombrageux, solitaire, en tout et dans sa sphère modeste un être singulier.

      

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    Il n'eut pas de faste, mais il eut une sorte d'opulence cachée, des trésors enfouis en valeurs d'art, qui lui causèrent bien des joies, qu'il perdit dans un total désastre et qui sous ses yeux, devant une porte d'auberge, en un jour vraiment sinistre, se vendirent à vil prix. Tout n'était pas bric-à-brac, on l'a bien vu d'après l'inventaire dressé lors de la vente, dans ce mobilier, dont la postérité s'occupa longtemps sans le connaître. Il y avait là des marbres, des tableaux italiens, des tableaux hollandais, en grand nombre des œuvres de lui, surtout des gravures, et des plus rares, qu'il échangeait contre les siennes ou payait fort cher.

    Il tenait à toutes ces choses, belles, curieusement recueillies et de choix, comme à des compagnons de solitude, à des témoins de son travail, aux confidents de sa pensée, aux inspirateurs de son esprit. Peut-être thésaurisait-il comme un dilettante, comme un érudit, comme un délicat en fait de jouissances intellectuelles, et telle est probablement la forme inusitée d'une avarice dont on ne comprenait pas le sens intime. Quant à ses dettes, qui l'écrasèrent, il en avait déjà 'à l'époque où, dans une correspondance qui nous a été conservée, il se disait riche. Il était assez fier, et il souscrivait des lettres de change avec le sans-façon d'un homme qui ne connaît pas le prix de l'argent et ne compte pas assez exactement ni celui qu'il possède ni celui qu'il doit.

    Rembrandt - Saskia

    II eut une femme charmante, Saskia, qui fut comme un rayon dans ce perpétuel clair-obscur et pendant des années trop courtes, à défaut d'élégance et de charmes bien réels, y mit quelque chose comme un éclat plus vif. Ce qui manque à cet intérieur morne, comme à ce labeur morose tout en profondeur, c'est l'expansion, un peu de jeunesse amoureuse, de grâce féminine et de tendresse. Saskia lui apportait-elle tout cela ? On ne le voit pas distinctement. Il en fut épris, dit-on, la peignit souvent, l'affubla, comme il avait fait pour lui-même, de déguisements bizarres ou magnifiques, la couvrit ainsi que lui-même de je ne sais quel luxe d'occasion, la représenta en Juive, en Odalisque, en Judith, peut-être en Suzanne et en Bethsabée, ne la peignit jamais comme elle était vraiment, et ne laissa pas d'elle un portrait habillé ou non qui fût fidèle, — on aime à le croire. Voila tout ce que nous connaissons de ses joies domestiques trop vite éteintes. Saskia mourut jeune, en 1642, l'année même où il produisait la Ronde de nuit. De ses enfants, car il en eut plusieurs de ses trois mariages, on ne rencontre pas une seule fois l'aimable et riante figure dans ses tableaux. Son fils Titus mourut quelques mois avant lui. Les autres disparaissent dans l'obscurité qui couvrit ses dernières années et suivit sa mort. [...]

    Eut-il beaucoup d'amis? On ne le croit pas; à coup sûr il n'eut pas tous ceux qu'il méritait d'avoir: ni Vondel, qui lui-même était un familier de la maison Six; ni Rubens, qu'il connaissait bien, qui vint en Hollande en 1636, y visita tous les peintres célèbres, lui excepté, et mourut l'année qui précéda la Ronde de nuit, sans que le nom de Rembrandt figure on dans ses lettres ou dans ses collections. Était-il fêté, très entouré, très en vue? Non plus.

      

    Quand il est question de lui dans les Apologies, dans les écrits, dans les petites poésies fugitives et de circonstances du temps, c'est en sous-ordre, un: peu par esprit de justice, par hasard, sans grande chaleur. Les littérateurs avaient d'autres préférences, après lesquelles venait Rembrandt, lui le seul illustre. Dans les cérémonies officielles, aux grands jours des pompes de tout genre, on l'oubliait, ou, pour ainsi parler, on ne le voit nulle part, au premier rang, sur les estrades.

      

    «La Compagnie de Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch» dite la «La ronde de nuit» de Rembrandt

    [...] En tout, comme on le voit, c'était un homme à part, un rêveur, peut-être un taciturne, quoique sa figure dise le contraire; peut-être un caractère anguleux et un peu rude, tendu, tranchant, peu commode à contredire, encore moins à convaincre, ondoyant au fond, roide en ses formes, à coup sûr un original. S'il fut célèbre et choyé et vanté d'abord, en dépit des jaloux, des gens à courte vue, des pédants et des imbéciles, on se vengea bien quand il ne fut plus là.

    Dans sa pratique, il ne peignait, ne crayonnait, ne gravait comme personne. Ses œuvres étaient même, en leurs procédés, des énigmes. On admirait non sans quelque inquiétude; on le suivait sans trop le comprendre. C'était surtout à son travail qu'il avait des airs d'alchimiste.

    À le voir à son chevalet, avec une palette certainement engluée, d'où sortaient tant de matières lourdes, d'où se dégageaient tant d'essences subtiles, ou penché sur ses planches de cuivre et burinant contre toutes les règles, — on cherchait, au bout de son burin et de sa brosse, des secrets qui venaient de plus loin. Sa manière était si nouvelle, qu'elle déroutait les esprits forts, passionnait les esprits simples.

      

    Tout ce qu'il y avait de jeune, d'entreprenant, d'insubordonné et d'étourdi parmi les écoliers peintres courait à lui. Ses disciples directs furent médiocres; la queue fut détestable. Chose frappante après l'enseignement cellulaire que je vous ai dit, pas un ne sauva tout à fait son indépendance. Ils l'imitèrent comme jamais maître ne fut imité par des copistes serviles, et bien entendu ne prirent de lui que le pire de ses procédés.

    [...] Il est difficile de l'isoler du mouvement intellectuel et moral de son pays et de son temps, qu'il a respiré dans le dix-septième siècle hollandais l'air natal dont il a vécu. Venu plus tôt, il serait inexplicable; né partout ailleurs, il jouerait plus étrangement encore ce rôle de comète qu'on lui attribue hors des axes de l'art moderne; venu plus tard, il n'aurait plus cet immense mérite de clore un passé et d'ouvrir une des grandes portes de l'avenir.

    Le pont de pierres

    Sous tous les rapports, il a trompé bien des gens. Comme homme, il manquait de dehors, d'où l'on a conclu qu'il était grossier. Comme homme d'études, il a dérangé plus d'un système, d'où l'on a conclu qu'il manquait d'études. Comme homme de goût, il a péché contre toutes les lois communes, d'où l'on a conclu qu'il manquait de goût. Comme artiste épris du beau, il a donné des choses de la terre quelques idées fort laides.

      

    On n'a pas remarqué qu'il regardait ailleurs. Bref, si fort qu'on le vantât, si méchamment qu'on l'ait dénigré, si injustement qu'on l'ait pris, en bien comme en mal, à l'inverse de sa nature, personne ne soupçonnait exactement sa vraie grandeur.

      

      

     Il tourne autour de Jérusalem, d'Emmaüs, toujours, on le sent, tenté par la synagogue. Ces thèmes consacrés, il les voit apparaître en des milieux sans noms, sous des costumes sans bon sens. Il les conçoit, il les formule avec aussi peu de souci des traditions que peu d'égards pour la vérité locale. Et telle est cependant sa force créatrice que cet esprit si particulier, si personnel, donne aux sujets qu'il traite une expression générale, un sens intime et typique que les grands penseurs on dessinateurs épiques n'atteignent pas toujours.

    [...] En procédant comme il procédait lui-même, en extrayant de cet œuvre si vaste et de ce multiple génie ce qui le représente en son principe, en le réduisant à ses éléments natifs, en éliminant sa palette, ses pinceaux, ses huiles colorantes, ses glacis, ses empâtements, tout le mécanisme du peintre, on arriverait enfin à saisir l'essence première de l'artiste dans le graveur.

    Rembrandt est tout entier dans ses eaux-fortes. Esprit, tendances, imaginations, rêveries, bon sens, chimères, difficultés de rendre l'impossible, réalités dans le rien, — vingt eaux-fortes de lui le révèlent, font pressentir tout le peintre, et, mieux encore, l'expliquent: Même métier, même parti pris, même négligé, même insistance, même étrangeté dans le faire, même désespérante et soudaine réussite par l'expression. À les bien confronter, je ne vois nulle différence entre le Tobie du Louvre et telle planche gravée.

      

    Il n'est personne qui ne mette le graveur au-dessus de tous les graveurs. Sans aller aussi loin quand il s'agit de sa peinture, il serait bon de penser plus souvent à la Pièce aux cent florins lorsqu'on hésite à le comprendre en ses tableaux. On verrait que toutes les scories de cet art, un des plus difficiles à épurer qu'il y ait au monde, n'altèrent en rien la gamme incomparablement belle qui brûle au dedans, et je crois qu'on changerait enfin tous les noms qu'on a donnés à Rembrandt pour lui donner les noms contraires.

     


    Au vrai, c'était un cerveau servi par un œil de noctiluque, par une main habile sans grande adresse. Ce travail pénible venait d'un esprit agile et délié. Cet homme de rien, ce fureteur, ce costumier, cet érudit nourri de disparates, cet homme des bas-fonds, de vol si haut; cette nature de phalène qui va à ce qui brille, cette âme si sensible à certaines formes de la vie, si indifférente aux autres; cette ardeur sans tendresse, cet amoureux sans flamme visible, cette nature de contrastes, de contradictions et d'équivoques, émue et peu éloquente, aimante et peu aimable; ce disgracié si bien doué, ce prétendu homme de matière, ce trivial, ce laid, c'était un pur spiritualiste, disons-le d'un seul mot: un idéologue, je veux dire un esprit dont le domaine est celui des idées et la langue celle des idées. La clef du mystère est là.

    À le prendre ainsi, tout Rembrandt s'explique: sa vie, son œuvre, ses penchants, ses conceptions, sa poétique, sa méthode, ses procédés, et jusqu'à la patine de sa peinture, qui n'est qu'une spiritualisation audacieuse et cherchée des éléments matériels de son métier."

      

     

    ci dessus l'homme au casque doré 1650 Sa vie personnelle est mêlée à ses oeuvres telle sa première femme Saskia qu'il representera de nombreuses fois en portrait ou dans des scènes bibliques! Il aura 3 enfants dont 2 mouront en bas âge, reste Titus qu'il peindra aussi de nombreuses fois.

      

     

     

    Rembrandt

    (1606 - 1669)
     
     
    Biographie de Rembrandt - Dates-clé

    - Dates principales de la vie de Rembrandt -

    1606

    - Naissance de Rembrandt van Rijn à Leyde le 15 juillet

    1625

    - Il travaille chez le peintre Pieter Lastman

    1631

    - Rembrandt s'établit à Amsterdam

    1634

    - Mariage avec Saskia van Uylenburgh

    1641

    - Naissance de Titus, le fils de Rembrandt, baptisé le 22 septembre 1642

    1642

    - A l'âge de 30 ans Saskia meurt de phtisie

    1649

    - Rembrandt vit avec Hendrickje Stoffels qui lui donne une fille, Cornelia, en 1654

    1656

    - Il est mis en faillite à cause de ses dettes

    1657

    - Hendrickje Stoffels et Titus le mettent sous tutelle

    1662

    - Mort de Hendrickje Stoffels

    1669

    - Rembrandt s'éteint à Amsterdam le 8 octobre

     

      
      
      
    SOURCES : EUGÈNE FROMENTIN, Les maîtres d'autrefois: Belgique, Hollande, Paris, Plon, 14e éd. 1904, chap. XVI.
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  • Watteau

      

    De passage à Lille au mois de mars dernier, je visite le Musée des Beaux-Arts et tombe en arrêt sur le tableau intitulé : "Une fête au Colisée".
    Je dis bien : en arrêt.
    Généralement, je visite assez vite. Je me fie à, disons l'instinct. J'ai le défaut de tous les professionnels. je m'intéresse d'abord à la technique. Pour éviter d'aller scruter la toile sous tous les angles et voir comment elle a été cousue, quelle épaisseur de pâte l'artiste à utilisé, je passe vite, ne me fiant qu'à l'émotion, signal d'un arrêt.

      

    Qu'est-ce que cette "Fête du Colisée" ?. je ne sais même pas où il se trouve, ce Colisée. S'agit-il de celui de Paris ? Y en a-t-il un à Lille ? Mystère.


    Pour le moment, nous allons nous contenter de savoir que François-Louis Watteau, membre d'une famille de 13 enfants (dont ceux d'un premier mariage), est né à Lille le 18 août 1758 et décédé dans cette même ville le 1er décembre 1823. On lui connaît entre autres, "La procession de Lille, huile peinte en 1789, "Le siège de Beauvais, peint en 1799 et la fameuse "fête du Broquelet " ( qui existe toujours), peinte en 1803. Tout cela se trouve rue de la Monnaie, au Musée de l'Hospice Comtesse,

     à Lille.

    Son père Louis-Joseph Watteau, également peintre, ( le père et le fils sont dits "Watteau de Lille"), avait déjà peint ce Colisée de Lille, le voici : merci Google.

      Le colisée de Lille

    Le Colisée de Lille"
    Louis Joseph Watteau
    (1731-1798), dit Watteau de Lille

      

    Il est clair que l'ombre lumineuse de Jean-Antoine plane sur toute la famille et qu'il faille commencer par là.
    Il arrive souvent qu'un "grand ancêtre" (qui pourrait être antérieur à Jean-Antoine) impulse une nécessité artistique dans une famille puisque, selon ma théorie, la nécessité de comprendre et d'étudier le monde finit par supplanter celle de le poursuivre. Les deux demeurant compatibles tant que l'étude porte sur la Terre. Pour l'Esprit c'est autre chose : il faut du temps. Beaucoup de temps et de passion exclusive et c'est ce que montre formidablement le film de Laurent de Bertillat. A mon avis, il décrit parfaitement l'état d'esprit de Watteau, probablement de Léonard de Vinci ou Raphael. Je ne parle pas de Michel-Ange et encore moins de Pasolini : tous de la même famille.


    Une fete au Colisée


    Le contexte. Sans le contexte, on ne peut situer.

     

    La politique fastueuse, despote et prude imposée par Louis XIV a instauré une sorte d' oisiveté obligée et apparament chaste de la noblesse, devenue dépendante et quasi captive à Versailles.


    De ce fait toute ambition sociale doit développer un jeu de masques dans la hiérarchie de l'étiquette. Ce jeu de masques a toujours existé et se tient en place parfaitement aujourd'hui mais, et cela est nouveau sous Louis XIV puisqu'il est lui-même l'incarnation de l'egocentrisme, avec une évidence sans complexe et sans tabou, truffée de protocoles de séductions courtisanes dites et non-dites, ses alliances, son ordre, ses jeux de coudes et d'éventail, ses meurtres sournois et ses vengeances. Le tout dans un luxe de façade et une volonté orgueilleuse de dédramatiser qui n'échappera pas à l'oeil des peintres. (Vous n'avez pas fait mouche : je ne ressens rien) Mais les artistes de Louis sont soumis à Louis comme tout le reste. Ils peuvent voir, mais ne peuvent rien dire, ni rien montrer.

    Premier constat : D'après Iris Lauterbach, auteur d'un excellent ouvrage sur Watteau et son oeuvre (Éditions Taschen), on ne sait rien d'absolument définitif sur lui, pas même sa date de naissance, qui demeure contestée. (on possède néanmoins sa date de baptème. Sa naissance n'est malgré tout pas loin). On sait qu'il n'était pas bavard, de nature assez secrète, plutôt misanthrope (mais il faut voir le contexte de l'époque. Il suffit d'être délicat pour fuir la grosse vulgarité ambiante. L'histoire est de tous les siècles) et qu' étant mort à trente-sept ans, il laisse la porte ouverte au merveilleux cliché de l'artiste plus ou moins maudit. Iris Lauterbach souligne avec justesse que tous ceux qui ont écrit sur Watteau avaient tous plus ou moins intérêt à en augmenter la gloire et la popularité. Nous voici prévenus. Tout ce que l'on va dire sur le peintre ne saurait être qu'un à peu près susceptible d'être remis en cause. Le récit que j'entreprends est donc une compilation de ce qui se dit sur Jean-Antoine Watteau, un recoupement que j'espère logique. Au vu de la généalogie du peintre, je me suis permis de rectifier, mais en apportant les éléments qui permettent cette rectification.

     

    Jean-Antoine Watteau est baptisé le 10 octobre 1684 à Valenciennes. La ville n'est française que depuis six ans. Louis XIV est âgé de 46 ans et règne depuis 1643. L'académie fondée par Charles le Brun pose un prestige nouveau pour les peintres mais impose des critères extrêmement précis, dits "Classiques". La nature morte (appelée "vie immobile") est la forme artistique la moins prisée. Juste au dessus : le paysage. Plus la composition est complexe, mieux elle est admise. La première place revient à la peinture d'Histoire. Celle qui illustre les Rois et les Princes, la religion ou la mythologie. Cette peinture se donne l'élévation morale ou spirituelle du spectateur comme objectif. Quasi exclusivement, dirons-nous. Il se trouve donc que la peinture du siècle précédent n'est pas prisée du tout, surtout les Hollandais passés maîtres en natures mortes et scènes du quotidien.

    Jean-Antoine est le second fils de Philippe Watteau (qui se dit alors Vuateau). Ce dernier, contrairement à ce qui se lit la plupart du temps, n'est pas un pauvre couvreur en tuile, mais "Maître couvreur", c'est à dire entrepreneur. Il est connu pour être relativement aisé, ce qui ne signifie pas riche. Il possède un immeuble dans la ville et, au vu des procès verbaux locaux, il serait assez violent. Au point d'avoir à payer des amendes.

    Panneau-GillotPanneau peint par Watteau, chez Guillot

    Au vu de sa généalogie, le futur peintre ne serait pas né dans une famille nombreuse puisqu'ils sont quatre frères : Jean-François, Jean-Antoine, Anthoine-Roch et Noël. Le premier meurt à la naissance et Anthoine Roch à l'âge de deux ans, on ne peut pas qualifier cette famille de "nombreuse". Il est possible qu'on ait confondu Philippe, le père de Watteau, avec son propre père Bartholomé Vuateau qui, lui, est à la tête d'une famille de 10 enfants, dont la plupart ont un métier manuel comme tapissiers, horlogers; lingères ou tailleuses. A moins que la confusion ne viennent de Louis-Joseph Watteau, neveu de Jean-Antoine, chef d'une famille de 13 enfants.

    Place de grèvePlace de Grève, XVIIè siècle

    Quoiqu'il en soit, le jeune Jean-Antoine montre très tôt de l' intérêt pour le dessin. Il est probable que Philippe préfère lui apprendre sa succession de couvreur, puisqu'il est l' ainé à présent. Mais finalement, et probablement à l'issue d'une âpre discution, étant donné le caractère de Philippe, on le place en apprentissage chez un peintre valenciennois assez médiocre mais renommé à l'époque, Jacques-André Gérin. "... Une espèce de peintre officiel de la municipalité valenciennoise, dont Hécart, tout en vantant, dans un patriotisme de clocher, «la correction du dessin, la sagesse des compositions, la belle ordonnance des tableaux d'histoire», déplore l'absence de couleur. Un peintre dont Valenciennes ne possède, à l'heure qu'il est, que quelques œuvres insignifiantes...". (La reproduction ci-contre, "le miracle de ST Gilles" ne confirme pas cette insignifiance. Le sujet, peut-être, mais la technique est honorable) Mais Il est probable que l'adolescent ne soit employé que pour balayer l'atelier et récurer les palettes. Il ne progresse pas dans son art. Comme il faut payer l'apprentissage et que Philippe ne comprend rien à la vocation de son fils, à la mort de Gérin en 1702, il le laisse partir à Paris.

    Notons que selon D'Argenville, dans son "abrégé de la vie des plus fameux peintres", Jean-Antoine aurait rencontré un peintre-décorateur à Valenciennes et serait venu à Paris avec lui pour travailler sur des décors d' opéra. Le décorateur étant reparti, il l'aurait laissé là. J'avoue que la chose me paraît assez possible. En tous cas quitter Valenciennes dans cette fin de règne de Louis XIV sans argent, à l'âge de 18 ans pour arriver dans une capitale inconnue, aussi sale que bruyante sans y avoir de contact, sans pouvoir s'y orienter sainement me semble très improbable. (Mais bien entendu possible)
    Quoi qu'il en soit, Jean-Antoine a dix-huit ans et il est à Paris. Il est parti sans ressources, mais bien décidé puisqu'il a bravé la colère de son père pour y parvenir. Il passe de travail en travail pour échouer chez un certain Abraham Mettayez (Maittayer ou Métayer), un peintre situé dans la paroisse des Saints Pères, puis chez un fabricant de peintures et finit par copier des tableaux religieux très prisés des bourgeois de l'époque, sur le pont Notre-Dame. Un travail d'esclave, "à la chaîne", où chaque "apprenti" connaît sa partie, qu'il répète à l'infini, la passant au suivant pour y peindre la sienne, et ainsi de suite... Cependant, Watteau s'y tient et se fait remarquer par ses "Saint-Nicolas", qu'il finit par peindre sans modèles. (Virgile Josz au Mercure de France : "Watteau à Paris")

    Le pont Notre-Dame
    Le pont Notre-Dame en 1756. Peinture de Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet (Musée Carnavalet)

    C'est pourtant certainement là qu'il rencontre d'autres peintres avec lesquels il se lie d'amitié, surtout Jean-Jacques Spoede, un Flamand d'Anvers, qui habite non loin. Ce peintre est aujourd'hui totalement obscur. Sa peinture n'est peut être pas exceptionnelle, en effet, mais elle démontre pour le moins que le sujet des galanteries était déjà dans la mode.

    Jean-Jacques Spoede
    Jean-Jacques Spoede : "Fête galante en l'honneur de Bacchus"

    Néanmoins, d'après Virgile Josz, Spoede va devenir le meilleur ami de Jean-Antoine et peut-être le seul.
    Les deux hommes ont le même âge (on situe la naissance de Spoede vers 1685 à Anvers). Jean-Jacques est un portraitiste, peintre d'animaux, de scènes de genre et de caricatures Il est le fils du sculpteur Jacques Spoede Arrivé à Paris deux ans avant Jean-Atoine, il est associé à la confrérie flamande de Saint-Germain des prés. Fixé définitivement à Paris en 1705, il est inscrit à l'Académie Royale de peinture et sculpture en 1706 et y remporte un premier prix. Recteur de l'Académie de Saint Luc à Paris en 1748, il expose régulièrement aux salons de cette institution ainsi qu'aux expositions de jeunesse, place Dauphine. (d'après Alain Jacobs. Dictionnaire des peintres belges)
    Mais Spoede marque surtout dans la vie de Watteau une transition importante. Jean-Jacques Spoede connaît tout de l'itinéraire emprunté par son ami. Il est passé par toutes les chicanes de l'exploitation dont il est la proie. Et il est à présent dans la voie qui peut permettre tous les succès et toutes les libertés qu'un peintre peut espérer. Et cela se peut donc. Une voie s'ouvre alors, par la rencontre de Claude Gillot.

    Claude Gillot, né le 28 avril 1673 à Langres ( il a donc 29 ans) est peintre, dessinateur, graveur et décorateur de théâtre, créateur de tapisseries et de panneaux décoratifs en bois qu'il orne d'arabesques, de motifs végétaux et autres figures mythologiques. il peint aussi des toiles aux thèmes anecdotiques (Les deux carrosses), ainsi qu'une série de dessins (Arlequin empereur dans la lune, Embarquement pour Cythère, inspiré de la pièce de théâtre Les trois cousines de Dancourt).
    Cet original à la tête d'un gamin fou avec ses cheveux hirsutes, ses yeux ronds et son menton ointu, d ’une verve intarissable, en fait un bavard exubérant et fantaisiste va devenir sinon l'initiateur au moins l'étincelle qui manque au jeune peintre. Il remarque le travail de Watteau et l'invite bientôt à demeurer chez lui, rue de l'échelle, dans la Maison de la Botte Royale sise au faubourg Saint Honoré. On a peine à croire que les deux hommes puissent s'entendre. Malgré les affirmations de Gersaint, les deux hommes sont aux antipodes. Autant Gillot est homme de théâtre alliant la futilité et l'esprit de répartie, mondain aimant tout le monde, autant Jean-Antoine est taciturne, appliqué, méticuleux, tenace....et impatient, ne se plaignant jamais, mais décidé et ferme. Quasi inébranlable. Les deux hommes, selon Caylus, "ne purent vivre longtemps ensemble avec intelligence ; aucune faute ne se passoit ni d'un côté ni de I'autre, et ils furent enfin obligés de se séparer tous les deux d'une manière assez désobligeante des deux parts ; quelques-uns même veulent que ce fut une jalousie mal entendue que Gillot prit contre son disciple qui occasionna cette séparation ; mais, ce qui est vrai, c'est qu'ils se quittèrent au moins avec autant de satisfaction qu'ils s'étoient auparavant unis.» Apres cinq ans tout de même....

    Claude Gillot : les deux carrosses
    Claude Gillot : "Les deux carrosses" 1707(Musée Carnavalet)

    Si leur entente n'est pas de longue durée néanmoins, Watteau conservera toujours pour Gillot une grande reconnaissance, car « c’est chez lui qu’il se débrouilla complètement », dira François-Edmé Gersaint. "« c'est bien chez Gillot, en effet, qu’il pénètre dans l'univers du théâtre, avec ses fantaisies galantes, ses arabesques à figurines, ses mythologies et ses singeries, et qu’il s’enhardit dans ses tendances naturelles à observer sans cesse les réalités environnantes par des croquis rapides et à jouir, en témoin délicat, du spectacle de la vie mondaine ou rustique.
    De 1703 à 1708, Watteau complète ou copie des sujets de la Comédie-Italienne, se constituant ainsi un répertoire des thèmes populaires et théâtraux qui marqueront durablement son oeuvre ».


    La rupture consommée, Jean-Antoine traverse la Seine. Il est accueilli vers 1708-1709 par Claude III Audran.
    L'homme, est né en 1657 : il a donc 51 ans. Il est Conservateur du palais du Luxembourg. Le poste est alors important et très recherché. Il consiste autant à ordonner la décoration pour les fêtes qu' entretenir le Palais. Il habite la partie comprise entre l'aile gauche et la rue d'Enfer, «...parmi la succession des petits bâtiments assez dissemblables, appartements, écuries, communs, non loin du perruquier et de l'horloger. Il est là absolument chez lui ; et s'il n'a aménagé une place pour Watteau, il n'a pas dû être en peine pour en trouver une dans ce palais qui vient de revenir au Roi»...(Virgile Josz)
    Mais il y a là également toute une population de hauts personnages entretenus par le Roi dans sa fin de vie et qui participent de la décrépitude ambiante. On a compris que Jean-Antoine Watteau, s'il peint des fêtes n'est pas lui-même un joyeux luron. Le réalisme, il l'adapte à son rêve et non l'inverse. "C'est sur mes tableaux que la réalité m'intéresse", remarque-t-il un jour à l'intention de Pierre Crozat.

    Grâce à Claude Audran, il découvre la galerie Médicis de Rubens tout en développant son aide dans les commandes de décors notamment au château de la Muette. Son apport est très apprécié de son Maître. Le 6 avril 1709 il est sélectionné pour concourir pour le grand prix de Rome de l'académie Royale. Le 31 aout Il arrive second et est refusé. Le choc est rude. Il visait l' indépendance. Il la voit encore s'éloigner. Voilà sept ans qu'il mène cette existence sans issue, où il use le meilleur de ses forces sans arriver à s'affranchir. Il songe alors à rentrer à Valenciennes. Revoir les siens. Sa mère et ses deux frères, la horde de ses oncles et tantes...Mais il n'a pas un sou. Selon Virgile Josz, lui si peu pratique d'ordinaire comprend qu'il faut serrer l'actualité. Celle-ci est évidente : la guerre est partout. En Dauphiné comme en Flandre, en Allemagne, en Espagne. Il se plonge dans ses carnets (Figures de différents caractères) et il compose un "Départ de Troupe".

    Bivouac
    "Camp volant" 1710/11

    Le tableau étant fait, il charge Spoede de le lui vendre et c'est l'entrée en scène d'Edmée-François Gersaint, marguillier de Saint-Jacques-la-boucherie, marchand de tableaux du pont Notre-Dame. Jean-Antoine reçoit la somme de 60 livres et la commande d'un pendant à envoyer.
    Justifiant son départ par le désir de revoir sa famille, il reçoit le 3 septembre 1711, des mains d'Audran, un passeport d'un mois pour retourner dans sa ville natale.

    Philippe Vuateau, son père, est âgé à présent de 51 ans, sa mère de 58. Son frère Noël-Joseph , né en 1689, est de cinq an plus jeune que lui (22 ans). Il se mariera à Marie-Jeanne Fournier à la mort de Jean-Antoine. (Marie-Jeanne aura deux enfants et mourra peu après les couches du second, qui lui-même mourra à l'âge de deux ans). Noel se remariera et aura quatre enfants, dont le futur peintre Louis-joseph Wattteau (10 avril 1731).
    On ne sait rien de ce séjour sinon qu'il ne pouvait durer qu'un mois, temps de validité de son passeport, sauf s'il décidait de demeurer sur place, ce qu'il ne fait pas. Il es à peu près certain qu'il impressionne son frère, au moins au point de ne pas décourager la vocation de son futur fils Louis-joseph , ce qui va faire couvrir plus d'un siècle à la dynastie. (139 ans exactement)
    C'est probablement là qu'e Jean-Antoine rencontre Antoine de la Roque, directeur du Mercure de France, qui le soutiendra beaucoup ensuite.

    Après être revenu de Valenciennes, où il peint sa commande de campements de soldats, Watteau s’installe chez Sirois, le beau-père du marchand de tableaux Gersaint du Pont Notre-Dame, et se consacre aux mascarades dans le genre de Gillot.

    Sa rencontre avec Pierre Crozat, riche collectionneur venu de Toulouse qui possède un hôtel particulier rue Richelieu, lui permet de compléter sa connaissance des peintres flamands, notamment Van Dyck, et de perfectionner sa synthèse entre l’art vénitien et l’art rubénien. Enfin, protégé par Charles de La Fosse, directeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture, il expose quatre peintures et est rapidement agréé à l’Académie(1712). Il a 28 ans. Le sujet de l'oeuvre de sa reception est laissé à sa convenance.

    Le 1er Septembre 1715, Louis XIV s'éteint. Trop jeune pour régner, le futur Louis XV est mis en attente. Commence la Régence de Philippe d'Orléans, neveu du défunt.(1715-1723)

    Le barrage moral imposé par Louis XIV craque et se fissure de toutes parts. La noblesse, à présent habituée à l'oisiveté ne pense plus qu'au plaisir et, disons le, à une débauche ouverte.
    Philippe, duc d'Orléans naît à St Cloud en 1674. Il a dix ans de plus que Watteau. Il n'est bon ni pour la cavalerie ni pour la danse, mais possède une mémoire formidable et une grande puissance de travail. Marié quasiment de force à Mademoiselle de Blois, fille légitimée de son oncle et de la Montespan, il est connu pour sa légèreté sexuelle...et elle pour être infernale et désobligeante. Il hante le Palais Royal, "qui est un beau quartier" où l'on trouve "des filles à marier" selon la contine, avec ses amis chers, et frères de lits.
    Etude

    Etude

    C'est probablement de là que va venir le succès de l' oeuvre de Watteau. Elle correspond à la demande du moment , à l'esprit de la période qui s'ouvre : La Régence. Certes, sa manière de peindre tranche sur la manière précédente et cela n" échappe pas aux vrais amateurs, mais les thèmes qu'il développe vont le faire admirer et fêté pour le mauvais motif. Plaire, est peut être survivre, mais c'est aussi être étiqueté et fixé dans un rôle, faire la marionnette sociale et ne plus pouvoir en sortir. Tout ce que Jean-Antoine déteste. A partir de ce moment, il change sans cesse d'adresse, fuyant les importuns et les curieux.
    C'est là tout le drame de Pierrot où du Gilles. "que personne ne voit sous son costume de peau".

    Pierrot
    La vie est un théâtre.

    « Ô naître ardent et triste,
    Mais, à la vie convoqué,
    être celui qui assiste,
    tendre et bien habillé,

    à la multiple surprise
    qui ne vous engage point,
    et, bien mis, à la bien mise
    sourire de très loin.»
    Rilke

      

    sources

    http://www.faget-benard.com/menuiserie/technique/watteau/colisee001.html:

      

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    Johannes Vermeer

     

    Le 31 octobre 1632, baptême, dans la Nouvelle Église de Delft, de Johannes, fils de Reynier et de Digna Vermeer. En 1641, Reynier Jansz achète la maison "Mechelen" avec auberge attenante sur la place du Grote Markt à Delft. Son père, tisserand, hôtelier, est inscrit à la guilde de Saint-Luc comme Mr. Constvercoper (maître marchand d'objets d'art). Ses premiers tableaux, J. Vermeer les verra chez son père.

    Le 20 avril 1653, à l'Hôtel de Ville de Delft, est célébré le mariage civil de Johannes Vermeer et de Catharina Bolnes, originaire de Gouda et de 5 ans son aînée. Ils auront 15 enfants dont 4 mourront en bas âge. Le 29 décembre 1653, Vermeer s'inscrit comme maître peintre à la guilde de Saint-Luc de Delft. En 1662, Vermeer est élu syndic de la guilde.

    Vermeer - L'art de la peinture

    Le 16 décembre 1675, Johannes Vermeer, peintre de son état, âgé de quarante-trois ans, est enseveli dans la Vieille Église de Delft. Seuls, ces trois documents demeurent : sa naissance, son mariage, sa mort. Quelques histoires de familles, d'héritages, de dettes, et c'est tout. Les maîtres, les modèles, les compagnons de cet homme, nous sont inconnus. Nous n'avons pas une ligne écrite de sa main, pas un autoportrait. Vermeer échappe à l'histoire de l'art, devenant un fantôme que nous ne pouvons qu'entrapercevoir et deviner au travers de l'oeuvre qu'il nous a léguée. Notamment ce magnifique tableau de L'art de la peinture, considéré par certains comme l'une des plus belles oeuvres au monde.

    A sa mort, Vermeer laisse derrière lui onze enfants, dont dix mineurs. 24 et 30 avril 1676. Catharina Vermeer adresse des pétitions aux Hautes Cours de Hollande et de Zélande pour obtenir des lettres de cession à ses créanciers, en invoquant les conditions désastreuses causées par la guerre et par la disparition de son mari. Elle obtient gain de cause. 15 mars 1677, vente dans la salle de la guilde des tableaux de la succession Vermeer. Vingt-et-une oeuvres du maître sont dispersées. 30 décembre 1687, Catharina Vermeer-Bolnes reçoit les derniers sacrements ; elle est enterrée trois jours plus tard. Les dernières oeuvres de Vermeer sont vendues aux derniers collectionneurs de Delft, qui les enfermeront dans leurs cabinets. Les volets se referment. Plus personne ne parlera de Johannes Vermeer. Son nom est oublié.

    En 1842, un critique et historien d'art, Joseph Théophile Thoré, qui aimait se faire appeler William Bürger, découvre la Vue de Delft. Il tombe en extase et consacre vingt ans de sa vie à rechercher la véritable identité du peintre. En 1866, W. Bürger publie la première monographie sur Vermeer. Il mentionne 42 oeuvres. Grâce à lui, Vermeer est aujourd'hui, un des peintres les plus justement célébrés.

    Johannes Vermeer

                                                                                              Sa maison à Delft

    références : L. DURAND-GRÉVILLE, article "Rubens" de La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts.
    Édition de 1885-1902. Paris, Société anonyme de "La grande encyclopédie", [191-?]. Tome vingt-huitième, p.1108-1111.
      Johannes Vermeer

     


    Johannes Vermeer dit aussi Vermeer de Delft, naît en octobre 1632,(la date précise de sa naissance n'est pas connue) à Delft, ville ou l'artiste passe toute sa courte vie. Son père Reynier Jansz, qui prend le nom de Vos, puis de Vermeer, exerce différends métiers, tisserand d'étoffes de soie, aubergiste sur le Voldersgracht grand place du Marché, puis marchand d’œuvres d'art, inscrit à la guilde de Saint-Luc en 1631. Sa mère Digna Baltens est originaire de Gouda, il a une sœur de douze ans son aînée Gertruy.

    Johannes Vermeer
    Plan de Deflt en 1652

    L'apprentissage de Vermeer n'est pas connu, il étudie probablement la peinture à Utrecht et à Amsterdam et est influencé par Carel Fabritius, installé à Delft en 1650. Vermeer retourne dans sa ville natale début 1653, il se marie en avril avec Catharina Bolnes, le couple s'installe chez la belle-mère de l'artiste Maria Thins. En décembre il s'inscrit à la guilde de Saint-Luc et devient maître, il peut désormais travailler à son compte, enseigner et pratiquer le négoce, Vermeer est à trois reprises, vice-doyen ou doyen de la guilde pour une année ce qui prouve sa notoriété locale. Cette même année il signe sa première œuvre, une peinture d'histoire, Le christ chez Marthe et Marie, puis le Repos de Diane, inspirés d'Erasmus Quelinus et de Jacob van Loo.

    Johannes Vermeer

    Vermeer naquit le 31 octobre 1632 à Delft [14] , dans le milieu réformé protestant, la même année que Spinoza à Amsterdam. Sa mère s’appelait Dymphna Balthasars (ou Dyna Baltens)[15] , et son père Reynier Janszoon ; au départ, celui-ci était désigné sous le patronyme Vos (i.e. Renard)[16] mais, à partir de 1640, pour une raison qui demeure obscure, il changea son nom en Van der Meer (i.e. Du Lac) [17] . - Le « Ver » qui débute certains patronymes néerlandais est en fait la contraction de « Van der ». À l’âge de 20 ans, Reynier Janszoon avait été envoyé par son père à Amsterdam pour y apprendre le métier de tisserand et, à l'époque, il avait habité la Sint Antoniebreestraat (la grand-rue Saint-Antoine), où vivaient bon nombre de peintres. Il avait ensuite épousé, en 1615, dans la même ville, Digna Baltens - pour faciliter leur mariage, le couple avait apporté un certificat émanant d’un pasteur remonstrant de Delft[18] . En 1620, ils avaient eu une fille, qu’ils baptisèrent Geertruyt [19] . Ils n'auront que deux enfants.

    Le père de Vermeer avait un tempérament plutôt sanguin : en effet, un document nous apprend qu’en 1625, soit sept ans avant la naissance de Johannes, il fut arrêté pour avoir donné un coup de couteau à un soldat au cours d’une rixe ; la victime devait succomber à ses blessures cinq mois plus tard.

     

    Le peintre intimiste

    Johannes Vermeer

    Les sujets qu'il abordent ensuite s'inscrivent dans la tradition de la peinture de genre hollandaise; en effet, son répertoire thématique diffère peu de ceux de peintres tels que Pieter de Hooch, Franz Van Mieris, Metsu et parfois Maes, cependant le registre expressif adopté et la perfection des moyens mis en œuvre font apparaître sa profonde originalité. En 1656, il peint sa première scènes de genre ; L'Entremetteuse, influencé du tableau de Van Mieris, Le Charlatan, puis il peint: Jeune Fille endormie et Le Soldat et la jeune fille souriant, sa palette s'éclaircit et devient plus lumineuse. Une grande partie de l’œuvre de Vermeer est consacrée à la représentation d'intérieurs illuminée par une fenêtre située à gauche du tableau, mettant en scènes presque exclusivement des jeunes femmes occupées à des taches domestiques, ou oisives.

    Ses tableaux donnent le sentiment de profonde intimité, de sérénité, de silence, de temps suspendu. Le génie du maître de Delft est de reproduire dans ses œuvres les déformations optiques naturelles propres à un œil humain qui observe, en créant plusieurs profondeurs de champ. Vermeer analyse le caractère changeant de la lumière selon les matières sur lesquelles elle se reflète; il rend ainsi sensibles les qualités tactiles des matériaux, leur texture (étoffes brillantes, lourds tissus, bois, cuivre, étain, cristal, porcelaine, nacre de la perle.

    Dans les seules vues d'extérieur que l'on connaisse de lui, la Vue de Delft (vers1661), qui a déjà provoqué l'admiration de ses contemporains, et La ruelle (vers1661), le rendu de l'espace, de la lumière et de la couleur atteint un rare degré de précision d'ordre naturaliste.

    Johannes Vermeer

    L'Art de la peinture



    Vermeer réalise quelques sujets allégoriques, notamment deux tableaux où figure exceptionnellement un unique personnage masculin et qui procèdent en partie de la scène de genre :L'astronome, (vers 1668) et Le géographe (vers 1669), qui symbolise l'un la terre et l'autre le ciel, puis le chef-d’œuvre de Vermeer : "L'art de la peinture", réalisé par le peintre entre 1666 et 1668. Il sert de modèle d'exposition, fut présenté aux acheteurs potentiels, et ne quite jamais l'atelier du vivant de l'artiste, et enfin : L'allégorie de la Foi, (vers 1672-1674).


    Les difficultés de l'artiste



    Vermeer ne sera jamais riche, sans doute en partie à cause de sa nombreuse famille, quinze enfants dont onze survivent, les difficultés économiques, due à la guerre qui fait perdre la santé à l'artiste qui décède brutalement en 1675. L'année suivante, sa femme Catharina, criblée de dettes, est dans l'obligation de céder la succession aux créanciers. En 1696, les œuvres de Vermeer se dispersent et tombent dans l'oubli. Le nom de Vermeer refait surface au XIXe siècle grâce à un historien d'art, William Burger. La renommée du peintre survient finalement en 1935 lors d'une exposition de ses œuvres à Rotterdam.
      

    1656dianeetsescompagnes

     

    1656 - Diane et ses compagnes

     

     

    1657lofficieretlajeunefilleriant

     

    1657 - L'officier et la jeune fille riant

     

     

    1660jeunefilleauverredevin

     

    1660 - Jeune fille au verre de vin

     

    1661lalaiti_re

     

    1661 - La laitière

     

    1663jeunefillealaiguiere

     

    1663 - Jeune fille à l'aiguière    

     

    1668lastronome

     

    1668 - L'astronome 

    Œuvres



    Diane et ses compagnes (v.1654 - 1656);
    Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (v.1654-1656);
    Sainte Praxède (v.1655);
    L'entremetteuse (1656);
    Une jeune femme assoupie (v.1657);
    L'Officier et la jeune fille souriant (v.1658);
    La liseuse à la fenêtre (v.1659);
    Le Verre de vin (v.1660-1661);
    La leçon de musique interrompue (v.1660-1661);
    La Laitière (v.1660-1661);
    Vue de Delft (v.1661);
    La Ruelle (v.1661);
    La Jeune Fille au verre de vin (v.1662);
    La femme au luth (v.1662);
    La jeune femme à l'aiguière (v.1662);
    La femme en bleu lisant une lettre (v.1662-1665);
    La dame au collier de perles (v.1662-1665);
    La femme portant une balance (v.1662-1665);
    L'Art de la peinture (v.1662-1665);
    Le Concert (v.1664);
    La leçon de musique (v.1664);
    La Jeune Femme à la flûte (v.1665);
    La Jeune Fille au turban (v.1665-1666);
    Une femme écrivant une lettre (v.1666);
    La maîtresse et la servante (v.1666-1667);
    La lettre d'amour (v.1667);
    L'astronome (v.1668);
    La Fille au chapeau rouge (v.1668);
    Le Géographe (v.1669);
    Une dame debout au virginal (v.1670);
    La Dentellière (v.1670-1671);
    Une dame écrivant une lettre et sa servante (v.1671);
    Une femme jouant de la guitare (v.1671-1672);
    L'allégorie de la Foi (v.1672-1674);
    Portrait d'une jeune fille (v.1672-1674);
    Une dame assise au virginal (v.1674-1675)

     

    S’il y a un tableau que j’aurais aimé avoir c’est celui de La Jeune Fille à la perle ou La Jeune Fille au turban (Meisje met de Parel) de Johannes Vermeer peint vers 1665 (huile sur toile, 45 × 40 cm). On l’appelle aussi la « Joconde du Nord ». Il y a quelques années (2003) le réalisateur Peter Webber en a d’ailleurs fait un film (Girl with a Pearl Earring) que certains d’entre vous ont peut-être vu. L’actrice principale était Scarlett johansson. le film est loin d’être un chef d’oeuvre, mais j’ai trouvé que l’atmosphère de l’époque était très bien rendue grâce au travail de décoration et de lumière. Quant à Scarlett, elle a fait son chemin depuis.

    voici le tableau (cliquez pour agrandir l’image) :

      

      

    sources WIKIPEDIA - photos google -

    http://leblogdechonchon.over-blog.com/article-jan-vermeer-quelques-oeuvres-69451798.html

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