•  

     La famille d’Orléans en 1885

     

     

    Autour de la Famille de France, un peu de généalogie

    La récente vidéo du Prince Jean, invité par Michel Fields, en a montré la nécessité, par les commentaires qu'elle a suscités: il n'est certainement pas inutile de prendre quelques instants pour préciser deux ou trois choses sur la Famille royale, et pour bien voir qui est qui, et qui vient d'où....

    Nous avons commencé par rappeler à nos correspondants que le prénom Louis-Philippe avait été porté plusieurs fois: le père et le grand-père du roi Louis-Philippe le portèrent, et il fut donné encore deux fois après lui: à son petit-fils (le futur Philippe VII) et à son arrière-petit-fils (le fils du précédent, futur Philippe VIII).

    Cette précision apportée, approfondissons donc, maintenant, notre périple généalogique, en partant de Louis-Philippe .

    Le roi Louis-Philippe avait cinq fils.....

     
    LOUIS PHILIPPE.jpg
     

    En regardant la scène de gauche à droite:

    - le Prince de Joinville (François, ci dessous). C'est celui qui vint visiter chez lui, à Martigues, le grand-père maternel de Maurras (qui s'appelait Garnier) avec qui il naviguait. Une stèle du jardin de Charles Maurras perpétue le souvenir de cette visite.

    Les Maurras, en effet, sont originaires de Roquevaire (où Charles est enterré avec sa mère, son père et son frère; seul son coeur est à Martigues, dans son jardin). La maison de Martigues vient donc à la famille Maurras par sa mère, qui est une Garnier, pas par son père.

    C'est également de son grand-père Garnier que Maurras tirait son vif désir d'être marin (désir insatisfait, on le sait: Maurras en parle, entre autre, dans son poème Destinée...).

    Il est à noter que le prince de Joinville a participé très concrètement à l'évolution de la marine à vapeur française par sa vision moderne de cette marine, ses écrits et son expérience d'Amiral de la Royale....

    JOINVILLE.jpg

    - le Duc de Montpensier.

    - le Duc d'Orléans. Ferdinand, celui dont Ingres a fait le grand portrait (ci dessous) entré au Louvre récemment. Père de deux enfants, dont nous allons parler, il est mort accidentellement en 1842.

    ingres-duc-d-orleans.jpg

    - le Duc de Nemours.

    - le Duc d'Aumale (Henri). Lui aussi père de deux enfants, qu'il vit mourir très jeunes, c'est lui qui donna Chantilly et toutes ses collections à l'Institut.

    DUC D'AUMALE 1.jpg

    Malgré cette nombreuse postérité masculine de Louis-Philippe, c'est du seul Ferdinand, mort prématurément et accidentellement en 1842, que descendent tous les représentants de la Famille de France jusqu'à nos jours.

    Ferdinand avait deux fils: Louis-Philippe et Robert, duc de Chartres.

    - Louis-Philippe Albert deviendra Philippe VII à la mort du Comte de Chambord, lorsque la fusion sera réalisée entre les légitimistes et les orléanistes ("...Les Orléans sont mes fils..."). Philippe VII, et non Louis-Philippe II, car, s’il avait pris le nom de Louis-Philippe II, cela aurait heurté bon nombre de Légitimistes qui auraient vu là, au mieux une maladresse, au pire une provocation. Il préféra donc, sagement, dépasser « par le haut » la querelle dynastique, en s’enracinant dans le plus profond de notre histoire, puisqu’il remontait ainsi à Philippe VI, premier souverain de la dynastie des Valois, sous lequel commença la guerre de Cent ans.

    Il résidait à l'Hôtel Matignon, où il menait grand train et d'où il organisait une intense activité dont la république naissante finit par prendre ombrage, et même peur, car cela représentait pour elle un réel danger.

    C'est ce qui amena la cruelle et inique Loi d'exil de 1886. Le Prince dut quitter le territoire national.

    PHILIPPE VIII.JPG

    Il fut le père de Philippe VIII, mort sans héritier (ci dessus). C'est Philippe VIII que les fondateurs de l'Action Française allèrent visiter à Bruxelles. C'était l'époque de l'Enquète sur la Monarchie, on jetait les bases du mouvement royaliste, au XXème siècle. C'est aussi de lui que Maurras disait, en substance, qu'il aurait fait un grand roi; un grand roi qui avait manqué à la France. C'est lui qui, en 1905, a fait ce voyage scientifique au Grooenland et au Pôle Nord, dans les traces duquel le Prince Jean a voulu marcher il y a peu. Il est à noter que le Muséum d'Histoire Naturelle s'est enrichi des collections réunies par Philippe VIII...

    - A la mort sans héritier de Philippe VIII, ce fut donc son cousin Jean, duc de Guise, qui devint Jean III.

    Jean III était le fils de Robert, duc de Chartres, le deuxième fils de Ferdinand. La boucle est ainsi bouclée, pour ainsi dire: c'est donc du seul Ferdinand, et non des quatre, ou de l'un ou l'autre des quatre autres fils de Louis-Philippe, que descendent les représentants actuels de notre Famille de France.

    Jean III est le père d'Henri VI (ci dessous), le Comte de Paris des Mémoires d'exil et de combat (qui rentra en France en 1950, la Loi d'exil ayant été abrogée, au bout de 64 ans); lui-même père d'Henri VII, l'actuel Comte de Paris; lui-même père de l'actuel Prince Jean, qui sera donc Jean IV, et de son frère Eudes, duc d'Angoulême.

    HENRI VI.jpg
     
     
     
     
     
     
     
    sources
     
     
     
     
     
     
     
    Delicious Yahoo! Pin It

    1 commentaire
  •  

     

     

     

     

    L'aventure au trésor : les magots de France

     

     

     

    Il ne se passe pas beaucoup de semaines sans que la presse ne relate la découverte d'un trésor sur le sol de France. C'est le coup de pioche d'un maçon dans le mur d'une vieille ferme, la charrue d'un laboureur dans un champ, l'heureuse découverte d'un enfant jouant dans des ruines, et roulent les pièces d'or et tintinnabulent les pierreries qui dormaient depuis des siècles.
     

    En effet, la France occupe une toute première place dans la chasse mondiale aux trésors. Elle doit cette place privilégiée à son passé tumultueux où, tout au long de son histoire, se sont succédées invasions, révolutions et guerres civiles.

     

    Une cassette de diamants

     

    A la limite de l'Alsace, des Vosges et de la Lorraine s'étendait jadis le fief des puissants comtes de Dabo, pays de forêts, d'eaux vives et de brumes.
     

    Lors de la guerre de Trente ans, les seigneurs de Dabo prirent le parti de la France et guerroyèrent à ses côtés. Mais, sitôt après le traité de Westphalie, ils refusèrent de prêter hommage à Louis XIV et se réfugièrent en Palatinat.

     

    Leur forteresse réputée imprenable, le puissant Dagsburg, fut occupée par un seigneur pillard de Rhénanie, surnommé « le Prince Noir », qui en fit son repaire. Celui-ci amassa au Dagsburg un immense butin provenant du pillage de châteaux voisins et de rapines aussi nombreuses que variées, pendant que se balançaient à l'immense gibet du Schaeferhof les corps de tous ceux qui avaient osé s'opposer à lui.

     

    Mais le « Prince Noir » n'était pas un simple brigand dépourvu de toute envergure. Son ambition et son audace le poussèrent à traiter avec Guillaume d'Orange : la bande harcellerait les troupes françaises et gênerait leurs communications. Pour prix de cette alliance, le brigand devenu franc-tireur reçut une énorme quantité de diamants bruts.
     

    Toutefois, en 1679, le colonel français de Bois-David vint mettre le siège devant le Dagsburg dont il parvint, après maints efforts, à s'emparer. Les brigands furent passés au fil de l'épée et le « Prince Noir » mis à la torture. Car les Français, s'ils avaient récupéré le trésor en or et le butin des pillages, ne parvenaient pas à découvrir la fabuleuse cassette aux diamants...
     

    Aucune parole ne sortit de la bouche crispée du « Prince Noir ». Mais lorsque, épuisé par les supplices, il sentit qu'il allait mourir, il trouva quand même assez de force pour s'écrier : « Maudits soient ceux qui toucheront à mon trésor ! » Puis il expira.

     

    Depuis, bien des chercheurs ont tenté de récupérer les diamants maudits du « Prince Noir ». Et beaucoup ont trouvé la mort dans des circonstances demeurées mystérieuses...

    La cassette de diamants, d'après des observations et suivant certains renseignements se recoupant, se trouverait dans une vaste salle souterraine, nœud d’un véritable réseau de galeries.

     

    Dans une cave à champagne

     

    A Reims, une célèbre marque de champagne utilise comme caves d'anciennes crayères creusées par les premiers chrétiens et par-dessus lesquelles fut jadis construite une des plus importantes abbayes de la ville, l’abbaye bénédictine de Saint-Niçaise. Or, à la Révolution, les Sans-culottes envahirent l'abbaye qu'ils saccagèrent et dont ils massacrèrent les moines. Mais ils ne purent mettre la main sur le trésor amassé depuis des siècles par les Bénédictins.

    Celui-ci, sans doute, se trouve toujours dans une chapelle secrète du sous-sol dans laquelle les moines se rendaient jadis une fois l’an pour une mystérieuse cérémonie.

     

    Les trésors sont nombreux en Flandres : trésors gallo-romains, de l'époque médiévale et du XIIIe siècle.
     

    Lors de la guerre dite de « dévolution », Louis XIV entame une campagne-éclair en Flandre espagnole. Le 9 juillet 1667, l'armée française se présente devant Orchies que les Espagnols abandonnent sans même tenter de combattre.
     

    Toutefois, s'ils fuyaient la riche cité flamande, les Espagnols entendaient bien y revenir un jour. Aussi cachèrent-ils dans des souterrains reliant entre elles, par en dessous les remparts, les portes de la ville, les trésors de la garnison, plusieurs coffres, qui contenaient, en outre, les biens personnels du baron de Lutberg, gouverneur militaire d'Orchies. Hélas pour eux, les Espagnols ne revinrent jamais à Orchies.

     

    De l'enceinte primitive de la ville, il ne reste aujourd'hui qu'une tour, « la Tour à Diables ». L'exhaussement du sol a été important au rez-de-chaussée de cette tour, ensevelissant toute trappe ou entrée de souterrain. Toutefois, a priori, il ne serait pas trop malaisé d'entreprendre des fouilles afin de retrouver un moyen d'accès à ces souterrains recelant les trésors espagnols.

     

    Le château de Nantouillet, en Seine-et-Marne, appartint, à la Renaissance, au chancelier Antoine du Prat.
    Économiste et financier, celui-ci avait amassé une immense fortune. Il serait question, avancent certains, d’une tonne d'or… qu’on ne retrouva pas à sa mort. Les dernières années de sa vie, le chancelier résida à Nantouillet et c'est vraisemblablement là que se trouve la cachette de son mirifique magot.

     

    Un autre château, dans la Sarthe, le château de Malicorne, abrite un trésor d'un type peu commun : il s'agit, assure la tradition, d'une émeraude « de la taille d'un cœur humain ». Mais peut-être plus vraisemblablement pourrait-il s'agir d'une émeraude taillée en forme de cœur. Quant à l'origine de ce romanesque magot, elle est fort controversée. Pour certains, l’émeraude fut cachée durant la guerre de Cent Ans, le château ayant eu à soutenir deux sièges ; pour d'autres, elle constitue une pièce de choix du trésor des Choiseul-Praslin, propriétaires du château sous la Révolution.

     

    Le caveau secret de Gilles de Bretagne

     

    Ce Gilles, frère cadet de François Ier, duc de Bretagne au milieu du XVe siècle, vivait en marge de son temps car au pouvoir et à la guerre, il préférait les plaisirs, les arts et la poésie.
     

    Alors que son frère était l'allié du roi de France contre les Anglais, Gilles avait gardé de plusieurs séjours à Londres une connaissance parfaite de l'anglais, de nombreux amis et l'amitié du roi Henri VI.
     

    A la mort de son père, n'ayant reçu en héritage que deux petits fiefs, Ingrandes et Chantocé, Gilles, mécontent, quitta la cour de son frère pour enlever Françoise de Dinan, une orpheline de dix ans, héritière du plus puissant fief de Bretagne, et l'épouser.

     

    Tous deux se réfugièrent en la forteresse du Guildo qui appartenait à Françoise.
    Là, entourés d'une bande d'amis, pour la plupart des nobles anglais, avec seulement une petite garnison d'hommes d'armes, Gilles et Françoise menèrent pendant quelques années une vie agréable et insouciante, de festins et de fêtes, de danses, de musiques, de chasses bruyantes et joyeuses.
     

    Toutefois, l'animosité entre Gilles et son frère le duc ne cessait de croître. Il y eut une entrevue au château de Rieux et François reprocha à Gilles l'enlèvement de Françoise de Dinan.

     

    Il produisit ensuite une lettre signée de son cadet et adressée à Henri VI, tombée entre les mains du duc, par laquelle Gilles de Bretagne mettait ses places fortes à la disposition du roi d'Angleterre.
    Les deux frères se quittèrent en ennemis.
     

    Gilles de Bretagne avait-il vraiment l'intention de s'allier aux Anglais? Suivant son caractère, c'est peu probable. Toujours est-il que François Ier prit peur, ou qu'il voulut simplement en terminer avec son frère : il fit appel à Charles VII et se plaça sous sa protection.

     

    Le 26 juin 1446, quatre cents cavaliers français commandés par le capitaine de Brézé s'emparaient de la personne de Gilles au Guildo.

     

    Remis aux hommes du duc de Bretagne, Gilles fut alors traîné de forteresse en forteresse : Coatquen, Moncontour, La Hardouinaye enfin, où il devait connaître une fin tragique : Olivier du Meil, gouverneur du château, le fit étouffer dans son cachot, entre deux matelas.
     

    S'ils saccagèrent Le Guildo après s'en être emparé, les Français ne purent trouver le trésor de Gilles, plusieurs coffrets d'or au minimum, dissimulés quelque part en son château.
     

    Ils durent se contenter des bijoux de Françoise de Dinan, son épouse, ce qui n'était somme toute pas si mal si l'on en croit Bertrand Robidou : « On vit flamboyer sous les plafonds obscurs des salles gothiques les trésors et pierreries de Françoise de Dinan : tissus et chaînettes d'or, rubis enchâssés dans le même métal, joyaux aux perles pendantes, joyaux en forme de fleurs avec des ciseaux de perles couronnées de diamants, écharpes de toutes couleurs émaillées et frangées d'or, etc. »
     

    L'hypothèse la plus valable est celle selon laquelle le trésor se trouverait dans un caveau secret ouvrant sur un souterrain du Guildo.
     

    Or, il existe une maison dans le bourg qui conserve les caves d'un ancien couvent à l’emplacement duquel elle est construite.
     

    De ces caves part un souterrain, actuellement obstrué, en direction du Guildo. De ce point de départ, il serait relativement aisé de parvenir jusqu'aux ramifications souterraines de la forteresse où se trouve, sans aucun doute possible, le trésor de Gilles...

     

    Un autre Gilles, infiniment plus célèbre, avait pour résidence principale le château de Tiffauges, en Vendée : Gilles de Rais, qui servit à juste titre de modèle à Perrault pour son « Barbe-Bleue ».
    Chacun connaît ce sinistre personnage qui sacrifia des dizaines et des dizaines d'enfants -Michelet, quant à lui, estime plus modestement le nombre des victimes à cent quarante- à des rites sataniques.
     

    Toutefois, à la lumière d'études toutes récentes, la personnalité de ce Gilles de Rais apparaît autrement complexe et déroutante que ce qu'en a retenu l'histoire officielle. Mais il n'entre pas dans notre propos d'investiguer sur la nature réelle de l'ancien compagnon de Jeanne d'Arc… Cette tâche revient à l'histoire parallèle.
     

    Ce que l'on ignore davantage, par contre, serait que ce Gilles de Rais possédait une immense fortune et que, pour l'abriter, il avait aménagé plusieurs cachettes dans ses multiples châteaux, particulièrement à Tiffauges, celui qu'il affectionnait le plus.
    Gilles de Rais fut étranglé puis brûlé dans une prairie de Nantes. Ses cachettes demeurent.

     

    Partez pour l’aventure

     

    Tels sont quelques-uns des plus intéressants parmi les trésors de France les moins connus. Mais il en est quantité d'autres, dispersés dans chaque région où vous amènera le grand dispersement des vacances. Partout vous pourrez tenter votre chance et, pour le moins, vivre des journées de rêve et d'aventure.
     

    En Normandie, il y a, à Toutainville, le trésor de Pevrel de Nottingham, à l'emplacement de son ancien château du Vau Liou et celui des nonnes de Trévières, assassinées au XIVe siècle, qui se trouve vraisemblablement dans une de leurs sépultures.

     

    Les trésors des guerres de religion abondent en Maine et Loire : le plus fameux se trouve près d'Auverse, dans une crypte secrète en forme de croix.

     

    Nombreux trésors en Limousin, dont celui de Châlus, qui fut cause de la mort de Richard Cœur de Lion, venu dans l'intention de l'enlever par les armes au seigneur du lieu.
     

    Autre trésor de la guerre de Cent Ans à Belin, près de Bordeaux, dans les ruines du château : celui du Prince Noir, duc de Galles, en or et argent, qu'il s'apprêtait à utiliser pour lutter contre Charles V.
    En Dordogne, sous les ruines du château de Miremont, un faisceau de souterrains aboutit à une chambre pleine d'or.
     

    Dans les Alpes, on trouve les trésors de Mandrin, à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, à La Balme-les-Grottes, à Magland, dans le bassin de Rumilly, et le coffret de pierreries du trop célèbre baron des Adrets à La Frette.
    Profusion de trésors dans les châteaux ruinés du Bourbonnais, entre autres à Montmorillon celui de Philippe de Guillard, faux monnayeur et pillard, à Chantelle celui du connétable Charles de Bourbon qui passa à Charles-Quint, à Montgilbert celui de Rodrigue de Villandrando, chef de bande et compagnon de Jeanne d'Arc.
     

    Un trésor datant de l'invasion des Suédois dans la « Grotte au Trésor » près de Combes, en Franche-Comté, et dans le Jura, à Château-Chalon, le trésor des Abbesses, caché à la Révolution dans un labyrinthe de souterrains.
    Et bien d'autres encore dont vous pourrez avoir le plaisir de découvrir l'existence en fouillant l'histoire locale ou en écoutant les récits populaires dont les paysans se souviennent encore.

     

    Daniel Réju

      

    SOURCES :

    http://www.france-secret.com/tresors_art.htm

      

      

    Delicious Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  •  

     

     

     

    Petites histoires de l'Histoire - Mata Hari -

     

    Sous le nom de Mata Hari, Margaretha Zelle ajoute des danses indonésiennes à son répertoire de charme. Elle est belle et fascinante. En ce début du 20e siècle, Mata Hari mène une vie anticonformiste qui la rend forcement suspecte.
    Lorsque Mata Hari est arrêtée pour espionnage, ses accusateurs affirment qu’elle utilise un code à base de notes de musique pour transmettre des secrets à l’ennemi.
    Cette femme, amoureuse de la vie, était-elle une espionne ?


    Les débuts de Mata Hari
     
    Née dans une riche famille néerlandaise de Leeuwarden le 7 août 1876, Margaretha Geertruida Zelle, est destinée comme toute jeune fille de l’époque à un riche mariage et à avoir de nombreux enfants.
    Pourtant, son destin va être tout autre et elle symbolise toujours aujourd’hui, le mystère, l’érotisme et l’espionnage.



    La jeune fille rejette très tôt le conformisme bourgeois et devient une courtisane ainsi qu’une danseuse exotique.
    Elle apprend l’art de la séduction. Mariée à un officier de l’armée coloniale néerlandaise, on raconte qu’elle séduit et attire chez elle des hommes importants.
    Son premier mari semble être l’instigateur de ces rencontres. Une fois les amants dans le feu de l’action, le mari surgit, un appareil photo à la main, et immortalise la scène pour faire chanter les imprudents.



    Photo de Mata Hari prise à Paris (Archive photos)

    Séparée de son mari, Margaretha s’installe à Paris à la fin de l’année 1903, bien décidée à réussir une carrière de danseuse.
    Après une période difficile, pendant laquelle elle gagne en fait sa vie comme courtisane, la jeune femme décide de changer d’image.
    Ainsi naît la danseuse exotique Mata Hari, qui entame rapidement une carrière internationale.




    Une espionne pleine de charme

    Elle rencontre Truffaut von Jagow, chef de la police berlinoise. Celui-ci tombe amoureux d’elle et devient son amant. Il comprend aussi qu’il peut utiliser les charmes de sa maîtresse à son avantage et surtout à celui de l’Allemagne.
    Il l’incite à poursuivre ses activités de courtisane et l’encourage à s’occuper d’hommes politiques, de personnalités de l’armée et de la diplomatie.
     
      
      
      
    Elle pourra ainsi obtenir d’importantes informations d’ordre militaire.
    Elle accepte et c’est ainsi qu’elle commence sa carrière d’espionne sous le matricule H 21.
    La jeune femme participe à de nombreuses soirées et noue des liens avec des hommes influents.



    Photo de Mata Hari en train de danser (Photo Popperfoto)

    Très douée, elle leur soutire des informations qu’elle rapporte ensuite aux Allemands.
    Ses talents de séductrice ont des conséquences graves quand commence la Première Guerre mondiale.

    Elle s’engage comme infirmière, près de Vittel, et parvient à arracher aux officiers blessés des détails des plans des prochaines offensives.
      
      
      
    Etrangement, à plusieurs reprises, des offensives françaises se heurtent à une concentration imprévue de troupes allemandes.
    Lors de l’une de ces offensives, plus de 100 000 soldats trouvent la mort.
      
      

    Pour la France, cette défaite est directement imputable aux informations glanées par Mata Hari.


    Courtisane ou espionne ?

    Au début de l’année 1917, Mata Hari est arrêtée. Elle avoue ses liaisons mais ne reconnaît pas avoir obtenu de renseignements confidentiels.
    Elle affirme qu’elle est effectivement une courtisane mais pas une espionne.
    Elle clamera son innocence jusqu’à sa condamnation et son exécution quelques mois plus tard.
     
      
      
      
    Convaincue de l’implication de la jeune femme dans des activités d’espionnage, la cour de justice militaire ne délibère pas longtemps avant de prononcer la condamnation à mort.
    Face au peloton d’exécution, elle refuse qu’on lui bande les yeux et meurt sans avoir baissé les yeux.



    Cette affaire n’est pourtant pas vraiment close. En se fondant sur des documents d’archives, la Fondation Mata Hari et la ville natale de la jeune femme ont déposé, fin 2001, une demande de révision du procès auprès du ministre français de la Justice.

    Ils sont persuadés que Mata Hari, jugée à huis clos, a fait les frais d’un procès falsifié à des fins patriotiques.
     
      
      
      
    Pour Léon Schirmann, qui a mené une enquête approfondie, il qualifie ce procès de machination et de crime judiciaire.
    D’après lui, Mata Hari a été le jouet des services d’espionnages allemands qui se seraient servi d’elle comme bouc émissaire.

    Alors, Mata Hari n’était-elle qu’une femme qui aimait profiter de la vie ?
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
     
    Delicious Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  •  

     

    Thomas III de Saluces, Le Chevalier errant, France (Paris), vers 1400-1405
        Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 12559, fol. 167
       


    Au Moyen Âge, le commerce est la principale activité urbaine. Chaque ville propose des boutiques et marchés, certaines accueillent en outre à dates fixes des foires où se rencontrent les marchands ; ces manifestations commerciales constituent le moyen le plus efficace pour assurer la prospérité économique d'une ville. À l'origine grands marchés ruraux, elles conservent longtemps ce caractère paysan, mais rapidement s'ouvrent aux produits de luxe en provenance de toute l'Europe. Les foires drainent alors des marchands de tous pays, devenant ainsi de véritables centres d'échanges internationaux. Les plus fréquentées sont celles de Brie et de Champagne.
    L'enluminure représente une scène de foire dans une ville imaginaire. Dans une vision idéale de la cité, sont réunies ses deux fonctions principales, l'habitat et le commerce.

     

    Les marchands

    1.1.

    Du cinquième au dixième siècle, on peut parler d'économie fermée si l'on veut souligner la part certainement prépondérante de l'autoconsommation locale, tant en ce qui concerne les produits agricoles que les produits artisanaux; et l'on comprend ainsi la vie itinérante des grands personnages qui, avec leur suite nombreuse, allaient vivre tour à tour sur chacun de leurs domaines jusqu'à ce que fussent épuisées les ressources amassées.

     

      

    Cependant les échanges n'ont pas totalement disparu, mais leurs circuits fonctionnaient la plupart du temps sans l'intervention de professionnels :

      

    le producteur agricole offrait ses produits directement à une clientèle proche, qui était à la portée de ses moyens de transport (marché local, commerce sans marchand). Inversement, les églises et les abbayes, qui possédaient de grandes fortunes foncières dispersées et une population importante à entretenir, organisaient non seulement des convois de domaine à domaine pour le ravitaillement, mais aussi des expéditions lointaines pour l'importation des produits exotiques.

    Or il est tout à fait improbable que des grands propriétaires aient pu envoyer leurs seuls tenanciers, avec leurs seuls chariots et leurs seules barques, à des centaines de kilomètres : on suppose dès lors l’existence de professionnels du commerce, ce que confirment d'ailleurs de nombreux textes du temps.
     

      

    Jusqu'au VIIe siècle, les textes citent souvent des Syri, terme générique qui servait alors à désigner indifféremment les hommes qui étaient originaires de la partie orientale de l'Empire romain (Grecs, Syriens, Egyptiens, juifs ...) :

     

    ces Syri formaient alors des colonies relativement peuplées dans de nombreuses villes d'Occident. Or, après le VIIe siècle les textes ne font plus mention de Syri, mais uniquement de Judaei. Les juiveries de France, d'Italie et de Germanie entretenaient des relations suivies avec l'Espagne, l'Afrique et l'Orient.

      

    Un autre groupe important fut constitué à partir du VIIe siècle par les Frisons, qui trafiquaient sur les bassins fluviaux du Rhin, de 1a Meuse et de l'Escaut, et sur mer depuis la Manche jusqu'à la Baltique. Enfin, le soin avec lequel les textes précisaient, lorsque c'était le cas, qu'il s'agissait d'un marchand juif, prouverait qu'il existait bien aussi des negotiatores chrétiens.

    1.2.

    A partir du onzième siècle, la situation de ceux qui faisaient du commerce leur activité principale se diversifia nettement, en fonction des dimensions du marché sur lequel ils opéraient, depuis le petit marché local jusqu'aux vastes marchés interrégionaux, ou même intercontinentaux.

     

     

    1.2.A) Du colporteur au boutiquier : un horizon borné.

    Continuateur du colporteur carolingien; le « pied poudreux » sillonnait les campagnes, transportant sa pacotille sur son dos ou dans des ballots portés par une bête de somme ; régulièrement il s'approvisionnait aux foires locales. Ce type de petit marchand a survécu bien au-delà de la fin du Moyen Age.

      

     

    Le phénomène le plus important à partir du XIIIe siècle a été la sédentarisation du commerce local. Le colporteur a souvent disparu, remplacé par le boutiquier. Un commerce permanent s'est installé dans les villes, représenté au premier rang par les merciers (de merx, marchandise) qui vendaient en gros (« mercier, faiseur de rien, vendeur de tout »). Ce commerce local s'est intégré dans des structures corporatives.

      

     

     

    Or, celles-ci, de même qu'elles ont, empêché l'apparition d'un capitalisme industriel, ont fait obstacle à l'évolution de la « boutique » vers une forme de capitalisme commercial : comme l'artisan, le boutiquier ne pouvait dépasser les limites d'une médiocre activité, en raison de l'étroitesse de son entreprise et de son marché. Pourtant, des boutiquiers ont amassé assez de bien pour pouvoir entrer dans les milieux du grand commerce, et devenir des entrepreneurs capitalistes. En effet, le capitalisme commercial a pris son essor dans un autre domaine, celui du grand commerce lointain, hors des limites étroites du marché local.

     

     

     

      

      

    1.2.B) Du grand marchand aux sociétés capitalistes un horizon lointain.

    Jusqu'au XIIIe siècle le grand commerce interrégional ou intercontinental était aussi un trafic itinérant : le marchand accompagnait sa marchandise, l'écoulait au terme de son voyage, et revenait avec une cargaison de produits exotiques.

      

    Les marchands se déplaçaient en groupes, et armés. Ne sachant souvent ni lire, ni écrire, ces ambulants ne pouvaient tenir ni comptabilité ni correspondance. Dans le courant du XIIIe siècle ils bénéficièrent d'une sécurité accrue sur les grandes routes, car pour des raisons fiscales les rois et les grands seigneurs les prirent sous leur protection ; d'autre part la diffusion de l'instruction vulgarisa dans la classe marchande l'usage de l'écriture.

      

    De plus en plus le grand marchand préféra rester chez lui, derrière son écritoire : entouré d'un personnel peu nombreux, il rédigeait et recevait une correspondance qui le maintenait en étroite relation avec ses associés ou correspondants des autres places. Il pouvait ainsi diriger de loin plusieurs affaires à la fois, et à l'occasion il envoyait des commis convoyer d'importantes cargaisons de marchandises.

     

      

     

     

      

    Le mouvement de sédentarisation, apparu d'abord en Italie, se répandit ensuite dans le nord de l'Europe : aux XIVe-XVe siècles les grands marchands italiens ou hanséates étaient des sédentaires, pour le compte desquels se déplaçaient des commis. Quant aux marchands flamands, qui se déplaçaient régulièrement au XIIIe siècle des Flandres en Champagne, ils se transformèrent ensuite en courtiers, intermédiaires sédentaires, qui arrangeaient entre les marchands étrangers les opérations commerciales et financières, leur procuraient logement et entrepôt, et percevaient une commission pour les services qu'ils rendaient.

     

      

    La spécialisation a moins progressé que la sédentarisation non seulement les grands marchands se livraient au négoce des marchandises les plus diverses, ainsi qu'au négoce de l'argent (prêt, change), mais aussi ils commanditaient, finançaient, ou dirigeaient la fabrication de certains produits qu'ils vendaient.

      

    Si le grand commerce maritime et terrestre et le commerce de banque échappèrent aux contraintes corporatives, il n'était pas rare que de grands marchands figurassent dans une corporation (draperie ou mercerie surtout).
     

      Monnaie sonnante et trébuchante

    P02_00804952.jpgDurant le bas Moyen Âge les marchands avaient pour habitude de vérifier si la monnaie avec laquelle on les payaient étaient sonnante et trébuchante afin d'éviter toute sorte d'escroquerie possible (pièce rongée pour récupérer quelque grammes d'or ou d'argent par exemple) .


    La monnaie "sonnante" vient donc du fait que le marchand laisser tomber la pièce avec laquelle on le payer sur une plaque de marbre (ou faisait s'entrechoquer deux pièces) afin de vérifier la pureté du métal (or ou argent) de la dite pièce.


    Enfin pour savoir si elle était "trébuchante" c'est à dire, si elle faisait le bon poids on pesait la pièce à l'aide d'une balance à double plateau appelée un "trébuchet" et par conséquent si la pièce avait le bon poids elle était trébuchante !

      

    La fortune de quelques grands marchands atteignit des proportions énormes aux XIV-XVe siècles.

      

    Au milieu du XIVe siècle, la fortune des Bardi ou des Peruzzi, de Florence, devait dépasser deux millions de florins ; même niveau un siècle plus tard chez les Médicis (cf. l'achat d'Avignon par Clément VI, par comparaison en 1313, pour 130000 florins, ou l'achat de Montpellier par Philippe VI en 1349 pour 120000 écus, soit 133000 florins !).

      

    Au milieu du XVe siècle en France, Jacques Coeur était riche de 600000 livres tournois environ, soit à peu près la moitié de ce que rapportait annuellement la taille royale... Mais ce sont là des cas très exceptionnels. A Hambourg ou à Lübeck, les grandes fortunes marchandes étaient évaluées encre 5000 et 25000 marks lub à la fin du XIVe siècle, et jusqu'à 50000 marks lub à la fin du XVe siècle. De la "majorité" médiocre des marchands de faible envergure, se détachait une minorité colossale, composée de familles richissimes, pour la plupart italiennes (R.-S. Lopez). Ces voyantes oligarchies ont tissé à travers l'Europe et jusqu'en Orient un vaste réseau de placements très diversifiés.

     

      

    L'association des marchands a renforcé leur puissance. Il y a eu tout d'abord les associations professionnelles, destinées à procurer d'abord la sécurité aux entreprises marchandes, puis bientôt le monopole de certains marchés (ghildes et hanses).

     

      

    Mentionnons deux des plus célèbres de ces associations la Hanse des marchands de l'eau de Paris, qui s'est constituée à la fin du XIe siècle en vue de réserver à ses membres le monopole du trafic (en particulier le commerce du vin) dans le bassin de la Seine ;

      

    dès le début du XIIIe siècle, elle représentait auprès du roi l'ensemble de la bourgeoisie parisienne, et elle donna naissance à la municipalité. Quant à la Hanse teutonique, elle doit ses origines à la fondation de Lübeck (1158) et à l'expansion germanique dans la Baltique : les marchands allemands qui fréquentaient le grand centre commercial de Visby dans l'île de Gotland, se constituèrent en communauté dès 1161 (la hansse des marchands), et celle-ci ne disparut qu'à la fin du XIIIe siècle, remplacée par la hanse des villes qui, elles-mêmes, étaient regroupées en quatre ligues (westphalienne, saxonne, vende, prussienne).

      

    La hanse des villes se constitua définitivement au milieu du XIVe siècle, avec l'établissement de son autorité sur les marchands allemands des « quatre comptoirs » (le quai allemand de Bergen en 1313, Bruges en 1356, la Cour Saint-Pierre ou Peterhof de Novgorod en 1361, le Stalhof de Londres en 1374), et la conquête de la liberté complète de trafic dans les détroits du Sund (1370).

    La Hanse teutonique s'attacha avec acharnement à obtenir pour ses membres des privilèges personnels et collectifs (immunité administrative, judiciaire, et fiscale) qui leur donnèrent de fait le monopole du trafic de la Baltique. De 1370 à 1470 environ, elle s'employa avec succès à empêcher l'expansion des commerces étrangers dans la Baltique.

     

      

    L'autre part les associations commerciales furent pratiquées très tôt à Venise, dès le XIe siècle, puis elles se répandirent dans les autres grandes cités italiennes à partir du XIIe siècle, sous les deux formes de la commande, (commenda) et de la société (compagnia) ; elles restèrent des spécialités italiennes jusqu'à la fin du XIIIe siècle, puis elles furent adoptées ailleurs en Europe.

     

      

    La commande, qui est née dans les grands ports d'Italie, était un mode de financement des armements maritimes, Un marchand empruntait à divers capitalistes des fonds, avec lesquels il achetait des marchandises, et il s'embarquait avec sa cargaison : en cas de perte des marchandises par péril de mer, le marchand n'avait pas à rembourser les fonds empruntés : en revanche, en cas de revente des marchandises, il devait rembourser le capital, augmenté des trois quarts des bénéfice réalisés. Il y avait des variantes dans le partage des risques et des profits.

     

      

    La société a été adoptée par les marchands qui s'adonnaient au commerce terrestre. Conformément aux conceptions du droit romain, la société commerciale médiévale était encore fortement marquée par le caractère personnel du contrat (nombre limité des associés, souvent proches parents ou alliés ; incessibilité, des parts ; responsabilité des associés in solidum et in infinitum ; durée limitée à quelques années, avec clause de reconduction), mais dès cette époque s'est affirmé le caractère capitaliste de l'institution, tant par l'importance que le capital a prise, que par les règles adoptées pour le partage des bénéfices.

      

    Certes les mises de fonds initiales nous paraissent aujourd'hui bien faibles (même en tenant compte du niveau des prix de l'époque) : à Toulouse, de 1350 à 1450, les sociétés dont le capital était inférieur à 200 Lb représentaient 67 % de l'ensemble et inférieur à 300 Lb, 79%; quatre sociétés seulement, soit 2,9 % de l'ensemble, dépassèrent 2000 Lb en capital.

      

      

     

    De même, en 1455, la société filiale à Bruges de la firme de Médicis n'avait jamais qu'un capital de 3000 Lb de gros. Ceci dit, il ne faut pas oublier que les grandes sociétés d'affaires italiennes se soient peu ou prou transformées en banques de dépôt, par la constitution d'un capital annexe et variable (sopra corpo), à côté du capital social initial (corpo): la société acceptait les dépôts des tiers, remboursables à vue; et rétribués par un intérêt fixe, le plus souvent 8% l'an. La masse des dépôts reçu, était réinvestie par la société dans des opérations qui produisaient un bénéfice supérieur ; mais, ignorant les règles de la prudence que la spécialisation bancaire n'a imposées que beaucoup plus tard, ces sociétés médiévales n'hésitèrent pas à geler ces dépôts à vue dans des emprunts contractés par des souverains ou dans des entreprises commerciales ou artisanales aux faibles liquidités.

      

    En cas de panique, la ruée des déposants, qui demandaient le retrait de leurs dépôts, rendait particulièrement vulnérables ces "colosses aux pieds d'argile" (A. Sapori). En ce qui concerne d'autre part le partage des bénéfices l'influence capitaliste dénatura le caractère personnel du contrat en ce que le partage fut toujours calculé, sinon exactement au prorata des mises de fonds, tout au moins en fonction de celles-ci. Enfin, notons qu'à l'exception de très rares cas (moulins du Bazacle à Toulouse, par exemple) c'est à Gênes qu'apparurent au XVe siècle des sociétés qui annonçaient les sociétés anonymes modernes (division du capital en parts cessibles, responsabilité de l'actionnaire limitée à sa mise de fonds) : il s'agissait de sociétés spécialisées dans le commerce d'un produit particulier, tel que le sel, l'alun, le mercure, etc.

     

     

      

     

    Les plus puissantes sociétés commerciales se sont développées en Italie à partir du XIIIe siècle, surtout à Florence qui fut le siège de quelques maisons célèbres. Au cours de ce siècle se détachèrent les Tolomei et les Buonsignori de Sienne, les Rapondi de Lucques, les Spini, les Scali, les Frescobaldi de Florence : tournées essentiellement vers les foires de Champagne, le commerce des textiles et les prêts aux souverains, ces maisons furent victimes de difficultés monétaires et politiques (depuis 1290) et économiques (à partir de 1315), et elles furent emportées par des faillites entre la fin du XIIIe siècle et le premier quart du XIVe. La relève fut assurée par une nouvelle génération de maisons florentines, dont l’activité s'étendait de la Méditerranée orientale à l'Angleterre (les Bardi, les Peruzzi, les Acciaiuoli); à leur tour ces sociétés furent victimes des difficultés politiques (début de la guerre de Cent ans) et économiques (Peste Noire).

      

      

     

    Dans la faillite des Peruzzi (1343) le roi d’Angleterre était débiteur de 600000 florins ; dans celle des Bardi (1346), de 900000 florins, et le roi de Sicile, de 100000 florins.

      

    La troisième génération, qui se forma après 1350, fut éclipsée par les Médicis qui parvinrent au XVe siècle à dominer la vie politique et économique de Florence. En 1434, Côme de Médicis s'empara en fait du pouvoir, et procéda à une transformation profonde de l'entreprise familiale : abandonnant la forme traditionnelle de la société de succursales, représentée sur les grandes places par un comptoir confié à un associé, il adopta la forme plus souple et décentralisée de la société à filiales, indépendantes juridiquement les unes des autres, mais dans lesquelles on retrouvait comme associés les divers membres de la famille.

     

     0108 efet ville

     

    Hors d'Italie, des sociétés de moindre envergure se multiplièrent aux XIV-XVe siècles dans les villes hanséatiques, mais il n'y eut jamais de grandes firmes permanentes (Ph. Dollinger), si l'on excepte le cas très particulier de l'ordre teutonique qui se livrait au commerce depuis la fin du XIIIe siècle. En Allemagne méridionale, des sociétés familiales se constituèrent, à Augsbourg et Nuremberg, pour se livrer surtout au commerce des métaux ou des textiles, mais une seule grande société vit le jour, la société fondée en 1380 à Ravensburg par Joseph Hompys et dont les opérations sur les toiles et le safran couvrirent l'Europe méridionale, l'Allemagne, et les Pays-Bas.


     

    II. - Les routes et les marchandises

    Dès les premiers siècles du Moyen Age l'économie occidentale a produit aussi pour vendre, mais c'est à partir du XIe siècle due le volume de ces produits a sensiblement augmenté. On peut répartir les principaux d'entre eux en sept secteurs :
    1) L'alimentation (grains, vins, sel, poissons fumés ou salés) ;
    2) L'habillement (laine, lin, fourrures, cuirs, peaux, produits tinctoriaux) ;
    3) La construction (pierres et bois d'oeuvre) ;
    4) Les transports terrestres (chevaux) et maritimes (goudrons, cordages, toiles à voile) ;
    5) L'éclairage (cire) ;
    6) La métallurgie (métaux en lingots, armes, orfèvrerie) ;
    7) La céramique et la verrerie.
     

      0109 effet campagne

     

     

    L'importance quantitative du volume des marchandises qui faisaient l'objet de commerce lointain au Moyen Age est impossible à préciser. Quelques rares indices donnent à penser qu'il n'a jamais atteint un niveau élevé, même si on limite la comparaison au volume dit commerce de l'Europe mercantiliste antérieure aux révolutions du XVIIIe siècle un document douanier de 1293 permet d'estimer à 4 ou 5000 t l'exportation annuelle de fer asturien par les ports de Guipuzcoa et de Biscaye ; dans la seconde moitié du XIIIe siècle, les exportations anglaises de laine auraient monté annuellement à 3 ou 4000 t ; en 1335, le tonnage de la flotte vénitienne ne devait totaliser que 40000 t...

     

      

    D'autre part l'Occident a longtemps offert des troupeaux considérables debétail humain : c'était un marché où venaient s'approvisionner abondamment les Byzantins et les Arabes. L'esclave était un bien de grande valeur, recherché, et qui se vendait bien. A la suite des interventions de l'Eglise, ces esclaves d'exportation ne furent plus recrutés en pays de chrétienté, mais principalement dans les régions païennes limitrophes au nord (Germains) et à l'est (Slaves). Jusqu’à la fin du Moyen Age la traite des esclaves fut une activité florissante en Méditerranée pour les Vénitiens et les Catalans.

     

      0111 mauvis ville

     

     

      

    D'Orient, les Occidentaux tiraient surtout des produits alimentaires et pharmaceutiques (épices), des produits textiles (soieries), des produits tinctoriaux, de l'or.

     

      

    Le commerce médiéval s'est organisé autour de deux grands axes maritimes l'axe méditerranéen (jusqu'en mer Egée et en mer Noire) et l'axe nordique (de la Manche à la Baltique), raccordés entre eux par des routes terrestres, jusqu'à ce que s'établissent des liaisons maritimes régulières entre l'Italie et la mer du Nord, au XIVe siècle.

     

      

    Pour l'axe méditerranéen, la question célèbre est celle des conséquences de la conquête arabe du VIIème siècle : la Méditerranée a-t-elle été désertée ? Est-ce que la phrase d'Ibn-Khaldoun (Les chrétiens ne peuvent plus faire flotter une planche sur la mer) est une fanfaronnade littéraire ou l'expression de la réalité de la fin du Ier millénaire ? D'après Pirenne, la conquête de l'Afrique du Nord et de l'Espagne par les Arabes aurait effectivement fermé les ports de Gaule, et empêché les relations maritimes séculaires de l'Occident avec l'Orient.

      0112 effet mauvais campagne

     

     

    Un des arguments majeurs de sa thèse repose sur la disparition du papyrus, de l'huile d'olive, et des soieries en Occident à partir du VIIIe siècle. Cependant, sans méconnaître l'obstacle que dressait l'hostilité des Arabes. R. Doehaerd a souligné que la voie de mer directe entre l'Orient et l'Occident avait été partiellement remplacée alors; par la double voie terrestre, d'une part par l'Espagne musulmane (rôle des Juifs rhadanistes exportateurs d'esclaves occidentaux).

      

    Et d'autre part par l'Italie adriatique restée en relations avec Byzance et même Alexandrie (rôle des Vénitiens, également exportateurs d'esclaves occidentaux) : la naissance obscure de Venise, vers 800, correspondrait à l'établissement de ce nouveau circuit. Au XIIe siècle les croisades rouvrirent largement l'Orient méditerranéen aux Vénitiens et aux Génois, qui y trafiquèrent activement jusqu'à ce que les Turcs les en chassent à la fin du Moyen Age.

     

    Marchands italiens ont rapporté de leurs voyages, de la porcelaine de CHINE.

      

    Quant à l'axe nordique, il fut le domaine des navigateurs frisons et saxons, du VIIe au IXe siècle, puis les Normands les supplantèrent presque partout. La domination des Vikings a créé une succession de marchés, de comptoir en comptoir, reliant l'Atlantique à l'Orient, en passant par les îles Britanniques, la Scandinavie, la Russie des Varègues, d'où ils atteignaient Byzance par Kiev et la mer Noire, Bagdad par la Volga et la mer Caspienne, et peut-être Samarcande. Ce sont les trouvailles monétaires qui ont fait découvrir l'unité, de cet espace économique nord-européen du Xe siècle : près de 100000 dirhems frappés en Iran et au Turkestan ont été retrouvés en Scandinavie, et inversement, quoique en nombre nettement inférieur, des pièces franques et anglo-saxonnes ont été retrouvées en Poméranie et en Russie.

      

     

    Après l'an mille, la Flandre a acquis une place privilégiée sur cet axe nordique, en raison de l'essor du commerce de la draperie. Jusqu'au milieu du XIIIe siècle ce furent des marchands flamands itinérants, surtout de Gand, d'Arras, et de Bruges, qui allèrent vendre leurs draps dans une vaste partie de leur aire de diffusion : en particulier de 1150 à 1250 environ, c'est aux foires de Champagne qu'ils les vendirent à des marchands venus d'Italie avec des cargaisons d'épices. Après 1250 les compagnies italiennes installèrent à Bruges des correspondants chargés d'acheter les draps de Flandre, et de les expédier à Florence où ils recevaient les derniers apprêts. Or d'autre part, les marchands hanséates venaient, depuis le XIIe siècle, s'approvisionner à Bruges en produits exotiques. Bruges devint ainsi le trait d'union de la Méditerranée et de la Baltique.

     

      

     

    Enfin, les routes terrestres de raccordement s'établirent le long des voies fluviales (sillon séquano-rhodanien, sillon rhodano-mosan, sillon rhodano-rhénan). Les itinéraires les plus anciens furent les circuits français, reliant la Flandre à l’Italie par les foires de Champagne : ils déclinèrent aux XIVe-XVe siècles, au profit d'un axe maritime atlantique à l'Ouest (liaison Gênes, Bruges, et Londres, par Barcelone, Cadix, et Lisbonne), et d'un axe terrestre germanique à l'est (liaison Hambourg, Milan, par les villes d'Allemagne du Sud où apparut un capitalisme commercial urbain dominé par quelques familles, telles que les Függer à Augsbourg, ou Hompys à Ravensburg).

     

    III - Les marchés

    Les lieux d'échange étaient soit des marchés (mercatus), le plus souvent hebdomadaires, soit des foires (fora, nuudinae), généralement annuelles. Le marché ou la foire, réunions périodiques de vendeurs et d'acheteurs, relevait de l'autorité publique celle-ci créait et surveillait les lieux d'échanges, en grande partie pour des raisons fiscales car elle percevait des droits sur la circulation des marchandises (les tonlieux), sur leur exposition (droits d'étaux), et sur leur vente.

      


     

     

    3.1. Les marchés de campagne.

    Après les Grandes Invasions l'activité des marchés est prouvée tant par les canons conciliaires qui vitupèrent les prêtres qui fréquentent les marchés en vue d'y trafiquer, que par le chapitre 54 du capitulaire de villis qui prescrit de veiller à ce que les hommes du domaine n'aillent pas perdre leur temps sur les marchés. La création et l'existence de nombreux marchés ruraux laissent évidemment supposer que les producteurs avaient à vendre des surplus agricoles ou artisanaux, ou des matières premières, à des acheteurs forains, et qu'à l'inverse ils venaient acheter ce qui n'était pas produit sur le domaine.

      

    On imagine mal un marché local où les paysans se seraient vendu réciproquement leurs productions, puisque peu ou prou ils devaient produire les mêmes biens !

      

    L'image de l'économie domaniale vivant en vase clos doit donc être corrigée : sans alimenter un commerce considérable, l'économie domaniale alimentait un certain volume d'échanges. A partir du XIe siècle les exploitations rurales furent sollicitées de produire, outre leur propre subsistance, de quoi répondre à la demande constamment plus pressante des acheteurs » (G. Duby) : les grains, le vin et le bétail furent apportés sur des marchés hebdomadaires et des foires agricoles qui se multiplièrent (cf. le nombre et l'importance des clauses qui leur sont relatives dans les chartes de franchises et dans les chartes de fondation de villes neuves).

      

    Gaufres

      

    La foire (de feria, fête d'un saint) était la rencontre temporaire de marchands « forains », c'est-à-dire venus de loin (de foris, dehors) : la foire différait du simple marché local par sa moindre fréquence (périodicité annuelle en général, et non hebdomadaire), et par sa zone d'influence plus vaste (au moins le "pays") ; elle donnait lieu à une grande concentration de population, et son rôle n'était pas exclusivement économique (festivités). On constate qu'avant même que ne se produise l'essor urbain l'usage des deniers (piécettes d'argent) s'est répandu dans les campagnes au XIe siècle, que de nouveaux péages ont été créés, et que leurs recettes ont augmenté : ce sont les indices certains d'une circulation et d'échanges intensifiés dans les campagnes.

      

    Sur ces petits marchés locaux opéraient des mercatores, intermédiaires entre les producteurs et les entrepreneurs de trafic à longue distance ; ces mercatores avaient souvent affaire aux intendants seigneuriaux, qui disposaient de quantités importantes de grains et de bétail : au XIIIe siècle la grande exploitation céréalière introduisait dans la circulation commerciale un fort volume de produits agricoles, et redistribuait une partie de leur valeur sous forme de salaires en monnaie aux ouvriers agricoles.

      

    Les Frères de la Côte

     

    Forum de reconstitution et évocation XVIIe / XVIIIe siècle - Pirates, Flibustiers, Boucaniers, Corsaires...

     

    Logo réalisé par Julien Bodard (http://julienbodard.blogspot.fr)

     

    De même l'élevage s'orienta à la même époque vers l'économie d'échange : tous les ans à l'automne on procédait à des hécatombes de porcs, qui étaient salés pour l'hiver (d'où l'achat de grandes quantités de sel, ce qui exigeait du numéraire) ; au même moment de nombreux paysans se débarrassaient de leur gros bétail, en particulier les chevaux et les ânes, voire les boeufs, pour n'avoir pas à les nourrir pendant l'hiver (d'où le rôle dominant des exploitants riches et aisés qui pouvaient racheter ce bétail et le revendre au printemps). L'élevage était donc avant tout affaire d'argent: et de commerce » (G. Duby).

      

      

    Quant aux "ovailles", elles mettaient naturellement les paysans en relation avec les trafiquants de laines. Tout cela - et il ne faut pas omettre le vin -, met en lumière le lien étroit des campagnes avec le bourg voisin, siège du marché hebdomadaire, et avec les foires de pays, qui constituaient tous les ans à l'automne des marchés locaux de produits agricole, viticoles et pastoraux.

     

     

     

    3.2. Les marchés de ville.

    Indépendamment des marchés qui subsistèrent dans les anciennes civitates, devenues sièges épiscopaux, apparurent, surtout à l'époque carolingienne, des agglomérations sur les réseaux fluviaux entre la Seine et le Rhin, où les bateliers et les marchands établirent des entrepôts lieux de passage et de stockage, ces portus (le terme a été vulgarisé par Pirenne) donnèrent naissance à des villes.

      

    Pirenne datait la plupart des portus du XIe siècle, et il affirmait que les rares créations de l'époque carolingienne avaient été anéanties par les incursions normandes :

    il y aurait donc eu solution de continuité entre le IXe et le XIe siècle. Suivant l'opinion qui prédomine maintenant, de nombreux portus des pays mosans et des Pays-Bas se sont au contraire développés de manière continue depuis l'époque carolingienne : ainsi, Bruges ou Gand. L'essor urbain du XIe siècle n'est plus conçu en effet comme l'effet d'un brusque renouveau, mais comme la conséquence d'une croissance antérieure entretenue par des échanges de plus en plus actifs entre les campagnes et les agglomérations urbaines (anciennes cités, nouveaux portus).

      

     

    Le trafic des marchés urbains portait sur les denrées du plat pays environnant, sur les produits de l'artisanat local, et sur les marchandises achetées en gros dans les grandes foires.

      

    Ils étaient soumis au protectionnisme chauvin et à la réglementation étroite du corporatisme urbain » (M. Boulet.) : les vendeurs devaient respecter une police de la qualité, du transport, et de l'exposition des marchandises, police qui était destinée à assurer l'approvisionnement régulier du marché et l'abaissement des prix par la liberté et la publicité des transactions ; les acheteurs de leur côté se voyaient interdire les accaparements.

     

     

     

     

    3.3. Les marchés de grande foire.

    Certaines foires ont dépassé la zone d'attraction d'un « pays », ou d'une province, et sont devenues le lieu d'échange de produits lointains.
     

    Ainsi, la foire de Saint-Denis, créée au VIIe siècle, fut à l'origine une grande foire du vin qui se tenait pendant plusieurs semaines après les vendanges. Elle attirait les marchands frisons et saxons. Menacée par les incursions normandes entre le milieu du IXe et le début du Xe siècle, elle connut ensuite un renouveau de prospérité. De même, la Champagne devint très tôt un lieu de foires réputées : Chappes, près de Bar-sur-Aube (cette foire supplanta celle de Saint-Denis au moment des incursions normandes), et Châlons-sur-Marne eurent des foires célèbres avant l'an mille. Hors de France, Cologne et Pavie également. Ici encore il n'y a pas eu mutation, mais une croissance qui a fini par transformer les structures.

     

      

    Parmi ces grandes foires, les principales se développèrent au XIIe siècle le long de l'axe nord-sud qui reliait l'Angleterre (foires de la laine brute de Winchester, Northampton, Saint-Yves, Stanford) et la Flandre (foires de redistribution de la laine et de vente de draps d'Ypres, Lille, Bruges, Messines, Thourout) au delta du Rhône (foires de Beaucaire, Avignon, Narbonne, Montpellier), en passant par l'lle-de-France (foire du Lendit à Saint-Denis) et surtout la Champagne. En effet les foires de Champagne furent pendant près de deux siècles, du milieu du XIIe au début du XIVe siècle, le carrefour où se rencontraient Flamands et Italiens.

     

     

     

    3.3.A) L'origine des foires de Champagne n'est pas établie de manière incontestable.

    Deux points sont certains : les quatre villes de foire (Lagny, Bar-sur-Aube, Provins, Troyes) eurent des débuts modestes (la foire de Bar-sur-Aube a d'abord été une foire locale à bestiaux); d'autre part ce n'est pas la venue des Flamands et des Italiens qui a provoqué l'essor des foires, mais c'est au contraire ce dernier qui, après 1150, a attiré les Flamands d'abord, puis les italiens. Comment donc des lieux aussi insignifiants que Lagny ou Bar-sur-Aube ont-ils pu devenir le siège des foires les plus importantes d'Europe ?

      

    On conjecture que cette localisation résulta de l'action intelligente des comtes de Champagne: mettant à profit la situation de leur comté, ceux-ci aménagèrent un cycle régulier de foires de telle sorte que ce marché international tint ouvert en permanence toute l'année, et ils accordèrent aux marchands un ensemble de privilèges qui exercèrent un puissant attrait (R.-H. Bautier).

     http://geneanneogie.free.fr/moyen_age_fichiers/image001.jpg

     

    3.3.B) L'organisation des foires de Champagne était réglée par un calendrier précis.

    Elles commençaient à Lagny le 2 janvier, à Bar-sur-Aube le mardi avant la mi-carême (entre le 24 février et le 30 mars), à Provins le mercredi avant l'Ascension (entre le 28 avril et le ler juin = foire de Saint-Quiriace), à Troyes entre le 9 et le 15 juillet (foire chaude de Troyes, ou foire de Saint-Jean), à Provins le 14 septembre (foire de Saint-Ayoul), et à Troyes le 2 novembre (foire froide de Troyes, ou foire de Saint-Rémi). Comme elles duraient prés de cinquante jours chacune, elles se succédaient en fait les unes aux autres.

      

    Le rituel des foires se déroulait en trois phases successives : exposition des marchandises, ventes, règlements des comptes ou encore « droits payements». Le droit de créer une foire était un droit régalien, en fait usurpé par les grands seigneurs qui étaient les seuls à pouvoir faire respecter l'ensemble des dispositions prises pour favoriser les marchands et les attirer.

     

      http://classes.bnf.fr/ema/images/3/v035.jpg

     

    Sur les routes qui y conduisaient, les marchands bénéficiaient en effet du conduit des foires, qui les plaçait, moyennant finance, sous la sauvegarde du seigneur maître de la foire en cas d'agression, le seigneur auteur du sauf-conduit intervenait pour exiger réparation du tort commis à ses protégés. En 1209, Philippe-Auguste plaça sous son conduit royal tous les marchands se rendant en foire.

     

      

    A la foire même les marchands jouissaient de franchises qui leur garantissaient la libre disposition de leur personne et de leurs biens (exemption du droit de représailles et du droit d'aubaine, sanction ou incapacité liées à la qualité d'étrangers ; franchise d'arrêt, c'est-à-dire suspension en foire des mesurer d'exécution prononcées antérieurement sur la personne ou sur les biens du marchand, tant pour délit que pour dette). Le seigneur garantissait non seulement la paix du marché, mais il offrait encore des conditions de logement et d'entrepôt avantageuses, ainsi que des exemptions ou diminutions de taxes.

      

    Les gardes des foires étaient chargés à l'origine d'assurer la police et de veiller à la sécurité des marchands. Puis ils acquirent à la fin du XIIe siècle un pouvoir de juridiction sur les marchands, dans les limites de la foire. Dans la première moitié du XIIIe siècle les marchands prirent l'habitude de conclure leurs contrats sous le sceau des gardes des foires de Champagne, ce qui conférait juridiction à ces derniers sur l'exécution de ces contrats : simultanément les contrats ainsi conclus en foires devinrent exécutoires dans toute la chrétienté latine, et ceci transforma le rôle des foires.

      

    Enfin les marchands s'organisèrent en foires par « villes » ou « nations » d'origine : les Méridionaux (Italiens, Catalans, Provençaux, Languedociens) eurent, dès le milieu du XIIIe siècle, leurs consuls, représentants permanents de leur ville, chargés de défendre leurs intérêts ; les consuls d'une même nation formèrent un corps, dirigé par un capitaine. En revanche, les Nordiques (Flamands, Artésiens, Hennuyers, Champenois) n'organisèrent pas de représentation permanente en foire, et la Hanse des dix-sept villes (drapantes) était l'interprète de leurs intérêts.

     

     

    3.3.C) Le rôle des foires de Champagne a évolué.

    A l'origine elles furent essentiellement des foires commerciales : les Flamands y apportaient leurs draps, et ils y furent rejoints dans la seconde moitié du XIIe siècle par les Italiens. « Il n'est pas douteux que Gênes soit, l'instigatrice de ce nouveau trafic » (M. Boulet). Tournés vers le commerce maritime, les Génois laissèrent aux « Lombards » (Piémontais d'Asti, Alba, Chieri, Vercelli...) le soin d'aller s'aventurer jusqu'en Champagne pour y échanger soieries et épices contre des draps. Gênes devint de la sorte, au XIIIe siècle, la plaque tournante du commerce international entre l'Orient et le nord de l'Europe.
     

    Les Génois faisaient fonction de bailleurs de fonds à Gênes. Ils prêtaient à des marchands les fonds avec lesquels ceux-ci achetaient sur place les produits d'Orient qu'ils convoyaient ensuite en Champagne. Ces prêts (à intérêt) étaient stipulés remboursables en foire de Champagne, et en monnaie de France : ce « contrat de change » réunissait donc une opération de crédit (remboursement différé) et une opération de change (permutation de monnaie).

    Avec les fonds récupérés en Champagne, les Génois avaient de quoi faire acheter les draps qu'ils destinaient à l'exportation en Orient. C'est ainsi que les foires de Champagne devinrent un important marché de capitaux, doublant le marché, de marchandises. Or la plupart des places de commerce européennes étaient en relation avec ces foires l'usage se répandit dès le milieu du XIIIème siècle, à travers toute l'Europe, de stipuler remboursables aux foires de Champagne les emprunts contractés par les grands seigneurs, laïcs ou ecclésiastiques.

     

      

    A la fin du XIIIe siècle les maisons florentines ou siennoises se procuraient encore leurs fonds en Champagne, soit par des contrats de change stipulés remboursables en foires, soit par des envois de marchandises qui y étaient vendues ; mais les achats de draps flamands s'effectuaient désormais en Flandre même, par l'intermédiaire de facteurs, et ils étaient payés en foires.

    Le rôle commercial des foires s'effaçait donc derrière leur rôle bancaire : la pratique des « droits paiements » qui permettait d'apurer les comptes par compensation, transforma alors les foires en centre cambiaire européen et en principal marché de capitaux, sur lequel fonctionnait tous les deux mois un règlement des dettes par compensation.

     

     

    3.3.D) Le déclin des foires de Champagne a commencé vers 1300.

    Leur décadence était consommée lorsque survint la Peste Noire. Les raisons qui expliquent l'ampleur et la rapidité de ce recul sont diverses, et l'accord n'est pas fait sur leur importance relative.

     

     

     

    3.3.D.1 / Structures politiques ?

    En 1285 Philippe le Bel, mari de la dernière comtesse de Champagne, devint roi de France et rattacha le comté au domaine royal : sa fiscalité a-t-elle vraiment été « excessive », et a-t-elle découragé les étrangers ? En 1294, le même roi confisqua le duché d'Aquitaine qui appartenait à Edouard Ier : en représailles celui-ci interdit l'exportation des laines anglaises en Flandre (1295).

    Poussé par la bourgeoisie flamande, à qui cette matière première était indispensable, le comte de Flandre prit le parti de l'Angleterre, et en 1297 commença une longue série de conflits armés franco-flamands, qui trouvèrent leur prolongement dans la guerre de Cent ans à partir de 1337. Cette succession de guerres détourna les Flamands des foires de Champagne.

     

     

     

    3.3.D.2 / Structures de la production ?

    Jusqu'à la fin, du XIIIe siècle la draperie italienne, toscane ou lombarde, ne produisait que des draps inférieurs destinés à la consommation locale: elle se mit alors à produire des articles de qualité, propres à l'exportation, et la demande de draps flamands baissa d'autant en Italie, d'où la désertion des Italiens.

    3.3.D.3 / Structures des circuits commerciaux ?

    L'établissement de liaisons maritimes régulières entre Gênes et Bruges vers 1320, et la fréquentation accentuée des itinéraires terrestres entre la Rhénanie et la Lombardie ont été postérieurs au début du déclin des foires de Champagne mais ils contribuèrent à l'accélérer.

    3.3.D.4 / Structure des marchés ?

    Paris est devenu, à la fin du XIIIe siècle, un grand centre commercial (foires du Lendit, où s'échangeaient les textiles et les épices), un vaste et, riche marché de consommation (ville très peuplée), où vivaient une cour et des fonctionnaires disposant de revenus importants), et une place bancaire (afflux des manieurs d'argent italiens). Paris a donc supplanté la Champagne, sans cependant conserver ce rôle longtemps au XVe siècle, la capitale avait asphyxié sa banque» (J. Favier).

    3.3.D.5 / Structures monétaires ?

    Au cours de la seconde moitié du XIIIe siècle, l'or tendit à supplanter l'argent, et le rapport entre les deux métaux subit des variations brusques qui acculèrent à la faillite les maisons italiennes dont les activités étaient centrées sur le négoce de l'argent aux foires de Champagne (R.-H. Bautier).

      

     

     

    3.3.D.6 / Structures des entreprises ?

    Les foires de Champagne auraient été aussi victimes de la sédentarisation du commerce : les maisons italiennes installèrent à demeure des facteurs sur les grandes places, et firent convoyer leurs marchandises par des commis. Il ne faudrait pourtant pas trop insister sur les conséquences de cette évolution : s'il est indéniable que les foires de Champagne ont décliné, nombre d'autres grandes foires ont survécu ou se sont développées après la sédentarisation du commerce ; en particulier, les foires de Genève et de Lyon se substituèrent, au XVe siècle, bien qu'à moindre échelle, aux anciennes foires de Champagne.
     

    Les foires de Genève atteignirent leur apogée au début du XVe siècle : bien situées géographiquement à la sortie des cols alpins, entre l'Italie, la Rhénanie et la Flandre, et politiquement aux confins paisibles de l'Empire, en dehors des remous de la guerre de Cent ans, ces foires bénéficièrent d'une monnaie locale stable et de vastes marchés commerciaux nouveaux sur le pourtour oriental de l'Empire (Pologne Bohême, Hongrie). Elles furent tout à la fois un marché du textile (soieries), et un marché des changes, au rythme trimestriel, car elles se tenaient à l'Epiphanie, à Pâques, en août, et à la Toussaint.
     

      

    Les foires de Lyon, dotées en 1420 des privilèges des foires de Champagne, s'organisèrent sur le modèle genevois, adoptant en particulier le même calendrier : elles furent aussi des foires de la soierie et du change, et entrèrent en conflit avec leurs rivales de Genève au milieu du XVe siècle.

      

      

      

    Tiré du livre : "L'économie médiévale", de Guy Antonetti; aux éditions Que Sais-je ?

      

      

     

    Delicious Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  •  

     

     C’est en parcourant un vieux livre de 1837 (1) que j’ai découvert une liste, tirée d’un registre de 1292, qui répertorie toutes les personnes payant la Taille (2) à Paris. Une vraie mine d’or pour qui s’intéresse au moyen age et à l’origine des noms, des métiers souvent disparus, mais également des quartiers, paroisses, rues de la capitale.

     

    Le document contient peu de noms patronymiques. Presque tous les contribuables sont désignés par leurs prénoms, suivis tantôt d'un sobriquet :

    Alison la rousse, Anfroi le boçu, Ayoul le Lièvre, Biétriz la borgne, Brise la bèle, Domine le sueur, Dooin le sourt, Edeline l'Enragiée, Gile la boiteuse, Marie la noire, Ondart le rous, Ysabiau la clopine, Gilebert le bègue, Rogier le petit

     

    Tantôt des noms de lieux ou de pays :

    Aalart le Picart, Alain le Breton, Aubert le Lombart, Bertin le Normant, Bonefoy l'Anglois, Brun l'Alemant, Plat-Pié d'Yonne, Viennet le Bourgueignon, Haguin Landenaise, Marguerin la Lohorrainne

     

    Ou de leur ville :

    Jehan de Londres, Alarge de Gonesse, Basyle de Saint-Pôl, Bertelot de Noion, Cler de Compigne, Climençon de Troyes, Enmeline de Montffort, Felippe d'Arras, Franque de Rains, Gobert de Marseille, Ourri d'Atainville, Tout-Saint de Baillenval

     

    Le plus souvent de l'indication de leur profession :

    Aalot le couturier, Aubin le poissonnier, Barnier le marinier, Baudet le Camus, Béri le charpentier, Cyon le barbier, Durant le mercier, Emambe le mesagier, Ferri le poissonier, Guerinnet le tavernier, Helyssent la mercière, Jehane la cousturière, Lucas le mareschal, Mittainne le munier, Névelet le charretier, Oudin le cuisinier, Thoumas l'aguillier

     

    Telles sont les sources d'où sont dérivés la plupart des noms de familles par lesquels chaque individu est aujourd'hui désigné. Quelquefois les contribuables sont simplement désignés par leurs prénoms, surtout lorsqu'il s'agit des enfants d'un père ou d'une mère qui sont aussi portés sur le rôle. D'autres fois, mais rarement, le recensement ne donne que le sobriquet des personnes imposées.

     

    Il faut attendre François Premier pour que les noms de famille soient définitivement fixés par l’obligation de la tenue des registres paroissiaux. Notons aussi qu’au moyen age et jusque à la fin du 19 em siècle, l’orthographe exacte des noms avait peu d’importance, elle variait aussi beaucoup suivant la compétence ou l’humeur du scribe.

     

    (1) Paris sous Philippe Auguste de H. Géraud

    (2) La taille était un impôt annuel uniquement supporté par le peuple. Impôt exceptionnel à l'origine, la taille royale est transformée à la fin de la guerre de Cent Ans en taille perpétuelle, justifiée par la création d'une armée permanente… On n’a vraiment rien inventé !

     

    Delicious Yahoo!

    votre commentaire
  •  

     

     

    Le tombeau et les restes de Philippe Ier

     à Saint-Benoît sur Loire




    La sépulture de Philippe I° à Saint-Benoît sur Loire est d’une importance capitale. Il s’agit de la seule tombe d’un souverain français médiéval à n’avoir pas été violée ni arrachée à son emplacement d'origine. Plus de 900 ans après sa mort, son contenu reste intact, au-delà des outrages de l’Histoire et du temps.
    Elle fut toutefois ouverte et son contenu examiné (insuffisamment) à trois reprises : en 1830, 1958 et 2003.




    Philippe Ier, né en 1052 et mort le 30 juillet 1108 au château de Melun en Seine-et-Marne, fut roi des Francs de 1060 à 1108, quatrième de la dynastie dite des Capétiens directs.
    Il est le fils d'Henri Ier, roi de France, et d'Anne de Kiev, fille de Iaroslav le Sage, grand prince de Kiev et de Novgorod.
    Il est sans doute le premier prince en Europe occidentale à recevoir ce prénom grec qui allait se perpétuer jusqu'à nos jours. Il le doit à sa mère, Anne de Kiev, dont l'arrière grand-père paternel Romain II, empereur de Constantinople, affirmait descendre des rois de Macédoine. Le sang impérial de Byzance se mêle désormais à celui des Capétiens.

    Le 30 juillet 1108, Philippe Ier meurt au château royal de Melun après quarante-huit ans de règne (le troisième plus long règne de l'histoire de France après ceux de Louis XIV (1643-1715) et Louis XV (1715-1774) qui ont tous les deux régné plus de cinquante ans).

    Ne voulant pas, en raison de ses « fautes », être enterré à côté de ses ancêtres en la basilique de Saint-Denis, il a demandé à être inhumé dans l'abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire (aujourd’hui dans le Loiret). Son fils Louis VI que l'on surnommera le Gros, âgé de vingt-sept ans, lui succède.

    Voici ce que dit Suger, alors abbé de Saint-Denis, de cette décision de reposer à Saint-Benoît :
    « C’était là que le roi Philippe avait exprimé le souhait d’être enterré. Certains déclaraient, pour le lui avoir entendu dire, que, s’il avait résolu de se tenir éloigné de la sépulture de ses pères, sépulture qui se trouve comme de droit naturel en l’église de Saint-Denis, c’est parce qu’il s’était conduit avec moins de bienveillance qu’eux envers cette église, et que parmi tant de nobles rois, on n’y aurait pas fait grand cas de son tombeau ».


    Le porche de l'abbaye de Saint-Benoît sur Loire



    Tribulations du tombeau de Philippe Ier
     

    La tombe se trouvait au centre de la première travée du chœur. Elle fut honorée durant le Bas Moyen-Age et lors de grandes fêtes liturgiques des cierges étaient déposés aux quatre angles de la sépulture.

    Pourtant, le tombeau, mobile de par sa conception, fut par la suite déplacé et l’emplacement exact de la tombe sombra ensuite dans l’oubli.

     

    Le gisant actuel n’est d’ailleurs pas antérieur au XIII°s. Il est donc difficile de savoir à quoi pouvait ressembler le tombeau primitif. Le monument, sans socle brut, reposait sur quatre lionceaux placés sur le pavé du chœur. Les pieds du roi était appuyés sur un lion couché. Aux deux côtés de la tête se trouvaient deux petits anges tenant des encensoirs.

    La Révolution lui causa de grands dégâts, et de 1793 à 1818 le mausolée fut abandonné parmi les ruines de l’ancien couvent, soumis aux intempéries.

    Une description de l’évêque d’Orléans du début du XIX°s nous informe toutefois de son niveau de dégradation. La tête n’offrait plus aucun trait – à l’exception de restes d’une couronne ; le lion avait été décapité, les lionceaux avaient disparu.


    Le gouvernement confia en 1818 la restauration des vestiges au sculpteur Romagnési, sous la direction de M. Pagot, architecte de la ville d’Orléans.

     

    Le résultat est inégal. Afin de donner plus de relief au gisant, Romagnési creusa la dalle. Il bûcha ce qui restait des anges thuriféraires – dont il ne reste rien aujourd’hui ! – et refit le visage du roi au point d’effacer les traits originaux.



    L’ensemble fut provisoirement placé au milieu de la croix que forme l’église, sous la rotonde.

    Restait à retrouver la tombe…




    La redécouverte du 1° juillet 1830

    Après quelques sondages, elle fut retrouvée le 1° juillet 1830 – jour anniversaire de la mort de Philippe I° ! - entre le balustre de l’autel et le chœur, à trois pieds de la première marche du sanctuaire.
    Etaient présents le restaurateur, le maire, le curé, d’autres invités, M. Renard, maçon, et son équipe de compagnons. Un carré de seize dalles fut retiré.
     

    On découvrit alors des pierres d’Apremont couvrant la tombe. L’une d’elle fut ôtée et l’on aperçut un cadavre humain de grande taille dont toutes les parties semblaient affaissées et qui paraissait avoir été embaumé comme la présence de bandelettes le laissait supposer.

      

    Le défunt avait été déposé dans un gros coffrage en pierres d’Apremont, de largeur inégale et d’ajustement grossier. On supposa que le roi avait dû être inhumé avec précipitation, peut-être par souci de respecter sa volonté d’humilité pour expier ses fautes.
     

    L’architecte Pagot examina le corps. Celui-ci, de très grande taille, avait été placé à découvert dans un cercueil de chêne, totalement consumé en 1830. La tête était posée un peu plus élevée, dirigée vers l’autel.

      

    On ne trouva presque plus rien de la mâchoire supérieure. En revanche, le maxillaire inférieur était intact et présentait de belles dents blanches comme de l’ivoire, dans leurs alvéoles. Les bras étaient allongés de chaque côté près du corps.

     

    Les restes étaient couverts d’une croute de linges, de bandelettes et de végétaux en grande quantité qui dégageaient une odeur très forte.

     

    Les bandelettes qui, par leurs circonvolutions, enveloppaient tout le corps depuis les épaules jusqu’aux pieds étaient en tissus de soie à fleurs et feuilles courantes damassées sur chaîne de soie écrue. Des restes de linges plus conséquents, imbibés de parfum, furent observés au niveau de l’abdomen.
    A part quelques fragments de tissus prélevés, les enquêteurs de 1830 ne touchèrent à rien, laissèrent sagement le contenu de la tombe intact, refermèrent celle-ci et replacèrent les dalles. On grava sur l’une d’elles l’inscription suivante :

    30 julii 1108. P.H.R.G.



    Il faudra attendre 1958 pour examiner de nouveau la tombe. Or, ce que l’on découvrit 128 ans après diffère sensiblement du procès-verbal de 1830 …

    L’étude de 1958

    En 1830, une seule dalle avait été retirée et l’observation avait été menée avec un éclairage très limité dans un laps de temps assez court.
     

    Au cours d’importants travaux entrepris dans l’église en 1958, l’archéologue A. France-Lanord procéda à la reconnaissance de la sépulture royale et de ce qu’elle contenait.

     

    Retrouvée le 4 février, la tombe livra de nouveaux prélèvements à partir du 27 février. Une couverture photographique du contenu du caveau fut réalisée.

     

    On s’aperçut alors que la sépulture était en réalité constituée de 10 pierres calcaires. La silhouette du squelette était encore parfaitement visible sous un extraordinaire amas de feuillages et de branchages qui se présentaient dans un remarquable état de conservation après tant de siècles. Les membres supérieurs étaient fléchis, les mains étant en avant de l’emplacement présumé du pubis. Il était manifestement enveloppé dans une très longue cape de couleur rouge en tissu de laine à trame de chaîne de chanvre. La tête avait été recouverte d’une étoffe de soie.
    Bizarrement, les végétaux étaient mieux conservés que le squelette.


    état du contenu de la tombe à sa réouverture en 1958



    Le roi Philippe était allongé sur le dos. Les os du crâne se sont dissous et se retrouvent affaissés au niveau du cou.
    Il n’y a plus de traces de maxillaires ni des dents qui existaient encore en 1830. La première ouverture à l’air semble avoir été fatale à ces restes. La masse des ossements restants, considérablement desséchés, parait assez dure. Les colorations se sont estompées. On n’a pas aperçu le moindre objet, malgré l’utilisation d’un détecteur de métaux.

    Embaumement ?

    En 1958, on retrouve la même impression olfactive de 1830. Une forte odeur d’humus de sous-bois avec un parfum aromatique rappelant l’encens.
    Le corps était recouvert d’un amas de feuillages. Les prélèvements et leur analyse ont permis de reconnaître des feuilles d’iris sur lesquelles le corps reposait, en particulier la tête, en formant une sorte de coussin.
    Il y avait également de la menthe et du noyer. Détail intéressant car la menthe était conseillée dans les traités d’embaumement du Moyen-Age.

    Mais le corps a-t-il été pour autant embaumé ?

    Les funérailles solennelles ayant eu lieu à Melun, il a fallu envisager de conduire la dépouille du souverain à plus d’une journée de route vers Saint-Benoît, en pleine chaleur estivale ( ?). Des mesures de précaution s’imposaient.
    L’embaumement peut cependant avoir été simplement externe (avec application de liniments sur le corps, ainsi que de plantes et de parfum sur le vêtement.

    En fait, rien ne permet de dire s’il y a eu ou non prélèvement des viscères. L’ensemble du thorax semble bien avoir été dérangé par l’ouverture de 1830, contrairement à ce que le procès-verbal laissait supposer ; il est difficile d'y voir clair sans des examens poussés. Du reste, une telle opération chirurgicale peut très bien ne pas laisser de traces sur les ossements eux-mêmes.
    C’est qu’en 1958, l’analyse s’est limitée à des observations partielles. Le mystère n’a donc pas été totalement levé sur l’épaisseur des restes contenus dans la tombe.
     

    Notons toutefois que la pratique de l’éviscération royale est très antérieure au règne de Philippe I°. La plus ancienne connue en France est celle de l’empereur Charles II le Chauve, mort en 877 à Brios dans les Alpes et qui fut par la suite inhumé à Saint-Denis. D’autres cas sont répertoriés.
    On ne doit donc pas exclure l’hypothèse d’un embaumement total.

    L’avenir des restes de Philippe I°.
    La tombe fut réouverte en 2003, juste pour prendre quelques photographies.


    état du contenu de la tombe ; les restes de Philippe I° en 2003



    Les ossements avaient souffert grandement de l’humidité depuis 1958 et la dégradation semble actuellement s’accélérer, ce qui n’est guère étonnant puisque la tombe n’est fermée que de quelques planches sous les dalles.
    Pourtant, à la différence de ce qu’affirmait A . France-Lanord en 1958, une partie du crâne facial semble bien intacte au milieu des restes.
    Il semble encore possible de recueillir de riches informations sur le corps de Philippe I°. Mais pour combien de temps encore ?
    Seul un examen complet de la tombe pourrait apporter les éléments de réponses sur l’embaumement. En outre, une reconstitution faciale du monarque serait encore envisageable, selon Oleg Nesterensko, directeur de l’Institut International de la Reconstitution Anthropologique (IIRA, Paris), avec l’aide du Laboratoire d’Anthropologie anatomique et de Paléopathologie de Lyon (Dr. R. Perrot).

    Cette tombe est un exemple unique de tombe royale où l’examen scientifique peut livrer des fruits exceptionnels dans la connaissance des sépultures médiévales princières en France. On songe à ce qu’auraient pu nous offrir la variété des tombes royales de Saint-Denis !

    Raison de plus pour qu’un sauvetage des restes de Philippe I° soit couplé avec une expertise scientifique enfin complète et poussée.

    Les pouvoirs publics prendront-ils conscience de l’urgence des mesures à prendre ?

     

    SOURCES /

    http://saintdenis-tombeaux.forumculture.net/t172-le-tombeau-et-les-restes-de-philippe-i-a-saint-benoit-sur-loire

     

     

     

    Delicious Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  •  

     

     

     

    Les Rochambelles, des femmes dans la 2ème DB

    Un groupe de femme au sein d’une unité blindée, de nos jours c’est courant; mais pendant la Deuxième Guerre Mondiale cela l’était beaucoup moins. En effet celles-ci étaient cantonnées à des rôles à l’arrière: personnel de bureau, infirmières… Le seul groupe de femme à avoir participé aux opérations Alliées sur le territoire français : le groupe Rochambeau. Un groupe de femme ambulancière au service de la 2ème Division Blindée de Leclerc.

    Par Tayp’

    Une création à la française

     

    Les Français sont réputés pour leur « système D », et le groupe Rochambeau ne manquera pas à cette règle. En effet, l’histoire de la création de cette unité « militaire » commence en 1941 grâce à une Américaine sexagénaire: Florence Conrad. Après avoir opéré pendant le premier conflit mondial et la défaite de 1940 en tant qu’infirmière, Madame Conrad cherche le moyen de participer aux opérations à venir. Elle récolte, par le biais de plusieurs associations de femmes américaines, assez d’argent pour acheter seize ambulances Dodge, modèle WC54; ceux utilisés par l’armée américaine et ses Alliés. Toujours aux Etats-Unis elle réunit autour d’elle un groupe de quinze jeunes filles, qui seront la base de du groupe appelé dès cet époque le groupe Rochambeau, en souvenir du compagnon de Lafayette. Parmi elles se trouvent Suzanne Massu, alias « Toto » qui prendra par la suite de Florence Conrad à la tête.

    13eme Bataillon Médical


    Transféré, par la ténacité de leur chef, en Afrique du Nord, le groupe se retrouve début septembre 1944 à Casablanca après un long voyage sur le « Pasteur ». Malheureusement personne ne les y attends; il va falloir encore se battre pour intégrer la division blindée créée par le Général Leclerc, dont elles avaient entendu parler de l’autre côté de l’Atlantique. Mais c’est chose faite fin septembre 1944!! Le Général intègre les filles à sa division blindée et les verse au 13ème Bataillon Médical. Cette intégration ne fut pas sans peine; le Général voulait tout d’abord prendre les ambulances, mais sans les femmes. Voilà le groupe Rochambeau à Rabat.

    De gauche à droite Margueritte, Antoinette, Lucienne, Madeleine, Paule, Lucie et Michette

    Des débuts difficiles

     

    Le groupe Rochambeau intègre donc une unité composée pour le moment exclusivement d’homme qui, pour la plus part, ne pense pas que la place d’une femme soit en première ligne. A ce moment là les filles s’activent, elles doivent apprendre leur rôle d’infirmière, de soldat et de conductrice, ce qui n’est pas évident à cette époque là pour les jeunes femmes. De plus le groupe doit recruter pour pouvoir constituer un équipage de deux filles par véhicule. Toute l’Afrique du Nord est donc scrutée pour trouver la dizaine de filles qu’il manque. Pendant ce temps là les filles découvrent leurs futurs compagnons d’armes, et pour certains et certaines de vie (plusieurs Rochambelles se marieront avec des soldats de la DB), qui ne tardent pas à les surnommer les « Rochambelles ».

    La mise sur pied de la Deuxième Division Blindé achevée, c’est le départ direction l’Angleterre. Les Rochambelles embarquent sur le Cap Town Castel, direction Cottingham où elles resteront trois mois. Durant cette période quelques filles rejoignent le groupe qui termine sa formation. Le 1er août, les 19 ambulances embarquent sur le LST Philipp Tomas qui les débarque à Utah Beach, sur la terre de France!!

    Allemagne - Ambulance "Madeleine-Bastille II"

    Le groupe en première ligne

     

    Dès les premiers combats, les Rochambelles se montrent à la hauteur de la tâche qui leur incombe, et gagnent la confiance de leurs camarades et de Leclerc! Elles ont comme rôle d’évacuer les blessés dans la zone de combat, leur prodiguer les premiers soins et les transporter jusqu’au poste de triage/traitement le plus proche. Cette proximité avec le combat eu des répercussions dans le groupe. En effet, Micheline Garnier disparaît étrangement à Argentant en conduisant un blessé au poste de triage; une autre, Polly Lange, fut très gravement blessé par un bombardement. Il y eu aussi de la casse matériel, mais dans une organisation comme la 2ème DB, le problème est vite résolu. La petite équipe va donc suivre les traces de l’unité d’ Utah Beach à Paris, en passant par Alençon, en faisant du mieux qu’elles peuvent.


    L’entrée dans Paris, fut pour elles aussi un moment inoubliable. Mais malheureusement, contrairement à leurs camarades, l’arrivée dans cette ville n’était pas synonyme uniquement de joie. En effet Leclerc, au Maroc, les avait « engagées » que jusqu’à Paris!! Mais leurs efforts depuis la Normandie vont avoir droit sur le Général qui décide de les garder jusqu’à la fin des combats. Ce n’est qu’après cette annonce que les filles peuvent profiter de la libération de Paris!

    Ambulance "Cornebiche"


    Direction Strasbourg…

     

    Et voilà les Rochambelles reparties sur les routes de France. Cette fois-ci l’objectif n’est plus Paris, mais Strasbourg, la capital Alsacienne qui est à la base du Serment de Kouffra: « Jurez de ne poser les armes que lorsq,ue nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Le groupe laisse à Paris Florence Conrad, qui va s’occuper du Val de Grâce, et engage quelques nouvelles filles. C’est donc « Toto » qui prend en main l’unité.

    …Puis Berchtesgaden

    Après Strasbourg, les filles de la DB continuent leur route jusqu’à Berchtesgaden où elles entrent Nid d’Aigle. C’est là que le groupe perd Leonora Lindsay, tuée par un Sniper. Les ambulances ne servent plus à transporter des blessés, mais à transporter quelques souvenirs que l’unité trouve sur place, notamment une très belle réserve de bouteilles, que Toto prend en charge dans son ambulance. Les hostilités s’achèvent quelques kilomètres après Berchtesgaden. L’armistice signifie la fin de la guerre, mais aussi la fin de cette aventure. Les filles sont donc partagées entre joie et tristesse. Cette tristesse va vite être atténuée par le message de Leclerc demandant des volontaires pour le corps expéditionnaire partant pour l’Indochine!!

    Au parc de Bagatelle De la droite vers la gauche : Suzanne Torrès, Rosette Peschaud, Lucie Louet

    Des femmes soldat

     

    Ces soldats vont rester très femmes sous leurs uniformes. Tout le long des combats elles restent très coquètes et les ambulances se transforment dès qu’elles le peuvent en salon de coiffure! Les uniformes, dès leur réception, sont retouchés pour avoir une meilleure coupe. Toute cette coquetterie n’est pas exagérée, mais justement bien dosée; elles restent soldat et le savent! Trop de féminité leur attirerait certes les yeux des hommes, mais pas la reconnaissance des soldats. En effet, après leur arrivée à Rabat, les filles qui pour la première fois prirent une douche en tant que soldat, attirèrent plusieurs paires d’yeux baladeurs qui sèment la panique chez les filles. Florence Conrad veillera à ce que ça ne se reproduise pas!

    L’insigne des ambulancières représente sur un fond bleu un Dodge WC54 sous les bombardements accompagné d’un drapeau français et d’une croix rouge. On remarque nettement la croix de lorraine qui coupe en deux le nom « ROCHAMBEAU » en bas.

    A suivre…

    Sources:

    - http://www.marinettes-et-rochambelles.com/
    - Quand j’étais Rochambelle
    de Suzanne Massu

      

    http://forumvert.wordpress.com/page/15/

      

    Delicious Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  •  

    Fichier:Louvre biscuit.jpg 

     

     

    Porcelaines de Sèvres, un art de vivre au XVIIIe siècle

     

      

    Avec cette exposition du Département des objets d’art consacrée à la porcelaine de Sèvres nous pouvons goûter l’art de vivre « à la française » du XVIIIe siècle.

    C’est en 1740 qu’une manufacture de porcelaine est crée au château de Vincennes grâce à l’appui de Louis XV. En 1756 elle déménage à Sèvres dans un bâtiment construit à l'initiative de Madame de Pompadour, à proximité de son château de Bellevue où elle existe encore aujourd’hui.

    L’exposition nous permet d’admirer quelques unes des plus belles pièces dont certaines figuraient sur la table royale.

    Cette écuelle ronde « nouvelle forme » et son plateau « à feuilles de roseaux » servaient à boire le bouillon du matin.

     

    ecuelle et plateau

      

      

    Ce gobelet « Bouillard » et sa soucoupe rappellent que, dès le début de la manufacture, l’usage fut de donner le nom d’un artiste, d’un mécène ou d’un actionnaire à certaines pièces. Ici il s’agit d’Antoine Auguste Bouillard un fermier général qui contribua à la naissance de la manufacture. Ils sont accompagnés d’un gobelet « litron » qui correspond à une ancienne mesure de liquide, le décor en bleu intitulé « la pêche » s’inspire d’une composition de François Boucher.

     

    gobelet bouillard

      

      

    Un dispositif multimédia nous fait découvrir comment ces pièces de porcelaine étaient fabriquées et fait revivre le souper offert par Louis XV le 21 avril 1757 dans son château de Choisy. A la différence de son arrière grand-père Louis XIV, Louis XV préfère les soupers intimes où les domestiques sont exclus de façon à ce que les convives puissent jouir ensemble, tranquillement, des mets délicats servis dans la porcelaine la plus fine et une somptueuse argenterie.

      

    Nous découvrons également le service dit « à la française » mis en place sous Henri III et codifié au XVIIe. Son principe consistait à disposer sur la table une succession de plats appelés services à l'attention des invités qui se servaient eux-mêmes. Les services dont le nombre variait de 3 à 8 exigeaient beaucoup de vaisselle. Entre chaque service la table était débarrassée des plats qui l'encombraient. Un petit souper luxueux était dressé avec au centre une large soupière, aux quatre coins de la table on trouvait quatre plats de taille moyenne remplis chacun d’un met différent. Les assiettes des convives étaient placées tout autour de la table.

    Depuis le milieu du XIXe siècle nous utilisons le service dit « à la russe », plus simple, où les plats sont apportés successivement (entrée, plats, dessert…).

      

     

      Fichier:Vase portrait louvre.JPG

    Vase en forme d'œuf représentant Louis-Philippe Ier (Louvre, 1837)

      

      

    sources pour cet article :

     http://louvre-passion.over-blog.com/article-porcelaines-de-sevres-un-art-de-vivre-au-xviiie-siecle-81607178.html

      

    Fichier:Vase vendange Louvre OA2484.jpg

     

     

     

     

     

    La Manufacture nationale de Sèvres est l'une des principales manufactures de porcelaine européennes. Elle est située à Sèvres, France.

     La manufacture fut successivement, au fil des régimes politiques, manufacture royale, impériale puis nationale. Toujours en activité, la manufacture poursuit l'édition d'objets créés depuis 1740. Sa production est aussi largement orientée aujourd'hui vers la création contemporaine. Elle est devenue en 2010 la Cité de la céramique, avec le Musée national de la céramique.

     

    En 1740, la Manufacture de Vincennes est fondée, grâce au soutien de Louis XV et de Madame de Pompadour, afin de concurrencer les productions de Chantilly et de Meissen. En 1756, la manufacture est transférée à Sèvres dans un bâtiment construit à l'initiative de Madame de Pompadour, à proximité de son château de Bellevue.

      

     

    Fichier:Table ecriture carlin 00 082006.JPG Table d'écriture (Musée Calouste-Gulbenkian

      

      

      

    Long de 130 mètres et haut de quatre étages, il est édifié entre 1753 et 1756 par l'architecte Lindet à l'emplacement de la ferme dite « de la Guyarde ». De part et d'autre du pavillon central, surmonté, à l'étage des combles, d'un fronton sans sculpture portant l'horloge de l'ancienne Verrerie royale, le bâtiment se développe sur deux longues ailes terminées, aux deux extrémités, par des pavillons d'angle. Le pavillon central est précédé d'une cour dite du public, fermée par une grille en fer forgé. Face à la manufacture est aménagée une demi-lune pour permettre le stationnement des carrosses des visiteurs.

    Boîte en forme d'œuf
      
     
    Manufacture de Sèvres - Attribué à Jean-Joseph Coteau - Boîte en forme d'œuf - Porcelaine bleu-de-roi, rinceaux et perles en émail sur or - 1782-Manufacture de Sèvres - Attribué à Jean-Joseph Coteau - Boîte en forme d'œuf - Porcelaine bleu-de-roi, rinceaux et perles en émail sur or - 1782-17831783
      
     

    Au rez-de-chaussée, le bâtiment renfermait les réserves de terres, le bucher et les dépôts de matières premières. Le premier étage abritait les ateliers de moulage, de plâtrerie, de sculpture et de gravure ainsi que les fours. Au deuxième étage se trouvaient les sculpteurs, tourneurs, réparateurs et garnisseurs. Enfin, l'étage sous comble abritait les peintres, doreurs, animaliers et figuristes. La manufacture est rattachée à la Couronne en 1759.

      

     

     Autoportrait au jabot de dentelle - Maurice-Quentin de La Tour
    Maurice Quentin de La Tour (1704-1788) - Autoportrait au jabot de dentelle - Vers 1750

     

     

    Fichier:Sèvres Clodion vase.jpg 

    Vase Clodion, offert par Louis XVIII à son frère, Monsieur, futur Charles X (1817) 

      

      

    La mise au point de la porcelaine dure.

     

    À l'origine, la manufacture produisait une porcelaine tendre. En 1768, deux chercheurs de la manufacture découvrent le premier gisement de kaolin sur le sol français, près de Limoges. Le 13 février 1771, le Comte de Thy de Milly de l'Académie royale des sciences de Paris, communique à l’académie royale des sciences un mémoire sur la composition de la porcelaine dure. Ce mémoire sera publié en 1777 dans l’encyclopédie au tome 7 nommé : Art de la porcelaine. Ces travaux sont issus de ses observations effectués dans les différentes manufactures établies en Allemagne notamment en Saxe. « Jusqu'à cette époque, on n’avait fait dans les manufactures de porcelaine établies en France, sans excepter celle de Sèvres, que des porcelaines vitreuses, qui n’avaient aucunes des qualités réelles…. ».

     

    Louis XVI et Marie Antoinette, Reine de France.

      

    La porcelaine dure est commercialisée à Sèvres dès 1770.

     

    De 1800 à 1847, la manufacture prend son essor et acquiert sa renommée internationale sous la direction d'Alexandre Brongniart, nommé par Claude Berthollet.

     

    En 1875, la manufacture est déplacée dans des bâtiments spécialement construits par l'État français, en bordure du parc de Saint-Cloud. C'est toujours dans ces lieux, classés Monument historique, que la production se poursuit.

     Fichier:Ngv, jacques-françois Micaud, zuppiera e vassorio, porcellana di sèvres.JPG

      

    Soupière par Jacques-François Micaud (1732/1735-1811), Galerie nationale de Victoria, Australie.

      

    Les femmes à la manufacture royale :

    À la Manufacture de Vincennes, en plein développement, en 1748, on crée une "fleurisserie" composée d'une vingtaine de jeunes filles sous la direction de Mme Gravant. Elle sera en activité jusqu'en 1753, date à laquelle l'on interdira les femmes au sein de la manufacture. Sèvres comptera, en 1756, deux cents employés de sexe masculin. 

    « […] les rares femmes qui continuèrent de travailler à Vincennes puis à Sèvres, après cela (la fleurisserie), le firent désormais chez elles, apportant et reprenant chaque jour, en dépit des risques de casse, les ouvrages délicats de peinture ou de brunissage »

     

     

    Fichier:Stone grinder 050918 112654.jpg

    Pierres à moudre

     

     

    Le kaolin provenait traditionnellement de Saint-Yrieix, près de Limoges. Actuellement, les sources se sont diversifiées. La couverte, destinée à être appliquée comme émaillage sur la pâte de kaolin après cuisson, est constituée principalement de pegmatite de Marcognac, mélange de feldspath et de quartz[3].

    Le bleu de Sèvres est une couleur caractéristique de la manufacture. Il s'agit d'un oxyde de cobalt qui est incorporé dans la couverte.

      

     Fichier:Four poterie Sevres.jpg

      

    Four à céramique de Sèvres.
    Dictionnaire de chimie industriel (Barreswil, A. Girard) 1864

      

    Les fours du XIXe siècle :

    Le céramiste Ambroise Milet entre à la manufacture où il sera nommé successivement « Directeur des fours et des pâtes » et « Chef de fabrication » avant de quitter la manufacture en 1883 à 54 ans. L'une des plus grandes tâches qu'Ambroise Milet aura à mener sera la construction de six grands fours à bois en 1877. Ces fours sont aujourd'hui classés monuments historiques.

     

    • les fours se composent d'un corps cylindrique séparé en 3 niveaux, celui du bas dénommé premier laboratoire (diamètre 2,60 m hauteur 3 m), au milieu le second laboratoire (diamètre 2,60 m hauteur 2 m), et en haut le cône de cheminée (2 m). L'alandier est une ouverture dans le bas du premier laboratoire (hauteur 1 m largeur 0,58 m et profondeur 0,29 m)[4].
    • Dans la voute, entre le premier et le deuxième laboratoire, se trouve un grand carneau au centre et 9 petits sur le pourtour. Ces carneaux permettent de guider les flammes et d'évacuer les gaz brulés. Des grilles appelées garde-feux y sont disposés pour diviser la flamme.
    • Dans le bas du deuxième laboratoire de petits alandiers permettent d'augmenter encore la température. Le four possède quatre foyers pour bien répartir la chaleur.
    • Le bois utilisé pour chauffer les fours est exclusivement du bois de bouleau. Sa combustion forte et rapide est uniforme, sa flamme est longue et il dégage peu de cendres. Ce bois est le seul capable de porter le four aux températures recherchées (petit feu vers 800 °C, grand feu vers 1 300 °C). La cuisson se fait avec des buches de 73 cm de longueur.
    • Dans ce même four le biscuit peut être cuit en 15 à 16 heures, et le vernis ou glaçure en 11 à 12 heures.

      

    Fichier:Napoleon Chaudet Louvre OA10410.jpg

    Buste de Napoléon d'après Antoine-Denis Chaudet (Louvre, 1811)

      

      

    Une cuisson nécessite 25 stères de bois qui seront brulées en 48 heures avec une technique précise de montée en température. Le four met ensuite entre quinze et vingt jours pour refroidir. Le mur qui obstrue la porte est démantelé pour le défournement.

    Une centaine de pièces sont cuites en même temps, en fonction de leur taille et de leur encombrement.

    La cuisson dans ces fours donne des qualités d'émaux inégalables impossibles à obtenir avec d'autres techniques de chauffe. La très grande uniformité de la chaleur dans le four et le refroidissement extrêmement progressif explique ces qualités. Par ailleurs, ces fours sont les seuls capables de produire des pièces de taille exceptionnelle, dont Sèvres s'est fait une spécialité.

      

     

      

    La dernière grande cuisson au bois a eu lieu en octobre 2006. Près de 180 pièces ont été mises à l'Epreuve du Feu, nom de l'exposition qui a ensuite présenté ces pièces, dans la Galerie Parisienne de la manufacture, avant d'être dispersées. Près d'un an de travail de l'ensemble des ateliers a été nécessaire pour fabriquer et décorer les pièces. L'ouverture du four, comme sa mise à feu ont été retransmises en direct à la télévision. La prochaine cuisson au bois sera indiquée sur le site officiel de la manufacture.

    En dehors de ces cuissons exceptionnelles, la manufacture utilise des fours électriques pour toute sa production courante.

      

     

    Fichier:Paul Petrovitch Sèvres.jpg 

    Plat en porcelaine dure de Sèvres, d'un cabaret de 8 pièces, décors polychrome et or au chiffre de Paul Petrovitch, 1773 - Musée national de céramique - Inv n° MNC 5273

      

      

      

    La manufacture aujourd'hui :

    Jusqu'en 2009, la Manufacture nationale de Sèvres fut un service à compétence nationale du ministère français de la culture et de la communication.

    Au 1er janvier 2010, elle forme, avec le Musée national de la céramique, l'établissement public Sèvres - Cité de la céramique en vertu du décret du 26 décembre 2009[5].

      

    Coupe en porcelaine ouvragée d'époque Empire.
    Elle est composée d'une base fuselée supportant à chaque pointe un ange agenouillé en biscuit, tenant devant lui ses flèches et portant sur la tête la coupe elle-même ( canéphore ) .
    La coupe évoque une corbeille de vannerie en forme de navette fuselée. L'ensemble est blanc, rehaussé de deux filets bleus au bas de la coupe et sur la base, ainsi que de motifs floraux dorée, d'un liseré d'or. Les flèches sont également dorées. 4 pieds en patte de lion. Marque de la manufacture impériale de Sèvres.


      

    Au sein de cet établissement public, sa mission, identique depuis ses origines en 1740, est de produire des objets de céramique d’art selon des techniques artisanales, que ce soit des rééditions de modèles anciens ou bien des créations contemporaines. Elle assure la diffusion de sa production à la fois destinée aux besoins de l’État et à la vente commerciale et se charge de promouvoir la recherche technologique et artistique dans le domaine de la céramique. Ses créations se concentrent sur les pièces de haut de gamme, perpétuant un artisanat d'excellence qui néglige cependant la dimension industrielle de la production céramique.

      

      

    Les créations de la manufacture sont visibles dans seulement deux galeries : la première à Sèvres, et la seconde au cœur de Paris, dans le 1er arrondissement, entre le Louvre et la Comédie Française. La manufacture organise en outre de nombreuses expositions dans le monde, et participe à de nombreux salons et foires d'art contemporain.

      

     Boîte

      

     

    Neuber Johann Christian (maître en 1762) - Boîte, or et échantillons de pierres dures - Vers 1780


     

    En raison de sa réputation d'excellence et de son prestige, la manufacture a toujours su attirer les meilleurs artistes de son temps. Parmi les plus connus, on peut noter :

     

    En raison de sa réputation d'excellence et de son prestige, la manufacture a toujours su attirer les meilleurs artistes de son temps. Parmi les plus connus, on peut noter :

        


    Bacchante

    Claude-Michel dit Clodion (1735-1814) - Bacchante - Signé et daté : Clodion An XII - Terre cuite

     

     

     

    Sous le second Empire, il est nécessaire de réformer la manufacture de porcelaine de Sèvres, de la transformer en un établissement industriel à la mesure de son patrimoine et de ses ambitions.

    Plutôt que de modifier les bâtiments originels, on décide d'en construire de nouveaux. Le terrain, soustrait du domaine impérial de Saint-Cloud, est offert par Napoléon III, le projet confié à Victor Regnault, professeur de chimie à l'École polytechnique, les travaux menés entre 1862 et 1880 sur des plans de l'architecte Jacques Félix Alexandre Laudin. Ce sera donc la troisième République qui héritera de la nouvelle manufacture.

    Commence alors l'histoire de la « seconde » manufacture de porcelaine, héritière de la manufacture royale, aboutissement de ce qui est aussi l'histoire d'un matériau, d'une technique et d'un art : la porcelaine.

     

      

    Service de porcelaine de sèvres dit «étrusque» pour la laiterie de Rambouillet

    Au début des années 1780, Louis XVI entreprit de faire construire, sur le domaine de Rambouillet qu’il venait d’acquérir, une laiterie en référence au Hameau du Petit Trianon de Versailles, pour le rendre attrayant aux yeux de son épouse Marie-Antoinette qui déteste ce château, dont elle juge l’allure trop «gothique». il fit construire une laiterie d'agrément qui accueille des chèvres, des vaches et des moutons.

    M. le comte d'Angiviller,confiera les plans de la laiterie et des jardins attenants : à Hubert Robert, peintre et jardinier-paysagiste, et Jacques-Jean Thévenin, architecte du domaine.

     

    vbh

    Pot à lait dit "jatte téton" en porcelaine de Sèvres

    (c) etude aguttes

    Les ateliers de Sèvres seront mit à contribution pour fabriquer un service de porcelaine à laitage de style hellénistique orné d'un décor étrusque ». Jean-Jacques Lagrenée chargé des dessin avait pour tâche à Sèvres de «réformé le goût» en s’éloignant radicalement du répertoire traditionnel. Pour ce service, ils s'inspirent directement de la collection de céramiques grecques réunie en Italie et ramenée en France par Dominique Vivant-Denon , alors diplomate dans le royaume de Naples.

     

    vgfh

    Gobelet à anses etrusque et sa soucoupe. 1787

    porcelaine de sèvres

    (c) etude piasa

    Les animaux qu'il utilise pour décorer le service de la laiterie aux formes simples et pures sont ceux associés au lait (vaches, brebis, chèvres), symbole de fécondité.

     

    vbg

    Bol-sein du service étrusque de la laiterie de Rambouillet

    porcelaine de sèvres, 18ème

    © RMN / Martine Beck-Coppola

     

    Les 65 pièces de porcelaines: coupes, pots, jattes, gobelets, «bols-seins» furent livrées par la manufacture de Sèvres sur deux ans en 1787 et 1788 sans être totalement terminées. Les dernières porcelaines, réalisées en 1791, ne seront pas payées par la Couronne. Elles sont vendues par la manufacture vers 1793 à des particuliers, pour amortir les frais engendrés par la réalisation de cet ensemble. Ce qui explique que si certaines pièces de ce service exceptionnel sont conservées dans des musées, d’autres sont encore en mains privées. 

      

    SOURCES POUR CET ARTICLE - MERVEILLEUX BLOG -

    REGARD'ANTIQUAIRE

    http://regardantiquaire.canalblog.com/archives/2011/02/08/20302212.html

      

      

      

      

     

    Delicious Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  •  

     

     

    Madame Royale

    Publié le 12 mars 2011 par Naguere

    La reine Marie-Antoinette accouche de son premier enfant (enfin!), une fille, le 19 décembre 1778 à Versailles, à 11h35'. Elle est prénommée Marie-Thérèse, Charlotte (en hommage à sa grand-mère maternelle, l'impératrice d'Autriche qui est sa marraine) et on l'appelle officiellement “Madame Royale” ou encore “Madame, fille du roi”.

    Nous connaissons bien son triste parcours. Peu sympathique dans son enfance, hautaine et revêche - le surnom de “Mousseline” semble mal choisi -, elle n'aime point sa mère qui, dans son enfance, se plaint de son orgueil et de sa morgue,en dépit de ses efforts pour “éloigner des premiers regards de l'enfant royal toutes les images de sa grandeur.”

     

    Madame Royale

    Madame Royale

     

    On peut supposer que l'expérience vécue au Temple n'arrange pas son caractère, ce que l'on comprend, surtout après les horreurs des journées d'octobre 1789 (elle a onze ans), de la fuite à Varennes le 21 juin 1791 (l'année de ses treize ans), de la prise des Tuileries le 10 août 1792 (elle n'a pas encore quatorze ans). Ajoutons-y la mort de son père, de sa mère, de sa tante et de son frère : la coupe est pleine.

    “Mousseline la Sérieuse” - épithète ajouté par sa mère - épousera le duc d'Angoulême - neveu de Louis XVIII et fils aîné du comte d'Artois - en 1799, survivra à la Révolution de 1830, enterrera Louis XVIII, Charles X, son mari Angoulême, son beau-frère Berry et même Louis-Philippe. Elle mourra en 1851, à la veille du Second Empire, sans postérité après une fin de vie lugubre où elle tient un semblant de cour à Frohsdorf en Styrie (Autriche), veillant jalousement sur l'éducation du dernier des Bourbons, le comte de Chambord, fils posthume du duc et de la duchesse de Berry.

     

    La duchesse d'Angoulême

    La duchesse d'Angoulême

     

    Mais elle a des ressources solides, et quelque peu masculines. “C'est le seul homme de la famille”, ainsi lui rend hommage Napoléon en 1815 alors qu'elle est la seule à défendre la cause royale.

    Marie-Antoinette perd connaissance peu après sa naissance, symbole peut-être de la future absence… Par ailleurs, n'oublions pas que la reine, en dépit de ce que veulent nous faire croire les écrits hagiographiques, reprend après la naissance de sa fille une vie relativement trépidante, quelque peu assagie certes, mais enfin, elle vient de revoir Fersen et ses pensées ne sont pas toutes vouées à la maternité.

    Marie-Thérèse trouve très tôt un refuge dans la religion : au Temple, la reine lui inculque de solides principes religieux et la jeune fille lit avec intérêt la Semaine sainte.

    Nous avons un témoignage de première main grâce au court Mémoire (46 pages format livre de poche) que Marie-Thérèse écrira, une fois libérée du Temple, qui couvre la période du 10 août 1792 jusqu'à la mort de son frère. On dispose également d'un Journal de 4 pages, interrompu, qui porte les corrections de la main de Louis XVIII.

    L'ensemble de ces écrits reflète une attitude neutre, un constat objectif, sec, net et sans passion, qui semble effectuer un compte-rendu, sans émotions. Cependant, derrière la froideur du style et du vocabulaire, nous pouvons relever quelques indices sur le comportement remarquable de Marie-Antoinette : lors du transfert de Louis XVI dans un autre appartement du Temple, Marie-Thérèse écrit : “A cette affreuse nouvelle, ma mère perdit son courage et sa fermeté ordinaires.” Et plus loin, alors qu'un “municipal” éveille brutalement son frère un soir, la reine se rebiffe : “C'est le seul mouvement d'impatience que j'aie vu ma mère témoigner.”

    La jeune fille reconnaît que sa mère est à la hauteur de la situation : “Souvent son calme si méprisant et son maintien si digne en imposèrent : c'était rarement à elle qu'on osait adresser la parole.” Elle évoque son “morne chagrin”, parle de sa “malheureuse mère” (épithète bien conventionnelle), insiste sur ses “angoisses”, son manque “d'espérance”, son indifférence “de vivre ou de mourir”.

    Plus tard, Marie-Thérèse évoque la fin de sa mère mais elle n'est plus un témoin oculaire, se contentant d'écrire ce qu'on lui rapporte sur les derniers jours et ne pouvant que sacrifier au culte qui va bientôt naître : “Il était impossible de l'approcher [la reine] et de la voir quelques instants sans être pénétré de respect, tant sa bonté tempérait ce que la dignité de son maintien avait d'imposant.” En fait, elle n'apprend la mort de sa “respectable mère” qu'un an et demi plus tard.

    La froideur de Marie-Thérèse est patente, tempérée toutefois d'admiration pour son courage.

    Il en va autrement pour son père, qu'elle comble d'éloges : “piété, grandeur d'âme, bonté, douceur, courage et patience, clémence, amour de Dieu, de sa famille et de son peuple”.

    Elle termine ainsi : “Telles ont été la vie et la fin de mes vertueux parents pendant leur séjour au Temple et dans les autres prisons.”

    Louis XVIII, qui récupère les quelques feuillets de son Journal interrompu, doit la trouver bien laconique car il rajoute de sa propre main des termes qui trahissent un tant soit peu d'émotion, par exemple “la mort dans le coeur”, “avec un regard affreux”, etc.

    Elle sort du Temple le jour de son dix-septième anniversaire le 19 décembre 1795 et gagne Vienne où l'attendent son cousin germain, l'empereur François II et sa fille, une petite archiduchesse de quatre ans, Marie-Louise, future impératrice des Français… Il s'agit en fait d'un échange entre elle et des commissaires de la Convention retenus prisonniers en Autriche, échange qui arrange tout le monde car le gouvernement ne sait que faire d'elle.

    L'Histoire non plus.

    Sources : Journal de ce qui s'est passé au Temple, Mercure de France, 1987

      

      

    sources

    http://www.paperblog.fr/4252464/madame-royale/

      

     

    Delicious Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  •  

     

     

     

    Le dauphin Louis (1729-65), fils de Louis XV, père de Louis XVI, Louis XVIII, et Charles X, par François-Hubert Drouais (Madrid, Prado)
      
    Louis Ferdinand de France, dauphin de France (né le 4 septembre 1729 au château de Versailles – mort le 20 décembre 1765 au château de Fontainebleau) est l'aîné des fils du roi Louis XV de France et de Navarre, et de son épouse Marie Leszczyńska.
    Il est le père de trois rois de France.
      
     
    Son frère cadet, Philippe de France, duc d'Anjou meurt dès 1733 à l'âge de 3 ans, suivi la même année par leur sœur aînée Louise-Marie, 5 ans. Le dauphin a également sept autres sœurs : Louise-Elisabeth et Henriette-Anne, jumelles nées en 1727, Adélaïde (née en 1732), Victoire (1733), Sophie-Philippine (1734), Thérèse-Félicité (1736) morte à Fontevrault en 1744, Louise-Marie (née en 1737). Seule l'aînée de ses sœurs (Louise-Elisabeth dite Elisabeth) se mariera, les autres resteront à la cour auprès de leurs mère et frère (les quatre plus jeunes ayant été élevées à l'abbaye de Fontevraud jusqu'en 1748/1750).
      

     
    Le dauphin Louis de France,enfant, fils de Louis XV (1729-65), par Louis Tocqué (1739 – Versailles et Louvre)

      

     

    Son éducation fut confiée à Jean-François Boyer, évêque de Mirepoix, homme vertueux mais de caractère étroit. Il fut un élève très brillant. Ainsi, il avait une excellente connaissance du latin, il connaissait parfaitement l'anglais et excellait dans nombre d'autres disciplines.

    En revanche, s'il détestait l'activité physique, il devint, comme ses sœurs, un excellent musicien.

     

    sources

    Il eut également pour menin le comte du Muy.

     

    Seul fils survivant du couple royal, adulé par sa mère et ses sœurs, il fut un enfant orgueilleux voire tyrannique mais très pieux, désirant ressembler à son grand ancêtre, fondateur de sa dynastie, Saint Louis. Très affecté par la séparation officieuse de ses parents, l'adultère du roi et la résignation doloriste de sa mère, il n'eut de cesse de ne pas ressembler à son père, sombrant très tôt dans une dévotion profonde.

    L'adultère royal :

    Il a 7 ans quand le roi son père produit ouvertement à la cour sa première favorite, la comtesse de Mailly. Madame de Mailly est bientôt supplantée dans le lit du roi par sa sœur, la comtesse de Vintimille laquelle meurt en couches (1741). La sœur des deux précédentes, la marquise de La Tournelle (bientôt créée duchesse de Châteauroux) lui succède.

    Il a 9 ans quand ses quatre plus jeunes sœurs quittent la cour pour l'abbaye de Fontevraud où elles doivent être éduquées à moindre frais.

      

    À l'âge de 10 ans, alors que sa sœur aînée, qui en a douze, épouse l'infant Philippe d'Espagne (il représente alors le marié lors d'un mariage par procuration), il est fiancé à l'infante Marie-Thérèse d'Espagne qui en a 13. Ces mariages croisés doivent réconcilier les deux branches Bourbon qui se boudent depuis la rupture des fiançailles de Louis XV de France, père du Dauphin, avec Marie-Anne de Bourbon, sœur aînée de Marie-Thérèse et de Philippe (1725).

    En 1744, Louis XV tombe malade à Metz. Avant de lui donner l'extrême onction, l'aumônier de la cour, François de Fitz-James, évêque de Soissons, exige le renvoi de la favorite ainsi qu'une confession publique. Entretemps, mené par son précepteur, le jeune Louis, 14 ans, et donc apte à accéder au trône, est venu au chevet de son père ce que le roi, comprenant les manœuvres intrigantes du précepteur, trouve fort mauvais[réf. nécessaire]... L'humiliante confession publique que le roi se doit d'effectuer devant les menins du Dauphin fait un très mauvais effet sur l'adolescent.

    L'année suivante, à l'âge de 15 ans, Louis-Ferdinand épouse le 23 février 1745 au château de Versailles sa cousine, l'infante d'Espagne Marie-Thérèse de Bourbon, deuxième fille de Philippe V. Les deux époux font front commun contre la nouvelle favorite, la marquise de Pompadour. Cependant Marie-Thérèse meurt l'année suivante en donnant le jour à une petite fille qui ne vit que deux ans. Veuf à 17 ans, le dauphin est très affecté par la mort de son épouse (le roi doit littéralement l'arracher du lit mortuaire de la défunte). Nonobstant, la raison d'État l'oblige à avoir des enfants mâles aptes à accéder au trône.

    En pleine guerre de succession d'Autriche, il se remarie le 9 février 1747 à Versailles avec la fille du roi de Pologne, Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767), qui lui donne huit enfants, dont quatre parviendront à l'âge adulte. Ce fut une lourde tâche pour l'adolescente car, toujours attaché à Marie-Thérèse, Louis-Ferdinand ne montre d'abord à la jeune princesse allemande de 16 ans que froideur voire mépris. Mais Marie-Josèphe est une femme d'un esprit supérieur : peu à peu, soutenue par ses belle-sœurs, notamment Madame Henriette, conseillée par son oncle, le maréchal de Saxe, elle apprivoise son mari, modère ses excès de dévotion et de rigueur morale tout en étant elle-même très pieuse. Leur couple sera finalement très uni.

    Le prince et son père :

    Son père ne fut jamais proche de lui bien qu'il l'aimât certainement : Louis XV avait une vie privée immorale qui faisait souffrir la reine et qui ne plaisait pas au Dauphin, ce qui éloigna le père et le fils pendant longtemps.

    Cependant, c'est à la bataille de Fontenoy, aux côtés de son père et à l'âge de 15 ans que le Dauphin connut le baptême du feu (1745). Il fit preuve de courage voire d'enthousiasme mais recevant cependant de la bouche même du roi une belle leçon d'humanité propre à édifier le futur monarque : « Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes. La vraie gloire c'est de l'épargner[3]. »

    À partir de l'attentat de Damiens contre le roi (1757), au cours duquel Louis et ses compagnons maîtrisèrent le régicide, il fut invité à participer aux séances du Conseil du Roi, où il se fit remarquer par ses positions cléricales, conseillant la fermeté face aux parlementaires.

    C'était en outre un homme fort pieux, chaste, sobre et fidèle à son épouse, ce qui était rare à la cour. Préférant la méditation aux exercices physiques, il ne pratiquait pas la chasse, activité pourtant réservée aux seuls nobles et fut le premier Bourbon à être obèse (héritage de son grand-père maternel). Son sérieux le faisait passer pour pédant. Il était très proche d'Aymar de Nicolaï, évêque de Verdun et lui remit avant de mourir des écrits confidentiels destinés au futur Louis XVI.

    D'aucuns cherchèrent à le diffamer, lui prêtant maîtresses ou excès d'alcool. C'est peut être le cas du Père Anselme.

    Très proche de sa mère, souffrant des adultères du roi, il était le centre du parti dévot, qui condamnait la politique et la vie privée du roi et ne se gênait pas pour montrer son mépris à la marquise de Pompadour, qui, elle, soutenait le parti des philosophes. Ses sœurs et lui-même avaient surnommé la favorite Maman Putain[réf. nécessaire]. Il désapprouva l'expulsion des jésuites en 1764 mais soutenait son père contre les parlements.

    En 1761, il perd son fils aîné, âgé de 10 ans, ce qui lui cause un immense chagrin mais il ne reporte pas son affection sur son fils suivant le duc de Berry, futur Louis XVI mais sur le cadet plus ouvert et spirituel, le comte de Provence, futur Louis XVIII.

     

      

      

     

    Louis de France, dauphin, fils de Louis XV (1729-65), représenté en 1765 en uniforme de colonel-général des Dragons, par Alexandre Roslin (Versailles)

     

     

    Une monarchie impopulaire :

    Louis meurt de tuberculose à 36 ans peu avant Noël 1765. Sa dépouille est inhumée dans la cathédrale Saint-Étienne de Sens. Sa femme, qui l'avait veillé pendant sa maladie, contracta son mal et le suivit deux ans plus tard dans la tombe.

    François de Robespierre, père du futur Conventionnel Maximilien de Robespierre, sembla s’indigner du manque de compassion de l’Ordre des avocats envers la famille royale. Le 3 décembre 1765, il écrivit cette lettre à son confrère et ami Baudelet :

    « Tous les cœurs, prenant leur essor vers le ciel font retentir les airs de leurs plaintifs accents; ils prient, ils conjurent, ils redemandent à grands cris le digne objet de leur amour... Les nôtres sont les seuls dont on n'entend pas les voix ! Je ne sais quoi a retenu jusqu'à présent leurs mouvements secrets... Une seule fois où il s'agit de donner au roi un gage pur, solennel et indispensable de notre attachement pour la famille royale, craindrons-nous par hasard qu'on pût dire que nous nous sommes assemblés ? Avocats, ce titre nous honore : sujets de la France, qualité mille fois plus glorieuse pour nous; ce n'est qu'en remplissant comme le plus glorieux de nos devoirs, d'une manière noble et peu commune, que nous prouverons véritablement la noblesse de notre profession et que nous maintiendrons sous l'asile du trône, la liberté et l'indépendance ».

    Le tombeau du couple delphinal fut profané en mars 1794 par les révolutionnaires, qui jetèrent le cadavre dans une fosse commune de la ville.

    À la Restauration, sur ordre du roi Louis XVIII, fils du dauphin, et grâce à des témoins, on retrouva le corps et on le replaça dans la cathédrale le 8 décembre 1814.

    Descendance :

    De sa première épouse Marie Thérèse,

    1. Marie-Thérèse, dite Madame (1746-1748), sans postérité.

    De sa seconde épouse Marie-Josèphe,

    1. Marie Zéphirine, dite Madame (1750-1755), sans postérité.
    2. Louis Joseph Xavier, duc de Bourgogne (1751-1761), sans postérité.
    3. Fille non baptisée (fausse couche ou mort-née ?) (1752).
    4. Xavier Marie Joseph, duc d'Aquitaine (1753-1754), sans postérité.
    5. Louis Auguste, duc de Berry (1754-1793), dauphin en 1765, (futur Louis XVI de France), épouse en 1770 Marie-Antoinette d'Autriche (postérité éteinte à la première génération).
    6. Louis Stanislas Xavier, comte de Provence (1755-1824) (futur Louis XVIII de France), épouse en 1771 Marie-Joséphine de Savoie (sans postérité).
    7. Charles-Philippe, comte d'Artois (1757-1836) (futur Charles X de France), épouse en 1773 Marie-Thérèse de Savoie (dont il eut deux fils et une fille).
    8. Marie Adélaïde Clotilde Madame (17591802) épouse en 1775 Charles-Emmanuel IV de Savoie, roi de Sardaigne (sans postérité), déclarée "Vénérable".
    9. Elisabeth Philippine, Madame (1764-1794) (sans alliance ni postérité).

     

    1. Auguste de Dadonville (1758 à Boinvilliers - 25 juin 1794 guillotiné à Paris)prêtre, fils illégitime qu'il aurait eu avec Marie-Anne de Vidal, chanoinesse de Lille.  

    Fichier:Blason province fr Dauphine.svg

     

    Louis de France (1729-1765)

     SOURCES : WIKIPEDIA 

     

    Delicious Yahoo! Pin It

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique