• L'écriture égyptienne :: une image du monde.

     Les hiéroglyphes

    L'écriture égyptienne :
    une image du monde


    Dans la vallée du Nil, chaque année les crues déposant leur limon brouillaient toutes les marques de propriété entre les champs et obligeaient à refaire un travail d’arpentage. Ce serait la raison de la naissance de l’écriture dans la civilisation égyptienne…

    Medouneter « paroles divines », c’est ainsi que les Égyptiens nommaient leur écriture, que les Grecs désignèrent sous le nom de hierogluphikos (littéralement « gravures sacrées »). L'écriture en Égypte est au service d’un pouvoir où le religieux et le politique sont indissociables ; elle est considérée comme un don des dieux et a vocation à garantir l’ordre du monde.

    Si l’écriture égyptienne ne renonça jamais à la représentation symbolique des choses et des êtres, c’est parce que les Égyptiens croyaient à l’efficacité magique des hiéroglyphes . Ils pensaient qu’ils pouvaient faire vivre ce qu’ils peignaient par l’image aussi sûrement que par la parole créatrice, et le faire vivre pour l’éternité. Ainsi le nom d’un homme inscrit en caractères hiéroglyphiques contenait-il son identité ; détruire ces caractères, c’était réduire cet homme à néant. On attribuait aux figures d’êtres animés de certaines inscriptions le pouvoir de nuire et de mener une vie indépendante, on craignait qu’ils ne consomment les offrandes alimentaires destinées au défunt ou n’attaquent le corps lui-même. C’est pourquoi il arrivait que les têtes des serpents soient délibérément omises ou le corps des oiseaux tronqués… Mais d’autres hiéroglyphes étaient supposés bénéfiques, ils servaient d’amulettes et apportaient la chance à leurs propriétaires. Le signe "horizon" par exemple, montrant le soleil en train d’émerger d’une montagne, permettait au défunt de s’associer à la renaissance de l’astre et donc de renaître lui-même.

    Né peu après l’écriture mésopotamienne, le système hiéroglyphique n’a subi aucune transformation notable au cours de ses quarante siècles d’histoire, mais il a donné naissance à deux formes d’écriture plus cursives mieux adaptées aux matières fragiles :

    1. l’écriture hiératique aux signes simplifiés et non figuratifs qui permet une copie rapide. C'est l'écriture de l'administration et des transactions commerciales mais elle sert aussi à noter les textes littéraires, scientifiques et religieux. Ecriture quotidienne de l'Égypte pendant près de deux millénaires et demi, elle fut évincée de son emploi profane par une autre cursive, le démotique, dès lors son usage fut limité aux documents religieux. Sur papyrus ou sur ostraca, tracée à l'encre noire ou rouge avec un pinceau fait d'une tige de papyrus, ou plus tard avec une plume de roseau taillée en biseau et dont la pointe était fendue. Introduite par les grecs, elle finit par supplanter le pinceau traditionnel.

    2. l’écriture démotique qui devient à partir du VIIe siècle avant J.-C. l'écriture officielle. C'est la seule écriture égyptienne à connaître une large utilisation dans la vie quotidienne ("démotique", du grec demotika, "écriture populaire"). Très cursive, riche en ligatures et abréviations, elle a perdu, elle aussi, tout aspect iconique.

    Trois types de signes, dont les valeurs se complètent et souvent se redoublent, coexistent dans l'écriture égyptienne :

    des logogrammes
    (un signe = un mot)

    signifie "soleil" et par extension "clarté", "jour", "moment", etc

    des phonogrammes
    (un signe = un son) procédé du rébus

    signe de la "bouche", se prononce "er", sert à noter la consonne " r "

    des déterminatifs,
    précisant dans quelle catégorie d’objets ou de concepts le signe doit être classé.

    indique l'idée du mouvement

    L’écriture, en tant qu’image, est soumise lorsqu’elle véhicule du langage à une double contrainte :

          1. le calibrage, qui impose au hiéroglyphe du scarabée la même taille qu'à celui du vautour ou de la pyramide,
          2. l’orientation : les signes représentant humains et animaux ont le regard tourné vers le début de l’inscription, indiquant le sens de lecture.

    Parmi les phonogrammes, 24 signes-consonnes constituent ce qui aurait pu devenir un « alphabet », mais les Égyptiens ne se sont pas souciés de se servir de la réduction alphabétique car pour eux l’écriture n’est pas une simple technique permettant de noter la langue, elle est avant tout une image du monde, un art du visible qui assure à ce qu'elle peint l'immortalité.

    Tandis que les caractères cunéiformes évoluent vers des formes anguleuses abstraites, les hiéroglyphes conservent au long de leur histoire toute leur beauté figurative. Ils ont en outre une efficacité magique : les caractères désignant le nom d’une personne étaient censés contenir son identité. L’écriture avait le double pouvoir d’évoquer réellement et de faire passer à l’immortalité.

      L’écriture n’était donc pas pour les Égyptiens un simple outil de communication linguistique, elle était un chemin d’accès à l’éternité et manifestait les mystères de l’univers cachés dans l’image comme dans le nom. C’est pourquoi elle pouvait aider le mort à vaincre les périls du voyage dans l’au-delà et lui servir de guide, comme en témoignent nombre d’inscriptions religieuses enfermées dans les appartements funéraires des tombeaux.

    Toutefois, si l’écriture a joué un rôle immense dans la vie de l’Égypte ancienne, il semble établi que seule une élite restreinte avait accès à la lecture des textes et à la pratique de l’écriture.
    Selon des estimations récentes, moins de un pour cent de la population aurait été "alphabétisée" dans l'Egypte ancienne. Aussi le fait de savoir lire et écrire conférait-il un statut envié et pouvait-il conduire aux charges les plus élevées. La place de scribe était une place recherchée mais difficile à atteindre : il fallait en effet douze années pour devenir scribe ! Écrivain et comptable, il veillait au cadastre, à la perception des impôts, à la prestation des corvées. Mais surtout, par l’écriture, il s’assurait l’immortalité.

    « Sois un scribe, et mets ceci dans ton cœur pour que ton nom ait le même sort : plus utile est un livre qu’une stèle gravée ou qu’un mur solide. Il tient lieu de temple et de pyramide, pour que le nom soit proclamé.
    L’homme périt, son corps redevient poussière, tous ses semblables retournent à la terre, mais le livre fera que son souvenir soit transmis de bouche en bouche. »

    Extraits du Papyrus Chester Beatty IV.

    Principe des hiéroglyphes


    Utilisés par les Egyptiens pendant 3 millénaires, les hiéroglyphes - écrits sacrés - étaient basés sur le principe du rébus.

    Ainsi, on peut lire un mot hiéroglyphique de la façon suivante :

    • mon premier est un véhicule,
    • mon second est un oiseau diurne.

    Cette première partie du rébus a pour but de faire deviner les syllabes du mot à découvrir.
    Il s'agit d'une suite de sons sans sens ni lien commun : c'est la valeur phonétique du mot.
    En fin du rébus, on termine en général par une formule du type :

    • mon tout est un mammifère

    on donne alors un indice sur le sens du mot recherché : c'est la valeur sémantique du mot.


    La valeur phonétique


    Elle est constituée de phonèmes ou phonogrammes.

    Ceux-ci sont rangés en trois classes, selon qu'ils valent 1, 2 ou 3 sons :

    • les unilitères (originaux en couleurs ou simplifiés),
    • les bilitères (originaux en couleurs ou simplifiés),
    • les trilitères (originaux en couleurs ou simplifiés).

    Ils constituent l'alphabet des hiéroglyphes.
    Ne vous étonnez pas de voir beaucoup de consonnes : les Egyptiens n'écrivaient pas les voyelles ! On en rajoute cependant pour des commodités de lecture.


    La valeur sémantique


    Elle peut être simplement représentée par un hiéroglyphe proprement dit ou idéogramme, dont l'image donne l'idée même du mot.
    Cependant, la langue étant composée exclusivement de consonnes, il arrive fréquemment que deux mots se prononcent de la même façon (homonymes). Ils sont alors différenciés par des déterminatifs. Ces signes, qui ne se prononcent pas, sont très utiles ne serait-ce que pour marquer la fin des mots car, pour ne pas nous faciliter la lecture, les Egyptiens n'ont pas trouvé utile de ponctuer leurs textes.


    Sens de lecture


    Il n'est pas unique, mais se déduit de l'orientation des hiéroglyphes : pour le découvrir, repérez les symboles d'animaux, le sens de lecture se fait face à eux.

     

    * * *

    sources :http://leszippes.free.fr/egypte.htm

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