• La princesse Isabelle d'Orléans et Bragance

    La princesse Isabelle d'Orléans et Bragance

    Comtesse de Paris (château d’Eu 1911-Paris 2003)

    Présidente fondatrice des Amis du Musée Louis-Philippe du château d'Eu

      

    Née à Eu le 13 août 1911, à l’ombre du grand château royal, dans le pavillon des ministres du roi Louis-Philippe, la princesse Isabelle d’Orléans-Bragance connut une enfance heureuse partagée entre la Normandie et l’hôtel particulier de ses grands-parents à Boulogne-sur-Seine, proche de Paris. Petite-fille du prince Gaston d’Orléans, comte d’Eu, lui-même petit-fils du roi Louis-Philippe et de la princesse héritière du Brésil, Dona Isabel de Bragance, fille de l’Empereur Pedro II, la princesse Isabelle grandit entourée des siens et des souvenirs de l’histoire de la famille royale de France et de la famille impériale du Brésil que lui contaient ses grands-parents. Fiancée en 1930 au prétendant à la couronne de France qu’elle disait aimer depuis l’âge de douze ans, la princesse Isabelle fit un mariage de légende au Palais d’Orléans à Palerme le 8 avril 1931 en épousant son petit-cousin, le prince Henri de France, comte de Paris, autre descendant du roi Louis-Philippe et héritier des quarante rois qui firent la France1.

    Surnommée « la plus belle princesse d’Europe » par le Tsar Ferdinand des Bulgares, la princesse Isabelle devint à vingt ans la comtesse de Paris et forma avec le Prince, l’un des couples les plus mythiques que connut la France tout au long du XXe siècle.
    Par une loi d’exil qui interdisait au comte de Paris le territoire français, le jeune couple s’installa d’abord en Belgique, puis au Maroc, en Espagne et enfin au Portugal avant de rentrer en France grâce à l’abrogation de cette loi en 19502.
    Le comte et la comtesse de Paris avaient donné naissance à 11 princes et princesses, dont certains ne tardèrent pas à se marier peu après l’installation de la Famille royale au Manoir du Cœur Volant à Louveciennes, près de Paris, en 1953. L’époque des grands mariages des princes et princesses de France signifia l’une des périodes les plus fastueuses et médiatiques que connut la Famille de France de la fin des années 1950 au début des années 1970.

    D’une intelligence instinctive, curieuse et cultivée, avec un zeste d’originalité et une allure irréprochable, la comtesse de Paris s’imposa par sa simplicité et son charisme comme une des personnalités les plus emblématiques du Gotha européen. Spirituelle, Elle ne cessa d’incarner telle une souveraine la permanence de la tradition et de l’héritage de la monarchie en France, par un idéal de beauté et de grâce rare qui semblait éternel et n’eut d’égal que la déférence suscitée à chacune de ses apparitions, captivant tous les regards dans un tourbillon de révérences. Pleinement consciente de son rôle et du rayonnement dû au prestige de son titre, la comtesse de Paris confiait « C’est l’un des plus beaux titres du monde. Porter ce titre, c’est comme une étoile, cela vous guide. Mais cela ne fait pas la personne, c’est à nous de le servir et j’espère que la génération de mes petits-enfants en fera autant, car je mets en elle toutes mes espérances »3.

    La comtesse de Paris, Madame comme tout le monde l’appelait, traversa le siècle comme sa vie, parcourant les cours d’Europe et le monde, de châteaux en palais, visitant enfants et petits-enfants, sans oublier le château d’Eu et la terre de son enfance où elle revint régulièrement pour de fréquents séjours jusqu’au crépuscule de son existence. Installée en 1963, au Pavillon Montpensier situé au fond du parc et construit jadis par la Grande Mademoiselle, cousine du roi Louis XIV, Madame rédigea à Eu ses Mémoires, Tout m’est bonheur (1978) puis Les chemins creux (1981) qui furent des best-sellers et firent d’Elle un auteur à succès traduit dans de nombreux pays. La comtesse de Paris choisît également Eu pour fêter successivement ses 70 ans (1981), le Millénaire des Capétiens (1987), ses 80 ans (1991), la titulature de son petit-fils le prince Foulques d’Orléans (1997) et ses 90 ans (2001) lors de grandes fêtes familiales qui sont encore dans la mémoire de chacun. Du Brésil, de Belgique, d’Autriche, d’Allemagne, d’Espagne, du Portugal, d’Italie et du Maroc, toute la descendance de Madame et les représentants des familles royales européennes se retrouvaient au cœur de l’ancien domaine royal entre baisemains et beaux chapeaux, avec bon nombre d’eudois amis de toujours, pour célébrer après une messe d’action de grâce celle que l’on pouvait appeler à juste titre, avec plus de 120 descendants, la « Grand-mère de l’Europe ». L’espace de quelques heures, la ville d’Eu revivait au rythme de l’ancienne monarchie et Madame déclarait « Je suis née à Eu […] et j’espère rester eudoise jusqu’à ma mort ! Quelquefois j’ai envie d’être très égoïste et de rester définitivement là. C’est le plus beau pays du monde quand il fait beau ! Je m’accroche à ce bout de terre qui appartient aux Capétiens depuis le mariage de Guillaume Le Conquérant avec Mathilde de Flandres (1050), il ne faudrait jamais abandonner la terre où l’on est née. J’ai choisi de vivre au pavillon Montpensier, de mes fenêtres je vois mes chênes, j’ai une passion pour les arbres et la mer, celle du Tréport et celle de Mers »4.

      

    Présidente fondatrice des Amis du Musée Louis-Philippe du château d’Eu depuis 1985, feue la comtesse de Paris assistait à chaque conseil d’administration et assemblée générale, veillant personnellement au dynamisme de l’Association. Madame avait à cœur de voir revivre le château de ses ancêtres, sur cette terre d’Eu qu’elle aimait tant et qui appartient depuis mille ans à la dynastie capétienne.

    Le 5 juillet 2003, la comtesse de Paris s’est éteinte alors qu’on lui faisait la lecture des Lettres de la Princesse Palatine, seconde femme de Monsieur, frère du roi Louis XIV5.

    X. Dufestel, Eu, novembre 2006

    1Le prince Henri de France, comte de Paris (1908-1999) était le fils du duc et de la duchesse de Guise de la dynastie des Bourbon-Orléans qui devint héritière de la prétendance au trône de France en 1883, à la mort du comte de Chambord, petit-fils du roi Charles X.
    2Depuis 1886, année du retentissant mariage de la princesse Amélie d’Orléans avec le prince héritier Dom Carlos de Portugal, les chefs des familles ayant régné sur la France et leurs héritiers directs par ordre de primogéniture étaient bannis du territoire français en vertu d’une loi de la République qui perdura jusqu’en 1950.
    3Extrait Paris-Normandie, Rouen 1991.
    4Ibid. 1991.
    5Madame la comtesse de Paris repose en la Chapelle royale Saint Louis de Dreux (Eure-et-Loir), nécropole de la Famille royale de France. Ce monument est ouvert à la visite, il s’agit de l’un des plus beaux témoignages de l’architecture funéraire romantique en France au XIXe siècle.

    Bibliographie :

    Isabelle, comtesse de Paris, Tout m’est bonheur, Ed. R. Laffont, Paris 1978.
    Isabelle, comtesse de Paris, Les chemins creux, Ed. R. Laffont, Paris 1981.
    Isabelle, comtesse de Paris, Haut de Gamme. L’art de vivre à la française, Ed. Flammarion, Paris 1985.
    Isabelle, comtesse de Paris, Blanche de Castille, mon aïeule, Ed. R. Laffont, Paris 1991.
    Isabelle, comtesse de Paris, Moi, Marie-Antoinette, Ed. R. Laffont, Paris 1993.
    Isabelle, comtesse de Paris, Mon bonheur de grand-mère, Ed. R. Laffont, Paris 1995.
    Isabelle, comtesse de Paris, La reine Marie-Amélie, grand-mère de l’Europe, Ed. Perrin, Paris 1998.
    Isabelle, comtesse de Paris, l’Album de ma vie, Ed. Perrin, Paris 2002.

     

     

    sources : http://www.louis-philippe.eu/comtesse-de-paris.html

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