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    PEIGNEUR DE LAINE :

    Draps, habits, tapisseries : la laine offre du fil à démêler dans les campagnes comme dans les villes, depuis le berger jusqu’au marchand drapier. En soumettant les fibres de laine aux dents longues et acérées de son outil, le peigneur participe modestement mais fermement à son apprêt.

    La laine

    La laine est aussi un textile très employé. On utilise surtout les « moyennes laines » du Berry, de l’Auxois et du Bourbonnais, qui arrivent toutes préparées, car l'élevage du mouton n'est pas très répandu dans le Nivernais en raison de l'humidité du climat. La laine des quelques moutons du pays (Moutons élevés en grand nombre en Morvan. Une race de petits moutons noirs était préférée à cause de la couleur naturelle de la laine, qui n'avait pas besoin d'être teinte. Les moutons noirs ont presque entièrement disparu.) subit les diverses préparations usuelles : lavage, séchage, étendage, qui la débarrassent du suint et des corps étrangers qu'elle renferme ; triage, qui sépare la bonne laine de la bourre. Alors un premier groupe d'artisans spécialisés travaillent cette laine, ce sont les cardeurs. Armés de cardes en bois recouvertes de cuir avec des crochets en fer, ils l'assouplissent et l'étirent ; ils la transforment en mèches régulières. Les ouvriers cardeurs ne sont en somme que des manœuvres au service de ceux qui ont des laines à apprêter. Le filage met la laine en fil et le dévidage en écheveaux.

     

    Tourcoing, reine du peignage

    L’emploi du peigne est attesté dès l’époque romaine, mais les témoignages sur ce métier sont rares. La cathédrale de Chartres nous donne une représentation d’un peigne pour le lin au VIIIème siècle. Le peignage concer-ne les fibres longues : il se développe à la Renaissance, avec la vogue des étoffes fines et des draperies. Dès le XVIème siècle, Tourcoing devient le centre indiscutable du peignage dans le Nord.

      

    Malgré les interdictions de fabriquer des draps imposées par Lille, Tourcoing poursuit sa production et obtient, en 1534, une dérogation de vingt-cinq métiers à étoffes. La lutte avec Lille reste farouche et explique sans doute la spécialisation de Tourcoing dans les opérations textiles préliminaires. Pendant leur heure de gloire aux XVIIIème et XIXème siècles, les peigneurs représentent entre 30 et 45 % des professions de l’arrondissement.

     

    Petite étape dans la vie de Dame Laine

    Les laines longues de Hollande qui arrivent à Tourcoing sont préparées pour être filées. Toutes les opérations, jusqu’à l’apparition des machines, se font à la main. Les laines sont lavées avec de l’eau de mares ou de pluie, séchées sur l’herbe et portées dans les magasins. Là, les ouvriers coupent la pointe des mèches qui restent collées par le crottin et le suint. D’autres ouvriers trient les laines, mèche par mèche, et en font des tas de qualités différentes. Les laines ainsi préparées sont lavées une seconde fois dans des lessives alcalines chaudes. On en fait des cordons qu’on tord pour les égoutter.

    Les peigneurs prennent ces cordons encore humides, les ouvrent, les passent dans les dents d’un peigne successivement présenté sur un brasier ardent et trempé dans une jatte pleine de beurre. Le peigneur enlève les flocons de laine, les nœuds, la poussière et tous les corps étrangers.

    Il dispose les brins dans leur longueur et opère une première préparation ou filature. Les poignées, d’un mètre de longueur, sont expédiées sous cette forme aux négociants qui les font filer dans les campagnes environnantes.

     

      

    Le temps des machines

    Le peignage s’est mécanisé assez tardivement. En 1792, la machine de Cartwright ne se diffuse que très lentement en raison de l’effondrement économique du pays. Cette peigneuse, faisant passer la production quotidienne de 3 kg à 65 kg environ, bouleverse cependant les conditions de production et donc de vie des peigneurs. D’autres machines s’imposent par la suite, reprenant les mouvements du peigneur. Plus régulières que l’ouvrier, elles permettent un peignage de qualité supérieure.

    Le peignage en atelier se développe rapidement. À Croix, par exemple, il emploie 175 peigneurs en 1856, plus de 1 000 après la guerre de 1870 et 17 000 à la fin du siècle. La production suit le même développement : 227 000 kg vers 1854, plus de 6 millions de kilos vers 1894. Ces usines importantes, implantées dans des villages, modifient en quelques années les structures traditionnelles et viennent gonfler la population.

      

      

      

     

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