• Jean Jacques ROUSSEAU

    Jean-Jacques ROUSSEAU

    à Montmorency
      

     

    Mont-Louis.

    L’Ermitage, que Madame d’Epinay offrit à Rousseau en 1756, n’existe plus. Il se trouvait 10 rue de l’Ermitage et fut malheureusement détruit. La maison de santé "l’Ermitage" occupe maintenant son emplacement. Cela ferait sourire Jean-Jacques, qui confiait à Madame d’Épinay : "Ah, Madame, quelle habitation délicieuse. Voici un asile fait pour moi."… Mais on peut marcher dans la magnifique châtaigneraie située de l’autre côté de la route, en haut de la rue de l’Ermitage, et imaginer le lieu tel que Rousseau l’a connu.

    Rousseau habite cette belle maison -à l’époque perdue dans la nature- entre le 9 avril 1756 et le 13 décembre 1757, en compagnie de Thérèse Levasseur et de la mère de celle-ci. Ils arrivent de Paris, où, depuis fin 1749, ils habitaient l’hôtel du Languedoc, rue de Grenelle-Saint-Honoré, Rousseau étant alors secrétaire d’ambassade. À l’Ermitage, il commence à écrire La Nouvelle Héloïse, avant de se brouiller avec Madame d’Épinay. Les sentiments qu’il éprouve pour la comtesse d’Houdetot, la belle-soeur de celle-ci qu’il a rencontrée dans le parc de Montmorency, nourrissent en effet son inspiration poétique… ainsi que les railleries et jalousies de son entourage. Espérant trouver une vie plus calme et retirée, il accepte la proposition du procureur fiscal de Montmorency et habite ensuite Mont-Louis, entre le 15 décembre 1757 et le 9 juin 1762. C’est une des plus longues stations de sa vie de voyageur, et peut-être la plus heureuse. La petite maison a besoin de réparations et le procureur laisse à Rousseau le loisir de conduire les travaux comme il l’entend. "Je trouvais… le moyen de me faire, d’une seule chambre au premier, un appartement complet composé d’une chambre, d’une antichambre et d’une garde-robe. Au rez-de-chaussée étaient la cuisine et la chambre de Thérèse." Entre mai et août 1759, le Maréchal de Luxembourg, voisin de Rousseau, met à sa disposition le petit château de Montmorency -détruit en 1792- pour lui permettre d’être plus à son aise pendant le plus gros des travaux. C’est à Mont Louis que Rousseau compose -souvent dans le minuscule bâtiment situé au fond du jardin (le "donjon")- la Lettre à d’Alembert sur les spectacles, Julie ou la Nouvelle Héloïse, les Lettres à Malesherbes, Émile, le Contrat Social. C’est également ici qu’il se fâche "vraiment" avec Voltaire, en 1760, à la suite de la Lettre à d’Alembert sur les spectacles qui attaque violemment le théâtre.

    Le 8 juin 1762, Rousseau est averti par le prince de Conti qu’il a été condamné pour la publication de l’Émile. Il souhaiterait ne pas fuir, être jugé et pouvoir répondre à ses accusateurs, mais le prince et le Maréchal de Luxembourg, craignant peut-être pour leur propre personne, lui demandent de quitter Montmorency. En quelques minutes, il plie bagages. Rue de Saint-Denis, une plaque signale la grande porte par laquelle il quitte le château du Maréchal (sur l’emplacement duquel a été construit depuis le château du Duc de Dino). Les meubles de Mont-Louis seront vendus par Thérèse afin de financer l’exil. Rousseau se réfugie à Yverdon en Suisse, puis chez Madame Boy de La Tour à Môtiers-Travers, près de Neuchâtel. Trois ans plus tard, en septembre 1765, chassé par les habitants de Môtiers, il séjournera à l’Ile Saint-Pierre, sur le lac de Bienne, avant d’être accueilli par le philosophe Hume en Angleterre… et de retrouver le continent en venant habiter Trie-Château.

    Voir aussi Rousseau en Oise et en Val d’Oise.

    Autres demeures de l’auteur
    L’écrivain a terminé sa vie à Ermenonville. Son corps repose au Panthéon à Paris. Thérèse, décédée le 12 juillet 1801, repose dans le cimetière de Plessis-Belleville, près d’Ermenonville.

    Pour visiter le lieu Musée Jean-Jacques Rousseau, Mont Louis, 5 rue Jean-Jacques Rousseau ou 4 rue du Mont-Louis, 95160 Montmorency. Ouvert tous les jours de 14h à 18h, sauf le lundi. Tel. : 01 39 64 80 13. Fax : 01 39 89 91 23. En transports en commun, descendre à la gare d’Enghien-les-Bains, puis prendre le bus 615 ou 13. Le musée de La Chevrette de Deuil-la-Barre est situé dans l’ancienne conciergerie du château, démoli en 1786. Il donne un aperçu de ce qu’était le château à l’époque où Madame d’Épinay y accueillait Rousseau et les encyclopédistes (rue Jean Bouin, tél. : 01 34 28 60 41).

    Jean Jacques ROUSSEAU  

    Petite bibliographie Jean-Jacques Rousseau et l’île enchantée, par Raymond Trousson, dans Balade en Val d’Oise sur les pas des écrivains. Marie-Noëlle Craissati. Éditions Alexandrines. Rousseau à Mont-Louis. Article dans Demeures inspirées et sites romanesques, tome IV, Editions de l’Illustration. Paul-Emile Cadilhac et Robert Coiplet. Jardins d’écrivains. José Cabanis et Georges Herscher. Éditions Actes Sud, 1998. Les affaires de l’Ermitage. Henri Guillemin, in Annales Jean-Jacques Rousseau, 1941-1942.
    Les Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau existent depuis 1905 (rédaction/administration : Charles Wirz, 26 rue Voltaire, CH-1201 Genève. Tel. : 022 344 80 50). Thérèse Levasseur. Article de Marie-Evelyne Le Coat, dans Vivre en Val d’Oise n°30 -février 1995. 50 F.

    Voir aussi www.rousseau-chronologie.com.

    http://ekladata.com/dona-rodrigue.eklablog.com/mod_article5168350_2.jpg

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    LE XVIIIème SIECLE : Le siècle des Lumières.. le THEATRE

    LE XVIIIème SIECLE : Le siècle des Lumières

    Siècle des Lumières, terme qui désigne le XVIIIèmesiècle en tant que période de l'histoire de la culture européenne, marqué par le rationalisme philosophique et l'exaltation des sciences, ainsi que par la critique de l'ordre social et de la hiérarchie religieuse, principaux éléments de l'idéologie politique qui fut au fondement de la Révolution française.
      
    L'expression était déjà fréquemment employée par les écrivains de l'époque, convaincus qu'ils venaient d'émerger de siècles d'obscurité et d'ignorance et d'entrer dans un nouvel âge illuminé par la raison, la science et le respect de l'humanité.

    L’un des textes fondateurs qui inaugure le mouvement des Lumières en France est le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (1647-1707). Son appel à la tolérance, à la lutte contre les superstitions et les préjugés, va inspirer tout le mouvement de pensée du XVIIIème siècle et le Dictionnaire historique et critique va devenir l'arme privilégiée du camp des "philosophes". L'Encyclopédie de Diderot (1713-1784) et d'Alembert (1717-1783) reprendra à son compte le militantisme philosophique et le combat contre l'obscurantisme, le dogmatisme, le fanatisme et le despotisme.

     

    LE XVIIIème SIECLE : Le siècle des Lumières.. le THEATRE

    Les idées de Pierre Bayle trouveront aussi un écho puissant chez Montesquieu (1689-1755), qui introduit en philosophie politique des notions décisives, Voltaire(1694-1778), héros de la lutte contre l'obscurantisme et les préjugés, et surtout chez Condorcet (1743-1794) le théoricien de l'idée de progrès chère aux Lumières. D'un point de vue plus strictement philosophique, un courant se développe, incarné par Etienne Bonnot de Condillac (1715-1780), représentant éminent de l'empirisme français, et qui trouve un prolongement matérialiste avec Helvétius (1715-1771), d'Holbach (1723-1789), La Mettrie (1709-1751) et Diderot.

    Alors que la vie sur Terre était menacée : perte, épidémie, famine, on croyait au bonheur après la mort. La classe montante était la bourgeoisie, elle va demander plus de liberté et la fin des privilèges. Les idées de l'époque étaient le progrès et la justice. A coté du courant rationaliste, il y a un côté d'ombre. C'est l'éclosion de plusieurs nouvelles écritures.

    De tous ces courants se détache la figure originale de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) qui occupe une position transitoire dans le mouvement des Lumières. Après Rousseau, qui est à l'origine de la pédagogie moderne, il y a l'éclosion de la sensibilité, avec le courant romantique Rousseau est un penseur marginal ("Je").

      

    1) Le théâtre au 18ème siècle : un phénomène de société

    LE XVIIIème SIECLE : Le siècle des Lumières.. le THEATRE

     

         Que ce soit à Paris ou en province, les nobles et bourgeois aisés apprécient le théâtre.     A Paris, ils se rendent dans l’un des quatre théâtres de la ville :   

    - L'Opéra          

    - Le théâtre des Italiens (rappelé en 1715)          

    - L'Opéra Comique          

    - La Comédie Française     

    De plus, les théâtres de foire et les théâtres de boulevard prolifèrent.    

    En province, on trouve peu de théâtre mais pendant la Régence, ceux ci se multiplient ; on y joue les mêmes types de pièce qu’à Paris.     

     De 1715 à 1750, il y aura 266 créations théâtrales : un record !
     

    2) Les conditions du spectacle

    La scène est rectangulaire ou trapézoïdale, les risques d’incendie sont élevés, la scène étant éclairée par des bougies. Les spectateurs sont debout sur le parterre, on trouve des places sur la scène même, et ce, jusqu’en 1759.     

    Il n’y a pas de metteur en scène, souvent le dramaturge est chef de troupe. Beaumarchais, sera le premier metteur en scène à se nommer comme tel.     

    Les représentations se font à 17 heures avec deux œuvres : une longue et une plus courte.     

    Le public est constitué d’habitués et de versatiles (surtout les provinciaux et les étrangers).

    La « claque » impose toujours sa loi.     

    La condition des acteurs et leur niveau de vie augmente peu à peu.

      

    3) Les auteurs

        

    Les œuvres ne sont pas protégées et la notion de droits d’auteurs n’a pas encore été exploitée.
      

    On distingue :          

    -  les acteurs-auteurs (comme Dancourt)          

    -  les auteurs riches (comme Voltaire)          

    -  les auteurs qui aspirent à vivre du théâtre (comme Marivaux)LE XVIIIème SIECLE : Le siècle des Lumières.. le THEATRE
        

    Pour la comédie, trois auteurs se détachent :     

     -  Regnard     

    -   Dancourt     

    -   Dufresny
        Puis une nouvelle génération d’auteur fait surface : 

    -   Destouches          

    -   D’Orneval           

    -   Marivaux    

    En 1756, la comédie devient de plus en plus moralisante
     

      

      

    4) La censure 
      

    Elle est plus que jamais la règle, elle se fait soit :  


    C’est dix-neuf ans après la mort de Louis XIV, qui avait chassé la troupe des Comédiens Italiens, que le Régent les rappelle ; la troupe s’installera à l’hôtel de Bourgogne. En 1762, la troupe des comédiens Italiens fusionnera avec celle de l’Opéra comique.

    A partir de 1773, le théâtre français attaque la troupe ce qui conduira, en 1779, à l’interdiction de représenter des pièces italiennes. Le théâtre des Italiens, dont la particularité est la présence d’une fosse d’orchestre qui conduit à un espace de jeu réduit a longtemps utilisé le masque en guise de costumes

      

      

      

     

     

     

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    La culture populaire est la culture du peuple, lequel est traditionnellement opposé aux élites. Le clivage qui sépare ces deux cultures est néanmoins loin d'être imperméable : la monarchie tente d'harmoniser les cultures « régionales » tandis que les élites tendent à imposer leur manière d'être, caractérisée par la retenue, le contrôle des pulsions et la pudeur. Si le XVIIIe siècle est le siècle du mépris de cette culture populaire, paradoxalement celle-ci suscite l'intérêt à des fins d'apprivoisement, de contrôle des masses.


    Le jugement des élites sur le peuple :

    Le siècle des Lumières est celui du mépris du peuple, considéré comme « une multitude aveugle et bruyante » (d'Alembert). Ce mépris n'est pas nouveau, se retrouvant déjà au XVIe siècle : « Le vulgaire est une bête sauvage, tout ce qu'il pense n'est que vanité, tout ce qu'il dit est faux et erroné, ce qu'il réprouve est bon, ce qu'il approuve est mauvais, ce qu'il loue est infâme, ce qu'il fait et entreprend n'est que pure folie » (Pierre Charon, De la sagesse, 1601). D'Holbach considère qu' « il n'y a qu'un très petit nombre d'individus qui jouissent réellement de la raison ou qui aient les dispositions et l'expérience qui la constituent ». Voltaire conseillait à d'Alembert : « Portez-vous bien, éclairez et méprisez le genre humain » (lettre de 1757). Si ce discours est méprisant, les élites cherchent néanmoins à connaître l'état d'esprit de la population et les bruits qui courent : à Paris, rapporte Louis-Sébastien Mercier, « La Cour est fort attentive aux discours des Parisiens : elle les appelle les grenouilles. Que disent les grenouilles ? Se demandent souvent les princes entre eux. » (Tableau de Paris). En 1745, le contrôleur général Orry ambitionne de dresser un état de l' « esprit public des populations » du royaume en utilisant des méthodes plutôt originales : il conseille aux intendants de « semer les bruits » d'une augmentation des impôts, puis de relever les marques de l'émotion engendrée.

    Puis on tente de contrôler les masses. La monarchie propose à tous les habitants du royaume les mêmes fêtes, rituels et cérémonies : l'entrée du roi dans la ville, un mariage princier, un Te Deum,... De même, l'Eglise tente d'imposer un modèle auquel tous doivent s'identifier, par le biais de l'histoire des saints, les sermons ou catéchismes. Les cultures régionales s'harmonisent dans un processus d'acculturation : l'historien Benoît Garnot parle de « dressage culturel ».


    Aspects de la culture populaire

    La culture populaire au XVIIIe siècle 

    La famille :
      
    La culture populaire au XVIIIe siècle
      
    Nicolas Lancret. Le repas de noces (1735).

    Contrairement aux idées reçues, la famille typique dans la France de l'Ancien Régime est la famille conjugale limitée aux parents et aux enfants (et non la famille large étendue aux grands-parents, aux oncles et cousins). Il peut arriver qu'elle se recompose suite à la mort de l'un des deux parents. Le nombre d'enfants n'est pas non plus très élevé : 3-4 environ. Tout au long du XVIIIe siècle se développe ce que des historiens appellent le « refus de l'enfant » ; un comportement malthusien se développe : on fait moins d'enfants pour mieux s'en occuper tandis que le recours aux pratiques contraceptives s'accentue (recettes de rebouteux, préservatifs en peau de porc, coït interrompu). L'âge du mariage est tardif et recule tout au long du siècle (28 ans pour les garçons, 25 ou 26 pour les filles) ; les remariages sont fréquents (un tiers des mariages implique un veuf ou une veuve).

    La cellule familiale coïncide souvent avec le groupe de travail : le père est aussi le chef de l'exploitation et sa domination se caractérise par exemple par sa place à table. La femme a la quasi-exclusivité des travaux de la maison et du soin des enfants, elle aide aussi son mari pour certains travaux agricoles secondaires.
    La culture populaire au XVIIIe siècle
    Le voisinage tient aussi un rôle important puisque tout le monde fréquente à peu près les mêmes personnes durant le travail et les loisirs. Ces relations de voisinage se marquent entres autres par l'échange de services ou d'outillages pour les travaux agricoles, les repas en commun, les rassemblements pour les veillées d'hiver, les jeux collectifs de boules et de quilles et les devoirs rendus pour les mourants des familles voisines.

    La culture populaire au XVIIIe siècle

      Le raffinement des mœurs


    Au XVIIIe siècle, de nombreux petits guides ou traités de politesse diffusent dans les milieux populaires l'art des bonnes manières, calqué sur les codes nobiliaires. C'est ainsi qu'au cours du siècle, il devient condamnable, même dans les milieux paysans, de mettre la main dans le plat commun : l'usage des ustensiles s'impose (à la fin du XVIIIe, à Chartres, trois habitants sur quatre possèdent des fourchettes et cuillères) ; chacun se retrouve maître de son assiette et de son verre. La promiscuité jouit désormais d'une mauvaise image : il est mal vu de dormir à plusieurs dans un même lit. On apprend aussi à se moucher dans un mouchoir. Le soin du corps gagne en importance et s'inscrit dans le discours scientifique et la croyance en le progrès véhiculés des Lumières ; la mortalité recule partout et les grandes crises démographiques s'espacent puis disparaissent. De nombreux petits traités médicaux ou hygiénistes sont écrits à destination de tous (L'Orthopédie ou l'art de prévenir et corriger dans les enfants les difformités du corps de Boisregard en 1741, l'Education médicinale des enfants de Brouzet en 1754, la Dissertation sur l'éducation physique des enfants de Ballexserd en 1762,...).
    Dernier aspect significatif de la diffusion de la civilité : le recul de la violence. Les crimes jugés sont moins graves et les peines plus légères. La criminalité contre les personnes (meurtres, blessures, coups) recule tandis que celle contre les biens augmente.

    La culture populaire au XVIIIe siècle

    Les lectures populaires :


    Même si le peuple est analphabète dans sa grande majorité, le livre est très présent dans les milieux populaires, même à la campagne. Ceux qui ne savent pas lire profitent des lectures collectives à haute voix durant les veillées de l'hiver. Un livre peut servir pour plusieurs familles. La Bibliothèque bleue, destinée spécialement aux plus pauvres, est la plus connue des collections populaires. Elle comporte des textes issus de genres variés (titres savants, livres religieux, astrologie, cuisine, jardinage, contes de fées, récits chevaleresques, farces,...) tirés d'ouvrages anciens ou de nouveautés dès que le privilège de l'éditeur initial parvient à expiration (souvent 12 à 14 ans). Les libraires n'hésitent pas à retoucher les textes pour les rendre accessibles aux milieux peu cultivés : des paragraphes superflus sont supprimés ou transformés, de nouveaux chapitres sont ajoutés ainsi que des titres et résumés.

    La culture populaire au XVIIIe siècle
    Deux fléaux pour la monarchie : le jeu et la prostitution :


    Les hommes du XVIIIe siècle ont la passion du jeu, qui s'exprime tout particulièrement dans les jeux de hasard. A Paris, les joueurs de loterie se réunissent, dans les coins des rues, dans les cabarets, dans des maisons de jeu pour parier sur tel ou tel numéro. Cette pratique est largement condamnée par les moralistes qui y voient une menace pour l'économie (non-investissement d'une part de l'argent acquis) et la civilité (égoïsme et superstition). En 1793, la Révolution ira jusqu'à interdire la loterie nationale. La monarchie tente d'encadrer ces jeux afin d'éviter toute dérive, ce qui entraîne descentes de police et recours aux mouchards. La répression est particulièrement forte sur un tout autre domaine : la prostitution, fléau qui touche à Paris près d'une femme sur sept en âge de la pratiquer (25 000 personnes). La police arrête en moyenne 800 prostituées tous les ans, lesquelles sont jugées et enfermées provisoirement à l'hôpital de la Salpêtrière.

    La culture populaire au XVIIIe siècle

     
    Etienne Jeaurat, Conduite des filles de joie à la Salpêtrière (1745).



      

    L'éducation dans les milieux populaires :

     

    Les écoles :


    Sous l'Ancien Régime, l'éducation de l'enfant n'est pas faite principalement par les parents mais par les adultes du bourg (voisins, vieillards et amis), par la parole et le travail (association aux travaux des champs, apprentissage des comportements sociaux, etc.). La monarchie ne créé pas d'écoles, celles-ci sont fondées sur l'initiative de l'assemblée des habitants de la paroisse ou d'un bienfaiteur (souvent l'évêque). Dans les villes, des écoles de chant héritées du Moyen Âge subsistent, des petites écoles sont créés par la municipalité, des communautés dévotes ou des particuliers.
    L'enseignement dans les écoles primaires au XVIIIe est surtout assuré par des congrégations spécialisées (la principale est celle des frères des Ecoles chrétiennes, fondée à Reims en 1679). Les garçons et les filles sont séparés, parfois, lorsqu'il n'y a qu'un seul instituteur, celui-ci fait cours alternativement aux filles et aux garçons dans deux salles séparées. Quand les moyens sont insuffisants, une grange, le logis du maître ou le porche de l'église sert de salle de classe. Trois enseignements essentiels sont dispensés : l'éducation religieuse, l'instruction scolaire et des préceptes de civilités. L'enseignement scolaire consiste en l'apprentissage de la lecture et de l'écriture et la maîtrise du calcul (chiffres romains et arabes, les quatre opérations de base et des règles utilitaires : compter en deniers, sols et livres). Les préceptes de civilités concernent les manifestations du corps, les habits, la coiffure, les manières à table.
    L'enseignement est gratuit pour les familles les plus pauvres, mais la perte de travail représenté par la scolarisation des enfants freine les progrès de l'éducation. La scolarité dure jusqu'à 14 ans mais peu restent jusqu'au bout. Par conséquent, l'analphabétisme, s'il recule au XVIIIe siècle, reste très présent : en 1686-1690, 28 % des hommes signent, contre 14 % des femmes ; peu avant la Révolution, on passe à 47 % et 26 %. Le Nord et le Nord-Est de la France sont davantage alphabétisés que le Sud.La culture populaire au XVIIIe siècle

    Faut-il éduquer le peuple ?


    La question de l'éducation du peuple est largement discutée dans le cercle des philosophes. De nombreux textes sont relatifs à ce sujet comme l'Emile de Rousseau (1762), le Mémoire sur l'éducation publique de Guyton de Morveau ou Le Temps perdu ou les écoles publiques (1765) de Maubert de Gouvest. La question « faut-il éduquer le peuple ? » sera posée en dissertation en 1780 aux élites académiques sur l'initiative de Frédéric II et d'Alembert. Les dissertations reçues répondent à peu près également oui et non. L'Eglise considère que l'instruction est utile à l'ordre public, l'ignorance entraînant l'oisiveté et le libertinage. Voltaire au contraire est opposé à l'éducation des masses, ayant crainte que les paysans ne désertent leurs terres : « Moi qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manœuvres, et non des clercs tonsurés […]. Il est à propos que le peuple soit guidé et non qu'il soit instruit. Il n'est pas digne de l'être, il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants ».




    Sources :
    Benoît Garnot. Société, cultures et genres de vie dans la France moderne. Hachette supérieur, 2007.
    Antoine de Baecque, Françoise Mélonio. Histoire culturelle de la France, T. 3, Lumières et liberté. Seuil, 2004.  

    Sources : photographies google

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  • En dépit des analyses ADN pratiquées en 2000 sur le cœur présumé de Louis XVII conservé à la basilique Saint-Denis, on ne peut absolument pas écarter à ce jour l’hypothèse selon laquelle l’enfant mort à la prison du Temple le 8 juin 1795 n’est pas Louis XVII - qui se serait évadé grâce à l’aide de royalistes ou même de républicains, ou qui serait mort antérieurement - mais un enfant plus âgé qui lui aurait été substitué

    Les analyses ADN effectuées en 2000 sur le cœur présumé de Louis XVII (Louis-Charles) conservé à la basilique Saint-Denis, montrent seulement qu’il s’agit de celui d’un enfant apparenté par les femmes à Marie-Antoinette : si le cœur peut donc effectivement être celui de Louis XVII, il peut aussi être celui du premier dauphin (son frère aîné Louis-Joseph) mort le 4 juin 1789. Il n’est en outre pas prouvé que le cœur analysé est bien celui qui fut prélevé par le docteur Pelletan lors de l’autopsie de l’enfant du Temple effectuée le 9 juin 1795. Ces différents cœurs ont en effet chacun eu un parcours mouvementé.

    Louis XVII à l'âge de 8 ans. Peinture d'Alexandre Kurchaski
    Louis XVII à l’âge de 8 ans
    Peinture d’Alexandre Kurchaski
    On sait qu’en 1793, sous la Terreur, l’abbaye du Val-de-Grâce où se trouvaient les cœurs de plusieurs enfants royaux enchâssés dans des boîtes de plomb enfermées dans des boîtes en vermeil, fut profanée. Les boîtes furent fondues et les cœurs jetés à la voirie. Celui de Louis-Joseph, fils aîné de Louis XVI échappa à la profanation grâce au citoyen Legoy, fut transmis en 1817 au maire du XIIe arrondissement de Paris, puis confié à la bibliothèque de l’archevêché de Paris, avant la mise à sac de ce dernier en 1830. Quant au cœur de l’ « enfant du Temple », il fut dans un premier temps conservé par le docteur Pelletan qui, en 1828, le déposa également à l’archevêché, avant de mourir en 1829.

    Lors du sac de cet archevêché le 29 juillet 1830, la bibliothèque aurait ainsi abrité le cœur du premier Dauphin, et le cœur de l’enfant du Temple (supposé être celui de Louis XVII). Cette date marque le début d’une succession de péripéties et de confusions.

    En effet Pierre Pelletan, fils légitime du docteur, habitant à quelques pas de l’archevêché, se rendit sur place quelques heures après le sac et retrouva dans le cabinet de l’archevêque la boîte en plomb abritant le cœur de Louis-Joseph, frère aîné de Louis XVII. Mais c’est le fils naturel du docteur, Philippe-Gabriel Pelletan, qui, recevant un paquet d’un certain Lescroart, ouvrier-imprimeur ayant retrouvé sur les lieux du sac le Mémoire du chirurgien, s’y serait lui aussi rendu le 6 août suivant, et aurait découvert sur un tas de sable le cœur de l’enfant du Temple avec les débris de l’urne qui le contenait.

    On pensa longtemps avoir perdu la trace du cœur pourtant retrouvé par Pierre Pelletan en 1830. Si sa découverte après le pillage est consignée dans l’Aveyron Républicain daté du 2 décembre 1892, l’article s’appuie sur un « témoignage paru dans la Gazette Médicale », sans mention de date ni d’auteur. Les gazettes médicales étant nombreuses, on ne parvint à retrouver ce témoignage qu’en 2002, dans la Gazette médicale de Paris du 3 janvier 1891, qui nous révèle que le fils de Pelletan, apprenant le sac de l’évêché, se serait rendu, « de suite dans le cabinet de l’archevêque où, au milieu des papiers et objets divers qui jonchaient la pièce, il put retrouver la boîte intacte » contenant le cœur de Louis-Joseph.

    Les deux frères Pelletan, Pierre et Philippe-Gabriel, étant brouillés et n’ayant plus aucun contact depuis la succession de leur père en 1829, Pierre ne sut pas que Philippe-Gabriel possédait les restes de l’urne, le cœur prélevé par son père en 1795, ainsi que le Mémoire du docteur. La découverte de ces deux cœurs après le sac de l’archevêché, par deux personnes différentes, chacune ignorant la découverte de l’autre, sera à la source de moult méprises et témoignages contradictoires.

    HISTOIRE du CORSET

      

      

      

      

      

      

      

      

     

     contenant le cœur présumé de Louis XVII.
    Au fond, morceaux de l'urne de Pelletan"
    L’urne remise à don Carlos en 1895, 
    contenant le cœur présumé de Louis XVII.
    Au fond, morceaux de l’urne de Pelletan.
    Lorsque Pierre Pelletan mourut de tuberculose le 12 août 1845, il avait déjà entrepris des démarches auprès des Bourbons pour leur céder le cœur qu’il détenait. Elles furent poursuivies par son fils adoptif Jules, qui mourut en 1873, laissant un fils qu’il maudissait et un testament dans lequel on peut lire : « Ma malédiction paternelle lui a été infligée, et je la confirme ici, dans cet écrit destiné à me survivre ». Le cœur aurait pourtant finalement été transmis au comte de Chambord (mort en 1883), si l’on se réfère à une lettre datée du 17 octobre 1885 écrite par le père Bole, confesseur du comte, précisant que ce Prince avait reçu le cœur du « reliquaire de M. Martin » trouvé par Pierre Pelletan.

    Lorsque Philippe-Gabriel Pelletan mourut en 1879, son exécuteur testamentaire s’adressa à Barrande, administrateur des biens du comte de Chambord, auquel il transmit l’ancien Mémoire du docteur Pelletan père, afin de proposer au Prince ce qu’il affirmait être le « cœur de son cousin ». Barrande répondit que ces « témoignages sont bien indispensables pour contrebalancer les impressions fâcheuses causées par les incidents extraordinaires qui ont troublé la continuité de leur précieux dépôt ». Le comte mourut en 1883 sans avoir donné son accord pour recevoir le « cœur Pelletan » de Philippe-Gabriel (mais il possédait celui découvert par Pierre). C’est seulement en 1895 que don Carlos, neveu de la comtesse de Chambord, en prit possession, emmenant sans doute l’urne au château de Frohsdorf, en Autriche, où le comte avait résidé jusqu’à sa mort.

    Ainsi, les descendants du comte de Chambord détenaient à la fin du XIXe siècle les deux cœurs trouvés par les frères Pelletan : celui du premier Dauphin, et celui de l’enfant mort au Temple. A la mort de don Carlos en 1909, c’est son fils don Jaime qui hérita de Frohsdorf et en laissa la propriété lors de son décès en 1931 à sa troisième sœur Marie-Béatrice. En 1975, les descendantes de celle-ci décidèrent de donner à la France le cœur prélevé le 9 juin 1795 sur l’enfant du Temple supposé être Louis XVII, et une urne censée précisément contenir ce cœur fut remise en avril de cette même année au Mémorial de France à Saint-Denis. C’est le cœur qu’elle contient qui fut analysé en 2000.

    Or d’une part on ne peut affirmer qu’il s’agit de celui que le docteur Pelletan préleva sur l’ « enfant du Temple », d’autre part on peut parfaitement supposer qu’il s’agit du cœur du frère aîné de Louis XVII, les descendants du comte de Chambord ayant été en possession des deux et les analyses ADN ne permettant aucunement de les différencier.

    En outre :
    1° le cœur analysé en 2000 mesurait 8 cm ; celui examiné en 1894 avant sa remise à don Carlos et présenté comme étant celui de l’enfant du Temple mesurait 6 cm
    2° l’affirmation selon laquelle la technique de conservation utilisée en 1789 pour le cœur du frère aîné (supposée être l’embaumement) aurait été différente de celle utilisée en 1795 pour Louis XVII lui-même (mélange alcool/eau), serait erronée : dès le XVIIIe siècle et devant l’inefficacité de la méthode employée encore au siècle précédent, la conservation par le mélange hydro-alcoolique semble avoir été appliquée (celle-ci impliquant, notons-le, une dessication complète du viscère, ainsi qu’une forte réduction de taille). Au demeurant, le cœur de Louis-Joseph, avant d’être remisé dans une boîte de plomb au Val de Grâce, puis à la bibliothèque de l’archevêché de Paris, avait été placé lui aussi dans une urne – ainsi que le remarque Reynald Secher en 1998 –, ce qui confirme l’utilisation d’une solution liquide pour la conservation.

    Notons enfin que lorsqu’en 1894 furent exhumés les restes de l’enfant mort au Temple et enterré au cimetière Sainte-Marguerite à Paris, les médecins affirmèrent qu’il s’agissait d’un enfant d’au moins quatre ans plus âgé que ne l’était Louis XVII.

    Si le résultat des analyses ADN pratiquées en 2000 est incontestable, le cœur analysé peut donc être aussi bien celui de Louis-Joseph, frère aîné de Louis XVII, que celui de Louis-Charles, Louis XVII lui-même. Ainsi, la preuve que Louis XVII serait mort au Temple le 8 juin 1795 n’est toujours pas établie.

    Louis XVII : notice biographique source : http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article3542
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