• Les Favorites Royales

    Les favorites royales

    Les favorites royales c’est un peu l’envers de l’Histoire… la petite dans la grande… des femmes de l’ombre, des amies, des maîtresses, des amoureuses sincères, des confidentes qui ont influencé les plus grands rois jusque dans leur façon de gouverner et d’appréhender le royaume. Derrière chaque grand homme, il y a très souvent une femme influente et aimée. Le cœur à ses raisons que la raison ignore…

     

    Agnès Sorel (1442-1450) , la première…

    D’Agnès Sorel, il nous reste un portrait célèbre de Jean Fouquet, représentant, sous les traits d’une Vierge à l’Enfant, celle que ses contemporains considéraient comme l’une des plus belles femmes du royaume. La jeune femme y apparaît la poitrine à moitié dévêtue, selon la mode qu’elle avait elle-même contribué à lancer à la cour du roi Charles VII.
    Si Agnès Sorel a laissé son nom dans l’histoire, ce n’est pas seulement à cause de sa beauté : c’est aussi parce qu’elle fut la première à porter officiellement le titre de favorite royale du roi de France, inaugurant ainsi une fonction qui allait voir se succéder bien des titulaires jusqu’à la fin du XVIIIe siècle!
    Née vers 1442, fille d’un seigneur appartenant à la suite du comte de Clermont, la jeune Agnès reçoit une éducation soignée et devient dame de compagnie d’Isabelle de Lorraine, épouse du roi René. En 1443, elle rencontre à Toulouse le roi de France Charles VII qui, fasciné par sa beauté, en fait immédiatement sa maîtresse.
    L’influence politique de la belle Agnès fut réelle, elle a ainsi pu favoriser ses protégés et participer aux affaires du royaume. La belle blonde au teint clair a ainsi suscité haines et jalousies. Une autopsie de ses restes réalisée récemment montre que la favorite de Charles VII, morte à vingt-huit ans d’un flux de ventre, a sans doute été empoisonnée… la vie de favorite royale était une fonction dangereuse. Louis XI, le fils de Charles VII, serait l’auteur de cet empoisonnement, ne supportant plus de voir sa mère, Marie d’Anjou, souffrir de la présence de la maîtresse de son mari.

    Anecdote:
    Depuis deux siècles, l’Hôtel Lallemant de Bourges, maintenant Musée des Arts Décoratifs, possède une mèche de cheveux bruns attribuée à Agnès Sorel, qui était blonde. L’étude effectuée en 2004/2005 sur les restes de la favorite du tombeau de Loches a permis d’authentifier la mèche de cheveux de Bourges. La couleur actuelle serait le résultat naturel du passage des siècles.

    Pour en savoir plus:
    - Philippe Robert, Agnès Sorel, Hachette, Paris, 1983
    - Françoise Kermina, Agnès Sorel : la première favorite, Perrin, Paris, 2005

     

    Madame de Montespan (1640-1707): La passionnée…

    « A la plus surprenante beauté, elle joignait l’esprit le plus vif, le plus fin, le mieux cultivé, cet esprit héréditaire dans sa famille », écrira Madame de Sévigné, pourtant peu prodigue de compliments, de celle qui fut l’une des plus célèbres maîtresses du Roi Soleil. Françoise de Rochechouart de Montemart est en effet issue d’une des plus vieilles familles de la noblesse d’épée, et se fait remarquer très tôt par sa beauté et son esprit. Arrivée à la cour de France à la fin des années 1650 grâce à la protection de la reine-mère Anne d’Autriche, elle épouse en 1663 le marquis de Montespan, dont elle aura deux enfants.
    C’est toutefois sa rencontre avec le jeune roi Louis XIV, en 1666, qui décide de son destin. La blonde beauté supplante rapidement dans le coeur du monarque la duchesse de la Vallière : dès 1667, elle est la maîtresse en titre du roi. Le marquis de Montespan a du mal à accepter son sort et vient faire scandale à la cour, il sera exilé jusqu’à la fin de ses jours sur ses terres de Champagne. Il ne fait pas bon être le mari d’une favorite royale…
    La belle Athénaïs, le surnom précieux que s’est choisi la marquise, va commencer un règne fastueux exerçant sur le coeur du roi une grande influence qui lui permit d’obtenir de l’autorité dans les affaires du royaume. Ministres et courtisans réclamaient son avis et suivaient ses conseils. Elle fut au coeur de nombreux secrets d’État. Elle créa également autour d’elle une cour brillante et protégea des artistes tels que La Fontaine ou Molière.
    La belle Athénaïs finira pourtant par tomber en disgrâce suite à l’affaire des Poisons: accusée d’avoir fréquenté l’empoisonneuse La Voisin et participé à des messes noires et autres sacrifices… Compromise à tort (on le sait aujourd’hui) la marquise est mise à l’écart par Louis XIV après 1680, non sans lui avoir donné sept enfants dont six furent légitimés. Leur éducation avait été confiée à Madame de Maintenon, future épouse du Roi Soleil et grande rivale de Madame de Montespan. Epuisée par cette vie, elle se retire et meurt à l’âge de 66 ans.
     

     

    Pour en savoir plus:
    - Jean-Christian Petitfils, Madame de Montespan, Fayard, 1988
    - Jean Teulé, Le Montespan, Julliard, 2008, Grand Prix du roman historique.

     

    La marquise de Pompadour (1721-1764): La plus célèbre…

    Jeanne-Antoinette Poisson, de naissance modeste, n’est pas arrivée par hasard dans le lit du roi Louis XV: son accession au rang de favorite royale est au contraire le résultat d’un stratagème minutieusement élaboré. Invitée à un bal masqué organisé par le roi en mars 1745, à l’occasion du mariage du dauphin, elle est présentée à Louis XV par les frères Parîs, ses protecteurs influents. Charmé, le roi l’installe rapidement à Versailles et fait aménager un escalier secret qui lui permet de rejoindre à tout moment les appartements de sa nouvelle maîtresse.
    Une simple roturière devenue favorite du roi!!! Cela n’est guère du goût de la famille royale, ni de la plupart des courtisans eux-même issus de la noblesse, et Jeanne se retrouve rapidement en butte à des « poissonnades », chansons malveillantes qui rappellent que son père, François Poisson, était un escroc.
    Cela n’empêche pas la belle Jeanne d’obtenir du roi, dès juillet 1745, le marquisat de Pompadour, ni d’exercer jusqu’à sa mort un rôle politique inédit pour une favorite. La marquise, il est vrai, a cessé assez vite, toute relation intime avec le roi pour devenir sa confidente, son amie dévouée, et aussi l’ordonnatrice de ses plaisirs, n’hésitant pas à fournir à Louis XV tout un cheptel de jeunes filles, logées dans la Maison du Parc aux Cerfs à Versailles. Elle conserve ainsi sur Louis XV une influence paradoxalement bien plus grande que si elle était demeurée sa maîtresse et règne sur les affaires du royaume pendant près de quinze ans. A la cour, Jeanne-Antoinette s’entoure d’artistes, d’écrivains et de philosophes : outre Diderot, Voltaire ou d’Alembert, la marquise convoque des peintres et des architectes pour donner un nouveau goût aux appartements du château. C’est ainsi que naît le style « Louis XV » ou « Pompadour ». Si Jeanne-Antoinette n’est plus la maîtresse du roi, elle a su rester l’amie fidèle et s’intéresse bientôt aux affaires de l’État : elle prend des décisions politiques, nomme et renvoie les ministres. L’Impératrice d’Autriche Marie-Thérèse lui écrira personnellement, sollicitant l’appui de la France contre la Prusse. Jeanne-Antoinette poussera Louis XV à soutenir l’Autriche : il en résultera la guerre de sept ans de 1756 à 1763. Elle occupe ainsi la place virtuelle de premier ministre du roi et siège au Conseil.
    Épuisée par des années d’intrigues à la cour, elle meurt le 15 avril 1764 au château de Versailles. Elle fut la seule favorite à mourir dans la demeure royale. Le roi organisa ses obsèques mais ne pu y assister. En regardant le convoi funéraire depuis son balcon, Louis XV déclara « Voilà les seuls devoirs que j’ai pu lui rendre…une amie de vingt ans ». Le souverain manifesta un profond chagrin à la mort de celle qu’il n’avait jamais cessé d’aimer.

    Anecdotes:
    La légende veut que la marquise de Pompadour ait eu une passion pour la soupe de truffes et de céleri arrosée de tasses de chocolat ambré « échauffant les esprits et les passions ».
    Grande amatrice de champagne, dont elle aurait dit, selon la légende, qu’il est « le seul vin qui laisse la femme belle après boire », elle favorisa sa consommation à Versailles. Une légende veut que la première coupe de champagne fût moulée sur son sein.


    Pour en savoir plus:

    - Gallet, Danielle, Madame de Pompadour ou le pouvoir féminin, Fayard, 1985 ;
    - Lever, Évelyne, Madame de Pompadour, Perrin, coll. « Tempus », 2003.

    Toutes ces femmes, officielles non officielles, ont influé sur le coeur de grands rois et ont joué leurs rôles dans la grande Histoire qui nous est léguée aujourd’hui. Elles ne sont pas les seules, bien évidemment : Diane de Poitiers et Henri II, Gabrielle d’Estrées et Henri IV, la comtesse du Barry et Louis XV (etc.) sont autant d’autres exemples et il ne serait pas difficile de remonter jusqu’à nos jours… les favorites… ces femmes choisies pour leur beauté et bel esprit, qui ont à chaque fois réussi (pour celles qui le voulaient vraiment) à devenir plus que de simples maîtresses dévouées. Certaines femmes ont eu le pouvoir sur les coeurs et la cour.

     

    La petite reine de Louis XV Mme O"M

    Le 21 octobre 1737 à Rouen, Mme O’Murphy, épouse de Daniel O’ Murphy, met au monde une petite fille baptisée Marie-Louise. L’enfant passe son enfance au couvent où elle apprend « les manière du monde » puis elle revient dans sa famille aristocratique quoique point fort aisée. Marie-Louise ne semble pas être destinée à avoir une place importanteMarie_Louise dans l’histoire de France. La seule fortune de Marie-Louise reste sa beauté. On la dit jolie, fine, enjouée, blonde (ou brune selon les témoignages) bref, elle plait. En 1752, Mademoiselle O’Murphy rencontre Lebel, valet de chambre du roi Louis XV. Il semble bien que les mérites physiques de la jeune Marie-Louise aient couru jusqu’ à Versailles. Il faut dire que la même année, le peintre François Boucher avait fait de la belle demoiselle un magnifique portrait qui mettait bien en lumière la beauté de Marie-Louise. C’est donc à partir de 1752 que Marie-Louise O’Murphy, 15 ans –que tout le monde nomme désormais « la belle Morphise »- devient la maîtresse de Louis XV qui fut conquis par sa beauté, sa jeunesse et sa naïveté. Pas si naïve que cela pourtant notre Marie-Louise : outre son talent de musicienne, elle influence Louis XV et lui ouvre les yeux sur l’avancée du mouvement philosophique orchestré par Voltaire. Maîtresse oui mais pas favorite en titre pour autant. En effet, la marquise de Pompadour tient toujours cette place à la cour de Versailles même si depuis 1750, elle ne partage plus le lit du Bien-Aimé. Jeanne-Antoinette de Pompadour est désormais l’amie de Sa Majesté mais entend conserver sa place privilégiée à la cour. Ainsi, c’est elle qui choisi les maîtresses du roi et veille à ce que Louis XV s’en lasse rapidement. La marquise craint en effet qu’une nouvelle favorite ne la fasse chasser du palais. Or, cette fois, Jeanne-Antoinette n’a Marie_Louise_O_Murphypas choisi la belle Morphise. Le roi est allé la chercher lui-même sans la consulter. Le monarque tient à rester discret et installe Marie-Louise au parc aux cerfs (notre actuel Quartier Saint-Louis). La jeune femme a à sa disposition deux cheveux et une voiture pour la conduire au palais lorsque le roi la réclame. Parfois, c’est lui qui se déplace de nuit jusque chez le belle Morphise. Louis XV ne semble pas envisager d’en faire une nouvelle favorite officielle. Pour parler de sa petite maîtresse en public, Louis XV utilise le terme de « Sirette » le féminin de « Sire ». Ceux qui connaissaient la liaison du souverain en déduisaient bien que Marie-Louise O’Murphy était devenue la petite reine de Louis XV. Le 20 juin 1754, Marie-Louise met au monde une fille, Agathe-Louise de Saint-Antoine de Saint-André. Cette naissance conforte la position de la jeune mère et Mlle O’Murphy se voit déjà déclarée maîtresse en titre. D’ailleurs, le roi semble de plus en plus épris d’elle. Marie-Louise fini par exiger de son royal amant qu’il l’installe à Versailles et renvoie la marquise de Pompadour qu’elle surnomme « la vieille ». Cela déplait beaucoup à Louis XV qui n’envisage pas du tout de se séparer de la marquise. Marie-Louise va jusqu’à s’allier avec le clan anti-Mme de Pompadour, ce qui la perd aux yeux du roi. En 1755, la belle Morphise doit épouser, selon les vœux de Louis XV, Jacques de Beaufranchet d'Ayat, officier du régiment de Beauvais. La belleMademoiselle_de_Morphise Mophise partait avec 20.000 livres de dot et 1000 livres de bijoux. Marie-Louise ne reverra plus le roi à qui elle a voulu imposer trop tôt ses exigences. Son époux décède le 5 novembre 1757 à la bataille de Rossbach. Le 22 novembre, Marie-Louise accouche d’un fils, Louis-Charles-Antoine comte de Beaufranchet (mort en 1812). A 20 ans, le jolie veuve ne compte pas rester seule et se remarie en 1759 avec François le Normand comte de Flaghac. De cette union naquit une fille, Marguerite en 1768. En 1783, Marie-Louise était de nouveau veuve et convola en troisième noces en 1795 avec Louis-Philippe Dupont dont elle divorça en 1797. La petite reine de Louis le Bien-Aimé mourut à Paris le 11 décembre 1814 à l’âge de 77 ans. Sa royale fille, Agathe-Louise avait épousé en 1773 René-Jean-Mans de La Tour du Pin. Elle décéda le 2 septembre 1774 à peine âgée de 20 ans.  

     

    Madame Du Barry

     

    Dernière favorite de Louis XV (1743-1793)

    Jeanne Bécu, dite « Mademoiselle Vaubernier », succède à Madame de Pompadour comme favorite du Roi. Il l’installe à Versailles en 1769. Malgré les manigances du duc de Choiseul, secrétaire d’Etat, et le mépris de la dauphine Marie-Antoinette, elle s’impose à la cour jusqu’à la mort de Louis XV. Amatrice d’art, elle protège peintres et artisans et cultive le style néo-classique à Versailles.

     

    Quand il rencontre Madame Du Barry, Louis XV est âgé. Il a perdu, entre autre, son fils le Dauphin Louis-Auguste, son épouse, Marie Leszczinska et sa maîtresse, devenue amie, Madame de Pompadour. Quand Richelieu entend parler de Jeanne Bécu, il souhaite la présenter à Louis XV. C’est chose faite en 1768, grâce à Lebel, premier valet de la chambre du Roi. Mariée au Comte Guillaume Du Barry à 26 ans, en 1769, la comtesse est présentée à la cour et devient la nouvelle favorite officielle du souverain, séduit par sa beauté. Et ce malgré les plans du duc de Choiseul qui aurait souhaité que sa sœur, la duchesse de Grammont, occupe cette place de choix.

    A l’égal de bien des favorites, Madame Du Barry vit confortablement. Installée au second étage des Cabinets du Roi, elle jouit de ses privilèges, reçoit bijoux et domaines, notamment celui de Louveciennes où elle séjourna. Attentive à l’artisanat ainsi qu’à la peinture, elle commande nombres de pièces au menuisier Delanois, à l’ébéniste Leleu et aux peintres Fragonard et Vien. Amie de Voltaire, elle lui rend visite jusqu’à la mort de ce dernier en 1778.

    Mais la favorite n’est pas épargnée par les intrigues de la cour qui se jouent contre elle. Sa beauté déclenche bien des jalousies et ses origines douteuses provoquent le dédain de la dauphine Marie-Antoinette, partisane du camp Choiseul. En 1771, elle triomphe de son ennemi puisque Louis XV décide de le renvoyer.

    A la mort du roi, en mai 1774, sur ordonnance de son successeur Louis XVI, elle est chassée de Versailles et emmenée au couvent du Pont-aux-Dames à Meaux. En 1776, elle se retire à Louveciennes. Dénoncée pendant la Terreur, elle est guillotinée en octobre 1793.

     

     

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