• Madame ROLAND, une égérie de la Révolution... guillotinée par ses compatriotes.

     

    REVOLUTION 1789

     

      

      

    MADAME ROLAND — Jeanne-Marie ou Manon Philippon, Madame Roland (1754-1793). Fille d'un graveur parisien, elle prit feu pour les idées nouvelles et devint, de mémoire d'homme, la première femme chef de parti. Historienne et écrivain(e), elle partageait avec son mari, Roland de la Platière(1734-1793), un même amour de la littérature et de la philosophie.

    Manon Roland, ou Jeanne Marie, ou Manon Phlipon, communément appelée Madame Roland, devenue par mariage vicomtesse Roland de la Platière, née le 17 mars 1754 à Paris et morte guillotinée le 8 novembre 1793 à Paris, est une figure de la Révolution française.

    Elle joua un rôle considérable au sein du parti girondin, et poussa son mari au premier plan de la politique.

    Égérie du parti Girondin, son salon dans un appartement de l'hôtel Britannique, rue Guénégaud (près du futur Institut à Paris) attirait, vers 1791, une kyrielle d'hommes politiques d'extrême gauche comme Jacques-Pierre Brissot de Warville, Joseph Bosc, Jérôme Pétion de Villeneuve; Armand Gensonné, Louvet de Couvray, Sébastien Roch Nicolas Chamfort, Charles Henri Barbaroux, Maximilien Robespierre, François Lanathenas, Camille Desmoulins, Pierre Victurien Vergniaud, Marguerite-Élie Guadet, Henriy Bancal, Honoré Maximin Isnard, Caritat, marquis de Condorcetet François Nicolas Buzot, son admirateur éperdu.

    Elle fut conduite à l'échafaud en compagnie de l'élite de son parti. En lui tranchant le col, c'est un peu elle-même que la Révolution guillotina. Prévenu, son époux ne put supporter une telle nouvelle et s'enleva la vie, sur le champ.

    Elle est la fille de Gatien Phlipon (que l’on peut aussi écrire Philippon), maître graveur place Dauphine, homme aisé. Dès son plus jeune âge, Manon est une enfant très intelligente, au caractère ferme et résolu, et montre de grandes aptitudes pour les études et un esprit vif et enthousiaste. À huit ans, elle se passionne pour la lecture de la Vie des hommes illustres et Plutarque reste un de ses auteurs favoris. Sa passion pour cet écrivain perdure tout au long de sa vie — puis Bossuet, Massillon, et des auteurs de la même veine, Montesquieu, Voltaire.

      

    La lecture de la Nouvelle Héloïse parvient à la consoler du profond chagrin qu’elle éprouve à la mort de sa mère, et Rousseau reste son maître. Avec la maturation de son esprit, elle abandonne l’idée d’entrer au couvent et adhère à l’enthousiasme de la République qui l’a imprégnée depuis le début de ses études. Elle est inspirée par ses lectures avec cynisme et audace. En 1774, elle séjourne quelque temps au château de Versailles, ressentant comme une insulte le mépris dans lequel la noblesse tient les bourgeois. Manon n’oubliera jamais la haine qu’elle ressent alors de cette occasion.

     

    Son mariage :

    Sa mère morte, la jeune fille se consacre à l’étude, et à la tenue du ménage de son père. Belle, l’« attitude ferme et gracieuse », le sourire « tendre et séducteur », la fille du graveur a de nombreux soupirants, mais refuse toutes les propositions de mariage. En 1776, elle fait la connaissance du vertueux et sévère Jean Marie Roland de la Platière, de vingt ans son aîné, son égal tant au niveau intellectuel qu’à celui du caractère. Le 4 février 1780, après de multiples hésitations, elle l’épouse. De cette union naît Eudora Roland.

     

    La vie commune :

    La vie conjugale n’enchante guère Manon, ni la vie quotidienne aux côtés de l’inspecteur des manufactures qui l’utilise pour ses propres recherches sans se préoccuper de ses aspirations, « Mariée dans tout le sérieux de la raison », avouera-t-elle dans ses Mémoires, « je ne trouvais rien qui m’en tirât ; je me dévouais avec une plénitude plus enthousiaste que calculée. À force de ne considérer que la félicité de mon partenaire, je m’aperçus qu’il manquait quelque chose à la mienne ». Le ménage habite Amiens, puis la région lyonnaise. Dans les premiers temps de leur mariage, Madame Roland écrit des articles politiques pour le Courrier de Lyon. Quand le couple gagne Paris à la fin de 1791 la Révolution donne enfin à Manon l’occasion de mettre fin à cette vie terne et monotone. Enthousiasmée par le mouvement qui se développe, elle se jette avec passion dans l’arène politique, la jeune femme commence à prendre un rôle encore plus actif.

     

    Sous la Révolution :

    Manon Roland coiffée du bonnet girondin.

    Manon décide alors de faire un salon qui devient le rendez-vous de nombreux hommes politiques influents, Brissot, Pétion, Robespierre et d’autres élites du mouvement populaire dont notamment Buzot. Il est presque inévitable qu’elle-même se retrouve au centre des inspirations politiques et préside un groupe des plus talentueux hommes de progrès. Grâce à ses relations au sein du parti girondin, Roland devient ministre de l’Intérieur le 23 mars 1792. Dès lors, dans l’hôtel ministériel de la rue Neuve-des-Petits-Champs, Manon devient l’égérie du parti girondin.

      

     Barbaroux, Brissot, Louvet, Pétion, et aussi Buzot auquel la lie une passion partagée, assistent aux dîners qu’elle offre deux fois par semaine. Manon, cependant, reste fidèle à Roland, ce « vénérable vieillard » qu’elle « aime comme un père ». Aux côtés de son mari, elle joue, au ministère de l’Intérieur, un rôle essentiel, rédigeant notamment la lettre dans laquelle Roland demande au roi de revenir sur son veto, lettre qui provoque son renvoi le 13 juin 1792. Lorsque son mari retrouve son portefeuille après le 10 août, Manon dirige plus que jamais ses bureaux. Après les massacres de septembre qui la révoltent mais contre lesquels elle n’agit pas, elle voue à Danton une haine chaque jour plus féroce.

    Aussi entière et acharnée dans ses haines que dans ses affections, l’égérie des Girondins attaque Danton de plus en plus violemment par la voix de Buzot. Sachant d’où viennent ces attaques, le tribun s’écriera : « Nous avons besoin de ministres qui voient par d’autres yeux que ceux de leur femme ». Manon, dès lors, devient furieuse. Cependant, les Montagnards multiplient les attaques contre les Girondins et en particulier contre Roland surnommé « Coco Roland », Manon devenant « Madame Coco » ou « la reine Coco ».

     

    La fin :

    Le ministre de l’Intérieur démissionne et son épouse s’éloigne de la politique et de son cher Buzot. Le 31 mai 1793, lors de la proscription des Girondins, elle ne fuit pas, comme elle aurait pu le faire et comme le font entre autres son mari et Buzot. Son mari s’échappe vers Rouen, mais se laisse arrêter. Au matin du 1er juin 1793, elle est arrêtée et incarcérée dans la prison de l’Abbaye. Détachée de la vie, libérée de la présence de son mari, elle ressent son arrestation comme un soulagement et l’écrit à Buzot dans une de ces pages de la correspondance passionnée et déchirante qu’ils échangent alors : « Je chéris ces fers où il m’est libre de t’aimer sans partage ». Elle est libérée le 24 juin. Relâchée pendant une heure, elle est de nouveau arrêtée et placée à Sainte-Pélagie puis transférée à la Conciergerie. En prison, elle est respectée par les gardiens et certains privilèges lui sont accordés. Elle peut ainsi avoir du matériel pour écrire et peut recevoir des visites occasionnelles de ses amis dévoués. C'est là qu'elle écrit son Appel à l’impartiale postérité, ses Mémoires destinés à sa fille Eudora où elle montre une étrange alternance entre louanges personnelles et patriotisme, entre l’insignifiant et le sublime.

    Elle est jugée le 8 novembre 1793. Toute vêtue de blanc, elle se présente devant le Tribunal révolutionnaire. Le procès se déroule entre 9 h et 14 h 30. Sa sentence est mise à exécution le soir même. Manon monte, avec une grande sérénité, presque avec de la joie, dans la charrette qui la conduit vers le lieu du supplice, la place de la Révolution (rebaptisée depuis place de la Concorde). Passant devant la statue de la Liberté (installée afin de commémorer la journée du 10 août 1792), elle se serait exclamée, peu avant que ne tombe le couperet de la guillotine :

    « Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »

    Deux jours plus tard, apprenant la mort tragique de sa femme, Jean Marie Roland se suicide le 10 novembre 1793 à Bourg-Beaudouin, dans l'Eure, sur la route entre Rouen et Paris. Buzot, qui ne l’apprendra qu’en juin 1794, se donne lui aussi la mort, près de Saint-Émilion.

    Pour ce qui suit : [citation nécessaire]

    Sa petite fille Eudora, devenue orpheline, fut recueillie par Jacques Antoine Creuzé-Latouche. Après le décès de ce dernier, en 1800, ce fut le célèbre minéraliste et botaniste Louis-Augustin Bosc d'Antic, grand admirateur de Manon Roland, qui se chargea de l’éducation de la petite orpheline. Il tomba amoureux de la jeune Eudora alors âgée de quatorze ans, mais s’éloigna d’elle. Elle épousera, quelques mois plus tard, un autre admirateur de sa mère, Pierre Léon Champagneux.

    « LA CITOYENNE CORDAYMadame Marie-Anne LAVOISIER. »
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