•   Marie-Madeleine Fourcade, au bout de la Résistance 

      

      

      

    Dans la chambre de la clinique Philippe Pétain, à Toulouse, la fillette est veillée jour et nuit par sa mère. Mais le Dr Charry, qui a opéré avec succès l’enfant, est intrigué par cette femme qui ne s’adonne ni à la lecture ni au tricot, ni même à la correspondance. Chaque fois qu’il entre, elle cache des documents, des plans, des organigrammes étalés sur le parquet. Rapidement, il comprend et lui fournit une table. Au coeur de l’année 1942, Marie-Madeleine Méric anime l’un des plus importants réseaux de renseignements de la Résistance, comptant déjà plusieurs centaines d’agents dont chacun porte le nom d’un animal. "L’Arche de Noé" va rapidement devenir la bête noire des Allemands.

    Comment cette jeune femme, fille d’un représentant des Messageries maritimes françaises et d’une mère au foyer, en est-elle arrivée là ? Certes, elle a pour ancêtre le marquis de Bacqueville, l’un des premiers hommes volants : il s’est jeté du toit d’un immeuble en 1742, des ailes accrochées aux bras et aux jambes ! De plus, elle passe ses premières années en Extrême-Orient, au gré des affectations de son père. Sa mère a toujours préféré, contrairement aux usages, suivre son mari dans ces pays lointains et exotiques, malgré l’hygiène incertaine, les maladies tropicales et les moyens d’enseignement rudimentaires. Sur l’insistance de ses grands-parents, elle est quand même née à Marseille, le 8 novembre 1909. Le beau rêve s’arrête au début des années 1920, lorsque son père s’éteint prématurément d’une maladie tropicale. La mère rapatrie ses trois enfants à Paris.

    La petite fille intrépide, blonde aux grands yeux bleus, gardera toujours un souvenir émerveillé de ces villes cosmopolites comme Shanghai où elle a grandi. À 17 ans, Marie-Madeleine se destine à une carrière de virtuose du piano. Elle joue huit heures par jour mais c’est le mariage qui l’attend, avec un jeune officier, Édouard Jean Méric, né à Marseille comme elle. La vie auprès de ce Saint - Cyrien autoritaire qui évolue entre le sud de la France et le Maroc ne la rend pas heureuse, malgré la naissance de Christian puis de Béatrice. Ils se séparent finalement et Marie-Madeleine revient vivre à Paris avec ses enfants.

    Commence alors pour elle une vie mondaine où elle fréquente, dans le salon de sa soeur Yvonne, mariée à un officier de grande famille, des militaires, des chefs d’entreprises, des journalistes. En ce milieu des années trente, tout ce beau monde est anxieux de la popularité croissante d’Hitler en Allemagne et s’indigne de l’absence de réaction de la France à l’occupation de la Rhénanie. Un jour de 1934, une vive discussion s’engage entre un certain lieutenant colonel Charles de Gaulle et son condisciple de l’École de guerre, le commandant Georges Loustaunau-Lacau, un anti-communiste convaincu.

    Les deux hommes semblent d’accord sur un point : si des mesures urgentes ne sont pas prises pour remodeler le dispositif militaire, la France sera écrasée par l’Allemagne, son armée s’écroulera comme un château de cartes. Le lendemain, Marie-Madeleine est surprise de recevoir un appel du commandant Loustaunau-Lacau. Il est vrai qu’elle n’a pas été insensible à l’autorité et à la force de caractère de cet officier d’origine béarnaise, héros de la Grande Guerre, mais elle est encore mariée… Il se présente chez elle quelques heures plus tard. Inquiète, la séduisante et élégante jeune femme ne sait quelle attitude adopter. De façon tout à fait inattendue, ce n’est pas d’amour qu’il va lui parler mais de politique et d’activité secrète. "La situation est encore pire que vous ne l’imaginez, il faut absolument ouvrir les yeux des dirigeants de ce pays sur les intentions du Grand État Major allemand". Il lui propose d’aller chercher à Bruxelles des documents "qui ne doivent pas voyager par la Poste" et de les rapporter en voiture. Débute alors pour Marie-Madeleine une période d’intense activité clandestine.

    Organisatrice née, elle se rend vite indispensable à Loustaunau- Lacau qui constitue un réseau de renseignement aux multiples ramifications. Elle réalise des fiches sur les volontaires qu’il recrute : militaires, hauts fonctionnaires, médecins…, les rencontre, jauge leur compétence. Comment pourraient-ils se douter que cette jeune femme vêtue avec goût, à la beauté fine et racée, à la voix sourde et sensuelle, est en train de les évaluer ? Cette activité clandestine n’empêche pas la jeune femme d’exercer une profession officielle. Embauchée par la toute nouvelle Radio Cité créée par Marcel Bleustein-Blanchet, elle devient journaliste. Les années passent, la tension internationale s’accentue. Marie-Madeleine est toujours aussi admirative de son mentor qui vient de créer l’Union militaire française (UMR). Elle lui a même trouvé un nom de code, Navarre, mais elle déplore chaque jour un peu plus son goût pour les arcanes de la politique.

    Les 13 et 14 mai 1940, les chars allemands franchissent la Meuse à Sédan. L’État major croit à une diversion. Fatale erreur, l’armée française est dépassée, la défaite inéluctable. Mobilisé, Loustaunau-Lacau enrage contre le général Weygand qui n’a pas compris la bonne tactique, celle du hérisson. "Il faudrait se mettre, comme le petit animal, en boule devant l’ennemi, le laisser s’enfoncer dans les profondeurs du pays puis, quand il se serait aventuré trop loin, reprendre l’offensive en déployant les piquants". Paris occupé, le gouvernement français en exil, le réseau patiemment constitué par Marie-Madeleine vole en éclats.

    Après avoir laissé ses enfants en Vendée pour l’été, la Marseillaise rejoint le Sud-Ouest, comme convenu avec Navarre avant sa mobilisation. Elle n’entend pas l’appel du général de Gaulle le 18 juin 1940 et refuse de se réjouir, avec ses amis, de l’armistice signée le 22 juin à Rethondes. Lucide et visionnaire, elle en est persuadée : "grâce à la lâcheté de Pétain, tout cela n’est qu’un commencement". Blessé à Châlons-sur-Marne, Loustaunau-Lacau s’échappe de l’hôpital et rejoint ses compagnons. Marie-Madeleine propose de se rendre en Angleterre, il refuse d’être maltraité par Churchill et d’avaler des couleuvres comme de Gaulle. "C’est à Vichy qu’il faut aller". La capitale provisoire de la France grouille d’hommes d’affaires, de policiers, de militaires… Grâce à ses relations politiques, Loustaunau-Lacau obtient du maréchal Pétain d’être nommé délégué général de la Légion française des anciens combattants, une situation idéale pour jeter les bases d’un nouveau réseau qu’ils baptisent la "Croisade". Marie - Madeleine est officiellement chargée du volet social : accueil des anciens combattants, fourniture de repas…

    Installée à Vichy, elle confie Béatrice à sa mère et place Christian en pension à Sarlat. Hélas, cette couverture ne dure pas. Soupçonnant quelque activité clandestine, Pierre Laval ordonne le renvoi de Loustaunau-Lacau. Qu’à cela ne tienne, les deux complices poursuivent leur action dans le Sud-Ouest, ralliant à leur cause des civils et des militaires hostiles au régime de Vichy. L’efficacité de Marie-Madeleine suscite l’admiration de son mentor qui la présente ainsi au commandant de marine Jean Boutron : "elle est le chef d’état-major, le pivot sans lequel rien ne peut tourner. Elle a une mémoire d’éléphant, une prudence de serpent, un instinct de fouine, une persévérance de taupe et elle peut être méchante comme une panthère. Une vraie arche de Noé à elle toute seule". Si les jeunes recrues n’osent pas broncher devant cette femme volontaire qui leur apprend à coder et décoder des messages, les hommes plus âgés font preuve d’une certaine méfiance : comment une femme peut-elle occuper de telles responsabilités ?

      

     

    D’autres encore, tel le commandant d’aviation Léon Faye, sont d’emblée séduits par son charisme. Au début de l’année 1941, le réseau désormais identifié sous le nom de "Alliance" fait le choix de travailler pour l’Intelligence Service, les services secrets anglais. Marie-Madeleine, dont les Britanniques ignorent l’identité, prend en charge la zone occupée, Loustaunau Lacau, la zone libre et l’Afrique du Nord. Leur mission, fournir le maximum de renseignements, via des postes émetteurs, sur les mouvements, les forces, les équipements des Allemands. Pour atténuer les inquiétudes de ses enfants, privés de leur mère, elle leur présente son métier comme un grand jeu amusant où il faut se cacher, ruser, se taire. Un jeu dangereux qui aboutit, au mois de juillet, à l’arrestation de Navarre.

     

    Recherché pour avoir fomenté un putsch en Afrique du Nord contre le gouvernement, le chef s’est laissé prendre bêtement, en voulant embrasser ses enfants. Marie-Madeleine est effondrée, le réseau est décapité, qui va pouvoir prendre la relève ? Ses plus proches collaborateurs lui font remarquer qu’elle seule est capable de poursuivre l’action. Elle connaît tout d’Alliance, les noms des agents, les planques, les circuits financiers. Sous le pseudonyme de POZ 55, elle reprend courageusement le flambeau, réussissant un coup de maître en fournissant à l’Intelligence Service les plans des alvéoles de sous-marins allemands en construction à Saint Nazaire.

     

    Mais en novembre 1941, une dénonciation conduit à l’arrestation d’agents à Paris et à la saisie d’archives. Basée à Pau, Marie-Madeleine échappe de peu à la police. Folle
    d’inquiétude, elle apprend qu’en voulant franchir la ligne de démarcation, sa mère a été interceptée pour être interrogée. Une rencontre avec les Anglais s’impose. Cachée dans un sac de courrier diplomatique destiné à l’ambassade de France en Espagne, elle se rend jusqu’à Madrid et se présente au major Richards, non sans avoir pris soin de se vêtir élégamment. "Vous nous avez bien eus !" s’exclame-t-il en constatant qu’il a affaire à une femme. Après avoir jeté les bases d’une nouvelle collaboration, elle rentre à Marseille et apprend qu’un de ses agents a été emprisonné et fusillé. Heureusement, ses enfants ont été cachés, ils sont en sécurité. Pour continuer son action, elle a besoin d’un second sur qui elle pourra compter. Ce sera Léon Faye, qu’elle arrive à convaincre tout en douceur pour ne pas froisser sa susceptibilité de mâle. Juillet 1942, la France découvre l’horreur des premières rafles de juifs.

     

    "Je ne voyais plus la Provence en fête, se lamente Marie-Madeleine. Seuls me hantent le Vel d’Hiv, les massacres futurs, la lâcheté de mon pays". Le réseau est partiellement démasqué, les archives ont livré leurs secrets à la police. Par chance, elle n’est pas arrêtée car l’amiral Darlan, commandant en chef des forces de Vichy, estime qu’il peut lui être utile de se rapprocher des Britanniques. Sollicitée, elle esquive, fait mine de vouloir tout arrêter et va retrouver ses enfants dans la maison familiale de Mougins, dans les Alpes Maritimes. Un retrait qui ne durera pas bien longtemps. Profitant de cette pause pour faire opérer Béatrice à Toulouse, dans la clinique du Dr Charry, elle reprend de plus belle ses activités clandestines dès le rétablissement de la fillette qu’elle confie de nouveau à sa mère. Direction sa ville natale de Marseille avec Léon Faye où elle rencontre un jeune Parisien, Hubert Fourcade, qui veut partir à Londres. Le réseau de "L’Arche de Noé", comme l’appelleront les Allemands, entre en action. Chaque membre porte un nom d’animal : Marie-Madeleine est hérisson, Léon Faye aigle... D’autres se prénomment abeille, mérou, belette, lapin…

     

    Longtemps, la Gestapo recherchera une espionne anglaise du nom de Mrs Harrisson ! Alliance comptera jusqu’à 3 000 agents dont un quart de femmes, souvent jeunes et jolies, qui se spécialisent dans la transmission des informations recueillies par les hommes. Des messages diffusés par la BBC "L’âne rouge boira à la fontaine", "Les saumons remontent la rivière" informent les résistants d’un parachutage imminent de matériel, de courrier, d’argent ou d’hommes. Les points stratégiques portent des noms de code : Londres est le donjon, Marseille la Bonne mère. Les opérateurs radio, reconnaissables à leurs noms d’oiseau (martinet, cigogne, rossignol…), ont la tâche la plus délicate : trouver un endroit où accrocher l’antenne de l’émetteur – clocher, cheminée, gouttière, corde à linge… – dénicher la bonne fréquence, émettre le plus rapidement possible et déguerpir avant d’être repéré par les Allemands. Les trahisons sont le lot quotidien du réseau. Elles seront pour la plupart responsables des 438 morts d’Alliance. Par exemple Arthur Bradley Davies, surnommé Bla, a été identifié comme le responsable des arrestations de Paris. C’est un agent allemand infiltré dans l’Intelligence Service que les membres d’Alliance réussiront à capturer et à exécuter.

     

    A contrario, la complicité de nombreux policiers permet aux résistants d’échapper au pire, à commencer par Marie-Madeleine, arrêté le 7 novembre 1942 à Marseille. Incarcérée à l’Évêché, elle est libérée grâce à l’intervention d’un commissaire de police. "Sacrés compatriotes ! écrira t-elle dans ses mémoires. Quelle chance j’ai eue de naître ici. Elle venait de réussir à transférer le général Giraud, évadé d’Allemagne, vers Gibraltar, juste à temps pour le débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Elle l’a échappé belle mais le jeu devient de plus en plus dangereux. "Dans le Midi, tous les animaux sont malades de la peste" écrit-elle aux Anglais en quittant la cité phocéenne. Durant l’année 1943, activement recherchée par la Gestapo, Marie-Madeleine doit modifier cinq fois la couleur de ses cheveux et changer d’identité : elle sera Claire de Bacqueville, en souvenir de son ancêtre.

     

    Elle retrouve Georges Loustaunau-Lacau, qui vient d’être libéré. La jeune femme n’est plus impressionnée par cet homme qu’elle a tant admiré mais qu’elle juge aujourd’hui beaucoup trop imprudent. Pas question de lui rendre sa place de chef d’Alliance. Sage décision. De nouveau arrêté quelques temps plus tard, il est emprisonné et finira la guerre en déportation. Les coups de filet se multiplient. Le Nord, Toulouse et le Sud-Ouest tombent aux mains ennemies. Malgré les tortures, les agents capturés ne parlent pas, en particulier les femmes qui font preuve d’un courage exceptionnel. Marie-Madeleine leur en est particulièrement reconnaissante : "Dans mon réseau, aucune femme n’a failli sous les tortures et je dois ma liberté à beaucoup d’entre elles qui furent questionnées jusqu’à en perdre connaissance sur l’endroit où je me trouvais et qu’elles connaissaient".

     

    Lorsque les Allemands envahissent la zone libre, la formule du réseau unique se révèle trop risquée. La "patronne" comme on l’appelle décide de décentraliser, créant des sous-réseaux totalement étanches les uns par rapport aux autres. L’un d’eux est baptisé les "Druides" et donnent à ses agents des noms gaulois : Amniarix, Toutouris, Teutatès… ! L’étau se resserre autour de Marie-Madeleine. Les Jésuites du collège toulousain où son fils est en pension l’alertent : les Allemands sont venus enquêter sur elle. Vite, elle confie Christian et Béatrice à l’Amitié chrétienne, une organisation lyonnaise qui sauve des enfants juifs en les cachant chez des particuliers ou des établissements religieux. Ils doivent rejoindre d’urgence la Suisse. Abandonnés par un passeur en pleine montagne, ils franchissent tout seuls, à seulement 12 et 9 ans, les barbelés délimitant la frontière avant d’être pris en charge dans un camp de réfugiés.

     

    Malgré les risques, Alliance obtient des résultats exceptionnels, permettant aux Anglais de prendre connaissance du plan de transports prévu par les Allemands en cas de débarquement allié ou encore de l’existence d’installations secrètes de production de bombes et obus dirigés, les terribles V1 et V2. Marie-Madeleine est sous tension perpétuelle, elle a des maux d’estomac, fume trois paquets de cigarettes par jour et accumule les cauchemars. La Marseillaise Berty Albrecht, chef d’état major du mouvement Combat, a été arrêtée avant de se donner la mort. Puis c’est au tour de Jean Moulin d’être pris, le 21 juin 1943. Léon Faye la persuade d’aller à Londres, où les Britanniques la réclament. Elle refuse d’abandonner ses agents puis se résout à partir, non sans avoir laissé la consigne de porter secours aux familles des compagnons arrêtés. Une proche lui fournit des robes "pour impressionner les Anglais". Elle part, la mort dans l’âme. "Je l’ai toujours regretté" confessera-t-elle plus tard. "La voilà, cette terrible femme" lui lance en la voyant le directeur adjoint de la Section espionnage de l’Intelligence Service. Léon Faye vient la rejoindre, elle compte bien repartir en France avec lui. Mais les Anglais préviennent : si vous rentrez, vous serez capturée. Elle hésite, il passe outre. Aigle est intercepté quelques jours plus tard dans un train, trahi par un membre du réseau.

     

    Emprisonné, il est condamné à mort avant d’être fusillé le 30 janvier 1945 dans la forteresse allemande de Bruchsal, juste avant l’arrivée des Soviétiques. À Londres, Marie-Madeleine ronge son frein et assiste, impuissante, au démantèlement de son organisation. Les arrestations de volontaires, torturés puis déportés, se comptent par centaines. Heureusement, ses enfants ont quitté le camp et ont trouvé refuge dans une famille suisse. Désormais, son combat est de faire reconnaître Alliance comme une unité militaire par les généraux de la France libre. Ses membres seront alors considérés soit comme des militaires en service actif, soit comme des civils appelés et tous bénéficieront d’une solde.

     

    6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Beaucoup d’agents sont encore arrêtés et assassinés par les Allemands. Marie-Madeleine rentre en France juste avant le débarquement en Provence. Rapidement, elle reprend contact avec ses amis et se cache dans un immeuble d’Aix en Provence. Au petit matin du 18 juillet 1944, des pas dans l’escalier donnent l’alerte. La maison est envahie par les Allemands qui fouillent chaque pièce. Démasquée, elle tient tête : "Je suis une personnalité bien trop importante pour vous. Je ne parlerai qu’à un chef". Enfermée à la caserne Miollis, elle attend la nuit, se dévêtit complètement et réussit à se glisser à travers les barreaux de la fenêtre. Elle est restée souple et a tant maigri… Une fois libre, elle se hâte de retrouver ses amis pour les prévenir et éviter ainsi que l’immeuble où elle a été arrêtée ne se transforme en souricière. Marie-Madeleine finit la guerre déguisée en infirmière de la Croix rouge, poursuivant son activité de renseignement grâce à du matériel radio caché dans l’ambulance. Quel bonheur enfin d’embrasser sa mère et ses enfants !

     

    Reprenant des forces, elle se fixe comme priorité de retrouver ses compagnons, se rend au camp de Schirmeck, en Alsace, où la plupart ont été emprisonnés, recueille les témoignages, trouve les messages cachés dans le plancher, reconstitue leur parcours, cherche leur dépouille. Beaucoup ont été exécutés dans la forêt avant l’arrivée des Alliés, par paquet de douze, toutes les deux heures. Parfois, leurs corps ont été calcinés. Malgré les lenteurs administratives, le manque de moyens matériels et financiers, Marie-Madeleine se bat jusqu’au dernier pour les enterrer dignement, avec les honneurs militaires. Reste à s’occuper des vivants. Le 8 mai 1945, la jeune femme de 36 ans devient officier liquidateur du réseau. Sa mission ?

     

    Faire valoir les droits (pension, pécule, honneurs…) des résistants selon leur niveau d’implication, obtenir des aides pour les familles des disparus, identifier et faire punir les traîtres. Un travail énorme qu’elle mène avec rigueur et détermination. Une fois cette tâche accomplie, elle fonde l’Association Amicale Alliance. Bien des femmes ayant perdu leur mari sont dans la détresse financière la plus totale, incapables de nourrir leurs enfants. Elle utilise ses relations au gouvernement pour leur obtenir un travail, une aide matérielle, puisant parfois dans ses propres deniers. Il lui arrive aussi de devoir affronter la rancoeur de certaines d’entre elles : "Sachez que sans l’organisation de votre réseau, bien des enfants auraient eu la joie d’être élevés par leurs pères". Sur le plan personnel, Marie-Madeleine divorce d’Édouard-Jean Méric qui n’a pas démérité pendant la guerre puisqu’il a été nommé Compagnon de la Libération.

     

    Elle épouse Hubert Fourcade, le jeune Parisien qu’elle avait fait passer en Angleterre. Trois enfants naîtront de cette union : Florence, Jacques et Pénélope. En 1968, elle publie ses mémoires, "L’Arche de Noé", qui deviendront un best-seller. Sur le plan politique, cette grande bourgeoise reste une anticommuniste convaincue. Elle s’est clairement ralliée au Général de Gaulle et contribue à son accession au pouvoir en 1958. Mais elle ne sera jamais nommée ministre ni élue à la députation, malgré deux tentatives. Le temps des femmes n’est pas encore venu… En 1979, elle devient néanmoins député au Parlement européen et le restera jusqu’en 1982. Marie-Madeleine Fourcade s’éteint le 20 juillet 1989 à l’âge de 79 ans. Ses obsèques sont célébrées aux Invalides, avec les honneurs militaires. Elle repose au cimetière du Père-Lachaise. Commandeur de la Légion d’honneur, décorée de la rosette de la Résistance, de la croix de guerre française et belge, officier de l’Empire britannique… elle fait partie des rares femmes récompensées pour leur engagement dans la Résistance. Peut-être tout simplement parce qu’elles estimaient n’avoir fait que leur devoir.


     

    Une histoire tirée de "Femmes d'Exception en Provence-Alpes-Côte d'Azur", édité par Le Papillon Rouge Editeur et écrit par Sylvie Reboul.

      

      

    sources :

    http://www.laprovence.com/article/a-la-une/marie-madeleine-fourcade-au-bout-de-la-resistance-22

    Photos google

      

      

     

      

      

     

     

      

     

     

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