• Grotte Chauvet et Grotte de Lascaux

    Evolution de l'art pariétal

    La découverte de la grotte Chauvet, âgée d'environ 31 000 ans, a révolutionné notre connaissance de la préhistoire. Elle a aussi remis en cause bien des théories sur l'apparition de l'art.
    Après la grotte de Lascaux, 17 000 ans, et la grotte Cosquer, 28 000 ans, la naissance de l'art remonte encore l'échelle du temps. Cette dernière découverte a laisse ébahis les préhistoriens du monde entier.

     

    La Grotte de Lascaux

    Longtemps, le plus célèbre site orné de la préhistoire est resté Lascaux. Du fait de son âge - 17 000 ans et aussi pour l'extraordinaire finesse de ses peintures. C'est pourquoi cette grotte de Dordogne, dans le centre de la France, a eu droit aux plus grands égards.

     

    Grotte de Lascaux

    Aurochs de Lascaux. (Reproduction de la peinture originale). Licence

      

    Pour l'expert comme pour le profane, c'est un spectacle inoubliable. Chaque animal semble naître de la roche.

     

    Grotte de Lascaux

    Dans la grotte de Lascaux, certaines figures atteignent 5 m de haut. (Reproduction de la peinture originale). Licence

      

    Le dos d'un cheval épouse une faille de calcite, le muscle d'un bison se découpe sur une tranche, le cou d'un taureau suit le contour d'une bosse, les pattes d'un autre sont esquissées dans les creux.

     

    Chevaux de la grotte de Lascaux

    Chevaux de la grotte de Lascaux. (Reproduction de la peinture originale). Licence

      

    Une des parois de Lascaux représente un homme aux bras écartés, terrassé par un bison. Blessé, l'animal perd ses viscères.
    Le réalisme de la scène est très inhabituel dans l'art paléolithique.

     

    grotte de Lascaux

    Un homme semble terrassé par un bison. (Reproduction de la peinture originale). Licence

      

    Les artistes de Lascaux ont exploité le moindre accident de la paroi, donnant aux peintures un relief singulier. Dans un élan dramatique, les troupeaux semblent se mettre en branle à la lueur scintillante des bougies, animant la roche rugueuse de la caverne.

     

    Remise en cause de nos connaissances

    Les découvertes successives des peintures d'Arcis-sur- Cure, dans l'Yonne, en 1990, de la grotte Cosquer, au bord de la Méditerranée, en 1991, et de la grotte Chauvet en Ardèche en 1994 ont totalement bouleversé nos connaissances.

     

    Grotte Chauvet

    Grotte Chauvet. © dinosoria.com

      

    On sait aujourd'hui que l'art pariétal est bien plus ancien que ne le pensait Leroi-Gourhan: en utilisant la technique de datation au carbone 14, l'équipe de Jean Clottes a pu établir que les peintures de Chauvet remontaient à une période comprise entre - 30000 ans et - 28 000 ans.

    Chauvet s'affirme ainsi comme la plus ancienne grotte ornée au monde et constitue une oeuvre d'autant plus inestimable qu'elle témoigne d'emblée d'un art en pleine possession de ses moyens. Plus surprenant encore: elle est de peu postérieure à l'arrivée de l'homme de Cro-Magnon en Europe, et elle aurait été décorée à une époque où il coexistait encore avec les Néandertaliens.

     

    La grotte Chauvet

    À côté de nombreuses empreintes de mains et de signes abstraits, la grotte Chauvet recèle un extraordinaire bestiaire de près de trois cent cinquante animaux.

    C'est sous la direction de Jean Clottes que la grotte est fouillée et étudiée depuis 1995. C'est grâce à lui que nos connaissances sur cette grotte ont pu être approfondies.

    La datation ne fait plus aucun doute. En effet, la période de - 32 000 à - 29 000, durant l'Aurignacien, est attestée par les représentations de rhinocéros ainsi que par un aurochs qui galope, le cerf megacéros et le grand bison. Des restes de charbons trouvés dans la grotte sont datés de cette même période.

    Grotte Chauvet

    Grotte Chauvet. Une troupe de rhinocéros. © dinosoria.com

    Les bêtes dangereuses (mammouths et rhinocéros laineux principalement, ours des cavernes, lions, hyènes, panthères) sont les plus nombreuses, mais on trouve également des chevaux, des bisons, des rennes, des aurochs, des bouquetins, quelques cerfs et mégacéros - une espèce de cerf géant aujourd'hui éteinte - et même un hibou.

    Cheval de la grotte Chauvet

    Cheval de la grotte Chauvet. © dinosoria.com

    Il ne s'agit pas, cependant, d'une représentation réaliste de la nature, puisqu'il y manque de nombreuses espèces alors très courantes - lapins, renards, oiseaux...

    Quant à l'homme, il n'est présent que sous la forme d'un être hybride, mi-homme, mi-bison, associé à la plus ancienne peinture murale connue représentant une femme. Comme de nombreuses autres peintures de la grotte, cette " Vénus " épouse la forme d'un rocher.

    L'art de Chauvet se caractérise, en effet, par une utilisation parfaitement maîtrisée des reliefs des parois; elle permet d'animer les peintures, de jouer avec la lumière, de proposer une mise en scène en perspective des animaux - telles les extraordinaires lionnes chassant en groupe, ou ce qui semble bien être une troupe de rhinocéros chargeant.

    Signification de ces peintures

    Il est bien difficile de savoir quelle était la fonction de ces peintures, qui ne peuvent être reliées ni à des textes écrits ni à des témoignages oraux.

    Mais quelques points paraissent établis. Ainsi, la grotte Chauvet a été peu fréquentée. Il ne s'agissait donc pas d'un sanctuaire destiné à un culte de masse. On n'y trouve guère que les traces des artistes eux-mêmes et les empreintes d'un enfant, peut-être accompagné d'un chien, qui remontent à - 25 000 ans.

    Grotte de Lascaux

    Les chevaux au galop de la grotte de Lascaux présentent un corps disproportionné par rapport aux pattes. (Reproduction de la peinture originale). Licence

    D'autre part, à Lascaux, dont la décoration a été réalisée 15 000 ans après celle de Chauvet, les panneaux principaux sont consacrés aux grands herbivores (aurochs, bisons, chevaux et un seul renne), qui sont souvent représentés en couples, alors que les carnivores sont relégués dans les diverticules de la grotte.

    Une évolution de l'art remise en cause

    La vieille idée que des millénaires ont été nécessaires à la gestation de l'art est dépassée. Les chercheurs, qui avaient cru jusque-là déceler une évolution dans la qualité artistique des peintures rupestres, ont admis que celles de la grotte Chauvet - les plus anciennes, donc - sont aussi parmi les plus élaborées.

    Bovin de la grotte de Lascaux

    Une des représentations de la salle des Taureaux à Lascaux. (Reproduction de la peinture originale). Licence

    Dessins naturalistes, détourage des animaux, jeux de perspective ou d'estompes révèlent une grande maîtrise artistique. Le talent de leurs auteurs était tel qu'ils savaient non seulement donner du relief à leurs créatures mais aussi suggérer le mouvement.
    Alors on s'interroge. De qui ces hommes tenaient-ils leur art ? En attendant la découverte d'autres musées enfouis, la question reste en suspens.

    Enigmes non résolues

    Dans le monde, on connaît à ce jour plus de deux cents grottes préhistoriques ornées; 85 % d'entre elles se situent dans le sud de la France (surtout en Dordogne, dans le Lot, en Haute-Garonne) et dans le nord de l'Espagne. Cette extraordinaire concentration demeure une énigme. Est-elle due à la présence de cavités naturelles dans ces régions ?

    Mais on en trouve ailleurs, qui n'ont pas été habitées ou décorées, par exemple dans les Alpes ou dans les Balkans.

    Ces découvertes de grottes ornées concentrées sur un périmètre géographique, sont-elles dues à la stabilité du sol, qui a conservé les grottes intactes, alors que dans d'autres régions (par exemple l'Italie où on en trouve une dizaine), elles ont pu souffrir de l'érosion ou des séismes ?

    Est-elle le vestige d'une civilisation spécifique à cette zone, alors que des groupes humains différents auraient choisi d'autres formes d'art, d'autres supports, comme les statuettes d'ivoire ? Ou bien s'agit-il du hasard des découvertes, l'Europe de l'Ouest étant parcourue par de nombreux spéléologues, ce qui n'est pas encore le cas de régions comme la Sibérie, où l'on a pourtant trouvé deux grottes de style voisin?

    V.Battaglia (06.2004)

     

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    L’art du Paléolithique

      

    L’art du Paléolithique est connu du grand public grâce aux fresques retrouvées dans les grottes. Mais, cet art ne se limite pas aux peintures.
    On a retrouvé de très nombreux objets finement décorés dont les célèbres Vénus.

     

     

    Paléolithique : le commencement de l’art

    Il y a environ 35 000 ans avant notre ére, l’homme vivait de la cueillette, de la chasse et de la pèche. L’agriculture et l’élevage lui étaient alors inconnus.
    Pourtant, ces hommes sont déjà des artistes. Les parois des grottes sont couvertes de représentations peintes et les objets du quotidien sont décorés.

      

     

    Grotte d'Altamira

    Grand bison de la grotte d'Altamira (Espagne). © dinosoria.com

           

    L’art est bien né au paléolithique.

    Les statuettes de Vénus

    Homo sapiens a laissé des signes et des images par milliers. Les premières figurations du culte de la fécondité apparaissent entre – 35 000 et – 30 000 ans.
    Il s’agit de représentations à caractère sexuel dont certaines sont très réalistes. La plupart sont féminins.

    Vers – 27 000 ans sont sculptées les premières Vénus. Ce sont des statuettes de femmes aux rondeurs disproportionnées. Elles ont été retrouvées dans toute l’Europe et en Sibérie.

     

    Venus de Willendorf

    Vénus de Willendorf haute de 11 cm en Calcaire. (Musée d'Histoire naturelle de Vienne). © dinosoria.com

    Elles partageaient toutes un mode de fabrication commun. Elles sont hautes d’une dizaine de centimètres. Elles sont dotées de seins et de ventres énormes ainsi que d’un visage sans traits.

    Toutes ces statuettes ont été sculptées entre – 27 000 et – 17 000 ans.

    Façonnées dans différents matériaux (ivoire de mammouth, bois de cervidés, os, pierre, argile), ces Vénus sont nues pour la plupart.
           

    Beaucoup paraissent enceintes. Leur symbolisme est évident : fécondité, grossesse, reproduction.

     

    Venus de Laussel

    Vénus de Laussel ou "Dame à la Corne". 44 cm de haut. Bas-relief sur roche. Musée d'Aquitaine. © dinosoria.com

      

    Le plus souvent, les têtes des statuettes ne sont que sommairement esquissées. La Dame de Brassempouy est une exception. Cette tête en ivoire ne mesure que 3,8 cm est l'un des rares témoignages de la représentation d'un visage humain. Elle est datée de 22 000 ans.

    La Vénus de Laussel ou "Dame à la corne" est un exemplaire intéressant. C'est l'une des rares figures féminines à tenir un objet. En l'occurence, il s'agit d'une corne de bison.

     

    L’art pariétal ou art rupestre

    L’art pariétal est surtout limité à la région du sud de la France et du nord de l’Espagne (région franco cantabrique).

    Plus de 200 grottes paléolithiques renfermant des peintures ont été découvertes. 85% d’entre elles se situent dans la région franco cantabrique. Une dizaine ont été découvertes en Italie et une seule en Europe de l’est.
    Cette concentration est probablement due à la densité de population qui était variable au Paléolithique supérieur en fonction du climat.

     

    Chevaux de Pech-Merle

    Chevaux de Pech-Merle. © dinosoria.com

      

    On estime que la France comptait environ 2 000 à 3 000 habitants alors que le reste de l’Europe en comptait environ 10 000.

    L’art pariétal européen s’est développé sur 25 000 ans et s’est épanoui entre 20 000 et 12 000 ans avant notre ére.
    Plus de 80% des oeuvres ont été réalisées sur une période très courte, entre – 17 000 et – 12 000 ans.

    On a parfois surnommé l’art paléolithique « art animalier » car la plupart des peintures et gravures représentent des rennes, chevaux, mammouths, aurochs …
    Mais, il y a également quelques figures humaines et des pictogrammes (signes géométriques).

     

      

    Dans la grotte de Lascaux, certaines figures atteignent 5 m de haut. (Reproduction de la peinture originale).

      

    Pendant longtemps, on a vu dans l’art rupestre une lente progression des techniques qui allaient en se perfectionnant.
    Mais les dernières découvertes, notamment la grotte Cosquer en 1991, ont remis en cause cette chronologie.
    Il s’avère que certaines peintures plus anciennes sont beaucoup plus sophistiquées.

     

    Grotte Chauvet

    Grotte Chauvet. Une troupe de rhinocéros. © dinosoria.com

      

    Pour s’éclairer, les peintres disposaient de lampes à graisse et de torches en bois de genévrier. On a également retrouvé la trace d’échafaudages destinés à atteindre les hauts plafonds.

    Les couleurs ont été produites grâce aux terres minérales : ocre, hématite (rouge), limonite (jaune) et kaolin (blanc).

    Etudes et controverses ont longtemps porté sur la nature et la signification des peintures. On a oublié dans ces interprétations qu’outre les peintures, des traces de danses rituelles étaient à proximité.
    Dans la grotte du Tuc d’Audoubert, en Ariège, on a découvert les empreintes de pas de six enfants en six rangées qui attestent d’une chorégraphie spécifique.

     

    Pas d'enfants au Paleolithique

    Empreintes de pas de six enfants dans la grotte du Tuc d’Audoubert. © dinosoria.com

    De nombreuses cavernes ont livré des flûtes ce qui tendrait à prouver que des danses accompagnées de musique étaient accomplies.

     

    Sculptures du Paléolithique

    Les hommes du Paléolithique savaient déjà décorer leurs armes. Ils possédaient un art mobilier composé de pendeloques et de plaquettes décorées.
    Les matériaux les plus utilisés sont l’ivoire, l’os de mammouth et le bois de renne.
    Par exemple, le propulseur (instrument qui servait à lancer des armes de jet) est souvent terminé par un crochet en forme d’animal.

     

    Bijoux et ornements

    Durant tout le Paléolithique supérieur, les hommes fabriquent des bijoux de pierre, d'os, de bois de renne et d'ivoire.
    Nos ancêtres aimaient déjà porter des bracelets et des pendentifs.

    Ils utilisaient également des canines atrophiées de renne. Certains de ces bijoux sont finement décorés.

    Pour porter ces objets en pendentif, une perforation ou une rainure permet de fixer un lien de suspension autour du cou ou de coudre l'objet sur un vêtement.

    On peut dire que d'une certaine manière, la mode existait déjà. En effet, de nombreux dessins et plaquettes montrent des dents et des coquilles qui sont enfilées aux poignets, aux bras ou aux chevilles.

    Un des objets les plus surprenants est sans doute ce coquillage ramassé il y a 17 000 sur une plage près de Lascaux et retrouvé dans le Périgord. Nos ancêtres étaient-ils collectionneurs ?

    V.Battaglia (07.2004)

     

    V.Battaglia (07.2004)

     

    sources :http://www.dinosoria.com/art_prehistoire.htm

      

     

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    Desouche Histoire :

    Violence et criminalité dans la France moderne (XVe-XVIIIe)

     

    Cet article s’inscrit dans la continuité des articles sur la culture populaire dans l’Ancien Régime. Après la vision du monde, les fêtes et coutumes populaires, ce troisième volet de la série vise à donner un aperçu de la violence dans l’Ancien Régime.

    Rixe entre paysans - Bruegel le Jeune
    Bruegel le Jeune, Rixe entre paysans (1620).

    Brutalité et violence sont omniprésents à la fin du Moyen Âge et dans l’Ancien Régime (jusqu’à la fin du XVIIe). L’homicide, fréquent, est un crime banal qui est souvent pardonné par une lettre de rémission du roi.

    En Corse (qui n’appartient pas encore à la France), entre 1683 et 1715, 900 meurtres en moyenne sont comptabilisés chaque année sur une population d’environ 120 000 habitants. A populations équivalentes, la mortalité due aux homicides sur l’île équivaut presque à la mortalité due à la guerre de 1914-1918 en France ! Dans l’Angleterre du XIIIe siècle, pour prendre une autre référence, le taux d’homicides est environ 100 fois plus élevé qu’aujourd’hui (de l’ordre de 1 pour 1000 contre environ 1 pour 100.000 de nos jours).
    Il faut néanmoins savoir que les historiens ont énormément de peines à estimer le taux d’homicides à l’époque moderne, la justice ne traitant qu’une infime partie des crimes notamment dans les campagnes, les ruraux préférant régler leurs affaires entre eux (la justice est perçue comme un corps étranger à la communauté villageoise).

     

    I. La violence ordinaire

    ● Profil du délinquant

    Le délinquant type est un homme. Entre 1760 et 1790, les femmes ne constituent que 21,1 % des individus poursuivis en justice par le parlement de Paris. L’infanticide et le vol sont les crimes les plus récurrents chez les femmes, avec la sorcellerie qui devient très majoritairement féminine à partir du XVIe siècle. Dans les seuls actes de violence, les hommes sont ultra-majoritaires : en Artois de 1386 à 1660, les homicides répertoriés dans les lettres de rémission sont commis par des hommes dans 99,6 % des cas (chiffre pas totalement représentatif : les femmes reçoivent moins souvent la grâce royale, la violence féminine étant mois tolérée). Quand la femme tue, c’est pour se défendre d’un agresseur ou pour aider son mari en danger.

    Les délinquants sont aussi essentiellement des jeunes célibataires, de 15 à 25 ans. A Dijon au XVe siècle, 85 % des violeurs sont célibataires et la moitié d’entre eux ont entre 18 et 24 ans. Les villes universitaires sont celles qui connaissent le plus grand nombre de crimes de sang. Au niveau socio-professionnel, c’est le menu peuple qui fournit le plus grand nombre de criminels : en 1488 à Paris, on enferme au Châtelet lors d’une semaine de juin 30 % d’artisans, 20 % de laboureurs et de manouvriers, 9 % de prostituées, 8 % de valets et d’apprentis et 3 % de mendiants…

    Plus de la moitié des agressions sont commises à plusieurs, par ce qui n’est pas encore appelé « bande de jeunes » mais « royaumes de jeunesse ».

    ● Faits divers choisis

    Les motifs de meurtre peuvent paraître aux contemporains parfaitement ridicules, étant souvent liés à la notion d’honneur. Ainsi, en 1536, à Saint-Hilaire, près de Cambrai, Hotinet Cuisette arbore son chapeau des grands jours, un bonnet orné de plumes. Jean Lempereur, qui croise son chemin, en arrache une : grave affront. Hotinet sort son couteau, Jean brandit son bâton. Hotinet, en position d’infériorité, s’enferme dans sa maison pour lui échapper tandis que Jean tente d’enfoncer la porte. Le cabaretier intervient, sort son épée et reçoit un grand coup de bâton qui l’étend sur le sol. Son beau-frère vient à la rescousse, sur rue sur Lempereur, le bat et lui plante sa javeline dans l’oeil. La victime « depuis ne parla et morut, V ou VI heures après ».

    Dans la soirée du 6 janvier 1557, à Enghien (ville du Hainaut belge actuel), un jeune homme joue du luth sous la fenêtre de plusieurs filles pour les charmer. Un homme s’approche et se met à uriner contre une maison proche. L’homme « layssa plusieurs pets ». Il se rapproche du joueur de luth, se retourne puis fait sept ou huit autres pets. Le séducteur demande à l’homme « s’il les faysoyt en depit de lui » (c’est-à-dire par provocation). « Oui », répond-il, et les deux hommes sortent une épée. Le provocateur n’est que légèrement blessé mais une infection s’en mêle : il décède une dizaine de jours plus tard.

    La taverne, dans la France d’Ancien Régime, est une « école de masse de la brutalité » (R. Muchembled) : l’ivresse libère les pulsions et des rixes peuvent se déclencher à la moindre occasion. En août 1426, des jeunes célibataires brisent un godet de terre déjà fendu, dans une taverne d’un village de Bourgogne. Le propriétaire mécontent grommelle contre eux. Un client s’associe à la colère du cabaretier, suivi par son fils et un autre client. Le propriétaire insulte les célibataires : « à l’umanité leur mère » (insulte touchant au tabou de l’inceste). Une bagarre démarre qui se termine par la mort du cabaretier.

    Paysans se querellant - Adriaen Brouwer
    Adriaen Brouwer, Paysans se querellant (1631-1635).

    ● Wallons et Flamands, déjà…

    Les frontières linguistiques (patois) constituent souvent des motifs de méfiance, même si les deux populations cultivent des mœurs semblables par ailleurs. Dans les tavernes, des rixes se déclenchent parce qu’un individu est énervé de ne pas comprendre un groupe de gens discutant en espagnol, en latin ou dans un autre patois…

    Pour faire écho à l’actualité, des faits divers concernant les Flamands et Wallons ont été choisis. Pas d’homicide ici mais plutôt des rancœurs et violences verbales. En avril 1564, Antoine Chavatte, qui tente de séduire une fille à Poeringe, s’entend dire « Meschant Wallon ! ». « Ne te fie pas aux Wallons, car vous ne scavez ce qu’ils vouldront faire de vous ! » crie quelqu’un dans une taverne d’Hazebrouck en 1594. Le 1er juin 1597, deux groupes Wallons et Flamands s’insultent mutuellement dans un bois : « Wallons ! Flamands ! ». En juillet 1598, un paysan des environs d’Audenarde se plaint de la lourdeur des impôts et de la cherté des terres et conclut que c’est parce que les « Wallons mangent la sueur des Flamands ».

    ● Violence verbale : les injures à Dijon au XVIIIe siècle

    Devant la justice, les affaires d’injure sont rares. Les archives judiciaires de Dijon au XVIIIe siècle livrent les injures pour lesquelles on pouvait être poursuivi en justice : « gueuse », « putain », « pastorelle » pour les femmes ; « souteneur de bordel », « coureur de gueuses », « mari cornard » pour les hommes sont les injures les plus fréquentes.
    Autres injures : « laronnesse », « friponne », « vilaine », « voleuse », « chienne » pour les femmes ; « coquin », « fripon », « arlequin », « filloux », « voleur », « chien » « banqueroutier », « trompeur », « ivrogne », « imposteur », « marot », « fanfaron », « espion de foire », « homme de race pendu » pour les hommes.

    II. Fêtes populaires et violence

    La colère - Bruegel
    La colère de Bruegel l’Ancien (1557) : la gigantesque femme tenant un couteau entre ses dents, à califourchon sur un tonneau, est une figure allégorique de la taverne, principal lieu de sociabilité du village mais aussi lieu de violences. Deux personnages sont engagés dans une lutte à mort au sein du tonneau.

    Dans l’année, le temps des fêtes passe en danses et beuveries, mélangeant profane et sacré, avec des dérives qui inquiètent fortement l’Eglise (bagarres avec blessures pouvant parfois mener jusqu’à la mort, débordements sexuels pouvant mener aux viols). Certaines fêtes sont carrément des défouloirs où la violence est non plus une dérive mais est intrinsèque à la fête : la cournée à Langres, à la fin du XIVe siècle, consiste ainsi à se lancer mutuellement des pierres hors des murs de la ville ! A Namur, le jour des saints Innocents, le 28 décembre, la tradition veut que les hommes puissent fouetter les femmes qu’ils rencontrent tandis que leurs semblables jouent des farces en public. En Artois et en Champagne, une fête consiste à abattre un animal (porc, oie, boeuf,…) en lui jetant des pierres, des bâtons ou des couteaux. Le vainqueur des différents tournois organisés est alors déclaré « roi » pour un an et donne un banquet.

    L’historien Robert Muchembled interprète ces fêtes comme des soupapes de sécurité, des dérivatifs qui permettent d’extérioriser ses passions et frustrations pour ressouder la communauté « qui ne risque plus de se briser en luttes intestines ». Les autorités civiles et ecclésiastiques réprouvent ces fêtes qui donnent lieu à des désordres et débordements, tentant de les faire disparaître (le nombre de fêtes diminue fortement aux XVIIe et XVIIIe siècles, non sans raison).

    III. Le rapport à la justice et la « paix privée »

    Rixe de paysans jouant aux dés - Adriaen Brouwer
    Adriaen Brouwer,
    Rixe de paysans jouant
    aux dés
    (1630-1638).

    Les ruraux des XVe et XVIe siècles ne vont que rarement se plaindre auprès de la justice, une méfiance générale régnant à l’égard des institutions chargés de la rendre (justice seigneuriale, justice municipale, présidiaux, parlements,…). Les querelles sont généralement réglées selon le système de la « paix privée ». Cette paix consiste en une compensation matérielle et prend parfois la forme d’un contrat civil rédigé par un notaire ou un officier, lequel prévoit un dédommagement financier ou des messes pour le repos de l’âme du défunt (etc.) afin d’éviter la vengeance familiale des proches de la victime.

    Quelquefois, des gens de loi peuvent parfois arbitrer cette paix : le 1er août 1400, des échevins de Doullens (Picardie) font prisonnier deux garçons qui se battent. Ils les obligent à se jurer une paix puis libèrent le plus jeune des deux bagarreurs, qui a 17 ans. Il prend sa dague et blesse à l’épaule son ennemi encore dans la cellule. Or, une trêve imposée par les autorités doit être inviolable : la peine capitale s’applique aux adultes. Le jeune homme évoque son âge pour se défendre : il ne sait pas, affirme-t-il, « l’inconvénient qui se povoit ensuir de enfreindre ladicte paix ». Généralement, la justice sert davantage de moyen de pression dans la guerre que se livrent deux individus que comme une institution rendant justice.

    Il faudra attendre la fin du XVIIe siècle pour voir cette situation changer, la justice entrant dans les moindres villages, appliquant des peines plus sévères, tandis que l’Eglise tridentine (de la Contre-Réforme) tente d’adoucir les mœurs. Cette action portera ses fruits : les violences diminuent très largement à partir de la fin du XVIIe.

    IV. Le recul de la violence au XVIIIe siècle

    Tout au long du XVIIIe siècle, la violence recule d’une façon considérable en France grâce aux efforts conjugués du pouvoir monarchique et de l’Église. Les violences contre les personnes diminuent fortement tandis que les vols tendent à augmenter par un effet de vases communicants. Au XVIIe siècle, dans le bailliage de Falaise en Normandie, 83 % des procès concernent des affaires de violence (meurtres, coups, injures), ce chiffre tombe à 47 % au XVIIIe siècle. Dans le pays d’Auge, les actes de violence qui passent devant les tribunaux sont quatre fois moins nombreux en 1781-1790 par rapport à 1703-1711. Ce recul de la violence se poursuit au XIXe siècle. Il semble que les hommes du XVIIIe se montrent plus tolérants à l’égard des injures qui ne dégénèrent plus en bagarres mortelles.

    Parallèlement à cet effondrement de la violence, les juges se montrent plus sévères pour les voleurs, davantage pourchassés : à Paris, 5 % des voleurs d’aliments sont envoyés aux galères entre 1750 et 1755 ; ce taux monte à 15 % entre 1775 et 1790. Les juges se montraient jusqu’au milieu du XVIIIe siècle tolérants à l’égard du vol de nourriture de même que pour les vols dus à la misère, ce qui change alors. La propriété se voit davantage protégée, signe d’une évolution des mentalités.

      

    Sources :
    DUBY, Georges (sous la dir. de). Histoire de la France rurale. 2 – de 1340 à 1789. Seuil, 1992.
    GARNOT, Benoît. Crime et justice aux XVIIe et XVIIIe siècles. Imago, 2000.
    MUCHEMBLED, Robert. L’invention de l’homme moderne. Culture et sensibilités en France du XVe au XVIIIe siècle. Fayard, 1988.
    MUCHEMBLED, Robert. Culture populaire et culture des élites dans la France moderne (XVe-XVIIIe siècle). Flammarion, 1991.

      

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    Histoire de l'argot

     

     

    L'argot est à l’origine le langage codé des voleurs et des bas-fonds, une langue de gens qui ne veulent pas être compris de tout le monde pour des raisons de sécurité; c’est donc un système de mots de passe, un langage en code secret pour des milieux très divers.


       

     

     

    On relève plus de vingt formes d’argot, de celui des boxeurs, des camelots, du cirque, du “milieu”, i.e du monde de la pègre, à l’argot des truands. (Dictionnaire de l'argot moderne).

      

      

    L’usage de la langue argotique dans les milieux parallèles n’était pas nouveau.

      

    Dans l’édition de 1694, la première, du Dictionnaire de l’Académie française, on peut lire à l’entrée, Argot. :

      

      

    «On dit plus communément Ergot. Pointe dure qui vient au derrière du pied de quelques animaux. Les argots d'un coq, d'un chien ; il s'est rompu l'argot en courant».

    Ce qui ne nous apprend rien, sur le moment, mais il suffit de lire le second exemple : « On dit fig. Se lever sur ses argots, monter sur ses argots, pour dire, s'élever d'action et de parole, avec chaleur et audace. ». Parler l’argot, c’est donc parler avec audace.

      

      

      

    En 1762 la définition est plus explicite :

    « Certain langage des gueux et des filoux, qui n'est intelligible qu'entre eux ».

    Cette fois l’argot était officialisé.



    Avant l’argot, on parlait un autre jargon. Le compte rendu du « procès des Coquillards », en 1455, fournit le premier lexique argotique, avec soixante-dix « noms de jargon jobelin ». Un certain Olivier Chéreau, mercier de son état et membre de la Compagnie du Saint-Sacrement, donna, en 1628, à Oudot, à Troyes, Le Jargon de l’Argot Réformé.

      

    Cet ouvrage sera régulièrement réédité jusqu’en 1849. Il est à la source de plusieurs ouvrages du XIXe siècle, notamment la description de la « Cour des miracles » d’Henri Sauval (1623-1676) qui sera reprise par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris.

      

    Rixe entre paysans - Bruegel le Jeune

      

      

    vieille comme le monde : on a trouvé des graffiti en argot latin gravés par des légionnaires.

    Plus près de nous :

      

    le poète François Villon au Moyen Âge employait l'argot des ribauds et autres malfrats et a écrit des poèmes qu'on n'a jamais pu déchiffrer.

     

    Argot, nom donné à un ensemble de mots ou d'expressions constituant un lexique à part de la langue normée, agencés de façon créative et imagée.
      
    Originellement, l'argot est né dans les couches sociales qui sont en marge de la société, dans le milieu de la pègre. Il était conçu comme une langue cryptée, indéchiffrable par les non-initiés.
      
    L'argot se distingue, en principe, de ce que l'on appelle un jargon, en l'occurrence la langue propre à certains milieux professionnels comme, par exemple, la police, le corps médical ou les informaticiens, mais la ligne de partage entre ces deux notions n'est pas toujours très nette, et certains auteurs utilisent indifféremment l'un ou l'autre de ces termes. 
     
    ORIGINES

    Les groupes sociaux qui sont à l'origine de la création d'un argot sont très divers et l'on peut citer, parmi eux, à la fois l'armée, les adolescents, les cibistes, les supporters, les toxicomanes, les criminels, les minorités raciales et les habitants des ghettos aux États-Unis ou de certaines banlieues en France.
      
    Les expressions argotiques reflètent les valeurs des membres d'un groupe à l'intérieur duquel elles ont pour effet de renforcer le sentiment d'appartenance. Avant de s'intégrer à l'argot, une expression doit toutefois être largement adoptée par les membres du groupe.
      
    Sur ce point, l'argot et le jargon ne se distinguent pas clairement.
      
    Les expressions argotiques sont souvent des expressions figurées et, si, à l'origine, elles constituaient un recueil de termes incompréhensibles pour le non-initié, elles ont depuis longtemps cessé de l'être et sont largement connues.
      
    Certains termes (clope, flingue, flic) toujours considérés comme argotiques font désormais partie de la langue populaire.
     
     
      
      
      
      
    Au XXe siècle, les médias et la multiplication des voyages ont accéléré à la fois la circulation et la disparition des termes argotiques.
      
    La télévision et les romans policiers nous ont familiarisés avec le vocabulaire de la pègre, et les mutations sociales ont également contribué à répandre l'usage de l'argot, donc à le faire connaître.
      
    Ainsi, dans les années 1940, des mots comme marijuana et hasch n'étaient pratiquement intelligibles que pour les initiés ; ils ont, par la suite, été adoptés par la jeunesse des années 1960, puis, dans les années 1970 et 1980, ils étaient connus de tous.
      
    Des mots comme meuf ou beur, qui à l'origine sont du verlan, c'est-à-dire des mots prononcés à l'envers, ont fait leur entrée dans les dictionnaires de langue.
     


     UTILISATION

    L'argot et les jargons professionnels peuvent répondre au besoin précis de désignation d'un objet ou d'une action (ainsi, talkie-walkie désigne un poste émetteur-récepteur portatif ; faire une queue de poisson désigne l'action de se rabattre brusquement après avoir doublé une voiture).
      
    L'argot est systématiquement imagé (un poulet, pour un policier ; le raisiné, pour le sang). Il constitue ainsi un véritable répertoire de synonymes pour les parties du corps (caillou, poire, gueule, pour la tête ; tarin, pif, pour le nez), pour l'argent (galette, pognon, oseille), pour la nourriture (bectance, frichti), ou pour l'ivresse (beurré, pinté, bourré).

      

      

      

    Sources : Encarta®

      
    ANECDOTE :
      

    UNE "PEDALE"

     

     

    colette 1.jpg

     

      

      

    Interviewée à la radio, le 9 décembre 1985, à propos de son livre

    sur COLETTE Amoureuse Colette (1984 ou 1985), GENEVIEVE DORMANN

    raconte l'histoire suivante :

      

    l'origine possible, selon elle, du mot « pédale » pour désigner les homosexuels :

      

    Cocteau avait un ami suisse qui raffolait des télégraphistes – qui allaient à vélo.

     

      

    Colette demandait à Cocteau :

      

    « Alors, comment va ta « pédale » ?

      

    Ça vaut ce que ça vaut. Ce n'est pas ce que disent le "Robert historique"

      

    et le "Larousse de l'argot", mais bon.

     

     

     

    cocteau 1.jpg

     

     

     

     

     

    SCENE CULTE - FRIC FRAC... ARLETTY, FERNANDEL

    et MICHEL SIMON ( 1939 )

     

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    site Leconte de Lisle
    Leconte de Lisle par Jean-François Millet

     

    Charles Marie Leconte, dit Leconte de Lisle, est né à la Réunion en 1818.

    Après avoir vécu la plus grande partie de son enfance à Nantes, il continua

    ses études au collège Saint-Denis de la Réunion. Après un passage à la

    Faculté de Droit de Rennes et quelques essais du côté

    du journalisme, Leconte de Lisle s'engagea vers le socialisme fouriériste.

    En 1848, enthousiasmé par la révolution, il travailla à abolir l'esclavege

    et entreprit de convetrir les Bretons aux réformes sociales. Déçu par la tiédeur

    de la réponse populaire, arrêté puis jeté en prison, Leconte de Lisle,

    sans jamais abandonner ses idéaux, se consacrera désormais de manière

    presque exclusive à la poésie.

    L'art de Leconte de Lisle doit se comprendre en réaction à celui des Romantiques.

    De fait, sa poésie est impersonnelle et il voit de l'impudeur dans les

    confidences de Musset ou Lamartine. Le poète doit aussi,

    selon Leconte de Lisle, s'appuyer sur les connaissances scientifiques

    de son temps et il est vrai que l'imagination qui ressort de poèmes

    comme Le Vase ou Le Coeur de Hialmar ne se déploie jamais en

    désaccord avec ce qu'apprennent les travaux des historiens

    du dix-neuvième siècle . Le culte de la Beauté participe également

    à l'art poétique de Leconte de Lisle: pour lui, la poésie ne doit

    avoir d'autre véritable projet que le Beau, et cela sans considération

    pour la morale ou l'utilité. C'est d'abord par cela qu'on peut dire

    de Leconte de Lisle qu'il annonce et qu'il est le chef de file de l'école parnassienne.

    Les sujets abordés par Leconte de Lisle sont le plus souvent

    inspirés par la mythologie, que celle-ci soit grecque (cf. L'Enfance d'Héraklès),

    biblique (Qaïn), Hindoue ou nordique (Le Coeur de Hialmar).

    Il aime également composer des pièces sur le thème de la Nature.

    Celle-ci sera presque toujours tropicale (cf. Les Éléphants, Le Rêve du jaguar,

    Le Palmier), ce qui n'a rien pour surprendre venant d'un auteur né sous les Tropiques.

    Leconte de Lisle est mort à Louveciennes en 1894.


      

    Jacques Lemaire, webmestre

      

    sources / http://www.poetes.com/parnassiens/leconte_de_lisle.php

      

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    Ancien élève de l'Ecole des mines de Saint-Etienne

    (promotion 1837).

    Ingénieur civil des mines.

      

      

    Il commence sa carrière de journaliste comme critique dramatique à Lyon. Il va ensuite à Paris où il vit de "petits boulots" ; il collabore notamment à des revues comme Le Charivari et l'Eclair, où il fait des petits essais, des reportages et des caricatures.
     

    En 1848, il participe à la Légion polonaise, dont l'objectif est de libérer la Pologne, est arrêté en Allemagne et renvoyé en France. Il fait aussi un tour en prison pour dettes.

     


    Il a l'idée d'une grande lithographie, le Panthéon Nadar, avec 1000 français célèbres. Il est possible que ce projet le conduisit à prendre des photos pour aider à réaliser des caricatures.

     

     

      JPEG - 37.2 ko - Nadar V Hugo1878 - next picture

    Victor Hugo

      

    Son frère et lui ouvrirent des studios photographiques séparés. En 1860, Nadar ouvre un nouveau studion à Paris, boulevard des Capucines, et le développe grâce à la communication et la publicité.
     

      

     

    Felix Nadar 1820-1910 : Portrait de Sarah Bernhardt

    Il réalise pour la première fois au monde une photographie aérienne à bord du ballon "le Géant" (1858).

    Il s'allie à Jules Verne pour créer une Société d'encouragement du transport en ballon. 
     

      

     

    1858 - Premier cliché aérien en Ballon, par NADAR

      

    En 1861, il réalise les premières photos en lumière artificielle au magnésium dans les Catacombes de Paris. 

     

     


    nadar_catacombes.jpg, 59.16 kb, 407 x 512 

        

    En 1871, il est ruiné financièrement, vend son studio des Capucines, et transmet le flambeau à son fils Paul, qui deviendra un photographe portraitiste à succès.
     

    Nadar participera néanmoins à des expositions impressionnistes (1874) et des oeuvres de son ami défunt Honoré Daumier (1878).

     

     


     

    Revue des Ingénieurs, mai 1960 :

    Un mineur original
    A propos d'une exposition récente
    par J. PENET (EMSE)

     

    LES Parisiens, et les provinciaux de passage, ont afflué à l'exposition de « La Vie Parisienne » au musée Jacquemart-André.

    Ce rassemblement exceptionnel de documents et d'œuvres d'art a été décrit dans la grande presse comme dans les revues spécialisées qui ont étroitement associés les noms des trois grands du « Bal du XIXe » : le peintre Constantin Guys, le couturier Worth et Nadar le photographe.

    Si nous revenons sur ce sujet dans cette revue, c'est qu'il est un fait ignoré de la plupart de nos lecteurs et de beaucoup de ses biographes : Nadar, celui qui « donnait la plus étonnante impression de vitalité » au dire de Beaudelaire, fut un "camarade" de la promotion de 1837 de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne

      

      

      

      

    George Sand

      

    Avant de devenir « le Van Eyck de la photographie ! », il avait été, en sortant de l'Ecole de Saint-Etienne, nommé ingénieur au chemin de fer d'Alais à Beaucaire [voir biographie de Talabot]. Il ne portait pas encore le nom qui devait le faire passer à la postérité, il s'appelait tout simplement Félix Tournochon, il eut d'ailleurs un troisième nom : Ardant, dans l'oeuvre de son ami Jules Verne.

      

    Jules VERNE

      

    S'il fut le photographe, et souvent l'ami de toutes les célébrités de son temps, de Beaudelaire à Victor Hugo, qui vinrent à son atelier, qui avait pour enseigne une immense photographie de Cleo de Mérode ;

      

      

      

    il fut aussi connu comme aéronaute et comme écrivain.

     

     

     nadar012.1285770818.jpg 

    Camille COROT

      

    La plus célèbre de ses excursions fut celle qu'il réalisa, en 1850, à bord du ballon « Le Géant » dont il était le capitaine. Ce ballon, qui avait 90 mètres de circonférence, possédait une nacelle à deux étages et des « cabines avec literie ».

    En 1858, Nadar prenait, pour la fois au monde, des photographies aériennes.

      

    Il faillit périr, avec sa femme, à l'occasion de la dernière ascension du « Géant », en 1863.

    En 1870, lors du siège de Paris, il fut chef d'une compagnie d'aérostiers.

     

      

    Honoré de Balzac

      

    Du point de vue littéraire, parmi ses œuvres très nombreuses, nous pouvons citer : « La revue comique », qu'il fonda en 1849 ; « Quand j'étais étudiant » (1856) ; « Le miroir aux alouettes » (1859) ; « Les ballons de 1870 » (1871) ; « L'hôtellerie des Coquecigrus » (1880) ; « Le monde où l'on patauge » (1883).

      

    Enfin, « Quand j'étais photographe », publié en 1900, avec une préface de Léon Daudet qui écrivait, sans se douter qu'il qualifierait plus tard le XIXe siècle de « stupide » :

    « Nadar est pour nous le représentant d'une génération admirable où l'on menait sa route sans envie ni traîtrise, où la verve romantique se doublait d'une humanité large et cordiale, où l'on n'avait pas honte d'être loyal et gai ».

      

    Nadar, sa femme, les gens de maison et des amis

     

     

     

     

     

     Nadar, sa femme, les gens de maison et des amis, Draveil

    Famille NADAR, ses Amis et les gens de maison.

      

    Prise devant l'entrée de la maison de l'Ermitage, la photographie réunit autour de Nadar, son épouse, Mme Bonne, la fidèle cuisinière, Rose, originaire des Antilles, la servante, Germaine, et sans doute d'autres employés de maison et des amis. Le cliché original est conservé aux archives photographiques de Paris.

    Le soin apporté au cadrage et à l'éclairage est notable. L'aspect de la maison n'a pas changé, et la plaque de cuivre de la reconstruction de la chapelle Notre-Dame-de-Consolation est visible sur celle-ci.

      

    Citons pour terminer l'opinion exprimée par le nouvel et souriant académicien Marcel Achard :

    « Par quelle alchimie étrange Daguerre et Nadar arrivent-ils à représenter Beaudelaire, Théophile Gautier, La Castiglione, tels qu'eux-mêmes enfin, l'éternité les a fixés ? ».

      

    Enfin, pour ceux de nos camarades qui souhaiteraient revivre ces temps si bien retrouvés au musée Jacquemart-André, nous signalons un ouvrage remarquable :

    « Au temps de Beaudelaire, Guys et Nadar », par Anne d'Heugny (Éditions du chêne), qui établit des rapports saisissants entre les photos de Nadar et les dessins de Guys.

     


     

    Cette photographie fantaisiste de Nadar aéronaute ne le représentait évidemment

    pas dans la nacelle du « GÉANT » qui comportait deux étages et des cabines avec literie.

     


     

    Photo par Félix Nadar d'une maquette de l'hélicoptère de Ponton d'Amécourt en 1863 BNF, Estampes et photographie, EO 15 folio tome 2

    Cette photo est reproduite dans l'ouvrage "La Seine et Marne industrielle", Isabelle Rambaud coord., Ed. LieuxDits et Conseil Gal de Seine et Marne, avec le commentaire suivant :
    Gustave-Louis-Marie, vicomte de Ponton d'Amécourt (1825-1888), né d'une famille fortunée, devient maire de Trilport (1855-1876) comme son père.

      

    Homme de lettres et érudit, ami de Jules Verne et de Nadar, il est l'inventeur d'un hélicoptère à vapeur (1er vol en 1862) et travaille à une machine à gaz pour remplacer la vapeur. Les 3 premiers prototypes de l'hélicoptère (un à vapeur et deux à ressort) sont photographiés par Nadar lorsqu'il lance le Manifeste de l'autolocomotion aérienne.

     

     

     

    SOURCES :

    http://annales.org/archives/x/nadar.html

      

      

      

     

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    Jean de La Fontaine, le mal aimé de Versailles.


     jeudi 12 octobre 2006

     

     

    Louis XIV n’est pas seulement le dirigeant du plus puissant royaume d’Europe. Il est aussi le grand amateur d’art dont les manuels d’Histoire conservent le souvenir. Quand ses activités politiques lui en laissent le loisir, le maître de Versailles trouve plaisir à flâner dans le magnifique parc du château. Ses promenades quotidiennes, le déjeuner achevé, le conduisent à travers les parterres ornés des allées, à quelques distances de somptueux plans d’eau imaginés par Le Nôtre. Le monarque sait qu’il doit beaucoup à son jardinier, dont il apprécie les talents et l’expérience solide. Les deux hommes s’entretiennent volontiers de longs moments : avancée des travaux, imprévus de dernière minute, retards....Le souverain se tient au courant de tout, surtout quand l’image de sa propre gloire est en jeu.

    Aucun détail n’échappe au roi. Louis contrôle, surveille, ordonne. Rien n’est possible sans son consentement, tout passe par sa volonté. S’il existe une vie littéraire française au XVII° siècle, celle-ci semble ne pas avoir d’autre fin que de servir, chanter et dérouler aux regards des autres nations européennes la puissance du souverain. Les écrivains mettent d’autant plus volontiers leur plume au service de la Couronne que les pensions octroyées pour le prix d’une composition réussie rendent l’existence confortable. Du dramaturge Racine au poète Boileau, en passant par un Molière dont l’ironie exacte suscite autant l’admiration que l’indignation, l’ensemble de la société des Lettres travaille au rayonnement de celui par lequel elle existe.

    La longévité inédite du règne de Louis XIV produit un bouillonnement intellectuel sans précédent : poèmes, tragédies, comédies, récits historiques, les meilleurs auteurs du temps déploient une énergie créatrice inconnue par le passé. Il est bien difficile de demeurer indifférent aux activités fécondes des serviteurs zélés de la Monarchie et l’on y trouve maints chefs d’œuvres dont le succès ne se dément pas aujourd’hui encore. Néanmoins, par delà les réussites, il est juste de souligner que la littérature du Grand Siècle se laisse enfermer dans le cadre rigide et strict que le pouvoir lui impose. Des contraintes que la propagande officielle produit, naît un certain manque d’originalité et le sentiment d’une pesanteur. Comme si nulle autre voie ne pouvait exister en dehors des modèles propres à satisfaire les attentes du roi. Comme si pour être reconnu, apprécié et admiré, un auteur devait se contenter de travailler à la gloire de son puissant protecteur.

    Nombreux sont ceux qui parmi les écrivains du Grand Siècle acceptent de sacrifier aux exigences de la propagande d’Etat une indépendance intellectuelle dont le Pouvoir se méfie. La création de l’Académie Française par Richelieu, bien avant Louis XIV, répond aux préoccupations d’une Monarchie absolue, encore incertaine d’elle-même, à la recherche d’appuis : l’artiste ne travaille pas seulement à satisfaire sa recherche d’esthétisme et de perfection. Il lui revient aussi de participer par la maîtrise de son art à la gloire universelle du souverain.

    Il est dans ses conditions dangereuses pour un écrivain de ne pas plaire au roi : c’est à coup sûr perdre un solide appui et affronter les critiques d’un public averti. Jean de la Fontaine (1621-1695) se distingue en cela de ses collègues qu’il n’a jamais trouvé chez Louis XIV le succès que ses célèbres fables ont pourtant emporté après sa disparition.

    Au XVII° siècle, un auteur ne peut exister sans le soutien d’un puissant protecteur : un ministre, un prince de sang.... Malchance ? Manque de clairvoyance ? La Fontaine compromet les débuts prometteurs de sa carrière en acceptant la bienveillance du puissant Fouquet. Lorsque le Contrôleur Général des Finances paye de sa liberté la somptueuse fête qu’il donne à Vaux Le Vicomte pour éblouir le Roi Soleil, La Fontaine partage malgré lui la déchéance de son maître. Colbert dans un premier temps, puis le souverain en personne ne lui pardonnent pas les années passées auprès du ministre condamné.

    Les talents artistiques de l’homme ne font pas sans doute pas l’unanimité à la Cour de Versailles néanmoins les admirateurs ne manquent pas. Quelques figures importantes de la Haute Aristocratie prennent fait et cause pour l’écrivain mal aimé.

    La Fontaine est surtout connu pour les dizaines de fables qu’il a composées jusqu’à la veille de sa mort. La fable est un genre littéraire très ancien et déjà utilisé. A l’époque de l’Antiquité romaine, Esope rédige de courtes histoires mettant en scène hommes et animaux. Le récit s’achève sur une morale dont il revient au lecteur de tirer un enseignement.

    Des siècles plus tard, La Fontaine s’inspire des héritages de son brillant aîné : il y ajoute pourtant sa touche particulière : ton résolument moqueur, personnage plus étoffés......

    L’auteur n’a que peu d’indulgence pour la société de son époque. Remarquablement précis dans ses observations, ironique et malicieux à la fois, l’homme aborde les défauts, les manies de ses contemporains à travers la mise en scène d’un bestiaire varié et exotique. Du rat avare au singe hypocrite, du lion orgueilleux au renard rusé, de l’âne soumis à l’ours violent, La Fontaine expose à son lecteur sans rien en dissimuler les comportements risibles, et souvent ridicules, des hommes du XVII° siècle.

    Mal reçu à Versailles, l’écrivain ne se prive pas de souligner, parfois cruellement, les absurdités de la Cour du Roi Soleil. Deux fables éclairent les couloirs du palais d’une lumière bien étrange : au-delà des salons feutrés, des anti- chambres cossues, mensonges, hypocrisies et trahisons régissent les rapports de ceux qui vivent à l’ombre du souverain.

     

    LA COUR DU LION.

     

     Sa Majesté Lionne un jour voulut connaître

    De quelles nations le Ciel l’avait fait maître.

    Il manda donc par députés

    Ses vassaux de toute nature,

    Envoyant de tous les côtés

    Une circulaire écriture,

    Avec son sceau. L’écrit portait

    Qu’un mois durant le Roi tiendrait

    Cour plénière, dont l’ouverture

    Devait être un fort grand festin,

    Suivi des tours de Fagotin.

    Par ce trait de magnificence

    Le Prince à ses sujets étalait sa puissance.

    En son Louvre il les invita.

    Quel Louvre ! Un vrai charnier, dont l’odeur se porta

    D’abord au nez des gens. L’Ours boucha sa narine :

    Il se fût bien passé de faire cette mine,

    Sa grimace déplut. Le Monarque irrité

    L’envoya chez Pluton faire le dégoûté.

    Le Singe approuva fort cette sévérité,

    Et flatteur excessif il loua la colère

    Et la griffe du Prince, et l’antre, et cette odeur :

    Il n’était ambre, il n’était fleur,

    Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie

    Eut un mauvais succès, et fut encore punie.

    Ce Monseigneur du Lion-là

    Fut parent de Caligula.

    Le Renard étant proche : Or çà, lui dit le Sire,

    Que sens-tu ? Dis-le-moi : parle sans déguiser.

    L’autre aussitôt de s’excuser,

    Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire

    Sans odorat ; bref, il s’en tire.

    Ceci vous sert d’enseignement :

    Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,

    Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,

    Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.

     

    Le ton ironique de cette fable ne doit pas échapper. Les animaux mis en scène ne sont pas choisis par hasard. Chacun joue un rôle bien précis.

    - Le lion. Sa puissance, son orgueil démesuré, son attitude rappellent le comportement de Louis XIV. A l’image de l’animal qui le symbolise, le roi règne en maître sur sa Cour. Jaloux de son pouvoir, méfiant d’une Noblesse remuante de nature, il convoque régulièrement auprès de lui les princes de sang pour mieux les surveiller. Une invitation à Versailles ne se décline pas. Il faut s’y soumettre, quitter sur l’heure sa résidence provinciale et accourir au plus vite. La violence que le lion déploie quand un courtisan commet l’erreur de lui déplaire (L’Ours grimace de dégoût lorsque lui parviennent les relents du charnier) souligne avec quelle facilité le souverain peut briser la réputation, la renommée de celui qui ne satisfait pas ses exigences. Attention toutefois ! Si le lion n’est pas dupe des courbettes du singe réjoui de sa sévérité, Louis XIV n’apprécie pas davantage les hypocrisies trop marquées d’un courtisan empressé et soucieux d’obtenir sa faveur.

    - Le singe, l’ours et le renard évoquent les attitudes de la Cour. Le bonheur qu’éprouve le singe quand l’ours endure la colère léonine n’est pas sans rappeler que de profondes tensions animent les couloirs de Versailles : la déchéance de l’un fait le bonheur de l’autre, la disgrâce du malheureux arrange les affaires de l’ambitieux.

    - La morale de la fable résonne comme un avertissement. Le Renard est le plus malin de ses compères. Il a compris qu’au palais de son maître, il n’est jamais bon de dévoiler trop haut ses opinions. L’hypocrisie n’est cependant pas meilleure conseillère. La Fontaine prévient : un bon courtisan ne prend jamais ouvertement parti et doit éviter de se compromettre dans de trop violentes querelles.

    - Enfin, la comparaison que l’auteur utilise quand il évoque la Cour dévoile des sentiments sans concession à l’égard d’un univers où il ne s’est jamais senti à son aise. Le message est clair : par delà les dorures des tableaux et l’éclat brillant de la Galerie des Glaces, les corridors du palais ne sont guère plus avenants qu’un affreux charnier. Comportements écœurants, attitudes répugnantes découragent l’honnête homme de pénétrer à Versailles...

     

    LES OBSEQUES DE LA LIONNE.

     

    La femme du Lion mourut :

    Aussitôt chacun accourut

    Pour s’acquitter envers le Prince

    De certains compliments de consolation,

    Qui sont surcroît d’affliction.

    Il fit avertir sa Province

    Que les obsèques se feraient

    Un tel jour, en tel lieu ; ses Prévôts y seraient

    Pour régler la cérémonie,

    Et pour placer la compagnie.

    Jugez si chacun s’y trouva.

    Le Prince aux cris s’abandonna,

    Et tout son antre en résonna.

    Les Lions n’ont point d’autre temple.

    On entendit à son exemple

    Rugir en leurs patois Messieurs les Courtisans.

    Je définis la cour un pays où les gens

    Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,

    Sont ce qu’il plaît au Prince, ou s’ils ne peuvent l’être,

    Tâchent au moins de le paraître,

    Peuple caméléon, peuple singe du maître,

    On dirait qu’un esprit anime mille corps ;

    C’est bien là que les gens sont de simples ressorts.

    Pour revenir à notre affaire

    Le Cerf ne pleura point, comment eût-il pu faire ?

    Cette mort le vengeait ; la Reine avait jadis

    Etranglé sa femme et son fils.

    Bref il ne pleura point. Un flatteur l’alla dire,

    Et soutint qu’il l’avait vu rire.

    La colère du Roi, comme dit Salomon,

    Est terrible, et surtout celle du roi Lion :

    Mais ce Cerf n’avait pas accoutumé de lire.

    Le Monarque lui dit : Chétif hôte des bois

    Tu ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix.

    Nous n’appliquerons point sur tes membres profanes

    Nos sacrés ongles ; venez Loups,

    Vengez la Reine, immolez tous

    Ce traître à ses augustes mânes.

    Le Cerf reprit alors : Sire, le temps de pleurs

    Est passé ; la douleur est ici superflue.

    Votre digne moitié couchée entre des fleurs,

    Tout près d’ici m’est apparue ;

    Et je l’ai d’abord reconnue.

    Ami, m’a-t-elle dit, garde que ce convoi,

    Quand je vais chez les Dieux, ne t’oblige à des larmes.

    Aux Champs Elysiens j’ai goûté mille charmes,

    Conversant avec ceux qui sont saints comme moi.

    Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi.

    J’y prends plaisir. A peine on eut ouï la chose,

    Qu’on se mit à crier : Miracle, apothéose !

    Le Cerf eut un présent, bien loin d’être puni.

    Amusez les Rois par des songes,

    Flattez-les, payez-les d’agréables mensonges,

    Quelque indignation dont leur cœur soit remplie,

    Ils goberont l’appât, vous serez leur ami.

     

    Cette fable s’inspire d’un malheur survenu à la Cour du Roi Soleil : le décès en 1683 de la reine Marie Thérèse d’Espagne que Louis XIV a épousé à l’occasion du traité des Pyrénées (Juin 1660).

    La disparition tragique de l’Infante peine naturellement le souverain mais chacun sait bien que le couple royal n’était pas un modèle d’harmonie : timide, effacée et sans beauté particulière, Marie Thérèse ne pouvait guère combler les attentes de son mari. Tenu à l’écart des grandes décisions politiques, même quand celles-ci engageaient l’avenir de son pats natal, la malheureuse princesse de l’Escurial assistait silencieuse aux infidélités manifestes de son conjoint dont les détails animaient les conversations des antichambres de Versailles.

    A la manière du Lion inconsolable rassemblant autour de lui ses courtisans, Louis XIV instrumentalise les funérailles de la défunte : un moyen bien trouvé d’afficher la puissance incontestée de son pouvoir. L’évènement fournit à La Fontaine l’occasion de déployer l’ironie blessante dont il est coutumier quand il s’intéresse à la Cour.

    L’auteur se permet d’ailleurs une digression au long du récit : évoquant la détresse du Lion que ses familiers se font un devoir de partager, il offre au lecteur sa vision personnelle de la Cour, un univers clos où les émotions et les attitudes évoluent en fonction de l’humeur royale. Que le malheur frappe le souverain, et Versailles en son entier prend le deuil. Que le souverain éprouve la joie d’une naissance heureuse, d’un mariage réussi pour ses enfants et les couloirs du château résonnent des rires de la Cour.

    A l’image du cerf, que la disparition de la Lionne laisse indifférent, il est toujours mal vu et dangereux de se distinguer. Le détachement qu’affiche l’animal au malheur de son maître lui vaut le risque d’une mise à mort immédiate. A Versailles, la disgrâce, que l’on redoute tant, sanctionne ceux qui ne respectent pas les principes essentiels de la vie à la Cour du Roi-Soleil : nul ne peut se permettre d’oublier que le roi contrôle jusqu’aux sentiments de chacun.

    La morale de la fable est cruelle. L’écrivain le dit sans détour : un souverain apprécie les compliments et les flatteries. L’homme malicieux obtient de son maître n’importe quelle faveur pour peu qu’il distille avec intelligence quelques hypocrisies.

    Mal aimé en son temps, incompris et critiqué de ses pairs, La Fontaine est pourtant devenu au lendemain de sa mort l’un des plus talentueux écrivains de la littérature française. Ses dizaines de fables, auxquelles pourtant il ne prêtait qu’une importance secondaire, entretiennent sa gloire posthume. Apprises et récitées par des générations d’écoliers, traduites en plusieurs langues, elles fournissent aux historiens actuels une image précieuse, quoique très souvent ironique, de la société du XVII° siècle.

      

    SOURCES : COLLEGE ROBERT DOISNEAU - Gonesse - excellent BLOG

    http://www.clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article215

      

      

     

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    Le packaging du double DVD Métronome 

     

    Le packaging du double DVD MétronomeLe packaging de la série Métronome de France 5 (4 x 52’) sera disponible le 18 Avril 2012. (Réalisation :

    Fabrice Hourlier).http://www.lesparisdld.com/2011/10/le-metronome-sur-france-5-en-mars-2012.html . Pour l’occasion, France Télévisions a refait dans son hall un décor de station de Métro. Chaque épisode alterne trois séquences de fiction reconstituées dans le Paris d’autrefois et deux reportages au milieu des vestiges existants.

    Chaque dimanche d'avril 2012 à 16 h 45 sur France 5. Les détails :

     

    Episode 1 : dimanche 8 avril voir jusqu'au 15 avril
    52 av. J.-C. - Ve siècle : de Camulogène à Clovis

    Episode 2 : dimanche 15 avril
    VIe - Xe siècle : des fils de Clovis au fils de Charlemagne

    Episode 3 : dimanche 22 avril
    XIe - XVe siècle : des premiers Capétiens à la Guerre de Cent ans

    Episode 4 : dimanche 29 avril
    XVIe - XXe siècle : de François 1er à de Gaulle



    Le packaging du double DVD Métronome Lorant Deutsch France5



    La bande annonce est aussi disponible :

     



    France 5 prépare aussi un site dédié avec une carte interactive qui permettra à l’internaute de questionner la géographie parisienne en fonction d’une période historique donnée. Cette expérience interactive autorisera la navigation à travers le temps et l’espace parisien via une interface ludique.

    Métrronome France 5


    voir la carte interactive.

    Hélène Rochette de Télérama nous révèle quelques informations sur l’adaptation télévisuelle du Métronome. Les quatre épisodes de 52 minutes seront diffusés, en Mars 2012, sur France 5. On sait aussi que le résultat sera celui des réalisations 3D de Fabrice Hourlier et que Lorànt Deutsch y tiendra un rôle important puisqu’il racontera lui-même l’histoire des 21 siècles de Paris, des Parisii jusqu’à nous.

    Extraits : …

    Reconstituer vingt siècles d’histoire…
    Auteur de passionnants docu-fictions historiques – Trafalgar, Le Destin de Rome (Arte) – et de la pétillante série culturelle D’art d’art (France 2), Fabrice Hourlier se veut respectueux du livre, dont il souligne que la transposition en scénario a pris une année. « Il fallait reconstituer à chaque étape ce que l’on n’a plus sous les yeux aujourd’hui.

    On part d’un bout de muraille ou d’une pierre gallo-romaine, et l’on poursuit le monument en images de synthèse et maquettes 3D. On a ainsi refait toute l’évolution de la ville sur vingt siècles, depuis la dizaine de maisons gauloises sur l’île de la Cité, qui s’agrandit au fil des séquences : les premières avenues romaines émergent, la rive gauche se développe. Les arènes sont bâties, puis les thermes de Cluny… et ainsi de suite »,

    détaille le maître d’œuvre de cette planification soignée. S’il concède avoir envisagé de tourner en gaulois ou en franc, Fabrice Hourlier précise qu’une telle ambition était irréaliste, vu les délais impartis, et explique avoir privilégié la justesse historique :

    « On a choisi de faire parler les figurants à partir des XIVe et XVe siècles seulement, donc en latin, que l’on maîtrise plus aisément. Chaque siècle nécessitait d’infinies recherches. Nous avons loué 400 costumes dans toute l’Europe. Pour le siège de Paris par les Vikings, en 885, on a longtemps enquêté. On a porté un grand soin à la véracité des costumes, des coiffes, et bien sûr des us et coutumes. »

     

    En réalisant cette dense fresque de 4 x 52 mn, le concepteur du Destin de Rome confie qu’il nourrit un dessein paradoxal : promouvoir « le goût de la balade historique ». Il souligne, amusé : « J’aime que les programmes fassent sortir le téléspectateur de chez lui, même si théoriquement le but serait plutôt de le maintenir devant le poste ! Tout comme D’art d’art doit donner envie d’aller observer l’œuvre dans le musée, avec Métronome, je souhaite donner l’idée aux gens d’aller voir dehors ! »

    …………………………….

    l’article complet : http://bit.ly/rpotzR

    On sait aussi qu’ils ne sont pas seuls à travailler sur l’histoire de Paris puisque La chaîne Planète+, diffusera, à l'automne 2012, une fiction de 90 minutes et un documentaire en quatre épisodes de 52 minutes, intitulés Paris, la ville à remonter le temps. Les reconstitutions 3D seront de Dassault Systèmes.

    La fiction sera réalisée par Xavier Lefebvre, auteur de “Vu du ciel”, avec Yann Arthus-Bertrand, sur France 2. Des personnages en ballon survoleront Paris et son histoire, reconstitués en réalité augmentée…
    Qui a dit que l’histoire donnait le vertige ?

    Métronome - Succès sur toute la ligne pour Lorànt Deutsch 
     

    Source : France-Soir - Sébastien Catroux 14/01/11 http://bit.ly/ghdRWW

    France Soir Lorant Deutsch Métronome 14-01-2011L’acteur touche-à-tout a vendu près de 1 million d’exemplaires de son essai, Métronome. Retour sur un phénomène littéraire.

    L’idée était plutôt simple : éplucher la capitale quartier par quartier, au fil de ses stations de métro. Le résultat est phénoménal : sorti à la fin août 2009, Métronome, l’histoire de France au rythme du métro parisien, de Lorànt Deutsch, s’est vendu depuis à près de 1 million d’exemplaires, toutes éditions confondues. Pas mal du tout, pour un premier livre. Du côté de son éditeur Michel Lafon, on se frotte les mains, d’autant que ce succès n’était absolument pas programmé.

    « Il y a trois ans, nous l’avions entendu parler de sa passion pour les rues de Paris à la télévision dans une émission de Marc-Olivier Fogiel, se souvient Pierre Féry, le directeur délégué de la maison d’édition. Son côté décalé, curieux, nous a tout de suite emballés. Nous l’avons contacté, il s’est mis au travail. Il a ensuite trouvé le concept, puis le titre. »

    Un titre comme un concept qui ont tout d’abord laissé perplexes les libraires. « Nous étions parvenus à en mettre un peu plus de 5.000 exemplaires. Personne n’aimait le titre, on trouvait ça trop parisien, on nous disait que ça n’intéresserait pas grand monde… » Tous ceux-là ont eu tort.

     

    Avec Métronome – un livre qui figurait cette année en très bonne place à Noël sous le sapin –, Lorànt Deutsh a prouvé que la grande histoire de France pouvait passionner les foules, pour peu qu’elle soit vivante et expliquée avec des mots simples.

    Une suite est en préparation

    Un succès construit pas à pas, charpenté par la personnalité de son auteur Lorànt Deutsch, aussi brillant pour « vendre » son livre sur les plateaux de télévision que face aux élèves des écoles primaires qu’il a visitées. « Il prend son statut de phénomène littéraire avec calme, précise Pierre Féry.

     

    Avant tout, il est constant. Et intelligent. » De fait, Lorànt Deutsch est un garçon étonnant, imprévisible, rarement là où l’attend. Un acteur de 35 ans, né à Alençon d’un père hongrois et d’une mère française, qui s’est fait connaître en jouant à la perfection dans des comédies populaires le titi parisien (3-0, de Fabien Onteniente, Le ciel, les oiseaux et… ta mère, de Djamel Bensallah…).

     

    Pour, ensuite, se glisser, sur écran comme au théâtre, dans la peau de personnages historiques, de Sartre à Mozart en passant par Jean de La Fontaine et Fouquet.

    Sans oublier le football, son premier amour.

     

    A 12 ans, Lorànt Deutsch faisait en effet partie du sport études du FC Nantes, pour ensuite s’orienter vers le théâtre. « Tout d’abord, Lorànt est un acteur, explique Pierre Féry. Ensuite, ses passions sont le ballon rond et l’histoire de France. » On ne change pas une équipe qui gagne et une suite à Métronome est déjà en préparation.

    Il s’agira d’un livre qui évoquera encore une fois l’histoire de France, mais cette fois à travers ses routes et ses fleuves. L’occasion pour Lorànt Deutsch d’emprunter à nouveau ces chemins de traverses qu’il semble tant affectionner.


    Un best-seller, combien ça rapporte ?

    Grâce à ses deux éditions de son Métronome, Lorànt Deutsch fait désormais partie des poids lourds de l’édition. La première version, sortie en août 2009, s’est vendue à ce jour à 780.000 exemplaires au prix de 18 €. Quant à la seconde, sortie en octobre 2010 et illustrée de photos de l’auteur, elle s’est écoulée à 200.000 pièces (25 €).

     

     

    Avec ses deux Métronome, Lorànt Deutsch pourrait donc avoir touché plus de 2 millions d’euros. Il rejoint ainsi le club des Marc Lévy, Stéphane Hessel et autre Katherine Pancol, d’autres cadors du secteur.

     

     

     

     

     

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  • La naissance de la publicité : les cartes-réclame

     

     

     

     

     

    La période comprise entre 1860 et 1914 est caractérisée par deux facteurs qui vont profondément bouleverser la production des images populaires. Le premier réside dans une évolution importante des techniques de l'estampe, dont l'exemple le plus abouti est la chromolithographie. Le second est d'ordre sociologique : le développement du capitalisme industriel provoque l'émergence d'un marché sur lequel sont proposés de nouveaux produits et qui s'appuie sur des modes de distributions inédits, tels ceux tournés vers les grands magasins. Toutes ces «nouveautés», vont déterminer un âge d'or de la réclame et l'apparition de "cartes-réclame"(vignettes imprimées sur carton, éditées en séries, et offertes massivement aux acheteurs). Editées sous forme de séries courtes au début (six à huit images), elles feront peu à peu place à des séries longues (une centaine de pièces). Du point de vue de l'histoire de l'image populaire, il s'agit là d'une véritable révolution !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Après un chromo représentant la locomotion aérienne de l'avenir, voici une autre carte réclame éditée par Suchard sur le thème de l'anticipation. Le dessinateur imagine une sorte de galère qui doit sans doute fonctionner à l'énergie électrique mais comment, cela reste un mystère...

     

     

     

     

     


     

     

     

     

     

     

     

    Ces vignettes imprimées sur carton sont éditées en série (de 6 à plus de cent images selon les séries) et offertes en masse aux acheteurs des nouveaux grands magasins en échange d’un achat ou pour récompenser la fréquentation de l’établissement. Les thèmes représentés sont très divers, parfois pédagogiques (historiques ou géographiques) mais vantant de plus en plus souvent des produits, des événements (comme les expositions universelles), des régions à visiter ou encore des loisirs à pratiquer.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    SOURCES : http://floralia.centerblog.net/rub-technologies-et-inventions-.html

     

     

     

     

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