L'un des acquis majeurs de la vaste opération d'archéologie préventive en centre-ville, est la mise en évidence, en bordure de la nécropole médiévale, d'un ensemble monumental dont l'évolution a fortement déterminé la formation du site urbain.
Déchets de taille de bois de cerf liés à la fabrication de peignes.
© UASD / J. Mangin.
Cette opération archéologique, qui devait uniquement concerner la ville, découvre, au fur et à mesure de sa progression, des vestiges relevant de la basilique et de l'abbaye, cœur de l'agglomération, qui n'étaient, bien évidemment, pas incluses dans le projet de rénovation urbaine. Aussi est-il clairement apparu que pour publier les données de cette fouille il était nécessaire, au préalable, de mener une étude globale du site. Il fut alors décidé de rassembler un échantillonnage représentatif des données historiques relatives à la topographie du site et de le mettre en perspective avec les premiers résultats de ces fouilles. Cette enquête croisant données archéologiques, sources écrites et iconographiques, a conduit à l'édition, en 1996, du volume introductif à la série des publications scientifiques du site, l'Atlas historique de Saint-Denis.
Les projets de recherche
Cette première publication a permis de mettre en évidence les principales phases historiques de Saint-Denis ; elles sont corrélées avec les données issues de la fouille et déduites du mobilier archéologique. Ce travail, qui prend appui sur les observations chronologiques provenant de la stratigraphie du site, constitue ce que l'on appelle le phasage. La phasage permet de dégager les axes principaux des publications à venir dans lesquelles les données archéologiques seront utilisées dans deux perspectives : apport de l'archéologie à la connaissance fine des grandes phases d'évolution et de fonctionnement du site ; approche de la culture matérielle au Moyen Âge à partir de la masse documentaire que constitue le mobilier archéologique découvert et les collections de référence qui sont constituées.
Microspectromètre Raman Jobin-Yvon Horiba. L. Lemoigne.
Etude non destructive des grains de pigments sur un fragment d'enduit antique. L. Lemoigne.
Parallèlement à ce travail qui s'inscrit dans la durée, l'actualité de la recherche sur Saint-Denis est régulièrement portée à la connaissance de la communauté scientifique et d'un public plus élargi, sous forme de communications à des colloques, d'articles et d'expositions.
Qui dit publication archéologique dit importance des collaborations avec des chercheurs d'autres disciplines (historiens, géologues, historiens de l'art,...), des laboratoires d'analyse (anthropologie physique, archéozoologie, dendrochronologie, paléométallurgie,...) et ce sur le plan national et international.
Fragment de la colonne antique en marbre de Synnada. © UASD.
Or, ce fût de colonne est taillé dans du marbre de Synnada, carrière située près d'Afyon en Turquie, dont l'activité a cessé à la fin de l'Antiquité mais dont les produits avaient été expédiés dans tout le pourtour méditerranéen. Il a donc été prélevé dans un monument antique pour être remployé dans la basilique.
350 ans plus tard, Suger dut restaurer la nef de l'église carolingienne. C'est peut-être à cette occasion que l'on remplaça cette colonne de marbre par un fût moderne.
Fouille de l'aqueduc en amont
du premier bassin. © UASD / O. Meyer.
L'ensemble monumental était approvisionné en eau courante par trois bassins qu'alimentait un aqueduc. Le conduit, établi au fond d'une tranchée de plus de 2 m de profondeur et couvert de dalles horizontales, a été reconnu sur une longueur de 240 m. Avec une pente moyenne de 4,30 m par kilomètre, l'aqueduc semble avoir capté une source localisée à environ 700 m à l'est de l'abbaye, près de l'église Saint-Remi.
Axonométrie du deuxième bassin. © UASD / M. Wyss.
Les trois bassins se ressemblaient : comme l'aqueduc, ils étaient formés de dalles posées de chant et jointoyées avec un mortier de tuileau. Un escalier, large de 1,40 m, permettait d'accéder au bord de chaque bassin, à environ 1,80 m sous le niveau de circulation. La faible différence de niveau entre le seuil du canal d'arrivée et le trop-plein, indique que la surface de l'eau se trouvait à 30 cm sous le rebord. Ainsi les bassins, dont la profondeur oscillait entre 60 cm et 1,20 m, avaient une capacité allant de 1 300 à 1 500 litres. La construction de l'aqueduc a nécessité l'acheminement de près de 10 000 dalles de pierre. Au cours de l'utilisation du système on rehaussa le fond de l'exutoire, créant ainsi une contre-pente qui provoqua rapidement l'envasement du dispositif.