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L'ENIGMATIQUE CHEVALIER(E) D'EON ?

L'ENIGMATIQUE CHEVALIER(E) D'EON ?

Né sous le règne de Louis XV, mort sous celui de Napoléon 1er, ayant fréquenté de très près les Cours de France, de Russie et d'Angleterre, qui était vraiment ce personnage que l'on rencontre alternativement sous l'apparence d'une femme ou d'un homme ?
Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d'Eon de Beaumont naît à Tonnerre (dans l'actuel Département de l'Yonne) le 5 Octobre 1728. Première bizzarerie : Pourquoi Geneviève ?... Ce serait, tout simplement, le prénom de sa marraine ! D'autre part divers auteurs ont féminisé deux autres prénoms, Louis et André, pour en faire Louise et Andrée, dans le but d'accentuer l'ambiguïté du sujet... et donner davantage de "suspense" à leurs romans. Pour en rajouter ils précisent que l'enfant était habillé en fillette (ce qui est vrai) mais, les desccriptions et gravures d'époque le prouvent, c'était l'habitude en ce temps de n'habiller les garçons en homme que vers 7 ou 8 ans.
Charles-Geneviève voit son éducation confiée au rigoureux abbé de Marcenay qui, punitions physiques à l'appui, va faire de son élève un fin lettré.
Il va avoir 15 ans quand son père l'envoie à Paris poursuivre ses études au Collège des Quatre-Nations (actuel Institut de France) fondé par Mazarin. Là, non seulement il approfondit ses connaissances, mais il pratique comme tout jeune Noble la danse, l'équitation et l'escrime (sport et art dans lequel il devient vite excellent). 5 ans plus tard il quitte le Collège, s'inscrit en Faculté de Droit et obtient en 1749, à 21 ans, ses diplômes de Droit (avec dispense d'âge). 
Il sera d'abord avocat, puis écrivain... avant de devenir diplomate et militaire !
En 1755 le Chevalier d'Eon est introduit "dans le monde" et fréquente des personnages bien en Cour, dont le Prince de Conti, familier du Roi , membre du "Cabinet secret"de Louis XV, diplomatie parallèle établie par ce dernier qui n'avait pas confiance en certains de ses ministres et ambassadeurs.
La fragilité des traîtés et des alliances fait de l'Europe un conflit perpétuel sous-jacent dans lequel la Prusse, l'Angleterre et la Russie pratiquent souvent un double-jeu. Un réseau d'espions est tissé auprès de toutes les Cours mais celle de la tsarine Elisabeth de Russie est difficilement pénétrable en raison du caractère de l'Impératrice qui n'hésite pas à exiler les ambassadeurs et à emprisonner les envoyés soupçonnés d'espionnage.
Conti va donc proposer à Louis XV d'envoyer à la Cour de Russie une femme, ou plutôt un homme déguisé en femme. Pour celà il propose au Roi le Chevalier d'Eon dont la jeunesse, la tournure déliée, les traits fins et le visage imberbe font le candidat idéal pour ce rôle. Charles d'Eon accepte la mission et devient Juillet 1755, Mlle.de Beaumont part pour Saint-Pétersbourg où elle arrivera... en Octobre. Elle est chargée de remettre à l'Impératrice une lettre de Louis XV, contenue dans la reliure (à double jaquette) de "l'Esprit des Lois" de Montesquieu. S'étant fait un ami, on ne sait comment, du vice-chancelier elle serait parvenue à rencontrer la Tsarine à qui elle aurait remis le message auquel il aurait été répondu par le même moyen. A la fin de l'année Lia de Beaumont est de retour à Versailles à la satisfaction royale. Première mission réussie !

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Note : Cet épisode n'est pas absolument prouvé et il se pourrait qu'il ait été inventé après afin d'accréditer la féminité du chevalier ???) - Mlle. Lia de Beaumont !
De retour en France, l'alliance entre la France, l'Autriche et la Russie étant établie, Lia de Beaumont cède la place au Chevalier d'Eon de Beaumont... qui, pour des raisons de commodité diplomatique,devient le "frère" de Lia !
L'année suivante, suite à des maladresses de l'Ambassadeur de France, le Chevalier, maintenant officier dans l'armée du Roi, doit retourner en Russie pour rétablir l'alliance qui semblait compromise. Il y réussit à la grande satisfaction de Louis XV.
Les relations entre la France et la Russie se refroidissant à nouveau (cette fois c'est essentiellement le Roi qui en est la cause), Charles-Geneviève est à nouveau chargé de les réchauffer. Se sachant mal vu du Chancelier il manoeuvre de telle façon que la Tsarine se fâche contre celui-ci et renoue heureusement avec la France ; à tel point que d'Eon restera en Russie près de 3 ans.
En 1761 il est de retour et va démontrer à plusieurs reprises sa valeur au combat (il sera d'ailleurs blessé plusieurs fois).
En 1763 Elisabeth meurt. Son successeur éphémère Pierre III est un ami de la Prusse ainsi que son épouse qui le fait assassiner et devient Catherine II.
Déjà introduit à la Cour d'Angleterre car connaissant bien, depuis l'Allemagne, la Reine Sophie-Charlotte épouse du Roi George III *, le Capitaine des dragons tout récemment promu Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, va tout faire pour favoriser la paix agissant souvent, comme on le dirait maintenant "à la James Bond"...
L'ENIGMATIQUE CHEVALIER(E) D'EON ?
Le traité de Paris enfin signé, mais qui met la France en infériorité, révulse Louis XV qui, avec son "Cabinet secret" envisage les plans d'une invasion de l'Angleterre qui, bien que soigneusement préparée, n'aura jamais lieu.
Fatigué ( ? ) le Duc de Nivernais rentre en France recommandant au Roi de laisser en sa place d'Eon avec le rang de Ministre plénipotentiaire. Celui-ci va pouvoir donner libre cours à sa "folie des grandeurs" et mener grand train... tant et si bien qu'il va s'alièner les ministres à qui il réclame sans cesse de l'argent. Ses extravagances vont finir qu'il est demandé à Versailles où il refuse de se rendre sans l'ordre du Roi. Quand après bien des hésitations Louis XV décide de rappeler son "agent secret" celui-ci, que l'Angleterre refuse d'extrader par la force, décide de rester dans le pays car il sait qu'en France il risque d'être embastillé.

* - Une anecdote, colportée par Gaillardet, auteur en 1836 des "Mémoires du Chevalier d'Eon", raconte qu'une liaison aurait eu lieu entre Charles et Sophie-Charlotte et que le futur George IV (qui venait de naître) en serait le fruit ! -
Le nouvel Ambassadeur, le Comte de Guerchy, va bientôt entrer en conflit avec l'ancien pour essayer de récupérer ses "papiers diplomatiques", celui-ci refusant de les donner car beaucoup révéleraient l'existence du "Cabinet secret" ce qui évidemment embarasserait le Roi qui hésite à agir.
Après les menaces de toutes sortes qui n'ont aucun effet sur le Chevalier (lequel a en Angleterre beaucoup de partisans) Guerchy va user de la calomnie. Il fait lancer des pamphlets accusant de folie du Chevalier, folie provoquée par le fait qu'il ne serait... ni tout à fait un homme ni tout à fait une femme ! Il faut dire qu'à 40 ans le Chevalier est toujours aussi imberbe et qu'on ne lui connait aucune liaison de quelque sorte. De plus, au cours de ses missions il semble qu'il se soit encore plusieurs fois travesti. En France le scandale est tel que le Roi va lui ôter son brevet de Capitaine et sa pension.
A Londres partisans et adversaires de Guerchy et du Chevalier s'affrontent. Un procès est entamé mais d'Eon se défend et contre-attaque pour tentative d'assassinat. En 1765 l'Ambassadeur de France est
reconnu coupable de tentative d'assassinat ! C'est subrepticement qu'il devra rentrer en France où il mourra quelque temps après.
Un nouvel Ambassadeur est nommé, ami du Chevalier, et ce dernier ayant rendu un des "papiers secrets" signé de la main de Louis XV semble à nouveau rentré en grâce ; on lui reverse une pension mais désormais on se méfie de lui.
A partir de 1766 nous constatons, par la correspondance qui lui est adressée sous divers pseudonymes, tous féminins, que le Chevalier semble vivre le plus souvent en habits de femme.L'ENIGMATIQUE CHEVALIER(E) D'EON ?
Obligation pour des missions secrètes ou choix personnel ? Certains pseudo-historiens penchent pour la première solution en s'appuyant sur le récit de Gaillardet (dans ses "Mémoires du chevalier d'Eon") prétendant que George III aurait surpris son épouse en galante compagnie du Chevalier qui se serait dès lors fait passer pour... une Chevalière ! Rien de tout celà n'est avéré mais les transformations fréquentes du Chevalier en Dame se répandent à Londres et le bruit finira par arriver jusqu'à Versailles.
Il semblerait plutôt que, psychologiquement, d'Eon, à qui rappelons-le, on ne connait aucune liaison, se complaise de plus en plus en costume féminin... bien qu'il continue à s'entrainer aux armes blanches. Celà prend de telles proportions que les parieurs anglais prennent l'habitude de miser sur le véritable sexe du Chevalier, ce qui finit par l'agacer ; il décide de voyager le temps de se faire oublier... ce qui n'est pas sans inquièter la Cour de France qui craint que des papiers compromettant finissent par tomber entre les mains des Anglais.
1
773 : Louis XV va envoyer un autre "agent secret" à Londres, un certain Chevalier de Ronac qui n'est autre que Caron de Beaumarchais (le créateur de Figaro) afin de négocier le retour des papiers ainsi que certaines libelles écrites par un pamphétaire contre la favorite, Madame du Barry.

 

L'année suivante le Roi est mort. Louis XVI qui lui succède n'aime guère les aventuriers mais il veut récupérer les documents du "cabinet secret" de son grand-père. Beaumarchais s'entremet à nouveau et, contre une forme somme d'argent et la promesse de pouvoir rentrer en France s'il reconnait être une femme et n'en plus quitter l'habit, d'Eon va rendre les papiers.
En 1777 le voilà donc de retour en France mais en uniforme de Capitaine des Dragons ! Il lui est alors enjoint d'obtempérer et de changer de costume s'il ne veut pas séjourner à la Bastille. Il obéit et est même présenté à la Cour mais Charles-Geneviève a vieilli, s'est épaissi sans doute car les Chroniques de l'époque se gaussent de son allure "hommasse" sous ses habits féminins. Cependant il (elle) est reçu(e) dans les meilleures familles fréquentant la Cour.
Sa paranoïa pourtant ne s'est pas calmée ; elle s'exerce maintenant sur Beaumarchais qu'il (elle) estime l'avoir trompé(e).L'ENIGMATIQUE CHEVALIER(E) D'EON ?

L'année suivante il (elle) veut s'engager dans l'armée qui doit venir renforcer les Insurgents d'Amérique contre les Anglais, ce qui lui est évidemment refusé. Furieux(furieuse) il (elle) veut alors regagner l'Angleterre. Nouveau refus, la France étant en conflit larvé contre ce pays.
Provoquant le scandale il lui est intimé de s'exiler dans sa propriété de Tonnerre ; il (elle) n'obtempère pas et se promène en uniforme des Dragons dans Versailles ! Si bien qu'un matin il (elle) est arrêté(e) et conduit(e) à Dijon puis à Tonnerre.

L'ENIGMATIQUE CHEVALIER(E) D'EON ?

1789 : D'Eon est toujours à Londres d'où il (elle) écrit énormément une oeuvre très éclectique allant facilement de la philosophie... à la culture du ver à soie.
Lorsque la Révolution éclate en France il (elle) s'enthousiasme pour ses idées tout en restant, comme la majorité des citoyens, fidèle au Roi. C'est là qu'après avoir paraphé ses courriers de "Le Chevalier, puis La Chevalière d'Eon", il (elle) va maintenant signer "La Citoyenne Geneviève Déon" abandonnant à la fois son Prénom masculin et sa particule.
( <--- voir ci-contre )
Malgré celà il elle) est insrit(e) sur la liste des Emigrés et ses biens sont confisqués. En 1791 il (elle) n'a plus d'argent et se résout à vendre sa riche Bibliothèque.
L'exécution de Louis XVI, en 1793, lui fait changer d'opinion sur les idéaux révolutionnaires.
De plus en plus impécunieux (impécunieuse) il (elle) vend ses derniers bijoux et participe à des exhibitions au fleuret pour quelques subsides. En 1796, une lame casse et s'enfonce dans sa poitine. Sérieusement blessée(e) ce sera la fin de sa carrière de "maître d'armes". Il (elle) a 69 ans.
Ruiné il (elle) va trouver refuge chez la veuve d'un de ses anciens amis. En 1804, ne pouvant plus payer ses dettes il (elle) est même emprisonné(e) plusieurs mois.

L'ENIGMATIQUE CHEVALIER(E) D'EON ?

La Chevalière d'Eon était bien un Chevalier ! 
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